M. l'abbé de Broglie
Enfin, cette année, hier même, Tlnstitut de France a fait aussi son jubilé séculaire ; et ceux de vous qui, le 23 octobre, ont essayé de pénétrer dans la nef de Saint- Germain-des-Prés, Font trouvée remplie par une foule dont chaque individu représentait une des gloires littéraires, scientifiques, artistiques de la France moderne.
Au grand nombre des croyants s'étaient joints quelques-uns de ces hommes dont l'esprit hésite encore devant les certitudes de la foi. Que venaient donc faire ceux-là dans le temple, sinon confesser que quelque chose leur manque et qu'il est bon de chercher ce supplément du côté du Ciel? Un prêtre, et, pour la troisième fois, c'était encore un de nos maîtres \ offrait le divin sacrifice. Un évoque leur parlait, et en quels termes? Ah I il n'éprouvait pas le besoin de voiler sous le vague des formules la doctrine de Jésus-Christ, Il parlait du culte des morts et des affirmations dogmatiques impliquées dans cette religion du souvenir. Il redisait la fin chrétienne de Pasteur et en souhaitait une pareille à tous ses confrères. Croyez-vous qu*un évéque-académicien du xviii'' siècle eût tenu ce langage? Croyez-vous qu'un auditoire pareil à celui-là Teût souffert au lendemain de la mort de Voltaire? Ah! comparez seulement les deux dates : 1795 et 1895; la conclusion se lire d'elle-même.
Cette conclusion, mes amis, c'est que vous pouvez être l'avant-garde de la société de demain. Les fils des apostats deviendront des néophytes, et ils sentiront