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L'EMPOISONNEMENT DE LA SCIENCE

Messieurs,

Il y a une quinzaine d'années, naissait en France une association sous ce nom : Ligvs de V enseignement.

A lire les statuts, à écouter les promoteurs de Tentreprise, il semblait qu'il ne fût pas question là d'autre chose que d'une croisade contre l'ignorance. Il y avait bien quelques esprits chagrins qui s'étonnaient de n'entendre jamais parler de la religion dans la prédication des nouveaux apôtres ; mais on leur répondait : C'est par respect de la liberté. Nous nous adressons à tous sans distinction de croyances ; nous devons garder la neutralité! Cette réponse ne rassurait pas tout le monde. D'aucuns s'inquiétaient de ne voir que des francs-maçons à la tète de la ligue. Mais, leur disait-on, où est le péril? Les francs-maçons ne sont- ils pas des gens

inoffensifs et bienfaisants? Ils ne sont pas les ennemis de Dieu, et ils sont les amis des hommes.

Le temps a marché, Messieurs. L'impiété, se sentant maîtresse des avenues du pouvoir, a jugé que l'hypocrisie n'était plus nécessaire et que l'heure de la violence était venue. Alors la franc-maçonnerie a rayé de son symbole le nom du Grand Architecte de l'Univers ; alors la philosophie positive, ainsi appelée parce qu'elle est composée de négations, a été saluée par un des maîtres du jour comme la religion du nouveau régime. Alors la Ligue de V enseignement a tenu en Suisse ses solennelles assises, oii son fondateur, un Vén.*. F.-., s'est félicité publiquement, et aux applaudissements de tous, d'avoir menti pendant quinze ans et d'avoir déployé le drapeau de la neutralité religieuse pour conduire ses concitoyens à l'assaut de toutes les croyances religieuses.

Cette histoire. Messieurs, est instructive; et l'Évangile nous apprend à en tirer une leçon. C'est celle qu'a formulée le Sauveur dans la parabole de l'économe infidèle. Les enfants du siècle sont plus habiles que les enfants de lumière dans le maniement de leurs intérêts. Certes Notre-Seigneur ne nous conseille pas d'imiter rimprobité de l'intendant, mais il nous fait admirer sa prévoyance. Sachons donc, nous aussi, prendre conseil de nos ennemis.

Ils ont réussi en se liguant. C'est une ligue que je vous propose.

Oh I que vos consciences se rassurent 1 Nous ne mentirons pas 1 Nous n'aurons pas un but avoué diflFérenl

176 DISCOURS SUR LÉDrCATH)!»

de notre but réel. Ceux qui accepteront notre programme ne seront pas trahis. Notre ligne sera onTertement la ligue de renseignement chrétien.

Mais, la dissimulation à part, nons arons pins d'an emprunt à faire à, nos adversaires.

Je pourrais énumérer ici tous les bons exemples quils nous ont donnés.

Je pourrais vous rappeler qu ils ont sa rester unis aussi longtemps qu ils n'ont pas été les maîtres. Certes, nous le voyons aujourd'hui, cela ne prouvait pas qu*ils fussent d'accord. Mais ils faisaient taire leurs dissentiments; ils ont même su conquérir des alliés inattendus. Il y avait un homme d'Ëtat qui déclarait, à la tribune, nétre de leur avis sur rien, ni sur la finance, ni sur les douanes, ni sur Tadministration, ni sur l'armée, ni sur la politique intérieure, ni sur la politique étrangère. Eh bien! cet homme d'État est devenu leur auxiliaire, et il est mort leur prisonnier.

Je pourrais vous faire remarquer qu'ils ont été patients, persévérant sans découragement en dépit des obstacles, gagnant chaque jour quelque chose sur l'opinion et exploitant au profit de leur cause deux grandes ressources : l'organisation de leurs sectes et le mensonge. Pour trouver là un modèle, il suffirait, en retenant la patience, la persévérance et le zèle, de remplacer l'action des sectes par la puissante organisation catholique, et la force qui appartient au mensonge par celle qui est propre à la vérité.

Mais toutes ces choses vous sont connues. Et puisqu'il s*agit d'emprunter à nos ennemis une leçon, c'est

sur un aspect moins aperçu peut-être de leur entreprise que je voudrais, ce soir, fixer votre attention.

La Ligue de l'enseignement a été une œuvre à la fois populaire et scientifique.

Populaire dans son objet apparent : répandre l'instruction primaire ;

Populaire aussi dans son objet véritable : ravir la foi à Tâme du peuple ;

Mais scientifique en même temps dans ses procédés, qui consistent à vulgariser la science après l'avoir empoisonnée d'athéisme.

Regardons de près leur œuvre et voyons si ce n'est pas là ce qui la caractérise. Cherchons ensuite où est, pour nous, le modèle à imiter.

Le but avoué de cette ligue, c'est la diffusion de l'instruction primaire.

Qu'y a-t-il dans cette instruction ? Deux éléments : l'élément formel, l'acquisition de l'instrument, la lecture, l'écriture, le calcul élémentaire; — l'élément objectif, l'acquisition des connaissances.

L'élément formel n'est pas ce qui nous divise. Non seulement aujourd'hui les catholiques ne sentent pas moins vivement que les libres-penseurs la nécessité de cet instrument pour l'homme du peuple ; non seulement ils prouvent par leurs sacrifices qne l'école leur tient au cœur, mais l'étude chaque jour plus complète des monuments du passé prouve que l'ancienne France n'était

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guère en retard sur la nouvelle, et que, pour se faire une idée de la culture intellectuelle comme du bien-être matériel du peuple avant la Révolution, il y a d'autres documents à consulter que certaine page illustrée d'un certain manuel où l'on voit les paysannes courir après les rats et les attraper par la queue.

Reste l'élément objectif, les connaissances positives à acquérir.

Il n'existe que deux moyens d'acquisition : la recherche personnelle et l'enseignement d'autorité.

Or, quoi qu'on dise, l'instruction primaire ne peut s'acquérir que par l'enseignement d'autorité.

Je sais qu'on se vante du contraire. L'autorité, c'était bon pour l'ancien régime. Aujourd'hui, la liberté pénètre partout, et l'instruction primaire elle-même doit être une initiation au libre eçaamen.

Libre examen ! double mensonge ! Il n'y a là ni examen ni liberté.

Il n'y a pas d'examen. L'instruction primaire est achevée entre douze et quatorze ans. Et voyez-vous, à cet âge, le fils d'un ouvrier (et quand ce serait le fils d'un prince ?), le voyez-vous discutant les bases de l'enseignement qu'il reçoit? En histoire, voyezvous cet érudit de l'alphabet remontant aux sources? En morale, le voyez-vous contrôlant les principes, choisissant entre l'impératif catégorique et l'intérêt bien entendu? VA dans cette introduction à la connaissance générale de la nature, qui doit, paraît-il, remplacer désormais la métaphysique et la religion, voyez-vous ce philosophe d'école primaire soumettant

à une critique personnelle et comparative les différents systèmes cosmogoniques, la création par exemple, et révolution ? Allons donc!

Vous voyez bien qu'il n'y a pas d'examen possible. Et où serait la liberté? Est-ce que Técolier choisit ses maîtres? Vous ne voudriez même plus que son père pût les choisir I Est-ce que l'écolier choisit ses livres? Mais ouvrez le Journal officiel d'avant-hier. Vous y trouverez une liste de 24 ouvrages sur la morale et l'instruction civique. Tout autre livre sur ces matières est interdit. Et cette liste imposée contient tous les ouvrages condamnés par TËglise.

Ainsi, le libre examen à l'école est une chimèrCè II reste l'enseignement d'autorités

Or, on ne veut plus de l'autorité de l'Église. Il faut donc la remplacer. Par quoi? Par l'autorité de la science.

Mais la vraie science n'est pas contraire à la vérité chrétienne. Que fait-on alors? On falsifie la science.

Et voilà l'œuvre scientifique dont je vous parlais en commençant. C'est un travail d'abord spéculatif et qui s'accomplit en haut lieu, dans ce monde réservé où ne pénètrentpas les profanes. Ce travail consiste à faire entrer l'irréligion dans» la composition de la science.

Parmi les opérateurs, plusieurs sont réellement des hommes de science; ils le sont, mais pas en cela. Ils sont savants, quand ils interrogent patiemment la nature; ils sont infidèles à leur vocation, quand ils veulent lui dicter sa réponse, ou mêler à sa réponse un élément qu'elle ne contient pas et qui puisse servir contre Dieu.

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L'esprit sectaire remplace ainsi chez des savants Tesprit scientifique et crée entre les membres de la Ligue ce qu'on pourrait appeler la franc-maçonnerie de la science.

Quoi d'étonnant dès lors qu'on ait réussi à faire de la science une arme contre le christianisme?

Deux ordres de connaissances se pré lent mieux que les autres à cette falsification du savoir : l'histoire de l'humanité et l'histoire de la nature.

L'histoire de l'humanité est exploitée au profit du naturalisme absolu. La religion est un besoin naturel de l'homme, mais un besoin qui correspond à une ignorance et à une faiblesse. Dans son développement historique, l'humanité traverse des formes religieuses diverses, qui marquent les étapes de son progrès; le terme du perfectionnement, c'est TafFranchissement total qui remplace l'inconnu par le connu, Dieu par la Loi. Mosaïsme, christianisme, autant de moments nécessaires d'une évolution fatale, et qui prennent place à leur tour dans cette grande procession des dogmes où défilent pareillement toutes les autres formes de la croyance, depuis le fétichisme grossier jusqu'aux savantes abstractions du Véda. Ainsi envisagée, la religion chrétienne peut être traitée avec égards et enterrée avec honneur. Et la révélation mosaïque, qui lui sert de base, ne devra plus faire l'objet d'une élude à part. La vieille Histoire sainte de nos écoles sera remplacée par un obscur chapitre consacré à Israël dans un coin du nouveau manuel d'Histoire ancienne de l'Orient.

Quant à cette grande réalité vivante qui s'appelle l'Église et qui pourrait gêner si on la montrait telle qu'elle est, on a soin, sinon de réduire son importance historique, le cadre des faits s'y refuse, du moins de la calomnier en grand, afin de préparer l'enfant à cette conclusion qu'on lui réserve : le progrès moral du inonde exige que l'Église disparaisse.* Pour en arriver là, le procédé est bien simple ; le crime ne chôme jamais dans l'humanité : on prendra tous les crimes commis dans les sociétés chrétiennes, et on en fera peser l'imputation sur l'Église, accusée de les avoir inspirés, elle qu'on déteste surtout pour sa fidélité à les flétrir !

Voilà ce qu'on fait de la science historique. Et que fait-on de la science de l'univers? Nous pensions, nous, que le hasard n'est pas objet de science, que l'objet nécessaire de la science, c'est l'ordre des phénomènes, et que l'ordre suppose un ordonnateur. La génération nouvelle devra penser autrement. On lui apprendra que la loi ne précède pas les faits, mais en résulte, et que les jeux brutaux d'un mécanisme inconscient poussent le monde à l'aveugle vers une beauté idéale qui ne réside nulle part, bien qu'elle semble gouverner tout. Si, parmi les découvertes d'un vrai savant, on a la bonne fortune de mettre la main sur un résultat qui semble favoriser cet incroyable système, vite on en tirera une hypothèse qu'on aura bientôt fait d'ériger en dogme. Ainsi, les recherches de Darwin sur la sélection donnent lieu à l'hypothèse du transformisme; le transformisme appuie la théorie de l'évolution ; l'évo-

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lution fournit un mot qui peut servir à tenir lieu du mot de création ; si l'on ne parle plus de création, c'est qu'il n'y a plus de créateur. En vain le savant anglais proteste et déclare qu'il n'accepte pas cette étrange déduction. En vain la raison crie qu'un Dieu n'est pas moins nécessaire pour tirer le plus du moins, dans la série évolutive, que pour tirer l'être du néant. On n'écoutera pas Darwin, on fera taire la raison, et l'inutilité de Dieu sera présentée aux masses comme une conséquence scientifiquement acquise des nouvelles théories organogéniques.

C'est ainsi, Messieurs, que la ligue athée, retirée sur les sommets du savoir, poursuit son œuvre mauvaise loin des regards de la foule. Ils descendront de là-haut à leur heure, les prophètes de l'impiété. Ils porteront dans leurs mains les tables de cette loi où le nom de l)ieu n'est plus écrit. Et le vulgaire recevra, prosterné et ravi, le nouvel Évangile. Et il aura bientôt fait d'en tirer les conséquences. Ah I voulez-vous savoir pourquoi le peuple frémit^ pourquoi le monde du labeur matériel roule dans son sein des projets de renversement? Qimre fremuerunt gentes et populi meditati sunt mania? C'est parce que les nouveaux maîtres de la terre, les princes de la science, se sont ligués pour détrôner Dieu et son Christ. Adstiterunt reges terne et principes convenerunt in unum adversus Dominum et adversus Chri^ stum ejiis.

Voilà le péril, Messieurs.

Mais, j'ai hâte de l'ajouter, voici également où est pour nous le modèle.

Le péril, avons-nous dit, c'est le traité conclu entre la haute science et l'impiété, pour ôter la foi au peuple.

Donc le salut serait Talliance du haut savoir et de la croyance pour le redressement des esprits.

La perversion descend des sommets et pénètre de là dans les couches profondes de la société.

Donc la lumière libératrice doit aussi descendre des cimes.

Ah ! Messieurs, nous voici au cœur de la question I Il ne sert de rien de recommander, en général, la cause de renseignement chrétien. Il faut voir par où l'on pourra la servir efficacement.

Or, je ne crains pas de l'affirmer, il n'y a qu'un moyen de la bien servir : c'est d'emprunter le procédé de nos ennemis, c'est de faire, nous aussi, œuvre scientifique et populaire; c'est d'amasser des réserves de science saine pour les distribuer au peuple ; c'est, en un mot, comme je le disais à Lille il y a peu de jours, de créer des foyers de haut savoir chrétien.

Eh quoi? dira-t-on, est-ce bien nécessaire? Pourquoi nous isoler dans la recherche scientifique ? Pourquoi nous donner l'embarras de former à nous seuls des foyers de science? A chacun sa foi ; mais la science est commune, elle est le bien de tous.

Ainsi parlent les prudents, disons le mot, les pusillanimes. Et moi je leur réponds : Vbus venez trop tard !

Le temps des compromis est passé. La neutralité est

morte; et ceux qui l'ont tuée, ce sont les mêmes qui Tavaient inventée !

Est-ce notre faute à nous s'il y a deux Frances? Il n'y en avait qu'une seule autrefois, et elle s'appelait : la France chrétienne.

Il paraît même qu'elle avait du bon, cette France une et chrétienne, car on veut lui emprunter sa bonne vieille morale. Il est probable que c'est uniquement parce qu'on n a pas pu la remplacer. Mais, en même temps qu'on maintient les préceptes, on interdit aux maîtres d'en établir les bases, ou d'en indiquer les fins supérieures. On intimera à l'enfant l'obligation de la lutte contre lui-même ; et s'il demande : pourquoi ce combat? on lui répondra: silence! cette question est indiscrète. Et s'il demande : à quoi sert la victoire? on lui dira encore que cela ne le regarde pas. Étrange manière de maintenir la vieille morale, en l'isolant de tout appui, de tout aboutissement. C'est dire : nous habiterons toujours la vieille maison de nos pères; seulement nous ôterons la toiture et nous arracherons les fondations.

Quoi qu'il en soit, cette ancienne France à qui vous empruntez un reste de morale, cette France chrétienne n'est plus une. Qui l'a divisée? Ceux qui ont divisé sa croyance. Ce n'est pas nous.

La Réforme protestante a commencé la scission ; la Révolution libre-penseuse Ta continuée. L'unité a péri par votre fait; et vous parlez de la rétablir en nous imposant l'impiété? Jamais!

Voilà pourquoi, s'il faut le dire en passant, votre loi

du 28 mars 1882, loi d'oppression athée, n'est pas et ne sera pas obéie.

Mais enfin. Messieurs, quand l'unité a disparu, il faut vivre cependant en face les uns des autres. On ne peut pas s'enlre-dévorer. A défaut de l'unité, il faut chercher la paix. Or, la paix, dans une société aussi profondément divisée que la nôtre, la paix ne peut subsister qu'à deux conditions : le respect réciproque de la liberté et le respect de la justice.

Les adversaires de notre foi ont dédaigné ces scrupules. Ils ont foulé aux pieds nos libertés; ils ont fait litière de nos droits; ils ont asservi contre nous la justice. Ils n'auront pas la paix!

Ah! je sais bien que nous serons les premiers meurtris dans cette guerre. Mais qu'importe? Nous ne perdrons pas courage! Et, pareils à ces capitaines que le sifflement des balles et les ravages de la mitraille autour d'eux n'empêchent pas d'interroger l'horizon avec calme, de choisir du regard les positions maîtresses et d'y entraîner leurs troupes, nous crierons à tous nos frères dans la foi, devenus nos frères d'armes :

Emparons-nous de la science !

L'instruction populaire est sans doute le grand intérêt du jour; mais cet intérêt ne sera bien servi que par un enseignement scientifique puisé aux sources élevées de la science.

Et parce que la science se refait tous les jours, parce que le champ est immense et le labeur accablant;

Parce qu'il faut, pour l'accomplir avec ensemble et

avec fruit, des ouvriers nombreux, une direction sûre et de grandes ressources de travail ;

A cause de cela, des efforts isolés ne sauraient nous sufBre. Il nous faut des foyers permanents de vrai savoir qui demeurent des foyers de pensées chré* tiennes.

C'est-à-dire, pour appeler les choses par leur nom, il nous faut des écoles supérieures catholiques.

Si la loi le permettait, nous dirions des Universités catholiques, car c'est bien là ce qu'il nous faut.

Mais on nous a pris le nom. Gardons la chose I Groupons les travailleurs, dirigeons les efforts, facilitons les recherches, activons la production scientifique ; que de nos facultés Jibresetchrétiennessortentdesprofesseurs instruits, pour élever au niveau de toutes les exigences renseignement de nos collèges. Ce n'est pas assez : que de nos presses sortent des livres, de nos laboratoires des découvertes, de nos écoles des savants qui se fassent respecter, qui forcent l'entrée des académies, des sociétés savantes, et rompent enfin le blocus organisé contre la science chrétienne. Que cette opinion s'établisse enfin que, dans une atmosphère de foi sereine et pure, la haute science est à Taise, se développe sans entraves et le prouve au monde par d'éclatants résultats !

Faisons cela, Messieurs, ou bien nous n'aurons rien fait. Nous dépenserons beaucoup d'argent, beaucoup d'efforts pour nos écoles populaires. Et quand ces enfants, formés avec tant de soins, au prix de tant de sacrifices, sortiront de ces écoles, ils tomberont dans

un milieu social que nous n'aurons pas influencé ; ils y respireront lascience athée. On leur dira qu'il faut choisir entre savoir et croire et que les chrétiens ne savent pas* On leur montrera les académies, les laboratoires, les bibliothèques, tous les lieux réservés d'où jaillit la science, d*oCi elle part pour gouverner le monde; et on leur demandera quelle place les croyants occupent sur ces sommets. Combien en est-il qui résisteront à cette épreuve ?

Messieurs, il ne faut pas que cet ostracisme dure. On l'avait compris, il y a huit ans. C'est pour répondre à ce besoin pressant qu'on avait revendiqué l'abolition du monopole dans l'ordre de l'enseignement supérieur, et qu'à peine en possession de la liberté reconquise, on s'était hâté de l'exercer par la création des Facultés libres.

Paris ne pouvait manquer d'être un des centres principaux de cette grande entreprise ; et Rouen ne pouvait manquer d'être un des principaux auxiliaires de Paris. Comment oublier, en rappelant les origines de notre œuvre, celui qui fut un de ses premiers fondateurs, un de ses patrons les plus autorisés? Nous venons dans ce diocèse, dans cette province en deuil, mêler nos regrets aux vôtres, et déposer sur la tombe à peine fermée du vénéré cardinal l'hommage de reconnaissance que lui doit l'Institut catholique de Paris.

Eh bien, Messieurs, ce que la loi nous avait concédé, ce que le zèle de nos évêques avait inauguré, ce que le dévouement de tous les catholiques, le vôtre en parti-

188 DISCOURS SUR L'ÉDUCATIOlf

culier, chrétiens de Normandie, nous avait permis de commencer, allons-nous l'abandonner, ou le laisser languir pour faire face à des nécessités nouvelles ?

Non, c'est impossible! Car ce serait sacrifier les intérêts mêmes que nous croirions par là servir. Je vous ai montré l'étroite solidarité des deux ordres d'enseignement. Négliger l'un, c'est énerver l'autre. Si je devais faire appel à votre seule générosité, j'hésiterais peut-être à vous proposer une telle accumulation de charges; du moins, je comprendrais que chacun fît son choix et portât ses aumônes là où sont ses préférences. Mais non, il ne s'agit pas seulement d'être généreux, il s'agit d'être avisé. Puisque l'Évangile même recommande à notre imitation l'habileté des enfants du siècle, pourvu qu'elle soit mise au service du bien, faisons habilement les affaires de Dieu. Or, en affaires, j'en appelle aux Normands, quel est l'argent qu'on pleure? Ce n'est pas celui qu'on dépense, c'est celui qui ne rapporte pas. C'est une joie stupide que celle de l'avare qui va cacher son trésor dans la terre. L'homme intelligent se réjouit, quand il fait de son or une semence qu'il confie à un sol bien préparé pour la faire fructifier au centuple.

Il faut que cette joie soit la vôtre, quand vous prodiguez vos largesses à l'œuvre des écoles. Pour cela, Messieurs, préparez bien votre sol ; donnez-lui une culture scientifique; entretenez les foyers de haut savoir chrétien. Ne marchandez à nos écoles supérieures ni l'argent ni les hommes. Ne séparez pas ce que vos

adversaires savent si bien unir, Tinstruction populaire et la science.

A la Ligue de t enseignement qui a Tathéisme pour symbole, pour instrument le mensonge et la franc-maçonnerie pour armée, opposons la ligue de l'enseignement chrétien, qui a la foi pour base, la vérité pour but, et pour ressources les efforts et les sacrifices de tous les enfants de Dieu !

HOMELIES

PRONONCÉES

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