‹ Mélange oratoiresChapitre 35 sur 51 · n Cor., IV, n · texte numérisé non relu

n Cor., IV, n

IfB HOMÉLIES

Cest ainsi. Messieurs, que le ciiristiaiiisme fait de nous les citoyens du siècle fatnr. Mais est-41 yrai qa'il nous empêche par là m^ne de nous foire notre place dans la yie présente?

Il ne suffit pas d'opposer à cette insolente prétention de nos ennemis une négation formelle ; il faut prendre Toffensive et pousser hardiment jusqu'à Tassertion contraire. Le chrétien est, par rapport à la TÎe terrestre, dans nne condition meilleure que Timpie, parce qu'il comprend mieux le sens de cette vie et qu il est mieux armé pour en tirer parti.

D abord, il la comprend mieux, et ce n'est pas merveille : il en connaît Torig^ne et la fin. Or, la vie est nn mouvement, et ce n'est pas connaître la loi d'un mouvement que d*en mesurer seulement la vitesse : il fant pouvoir en déterminer la direction ; et la direction se détermine parla fixation du point de départ et du terme.

C'est là ce que, en dehors du christianisme, Thumanité a toujours ignoré et ignorera toujours. Dieu est l'origine. Dieu a fixé le terme ; Dieu seul connaît donc l'orientation de notre vie et l'homme, pour l'apprendre, a besoin que Dieu la lui enseigne. Aussi voyez ce qu'ont ànousdirclà dessus les contempteurs de noscroyances: quoi vague, 'quelle incertitude, quelle obscurité dans les solutions qu'ils donnent! Les uns renoncent à résoudre le problème et s'enferment de parti pris dans une ignorance qui affecte des airs de profondeur; ils

s'intitulent eux-mêmes les agnostiques, — cetix qui ne savent pas. Les autres dogmatisent sur des hypothèses que la raison réprouve et que la science ne confirme pas. Ils disent : Le monde part d'un quasi-néant; il va par une évolution progressive vers un état supérieur dont la formule est indéchiffrable. Quand Tunivers y sera parvenu, la conscience et la personnalité de chacun de nous seront éteintes depuis des milliers de siècles* Donc, par rapport à nous, la vie n'a pas de sens, puisqu'on ne sait pas où elle va se perdre ; on ne sait, ou du moins on n'affirme qu'une chose, c'est qu'elle se perdra dans l'avenir.

S'il en est ainsi. Messieurs, le pessimisme a raison. Que m'importe un progrès dont je suis le facteur et souvent la victime, mais dont je ne recueillerai jamais les bénéfices? Ce qui me touche, ce que je sens, c'est ma misère et ma souffrance. Si la vie ne me donne que cela, elle est un mal. Passe encore pour quelques privilégiés qui ont eu ici-bas leur part de bonheur. Cependant, pour ceux-là mêmes, le temps de la jouissance est bien court; la maladie est là qui la menace, la vieillesse est là qui la flétrit, la mort approche qui va la submerger dans le grand oubli. Et pour les autres, c'est-à-dire pour la multitude, cette jouissance même fugitive n'aura été qu'un leurre. Oui, la vie est un mal, le vouloir- vivre est une folie et un crime, le suicide est la seule sagesse. Faut-il s'étonner qu'en dehors des rangs chrétiens, l'attentat de l'homme à sa propre vie devienne le dénouement ordinaire, chaque jour plus fréquent, des drames de l'existence ?

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Le chrétien, lui, sait pourquoi il est en ce monde, pourquoi il soulTre, pourquoi il meurt. Il est donc mieux placé pour comprendre sa vie. 11 est également mieux pourvu pour en tirer parti.

C'est ici cependant que nos contradicteurs nous attendent. Non, disent-ils, vous no pouvez pas vous intéresser comme nous à l'existence terrestre : pour vous, cjle est trop peu de chose, une épreuve, un passage; elle ne compte pas par elle-même, mais seulement par rapport à l'éternité.

Je pourrais répondre : si la vie est courte pour noua sur la terre, pour vous est-elle plus longue? Et serait-ce donc un avantage de ne rien espérer aa delàî

Mais je veux serrer de plusprès la difficulté. L'homme, qui n'attend rien après la mort mettra pins d'âprelé peut-être à poursuivre le bonheur ici-bas. Ce n'est pas une raison pour qu'il l'atteigne plus sûrement. S'agit-il dessatisractions de l'esprit, l'incroyant B'altachera,jele veux bien, à épeler le livre de la nature ; il mettra d'autant plus d'ardeur dans cette poursuite qu'il se flatte d'y surprendre le secret de la richesse, de la santé, du bien-être, soit. Mais cette recherche ne nous est pas interdite. La civilisation matérielle et le christianisme n'ont rien d'incompatible. Le champ de l'observation est ouvert devant le croyant et l'incroyant. Seul le point de vue diffère. L'un, qui nie Dieu, voudra savoir comment le monde s'élabore de lui-même ; l'autre, qui croit en Dieu, voudra savoir comment le Créateur dispose el gouverne son ouvTage. Pour l'un, la marche du progrès

tend vers un idéal encore inexistant et qui se crée chaque jour : pour l'autre, l'idéal est achevé, il est réel, il est la loi vivante des choses, leur origine et leur support aussi bien que leur terme. On peut faire de la science dans Tune et l'autre donnée ; la nôtre est plus vraie, la raison l'approuve et le développement scientifique ne saurait en souffrir.

Et puis la vie spéculative n'est pas le tout de l'homme. A côté de l'intelligence, il y a la volonté qui cherche le bien, il y a le cœur qui appelle Tamour. Ahl c'est ici qu'éclatent nos avantages. Car votre doctrine, à vous qui n'avez pas d'autre patrie que la terre, c'est la doctrine du chacun pour soi, de la lutte pour Y existence^ de y écrasement des vaincus. Je sais bien que vous en répudiez l'application. Vous avez sans cesse à la bouche les mots de solidarité, de fraternité, d'assistance ; vous affectez pour le sort des malheureux une sollicitude que je veux croire sincère. Mais c'est là chez vous un reste de christianisme, un legs de l'Évangile. La civilisation chrétienne continue d'inspirer ceux qui la renient. C'est elle, elle seule, qui a introduit dans le monde le respect du fort pour le faible. L'heureuse inconséquence qui vous empêche d'aller jusqu'au bout de vos principes ne durera pas toujours ; vous vivez des réserves de morale chrétienne que le passé avait accumulées pour vous. En même temps vous propagez des doctrines qui rendent impossible le renouvellement de ce trésor. Encore quelque temps, et il sera dissipé. Alors on verra ce que peut la conception positiviste de la vie humaine pour discipliner l'égoïsme et en faire

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sortir antre chose que des conflits homicides et d'effroyables t^Tannies.

Jeunes gens qui m'écoutez, tous voas demandez peut-être pourquoi j*ai choisi ce jour pour vous entretenir de ces spéculations, dont le rapport avec la solennité présente vous échappe. J'ai conscience pourtant d'être resté dans mon sujet.

Vous commencez aujourd'hui une année de travail. Vous la commencez sous les auspices de la prière, sous l'inspiration de la foi. Ailleurs, d'autres étudiants de votre âge reprennent aussi le labeur, sans fléchir le genou et sans lever les yeux au ciel. Il s'agit de montrer au monde que c'est vous qui avez raison.

Pour cela, sans doute, emparez-vous de ce qui vous manque, mais surtout gardez ce que vous avez.

Oui, emparez- vous de la science par un travail opiniâtre ; ne soyez pas trop pressés de cueillir les fruits hâtifs qu'elle procure à quelques-uns de ses adeptes. Demandez-lui ce qu'elle donne à ses fidèles et patients serviteurs : la supériorité, l'influence durable et bienfaisante. Les émoluments du savoir viendront plus tard. Si vous allez au fond de ce que vous étudiez, la société pourra tarder un peu à reconnaître vos mérites ; elle les reconnaîtra un jour parce qu'elle aura besoin de vous.

Mais aussi gardez ce que vous avez : gardez la foi, qui éclaire le présent des feux de l'avenir; gardez l'espérance, qui transfigure la douleur; surtout gardez l'amour, l'amour qui s'épanche en bienfaits sur les hommes, mais qui prend sa source en Dieu et nous ramène à sa source.

Ainsi, VOUS serez à la fois les hommes du siècle présent et ceux du siècle futur. A ceux qui vous contesteraient le droit de faire figure en ce monde, d'y faire respecter votre dignité, votre liberté, vos intérêts, vous répondrez ce que saint Paul répondait à ses persécuteurs : Givis romanus sum. Traduisons en français : « Je suis citoyen français. » A ceux qui voudront inaugurer contre vous un régime d'exception, vous répondrez avec le même apôtre : Gdeaarem appelle, « J'en appelle aux lois de mon pays. »

Mais à ceux qui voudraient borner là votre horizon, vous répondrez avec Tobie : « Nous sommes les enfants des saints : Filii sanctorum sumus. Gomme nos pères, nous attendons une vie meilleure, celle que Dieu réserve à ceux qui ne lui marchandent pas leur foi : Et vitam Ulam exspectamus his qui fidem sttam nunqmm mutant ah

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