‹ Mélange oratoiresChapitre 21 sur 51 · M. Jules Guesde · texte numérisé non relu

M. Jules Guesde

410 DISCOURS âuR l'éducation

rien à personne, de me rendre moi-même plus heureux aujourd'hui? Et qui sera juge, à ma place et contre moi, démon bonheur?

Ainsi, quoi qu'on fasse pour la réhabiliter, cette doctrine est immorale. Mais heureusement aussi elle est fausse. Rien ne sort de rien. Puisqu'il y a de l'ordre dans le monde — et que fait la science, sinon de le découvrir? — c'est que cet ordre a été conçu. Puisque le développement des choses se poursuit d'après un plan, c'est que ce plan a été tracé par quelqu'un. Donc l'intelligence est à l'origine ; la pensée n'est pas un résultat, mais un principe. Mais la pensée, Tintelligence ne résident pas dans les formes primitives de l'être changéant ; donc elle préexiste en dehors de la série mobile, dans un être immuable, distinct du monde, antérieur et supérieur à ses ouvrages.

Auteur et ordonnateur de tout ce qui est, il a fait la nature aveugle, il a fait aussi l'homme capable de connaître, d'aimer et de vouloir, de retrouver dans la matière la trace et Tempreinle de son Créateur. Et cet être privilégié, Dieu le gouverne aussi bien que tout le reste, mais non pas de la même manière ; il régit le monde par la contrainte, et l'homme par une loi révélée à sa conscience et qui sollicite, sans le forcer, le ressort de son libre vouloir.

Nous dépendons de Dieu par nécessité, mais nous lui obéissons par choix et par amour. Reconnaître un tel maître et le servir ainsi, ce n'est pas déroger, c'est s'anoblir.

Si donc en me disant : « Ne t'attends qu'à toi seul »,

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