LE ROLE SCIENTIFIQUE DES FACULTÉS CATHOLIQUES
Messieurs,
C'est un grand embarras que l'embarras du choix. Entre plusieurs devoirs également importants, également difficiles, les timides, les pusillanimes (hélas! il y en a même parmi les chrétiens) hésitent longtemps, puis se décident à ne rien faire. Entre plusieurs objets appétissants et qui excitent également leur gourmandise, les enfants, eux, hésitent aussi quelquefois; mais d'ordinaire ils se décident à tout prendre.
A Lille, quand il s'agit du bien à faire, il ne se trouve pas de pusillanimes : tout le monde ressemble à l'enfant gourmand. Les charges ont beau se multiplier, on n'hésite même pas ; c'est à peine si l'on délibère* On prend tout, on soutient tout. Et le secret pour y réussir est toujours le même : comme inspiration, une
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foi indomptable; comme ressource, le prodoit du travail et de rintelligence mis en coupe réglée par le sacrifice. Et quand la coupe réglée ne suffit plus, eh bien ! il y a la coupe de futaie.
Ah I ce n*est pas ici qu*on peut avoir peur d'être indiscret en venant parler aux catholiques des nécessités de renseignement supérieur! Et étendant, ici comme ailleurs, plus qu'ailleurs, toutes les antres nécessités sont comprises. Je ne finirais pas si je voulais seulement énumérer vos œuvres. Je ne prendrai qu'un exemple : l'œuvre des écoles populaires. Sur ce terrain, généreux Lillois, vous exercez un véritable droit d'aînesse.
Sous l'Empire, si j'ai bonne mémoire, la municipalité de votre ville avait déjà offert au monde les prémices de la laïcisation. Oh I comme cela nous étonnait alors, même à Paris ! C'est que nous n'étions pas encore instruits I nous ne savions pas encore que le progrès scolaire consiste à échanger les leçons de maîtres dévoués, capables et modestes, contre un enseignement inférieur en valeur, inférieur en moralité, mais qui a le double avantage de coûter deux fois plus cher et d'être tourné contre Dieu ! Depuis lors, on a complété partout à la fois notre éducation. A cette époque, nous admirions les chrétiens de Lille, qui, sans hésiter un instant,avaient maintenu, à titre d'écoles libres, les deux écoles laïcisées.
Aujourd'hui, cet effort paraît bien petit à côté de tout ce qu'il a fallu entreprendre. Nulle part autant qu'ici le zèle et la charité ne savent varier leurs formes et multiplier leurs bienfaits.
Et c'est ici encore que celte œuvre coûteuse, gigantesque, de renseignement supérieur obtient non pas, comme ailleurs, un succès d'estime, mais un concours efficace, persévérant, et qui ne recule même pas devant la magnificence d'une construction sans égale.
A une telle générosité, à une telle foi, ce ne sont pas des exhortations qu'il faut adresser, mais il est permis d'apporter des encouragements.
Et c'est ainsi, Messieurs, que j'ai compris mon rôle, quand les éminents patrons des Facultés catholiques de Lille ont bien voulu assigner, en ma personne, à rinstitut catholique de Paris une place fraternelle dans ce Congrès. Je me suis dit : il faut encourager ceux qui nous donnent de si grands exemples. Et pour cela que leur dirai -je? que l'épreuve ne sera pas de longue durée? qu'ils touchent au terme de leurs sacrifices? Non, je ne dirai pas cela, bien que je l'espère un peu. Mais je ne dirai pas, parce que je n'en sais rien et qu i n'y a que les mauvais soldats qu'on a besoin d'encourager par de vaines ou incertaines espérances. Aux vaillants on dit : Vous allez continuer l'effort, vous allez braver ce danger, donner ou subir cet assaut, endurer cette privation, cette fatigue ou cette souffrance, parce que la cause que vous défendez l'exige et que cela est grandement utile à cette cause.
Je viens donc vous parler de l'importance de notre enseignement supérieur catholique ; non pas que je veuille traiter ce sujet dans son ensemble, ce serait une entreprise infinie. Mais s'il y a dans cette vaste question un aspect moins évident, moins aperçu du grand
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nombre, el qui soit cependant un aspect principal de cette jrrande œuvre, c'est celui-là que je voudrais vous montrer.
Or, Messieurs, c'est ma conviction profonde que beaucoup de nos amis et de nos bienfaiteurs ne voient pas Talfaire du haut enseignement par son grand côté. On est très frappé du danger que court la jeunesse en passant de la discipline du collège à la vie émancipée de l'étudiant.
Mais de simples associations de persévérance, des cercles, des internais comme on sait en faire à Lille, suffiraient à y parer. On est vivement préoccupé du péril qui menace non plus seulement les mœurs, mais la foi de cette même jeunesse, au contact d'une science athée ou dédaigneuse de toute croyance. Ici, je le reconnais, on est dans le vif de la question, et je ne vois pns d'autre remède au mal que celui qu'on a trouvé, en créant un enseignement supérieur dont la vérité catholique soit l'inspiration et la règle. Toutefois, ceux qui tiennent absolument à prendre notre œuvre en défaut peuvent dire que ce bien réel et nécessaire n'atteint qu'une minorité d'étudiants, minorité jusqu'ici trop faible pour justifier l'immensité des efforts et des sacrilicîes qu'on vous demande. A cela. Messieurs, je sais bien ce que vous êtes prêts à répondre. Un personnage de comédie disait : Il me plaît d'être battu. Vous dites : Il nous plaît de nous saigner aux quatre veines, même pour assurer à un petit nombre de jeunes hommes la conservation du trésor de la foi. Cela nous plaît, parce que les âmes n' ont pas de valeur marchande sur le
places commerciales, et que, pour en mesurer l'excellence, il faut s'adresser à Jésus-Christ, qui nous répond : Chacune d'elles a coûté tout mon sang I
Et puis j'aurais encore autre chose à répliquer à ceux qui nous reprochent la disproportion entre le nombre de nos étudiants et le poids de nos sacrifices.
Je leur dirais : Qui êtes- vous? amis ou ennemis? Si vous êtes ennemis, laissez-nous faire nos folies. La croix aussi est une folie, et nous l'adorons.
Si vous êtes amis et que vous trouviez nos rangs clairsemés, c'est votre faute : donnez-nous vos fils!
Toutefois, Messieurs, j'ai plus d'une fois senti que cette objection du nombre faisait impression sur la masse et embarrassait par moments nos défenseurs. Ne serait-ce donc pas rendre service à ceux-ci que de leur montrer dans notre œuvre une utilité égale ou supérieure à toutes les utilités qu'on a déjàénumérées, mais qui, à la différence de celles-ci, ne dépend pas du nombre?
Eh bien I cette utilité, je la trouve dans le rôle scienii'fique des Facultés catholiqtces.
Je formule ma pensée en deux propositions ;
1° 11 nous faut des foyers scientifiques chrétiens.
2° Nos Facultés répondent et répondent seules à ce besoin.
Pourquoi nous faut-il des foyers scientifiques chrétiens?
Parce que la science aujourd'hui gouverne le monde et veut le gouverner contre Dieu et contre son Christ.
Cela est devenu une vérité banale ; c'est un fait d'expérience qui frappe les esprits les plus distraits.
Le monde obéit de plus en plus à la préoccupation du bien-être matériel. Et il a foi en la science pour le lui donner. Sans doute plus d'un mécompte l'attend dans cette voie. L'homme n'abdique pas impunément le souci de sa destinée morale. Quand on donne la préséance aux appétits, comment s'étonner qu'ils deviennent exigeants? Et quand on a énervé le devoir et tari l'espérance d'outre-tombe, comment désarmer l'égoïsme inassouvi qui se rue sur l'égoïsme satisfait? Mais enfin le courant est de ce côté-là. Et parce que la science dite positive apporte un concours important à l'augmentation du bien-être, non pas de tous, mais de plusieurs, on veut que tout se réduise à la science positive. On y ramène l'histoire, la philosophie et la morale. La liberté n'a plus sa place dans le mécanisme universel : la liberté de l'homme, qui n'est qu'un produit; la liberté de Dieu, qui n'est qu'un idéal.
Une fois lancé sur cette pente, on ne s'arrête plus : tout ce qu'on rencontre sur son passage, il faut le briser. Or, le christianisme est là, fait vivant, immense et irréductible au système. L'humble femme qui, dans sa chaumière, récite un Pater; l'enfant qui, sur le chemin, salue la croix ; ces petits, ces simples que le Christ a éclairés, donnent à chaque instant un démenti à la science athée : ils proclament Dieu Créateur, Dieu Rédempteur, Dieu Juge. Mais si Dieu est créateur, lama-
tière ne suffit plus; s'il est rédempteur, la force n'est pas tout, Tempire est à Tamour ; s'il est juge, rhomme n'est plus à lui-même sa loi. Il est donc vrai ! La foi, le culte, la prière, voilà l'ennemi : Toile, tolle^ ôtez tout cela!
Vous le reconnaissez, Messieurs, ce cri sauvage. Je l'avoue, il ne m'effraierait pas si c'était seulement le cri de la haine. La haine toute seule ne réussit pas à s'attacher les multitudes. Ce qui est grave, c'est qu'il est poussé au nom de la science. Or, c'est le privilège de la science de se faire adorer des hommes, surtout s'ils sont ignorants. Il y a en chacun de nous un héritage d'orgueil qui nous vient de Satan, en passant par Adam pécheur. JEJritis sicut dii scimtes. Vous serez des dieux quand vous saurez tout, disait le tentateur. Cette parole séductrice n'a pas perdu le secret de se faire écouter. Et quand on vient dire aux illettrés ou aux demi-savants : les grands savants ont trouvé le mot de l'énigme; ils ont réduit le monde à un problème de physique qu'ils achèvent de résoudre; il n'y a plus ni Dieu ni maître; oh! quand on dit cela, on a pour soi la foule des hommes, parce qu'on a pour soi l'armée des passions I
Et que répondre à cette foule trompée? Faudra-t-il essayer de la désenchanter de la science? Vous n'y réussiriez pas. Elle verrait en vous des apôtres de l'ignorance et des complices de la tyrannie.
II y a mieux à faire. Messieurs. Il y a à démêler cette formidable équivoque qui confond sous un même nom les faits vrais et les idées fausses, les connaissances réellement positives et les conceptions systématiques.
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Dans ce qui fait Tobjet du nouveau culte, tout ce qui appartient au vrai savoir est bon et vient de Dieu ; tout ce qui est mauvais, tout ce qu'on tourne contre Dieu est objet de préjugé et non de science.
Voilà notre thèse, Messieurs. Et c'est la vraie.
Ah I si nous pouvions la faire prévaloir, c'en serait fait du règne scientiflquede l'impiété. H y aurait encore des savants impies, mais ils ne pourraient plus imposer rimpiété au nom de la science.
Cherchons donc un moyen de rendre notre démonstration éclatante et victorieuse.
Plusieurs moyens ont été essayés jusqu'ici.
On a pris une à une toutes les contradictions prétendues qui rendraient les dogmes chrétiens inconciliables avec la science; et l'on a montré par une analyse patiente que le confit n'était qu'apparent. Mais le public a refusé son attention à ces discussions austères; il a répondu implicitement aux apologistes : Vos raisonnements me laissent indifférent; par conséquent, vos conclusions me trouvent sceptique.
Alors on s'est adressé de nouveau à ce public superficiel et on lui a dit : Vous ne vous intéressez point aux controverses, vous ne regardez qu'aux faits. Eh bien! voici un fait : bon nombre de savants sont chrétiens. Récusez- vous Leibnitz? Mettez-vous Newton en dehors de la science? Ampère, Cauchy, Biot sont-ils pour vous des obscurantistes? Ils furent croyants, néanmoins. Donc la science n'exclut pas la croyance.
La conclusion est assurément légitime. Si ces grands esprits, doués apparemment de quelque logique, ont
pu se mouvoir librement dans le cercle de la pensée chrétienne, s'ils s'y sont trouvés assez à l'aise pour donner à leur génie scientifique Tessor que l'on sait, c'est qu'évidemment l'accord est possible. Une contradiction qu'ils n'ont point vue ne doi^pas exister.
Mais si cette conclusion est légitime, il s'en faut qu'elle suffise à nous gagner l'adhésion générale. C'est un argument valable, mais un peu démodé et un peu énervé. Oui, nous dit-on, il y a eu autrefois, à l'origine du mouvement scientifique, de grands savants chrétiens. Ce n'est pas merveille : la science n'était pas née avant eux. Les siècles précédents les avaient faits chrétiens, et eux ils ont fait la science. Quoi d*étonnant qu'ils aient gardé l'empreinte de cette formation théologique qui avait si longtemps régi toute culture humaine? — Oui, encore, ajoute-t-on, il y a eu dans ce siècle plus d'un savant illustre qui n'a pas rompu avec les dogmes révélés ou avec le spiritualisme chrétien. Mais voyez comme ils se font rares aujourd'hui I On n'en voit pas qui se lèvent pour prendre la place de ceux qui tombent. L'idée qui domine la science et qui la meut sans cesse vers de nouvelles conquêtes, c'est l'idée de la loi, mais de la loi qui se suffit à elle-même et qui n'a pas besoin de législateur.
Tout se développe dans le sens d'une évolution continue, fatale, dont la science travaille à tracer la trajectoire. Et les témoignages concordants des faits sont si favorables à cette donnée, qu'insensiblement tout homme qui respire l'atmosphère des laboratoires se trouve gagné à cette façon impersonnelle d'envisager la
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nature. Si donc il ne se fait plus de savants chrétiens; si la tendance définitive de la science est d'exclure les nations fondamentales sur lesquelles repose toute religion positive, comment admettre que la foi chrétienne ait été chez les maîtres dont vous invoquez le patronage — et qui sont presque tous morts aujourd'hui — autre chose qu'un prolongement des conceptions anciennes dans des esprits d'ailleurs ouverts aux initiations de l'avenir? Rien ne se fait par sauts dans le monde, et les hommes dont le génie a inauguré l'ère nouvelle devaient nécessairement payer un dernier tribut à ce passé qu'à leur insu peut-être ils travaillèrent à ensevelir.
Messieurs, voilà comment on se débarrasse de l'autorité des savants chrétiens. Ne croyez pas que j'invente cette façon de raisonner, elle est au fond d'un grand nombre d'esprits dans notre temps. C'est à cette préoccupation qu'il faut répondre; ou bien, j'ose l'affirmer, c'en est fait du christianisme dans la classe lettrée et pensante. L'antagonisme irréductible de la foi et de la science passera pour chose acquise, et ce n'est pas la science qu'on sacrifiera.
Eh bien, Messieurs, je ne vois qu'une seule réponse possible, réponse de fait, comme on en veut aujourd'hui : il faut créer des foyers scientifiques chrétiens.
CVm-, c'est-à-dire faire à nouveau quelque chose qui ne soit pas, comme on dit, un prolongement du passé. Créer des foyers scientifiques ; non pas produire çà et là et comme par aventure quelques résultats scientifiques d'une réelle valeur, mais ouvrir des sources permanentes de vrai savoir, de savoir supérieur, authen-
tique et s'imposant au respect des hommes de science par des caractères indiscutables.
Enfin, il faut que ces foyers scientifiques soient chrétiens ; que non seulement Torthodoxie y soit en sûreté, mais que l'inspiration dominante y soit la pensée chrétienne; que ceux qui se formeront là respirent l'atmosphère chrétienne, en telle sorte qu'on ne puisse pas dire que la rencontre dans les mêmes esprits de la foi et de la science soit une rencontre fortuite et le rapprochement accidentel de deux choses naturellement disparates et incohérentes entre elles.
Voilà bien, n'est-il pas vrai, les conditions du problème. Si nous ne faisons pas cela, la possibilité actuelle d'allier la croyance et le savoir restera chose douteuse aux yeux de nos contemporains. Si, au contraire, nous le faisons, la démonstration sera complète, elle sera triomphante. Deux états d'esprit qui naissent et se perfectionnent dans le même milieu, sous les mêmes influences, ne sont décidément pas exclusifs l'un de l'autre. Il n'y a plus de légèreté, d'inattention qui tienne. L'accord est évident, et la mauvaise foi reste la seule ressource de ceux qui voudront persister à le déclarer impossible.
Et maintenant. Messieurs, où sont-ils les foyers scientifiques chrétiens? Où étaient-ils il y a dix ans, alors que l'enseignemelit supérieur appartenait encore tout entier au monopole universitaire ? Ils n'étaient pas
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dans l'UnÎTersité elle-même, quelles que fussent les croyances personnelles d*un certain nombre de ses maîtres: et comme il nv avait rien en dehors d'elle, ces foyers n*existaient nulle part.
Aujourd'hui, où peuvent-ils ètre?Ce n*est assurément pas chez quelques savants isolés. Du cabinet d'un homme de science, il peut sortir un livre, une découverte, un instrument de travail. Mais je ne vois pas réunies là les conditions que nous énumérions tout à l'heure et d'où dépend la démonstration que noas cherchons. Si ce savant isolé est chrétien, c'est là un fait individuel, i^oré du grand nombre. Un croyant à lui seul ne constitue pas un milieu chrétien, ne suffit pas à donner la marque chrétienne à tout ce qui sort de ses mains, à faire bénéficier la foi chrétienne de tout ce qu'il peut conquérir pour lui-même d^autorité ou de gloire.
Avouons-le, le foyer scientifique qu'il nous faut ne peut se rencontrer que dansune grande institution d'enseignement : là où sont rassemblés tous les moyens de travail ; là où les bibliothèques, les laboratoires, les collections mettent Toutil à la main aux amateurs du grand savoir; là où la nécessité d'instruire les autres, rémulation d'un savaat voisinage, l'aiguillon de la concurrence avec des établissements rivaux, l'échéance des examens, l'exigence des programmes, le souci des carrières, tous ces stimulants d'activité intellectuelle qui qui ne se trouvent nulle part ailleurs, déterminent un courant permanent d'efforts dirigés vers la conquête de la haute science.
Voilà ce que c'est qu'un foyer scientifique. Mais ne reconnaissez-vous pas à ce portrait nos établissements d'enseignement supérieur? C'est précisément pour y ramasser tout ce monde de connaissances actives et chercheuses que nous avons sollicité et obtenu le droit de les appeler des Universités. On nous a ôté le nom, on n'a pas pu nous ôter la chose. Nos groupes de Facultés sont faits pour constituer de grands foyers scientifiques.
En même temps il faut que ce soient des foyers chrétiens. Cette condition est facile à remplir dans nos grandes écoles, fondées, entretenues, gouvernées par nos évêques, approuvées, bénies, encouragées par le Souverain Pontife. Partout ailleurs et sous toute autre forme, la condition d'orthodoxie et d'inspiration catholique serait moins assurée, en tous cas moins évidente, et si Ton voyait se produire des résultats scientifiques, on serait moins certain de leur provenance chrétienne.
Comprenez-vous maintenant. Messieurs, ce que j'appelais en commençant le côté inaperçu et le grand côté de notre œuvre? Nos Facultés catholiques doivent être des foyers scientifiques chrétiens; seules elles peuvent être des foyers scientifiques chrétiens: donc seules elles répondent pleinement à ce qui est le grand desideratum de l'heure présente, le besoin le plus profond des âmes, l'intérêt le plus élevé et le plus durable de la société chrétienne. Seules elles sont appelées à démentir sous une forme actuelle et décisive l'antagonisme mortel qu'on dénonce entre la science, qui est nécessaire à l'esprit de l'homme, et la foi, qui est néces-
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saire à son cœur ; entre la science qui tend à régir la vie présente et la foi qui dispose de la vie future.
Or, Messieurs (etvoici avec mon dernier mot le suprême encouragement que je vous apporte) ; or, celte partie vraiment supérieure de notre mission ne dépend pas autant qu on pourrait le croire du nombre de nos étudiants. Elle sera surtout le lot de nos maîtres et celui de nos amis. Que nos maîtres soient savants ; qu'ils impriment à renseignement de nos Facultés catholiques une marche à la fois progressive et sage; quils soient tout ensemble les hommes de la tradition et les hommes de la découverte; qu'ils réagissent contre des innovations imprudentes dans Tordre des études littéraires, tout en prenant leur part des conquêtes de Térudition moderne; quils gardent à l'esprit français ses qualités natives de clarté, de vivacité et de goût, tout en inspirant à leurs élèves le courage de la recherche et le culte de l'exactitude; qu'ils maintiennent la philosophie en contact avec la doctrine, sans Tisoler du commerce avec les faits ; qu'enfin, dans l'ordre des sciences exactes ou positives, ils se montrent les émules hardis et heureux de ces grands devins, de ces QEdipes modernes qui arrachent au Sphinx ses plus mystérieux secrets ; — que pour leur faciliter cette tâche, les administrateurs de nos Écoles supérieures fassent ce qu'on fait à Lille : qu'ils ne marchandent pas aux hommes de science les instruments de travail ; — et, parce que cela coûte cher, que nos bienfaiteurs ne se plaignent pas des sacrifices dont le fruit promet d'être si abondant et si doux!
Voilà nos vœux, Messieurs. Est-ce qu*ils sont chimériques? Est-ce qu'il faut attendre, pour les voir remplis, que vos élèves égalent en nombre ceux qui fréquentent les écoles de FÉtat? Est-ce que la partie de l'œuvre qui est déjà faite et qui vit sous vos yeux ne contient pas déjà tous les éléments de ce radieux avenir? Et quand vous aurez contribué, par votre appui moral et matériel, à créer des foyers scientifiques chrétiens, d*où partira l'hommage libre et glorieux rendu par la parole de Thomme à la parole de Dieu, est-ce que vous ne voyez pas que la bénédiction du nombre viendra comme d'elle-même s'ajoutera toutes les autres? Qu'avant tout la science accepte la souveraineté de Dieu : Qiiœrite prîmum regnum Dei! Et le reste vous sera donné par surcroît: Et cœtera adjicimtur vobis !
DISCOURS
PRONONCÉ
An CONGRÈS DES CATHOUQDES DE NORMANDIE à Rouen, le 23 noyembre 1883.