‹ Mélange oratoiresChapitre 42 sur 51 · Le R. p. Baudrillart · texte numérisé non relu

Le R. p. Baudrillart

comme tels, le besoin d'appuyer leur foi encore incertaine sur la solidité de la vôtre. Vous serez les initiateurs de la renaissance chrétienne que le xx° siècle nous prépare. Pour nous, nous aurons travaillé obscurément, dans le deuil et dans les larmes, à cette œuvre joyeuse. Nous aurons marché quarante ans avec Moïse dans le désert, et nous n'aurons salué que de loin la terre promise. Lorsque, sous la conduite de quelque Josué, vous y pénétrerez, vous accorderez un souvenir à nos efforts et vous vous rappellerez le temps où, pour exalter vos jeunes courages, nous faisions luire à vos yeux ces radieuses espérances.

Mais ce ne sont encore que des espérances. Pour les changer en réalité, qu*avez-vous à faire?

Vous avez deux choses à acquérir : la vertu et le savoir.

La vertu d'abord, et non pas une vertu médiocre et vulgaire, mais une vertu modelée sur l'idéal dont vous gardez le dépôt. Cette société malade, qui se rapproche de vous, s'attend à trouver en vous ce qui lui manque, ce que l'Évangile annonce à la terre, ce qui doit resplendir dans la vie des disciples du Christ. Si, en vous voyant passer, on ne vous distingue pas à première vue de ceux qui ne partagent pas vos croyances, un grand recul peut se produire ; car plus que jamais, en ce siècle pressé, on juge les doctrines sur ceux qui les personnifient.

Or, la vertu est un fruit qui ne mûrit pas en un jour. Quand vient Theure de la produire, il est trop tard pour l'acquérir. C'est maintenant, c*est pendant ces belles années de votre noviciat d'hommes qu'il faut surprendre et vous approprier les secrets de courage moral, de chasteté, de bonté, de dévouement qui se révèlent au temps de l'épreuve et font apparaître les héros du devoir et de l'honneur.

La vertu donc, mais la science aussi. Ce siècle, qui vous demande la vertu parce qu'elle lui manque, prétend aussi trouver en vous le savoir parce qu'il le possède, parce qu'il y tient, parce qu'il ne veut pas s'en passer.

Vous vous rappelez cette option douloureuse que Taine mourant proposait avec tristesse dans une des dernières pages qu'ait tracées sa main laborieuse. Partagé entre les préjugés de son grand esprit, prisonnier du positivisme, et les généreuses aspirations de son cœur, il disait : a II faudra choisir. Puisque décidément la morale ne tient pas sans le christianisme, ceux qui mettent la morale au dessus de tout devront croire les yeux fermés. Et puisque décidément aussi les dogmes chrétiens sont inacceptables à la raison, ceux qui ne pourront pas sacrifier leur raison sacrifieront leur conscience. »

Grâce à Dieu, mes amis, c'est là un faux dilemme, et il dépend de vous de le prouver. Emparez-vous du savoir ; dans vos âmes fécondées par une double culture, unissez étroitement la valeur morale à la valeur scientifique, et c'en sera fait de la désolante alterna-

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tire. Mais si vous tous dérobiez aa deToIr de Tesprit, si Toas restiez aa-dessous de la tâche intellectuelle à laquelle, dans ces hautes écoles créées par ses soins, TËglise aujourd'hui tous couTie, par votre faute le sophisme reprendrait crédit et les espérances qui reposent sur Yos têtes s'éTanouiraient dans une déception nouvelle et peut-être irrémédiable.

Ah ! je vous en conjure, épargnez-nous cette faillite, plus funeste mille fois que n'eût été celle de la science! Pour vous élever à la hauteur de votre mission, nous ne ménagerons rien ici de ce que le dévouement peut donner; et nous ne craindrons pas de solliciter ailleurs tout ce que le dévouement peut préparer. Sachez-le bien : c'est la conviction profonde où nous sommes qu*à Tœuvre de la haute éducation chrétienne est lié le sort de la civilisation, qui nous donne le courage de nous faire mendiants pour vous. Nous n'ignorons pas combien d'autres intérêts se disputent la générosité des catholiques; et pourtant nous ne craignons pas de tendre la main pour nos grandes écoles, parce que c'est ici que se jouent les destinées de l'avenir, parce que la lutte décisive des temps nouveaux est avant toul une lutte de doctrines; parce que les réserves de vérité, de charité, de justice qui sauvent les peuples se forment dans les hautes régions de la pensée, comme les réserves d'eaux fécondantes se forment sur les montagnes ; parce que le plus sûr moyen d'arroser les vallées, c'est de ne pas permettre que les sommets se dessèchent et que les sources se tarissent.

Jésus, ô noire maître, vous nous avez dit : « Ayez

confiance, j*ai vaincu le monde. » Accordez-nous de vaincre avec vous, non seulement la haine de nos ennemis, mais l'inattention ou Tindifférence de nos amis, afin que 'par leur concours vivent et grandissent ces institutions nécessaires qui doivent donner au siècle prochain ses initiateurs et ses guides .

Et vous, jeunes gens, comprenant le bien qu'on veut vous faire, le bien qu'on veut faire par vous, mettezvous courageusement à l'œuvre . Faites du travail de l'esprit et du travail de la volonté votre tâche de tous les jours. Contentez Dieu dans la fidélité de vos efforts. Il saura bien contenter à son tour, dans l'immensité de la récompense, toute l'étendue de vos désirs. Amm.

PRONONCÉS

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