Joan., I
DISCOURS PRONONCÉ A l'ÉCOLE SAINT-ÉTIENNE 67
descendre du Ciel comme un des traits de la divine image, nous l'introduisons dans la condition primitive où il nous apparaît entouré d'honneurs et de privilèges.
Soit, dira-t-on, mais pourThomme actuel, le travail, d'après vous, est bien une condamnation, un châtiment?
Oui, sans doute. Mais, ô modernes docteurs, qu'est-il donc d'après vous? Est-il une partie de plaisir? Oserezvous dire que pour la plupart des hommes le travail soit resté cette occupation facultative, aisée et largement féconde que nous décrivions tout à Theure? On peut dire cela quand on ne respecte pas beaucoup son auditoire et qu'on développe devant lui l'hypothèse «.où le monde, tel qu'il est, ne serait pas quelque chose de bien sérieux ». On peut dire cela, quand la fortune capricieuse nous a fait monter tout à coup à des hauteurs inattendues ; on se figure alors que tout est bien en bas, parce qu'on se trouve bien en haut. En un mot, on peut méconnaître le caractère pénal du travail, quand on échappe à son étreinte.
Mais allez donc développer votre thèse au fond d'une galerie de mine ; allez proposer votre théorie au moissonneur qui lie sa gerbe sous un soleil de feu; allez vous en vanter auprès du savant, du chercheur qui, dans le silence de son cabinet, poursuit à travers ses veilles la vérité fugitive et la contraint de livrer ses secrets î
Tous vous diront, chacun dans son langage, qu'ils ne reconnaissent pas dans vos peintures idylliques le travail tel qu'ils le manient tous les jours. Mais tous aussi reconnaîtront leur destinée dans cette sentence qu'a entendue pour la première fois le premier pécheur : « La
terre sera maudite sous ton effort : maledicta terra in opère iuo; tu lui disputeras ta nourriture par de rudes labeurs : in îaboribm comedes exea; ixx. ne mangeras ton pain qu'à la sueur de ton front : in sudore vultûs M veseeris pane; et ce sera ta loi jusqu'à la mort : donee revertaris in terrain de qm sumptus es^in
Oui, mes amis, voilà bien le travail tel qu'il est : non plus libre, comme autrefois, mais forcé et sous peine de mort; non plus aisé, mais dur et pénible ; non plus largement productif, mais mesurant avec avarice Tabondance du résultat sur l'intensité et sur la durée de la peine^
Pas plus que l'état de justice originelle, Tétat de déchéance n'est le dernier mot de l'histoire humaine.
L'homme, sans doute, ne pouvait restaurer ce qu'il avait pu détruire. Mais Dieu le pouvait et il l'a voulu, parce que ses desseins d'amour sont sans repentance.
Voici donc une troisième économie qui succède à celle de l'innocence : l'économie rédemptrice.
Mais les sentences de Dieu se superposent, elles ne se détruisent pas. Dans cette troisième économie vous allez voir subsister quelque chose des deux premières, vous V admirerez aussi de ravissantes nouveautés.
Qu'est-ce que la Rédemption? C'est l'entreprise de Dieu pour relever l'homme et le délivrer du péché.