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DE PARIS

ëminences,

Messëignëurs,

Messieurs,

Ayant épuisé toutes les formules qu'un rapporteur perpétuel trouve à sa disposition pour s'excuser d'être monotone, je renonce cette fois à réclamer votre indulgence, mais j'y compte plus que jamais.

Une œuvre comme la nôtre ressemble à ces jeunes arbres qu'un propriétaire prévoyant a plantés autour de sa demeure. A l'heure où il les plantait, il savait bien qu'il ne devait pas de longtemps trouver à s'abriter sous leur ombrage. Cependant chaque année, quand il revient à sa maison des champs, sa première visite est pour ses arbustes chéris. I^a raison lui dit : ils doivent être petits encore; le cœur répond : ils seront déjà grands. Enfin les voici sous ses yeux : la réalité dépasse l'espoir de la raison, elle reste audessous des ambitions du cœur. La jeune plante n'est pas devenue, en un an, un grand arbre; elle n'est pas davantage restée stationnaire, et son accroissement

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attesle qu'elle a*a pas en vain ba la rosée de la terre et reçu les caresses du soleil.

Le rapport que je vous dois s^inspirera de cette sincérité modeste. En Yons disant où nous en sommes, je ne me tlalte pas de satisfoire la bienveillante impatience de ceux qui voudraient apprendre sur nous des merveilles ; mais j espère démentir tous les pronostics fâcheux que tirent volontiers de trop timides amis.

Tout d'abord je rassurerai ceux-ci sur le recrutement de nos étudiants. L^année dernière, j'avais la joie de vous signaler enfin, après plusieurs années de déclin, suivies d'une période stationnaire, un soudain et important accroissement du nombre de nos étudiants en droit. Nous avions gagné cinquante inscriptions. Cette année, la marche ascensionnelle continue et tout nous fait espérer qu'elle ne s'arrêtera pas de longtemps. L'accès de la Faculté reste encore ouvert aux jeunes gens que le volontariat militaire va rendre aux études supérieures et à ceux que la session de novembre du baccalauréat es lettres va mettre à même de les commencer. Mais si nous comparons le registre de cette année à celui de 1889 à pareil jour, nous constaterons une augmentation de quarante inscriptions*.

Les esprits curieux se demanderont quelle peut être la cau^e de ce relèvement inattendu. Faut-il l'attribuer

1. Ces prévisions ont été dépassées; l'augmentation de la présenle année est de 56 inscriptions, soit un gain de 106 en deux ans.

à une bienveillance plus grande des pouvoirs publics, qui rassure les timides sur les conséquences d*un choix réputé dangereux jusqu'à ce jour? Non, n'est-ce pas? Ou bien nos clients naturels comprendraient-ils enfin ce qu'il y a d'étrange à braver de réels périls pour rester fidèles aux collèges catholiques, et à déserter les Facultés catholiques sous l'empire de craintes imaginaires? Cette explication me plairait beaucoup. En vérité, nous n'avons rien à dissimuler. Nous sommes chrétiens et Français. Nous n'admettons pas qu'un chrétien avoué soit un Français diminué. La liberté de croire et de prier nous appartient; elle est écrite dans la Constitution, dans les lois humaines, dans la loi éternelle : pourquoi voudrait-on nous la vendre encore au prix des avantages légitimes que tout citoyen peut prétendre ? A l'heure où Ton nous convie à étouffer des regrets, à refouler des espérances, devrons-nous aussi nous excuser de nos convictions religieuses, ou nous en cacher? Ahl si tous ceux qui sont à nous savaient au contraire les arborer bien haut, leur nombre ferait leur force et l'ostracisme qu'ils redoutent tomberait de lui-même, car on -ne met pas hors la loi la grande moitié d'un peuple.

Voilà pourquoi. Messieurs, il nous est permis d'annoncer pour nos grandes écoles catholiques un avenir prospère. On a publié naguère la statistique de l'ensei-' gnement secondaire. Il y est constaté que les collèges catholiques ont à peu près autant d'élèves que les lycées et collèges de l'État. Il semble donc qu'il en devrait être de même pour les Facultés. Mais une cause

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particulière empêchera longtemps encore qu'il en soit ainsi. A tort ou à raison, la clientèle des collèges catholiques manifeste une préférence marquée pour les écoles militaires. Toutefois, ce prélèvement accompli. il reste un contingent considérable pour le recrutement des Facultés. Si les préoccupations religieuses qui ont dicté aux parents le choix du collège leur inspiraient également celui de la Faculté, ce n*est plus par centaines, c'est par milliers que TEnseignement supérieur catholique compterait ses étudiants. Orque faut-il pour cela, Messieurs? Une seule chose : c'est que chacim fasse son devoir. On y viendra, j'ose le prédire, et ce jour-là on n*aura plus rien à craindre parce qu'on sera fort ; et Ton sera devenu fort parce qu'on aura cessé de craindre.

Si cet heureux résultat venait à se produire bientôt, nous serions fort embarrassés de nos richesses, je vcîux dire de nos nouvelles recrues. La vénérable maison des Carmes fut construite autrefois par d'austères religieux, qui se proposaient d*élre le plus mal possible sur cette terre, pour être mieux logés dans le paradis. Un de nos professeurs a fait naguère dans notre Bulletin le récit intéressant des péripéties par lesquelles a passé celte antique demeure jusqu'au jour où la Révolution française en fit une prison d'État^ qu'elle inonda du sang des prêtres et des évéques martyrs. A travers ces fortunes diverses, la vieille bâtisse a continué de vieillir; les constructions disparates que des destinations toujours changeantes ont fait surgir tout autour, ne l'ont pas embellie. Aujourd'hui une

partie de ces annexes menace ruine ; le reste ne suffît déjà plus aux nécessités de notre œuvre. Quand les jours de prospérité seront venus, il sera trop tard pour élargir nos tentes. C'est maintenant, tandis que nous pouvons encore trouver ici l'indispensable, qu'il convient de parer aux besoins d'un prochain avenir.

Il y a un an, Messieurs, j'ouvrais timidement devant vous ces perspectives; aujourd'hui je me sens plus hardi; le rêve est devenu un projet. Une assemblée extraordinaire des amis de notre Institut s'est réunie le 12 mars dernier sous la présidence de S. Em. le cardinal archevêque de Paris. A la suite des communications qui furent échangées ce jour-là, une souscription spéciale a été ouverte pour la réfection de nos bâtiments universitaires. Une somme de cent mille francs a été assez rapidement réunie. En même temps un plan général fut mis à l'étude, afin d'ordonner vers une fin commune les constructions partielles qui de- Yront être successivement entreprises pour arriver, sans interruption de l'enseignement, à un renouvellement total de l'édifice. Cinq architectes furent conviés à préparer un projet sur un programme précis. Il fut convenu qu'une somme fixe serait allouée à chacun d'eux pour l'indemniser des frais de son travail, et que l'administration de l'Institut catholique garderait toute sa liberté pour le choix du plan et de l'architecte chargé de l'exécuter.

Les cinq projets viennent d'être présentés. La Commission qui doit les juger ne s'est pas encore prononcée. Le plan adopté sera prochainement exposé aux

regards de nos amis et bienfaiteurs. Je ne doute pas qu en voyant ainsi nos espérances se dégager des brouillards et atterrir sur le sol ferme de la réalité, ceux-ci ne sentent leur générosité s'émouvoir et ne donnent à la souscription un nouvel élan. Aussi bien, il ne s'agit pas pour le moment d*un effort extraordinaire. Sans doute, même en fuyant le luxe et en ne cherchant que Tutile, il faut prévoir pour l'ensemble du projet une dépense considérable; mais actuellement il suffirait presque de doubler la somme déjà recueillie, pour nous mettre à même d*élever, sans rien démolir, une première section de bâtiments. Gela est possible, Messieurs; cela est facile; donc cela se fera; et l'année prochaine à pareil jour, nous pourrons vous montrer déjà la cellule initiale du nouvel organisme que vous voulez créer pour servir la grande cause du haut savoir chrétien.

Puisque nous avons la truelle à la main, il faut bien que je vous dise aussi ce que devient Thôpital Saint- Joseph, ce fils ou ce frère, ou cet allié de l'Institut catholique. Là, aussi, là surtout, le progrès s'annonce et s'accélère. Le petit hôpital se double aujourd'hui d'un second groupe de bâtiments plus vastes; déjà nous pouvons abriter et soigner cent malades; avant peu nous serons en mesure d'en recevoir près de cent cinquante. Des libéralités considérables ont pourvu successivement à la construction de trois nouveaux pavillons magnifiquement aménagés; le quatrième ne tardera guère à sortir de terre. Nous aurons alors en grand ce que nous avons déjà en petit, un service de

médecine, un service de chirurgie, un service d'enfants, tous les éléments d'un hôpital complet, destiné sans doute à d'importants accroissements, mais prêt à remplir, sans plus de délais, sa double destination charitable et scientifique. C'est la charité qui a ouvert la marche, et c'était justice. Depuis 1885, des milliers de malades ont été soustraits par les soins de nos sœurs et de nos dames aux conséquences de la laïcisation. La science a suivi : un enseignement clinique a commencé il y a quelques semaines et groupe déjà, autour de notre habile chirurgien, des étudiants et même des médecins en exercice, désireux de mettre à profit le nouveau champ d'expérience ouvert sous leurs yeux. En même temps les conférences d'étudiants en médecine, instituées depuis longtemps au Cercle catholique du Luxembourg et ailleurs, voient grossir chaque jour le nombre de leurs membres, qui approche maintenant de trois cents. Avais-je tort. Messieurs, de vous dire que l'avenir nous appartient?

Il convenait, ce me semble, de porter tout d'abord nos regards en avant. N'est-ce pas en effet l'espérance qui est l'âme du courage? Je sais bien que le désespoir a aussi son énergie mâle et invincible. Mais c'est là la ressource passagère des heures mauvaises, c'est le lot sublime et peu envié qui n'appartient qu'à l'élite des héros. Or, si les catholiques ont, pour se consoler aux jours de défaite, les promesses faites au petit nombre, ils ont le droit et le devoir d'ambitionner pour leur cause autre chose encore que la gloire voilée de deuil qui éclaire l'obscurité des catacombes. La même bouche

divine qui a dit : Ne craignez pas ^ petite phalange *, a dit aussi : J'ai pitié de la multitude ^,,. Le Fils de V homme est venu sauver toun ceux qui périssaient^ . Voilà pourquoi nous voulons grandir; et, pour briser les entraves qui nous enserrent, nous avons besoin d'espérance.

Mais après avoir salué l'avenir qui nous attend, j'ai le devoir maintenant de ramener votre attention vers le présent ce notre œuvre. Grâce à Dieu, il n'est pas indigne de vous être montré.

Je vous annonçais, il y a un an, comme imminente l'expédition du bref pontifical instituant canoniquement notre Faculté de théologie. C'est aujourd'hui un fait accompli. Dans l'antique Sorbonne, dont on a changé l'esprit avant même d'en renouveler les pierres, la science maîtresse de la vérilé n'est plus représentée que par des chaires d'erreur : d'une part, une Faculté protestante oii un professeur de dogme pourrait impunément mettre en doute la divinité de Jésus-Christ ou la personnalité de Dieu; de l'autre, une école des sciences religieuses, où des athées notoires font une place au christianisme dans l'inventaire historique des superstitions humaines, voilà ce qui tient lieu des chaires magistrales où des maîtres tels qu'André Duval et Nicolas Cornet réfutaient des adversaires qui s'appelaient Richer et Jansénius, instruisaient des disciples qui s'appelaient BossuetetCondé. Si l'on veut désormais retrouver à Paris une Faculté de théologie, c'est dans

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