‹ Mélange oratoiresChapitre 23 sur 51 · DISCOURS PRONONCÉ A L'ÉCOLB SAINT-CHARLES · texte numérisé non relu

DISCOURS PRONONCÉ A L'ÉCOLB SAINT-CHARLES

plus qu'un lointain souvenir. Le revenu de l'argent baisse toujours. Déjà le 3 JJf voit pâlir son étoile; Tastre du 2 JJf se lève à Thorizon, eflFroi des rentiers. Patience : un jour viendra où l'on voudra le retenir au zénith ; mais, comme tous les astres, celui-là aussi aura son déclin, et c'est peut-être le 1 % qui éclairera de sa pâle lueur le ciel des rentiers, lorsque vos cheveux auront pris la couleur des nôtres. Bien habile alors qui vivra de ses rentes ! Un millionnaire sera un petit bourgeois à 10.000 francs de revenu. L'homme qui aura 100.000 francs n'aura pas de quoi vivre.

Voilà où nous allons. Je ne suis pas de ceux qui s'en lamentent. N'est-ce pas là, après tout, la vraie forme et la vraie mesure de cette justice sociale que les collectivistes rêvent d'établir en bouleversant la société? Eh ! Messieurs, ne bouleversez rien : laissez agir le temps, la Providence, le progrès naturel des choses, et bientôt il n'y aura plus personne qui puisse céder à la tentation de vivre en frelon, du miel d'autrui I

Vous le voyez, mes amis, dans cette lutte pour l'existence, nul ne peut rester neutre. Les inertes seront expropriés du droit de vivre. Cela est vrai des individus et plus encore des classes. S'il y a quelque part une classe d'hommes qui croie pouvoir vivre sur le passé, sur l'acquis de ses pères, elle est assurée de disparaître, éliminée par l'activité des autres. Encore une fois, tenez-vous-le pour dit, et faites ici même vos provisions d'énergie pour l'avenir.

Au-dessus des intérêts matériels, j'aperçois ceux de l'intelligence. La richesse intellectuelle, c'est la vérité.

HA DISCOURS SUR l'éducation

Il y a des vérités immuables, un fond de principes philosophiques et religieux sans lesquels Thumanité ne peut pas vivre. Il faut les garder et, pour les garder, les défendre, car ils sont furieusement attaqués. Encore la lutte, encore le devoir d'agir! Mais il y a des vérités dont la formule est relative, parce que Thomme les découvre peu à peu par TefiTort de son génie; et en en découvrant de nouvelles, il retouche et refond le système qui doit les harmoniser avec les anciennes. C'est ce qu'on appelle la science, dont il est inutile de vanter la grandeur et les bienfaits, car on n'en doute guère aujourd'hui. Eh bien, ce mouvement de la science vous sollicite. Il faut que vos esprits soient toujours en marche pour le suivre, car il ne s'arrête jamais. L'homme le plus instruit qui s'endormirait dix ans ne reconnaîtrait plus, à son réveil, l'aspect de ce domaine changeant où tout se renouvelle. Un travail incessant vous empêchera seul d'être relégués au rang des inutiles.

Parlerai-je des intérêts moraux? Mais ils se résument tous dans le combat contre le mal, dans l'acquisition laborieuse des saines habitudes, dans la réaction de la conscience et de la volonté contre l'appétit. La conquête du bien est chose violente, et la vertu ne se conçoit pas sans l'eflFort.

Si de rhomme individuel nous passons à l'homme collectif, nous rencontrons les intérêts politiques et sociaux. Là, des groupes se forment pour se disputer le pouvoir, l'influence, pour imprimer une direction à l'évolution de la société. Hélas! je remarque que ceux

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qui ont le plus à perdre sont beaucoup moins vigilants et moins ardents à la défense que ne le sont à l'attaque ceux qui ont tout à gagner. Si votre génération continuait les traditions d'inertie de celles qui Font précédée, on verrait une fois de plus s'accomplir le songe de Pharaon : les maigres mangeraient les gras ; et après cela, chose singulière mais certaine, il n'y aurait plus que des maigres et des afiFamés : car la victoire du socialisme serait le triomphe de l'universelle misère. Donc là encore et toujours il faut agir et valoir par soi.

Enfin au-dessus de tout je vois les intérêts religieux. Ceux-là embrassent les deux destinées de l'homme, sa vie dans le temps, son sort dans l'éternité. Vous savez avec quelle audace, quelle persévérante énergie la Religion est attaquée. Vouloir rester chrétien sans combattre d'aussi acharnés adversaires, c'est prétendre rester immobile au milieu d'un courant, sans ramer contre le flot. Parce que vous êtes croyants, on veut vous exclure comme tels, et refuser à votre foi sa place au soleil de France. Cette place, il faut la prendre. Et il ne suffit pas pour cela d'être de bo7is jeunes gens, 11 faut être des mâles, des hardis et des obstinés.

Voilà bien des formes de l'activité. La religion vous les permet toutes, elle vous en conseille beaucoup, elle vous eu prescrit plusieurs . Dans ce sens, elle vous dit, elle aussi : a Ne t'attends qu'à toi seul. » Et si, en même temps, elle vous rappelle la sentence évangélique : « Cherchez avant tout le royaume de Dieu^ » elle vous donne, par là même, à entendre qu'il faut chercher le

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reste après, mais le chercher pourtant. Et si elle ajoute : c Ce reste tous sera donné par surcroit, » cela ne veut pas dire qne vous ne serez pour rien dans cette acquisition nécessaire ; cela signifie seulement qu'il faut mettre Dieu de son côté, pour réussir dans toutes les revendications légitimes.

Mes amis, cet accord des droits de Dieu avec les droits de Thomme n'a pas été compris par nos contemporains. Ils ont regardé à Torient; ils ont vu là des sociétés fortement empreintes d'une marque religieuse, mais disposées à laisser l'activité humaine s'absorber dans un respect paresseux du pouvoir divin. Le fatalisme condamne ces races à l'inertie et à la déchéance. Alors nos modernes docteurs ont voulu à leur tour sacrifier Dieu à l'homme, et ils ont réussi à dégrader l'homme.

N'y a-t-il donc pas de milieu entre ces deux excès?

Je pourrais vous montrera l'occident du monde une autre race qui a su résoudre le problème. Assise sur les deux rives de l'Atlantique, la race anglo-saxonne tient la tête du mouvement hardi qui emporte l'humanité nouvelle vers des destinées toujours plus hautes. Et cependant elle ne rougit pas de faire hommage à Dieu de son génie et de son audace.

Est-ce que le Président des États-Unis n'inaugurait pas, il y a peu d'années, l'exposition de Chicago par un acte d'adoration et d'action de grâces envers le Tout- Puissant?

Mais il me déplaît de vous proposer un pareil modèle. Nous avons chez nous de meilleurs et de plus purs

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