Encyclique du 25 octobre
élades sacrées en Espagne et il ajoute : c Les uniTersités catholiqaes et leurs collèges ayant ainsi dispani, on TÎt tomber les séminaires eax-mêmes, la science qui décoalait si abondamment des grands établissements d'instruction Tenant peu à peu à se tarir. » Le Saint- Père continue en rappelant les efforts faits dans ce siècle par Tépiscopal espagnol pour rendre au clergé, dans les séminaires diocésains, TéqulTalent de ce qae la ruine des Facultés lui avait fait perdre; mais il constate rinsuccès de cette tentative, non seulement à cause de r insuffisance des ressources, mais parce que — je cite textuellement — « la disparition des anciennes universités avait amené la pénurie de professeurs capables ». On ne saurait définir avec plus de précision et d'autorité le rôle des Facultés de théologie : elles sont dans la société chrétienne des foyers de science sacrée, elles sont faites pour former les maîtres qui prendront à leur tour la direction de la pensée catholique dans le monde.
Donc elles intéressent tous les fidèles, comme elles ont droit à toutes les sollicitudes de l'épiscopat. Nous n'avons rien négligé ici pour fortifier renseignement de notre Faculté; mais le nombre des étudiants ecclésiastiques aurait besoin d'être augmenté. Nous touchons là du doigt l'un des effets de la loi militaire : elle nuit à nos écoles supérieures de théologie, non seulement parce qu'elle entrave le recrutement général du clergé, mais surtout parce qu'elle enlève aux jeunes clercs une année tout entière sur le temps qu'ils peuvent donner aux études sacrées. Et cependant,
fallût-il retarder d'autant l'entrée de quelques-uns d'entre eux dans le ministère ou dans l'enseignement, ce serait un sacrifice fécond que celui qui rendrait à l'Église et à la société des prêtres mieux armés pour les luttes de la doctrine.
L'apologétique chrétienne fournit comme une transition entre la science théologique et la science profane : c'est la science des rapports entre l'une et l'autre. M. l'abbé Broglie a continué, cette année, de distribuer cet enseignement sous deux formes, d'abord, du haut de la chaire sacrée dans une série de conférences prêchées à l'église Saint- Joseph des Carmes, puis, ici même, dans son cours.
Dans ses conférences, il a abordé le sujet, devenu si épineux aujourd'hui, des prophéties messianiques. Il semble que l'apologiste se trouve placé entre deux écueils : s'il maintient l'interprétation traditionnelle de certaines prophéties célèbres, les maîtres de la critique lui reprocheront de donner aux textes un sens artificiel inventé après coup, et dont les contemporains ne pouvaient avoir l'idée ; s'il sacrifie cette interprétation, les théologiens l'accuseront avec plus de raison de trahir la doctrine. M. de Broglie n'admet pas cette alternative. Il se plaint de la trop grande facilité avec laquelle certains apologistes abandonnent le sens messianique des prophéties; il montre qu'il faut le maintenir et qu'on n'est pas obligé pour cela de nier le sens moins élevé et moins profond que pouvaient attacher à ces textes ceux qui entendirent la parole des prophètes. En résumé, la prophétie reste bien, quoi qu'on en dise, une prédiction
;)36 DISCOURS De
miraculease de TaTenir : senlemeat ceux qoi pemT?sile
reconnaître, ce sont les coQteinp<»aiBS de rérénemeAt
Nous retrouvons ici la méthode du. savait apoto^te, qui n'ignore rien des objections de la science séparée, mais qui n a pas pour toutes ses sentences le culte on peu naïf que lui rendent quelques savants catholiques.
Dans son cours, le professeur dapologétiqae a exposé, sous une forme abrégée, les fondements midlettueis dt la foi.
Je n'hésite pas à signaler dans cette remarquable Mynthfîse un effort vraiment personnel et nouTeau dans le domaine de la démonstration évangélique.
M. de Broglie a commencé par distinguer trois méthodes d'apologétique. La première est celle qai convient à un milieu où la foi est dominante: on part des affirmations de rf.giise, contenues dans le catéchisme; on les considère comme des présomptions qui trouvent leur ronfirmation dans les caractères de divinité que l'Église pn'îS(;nt(;. Cette méthode suffit à rendre raisonnable la foi des simples.
La seconde convient à une société où les esprits sont divisés : elle consiste à établir, par les procédés de la critique profane, l'authenticité et la valeur historique des documents évangéliques et à construire ensuite sur cette base. Elle s'adresse aux esprits dont les besoins scientifiques sont 1res éveillés. Elle donne lieu à plus d'une difficulté et n'est accessible qu'aux intelligences d'élite.
Une troisième méthode part du christianisme considéré dans son ensemble comme fait historique, moral et
social, connu plus ou moins de tout le monde. Elle établit d'abord la transcendance de la religion chrétienne par rapport à toutes les autres doctrines ; puis, poussant plus loin, elle démontre la divinité et, chemin faisant, résout les objections qui portent, tantôt sur le contenu de la révélation, tantôt sur la valeur de ses preuves.
C'est cette troisième méthode que le professeur a luimême appliquée dans toute la suite de ses leçons. On retrouve, dans le développement qu'il lui a donné, les qualités de sagacité et de sincérité qui s'allient si heureusement dans son esprit à un ferme bon sens, ennemi des préjugés, et justement déliant à l'égard de l'engouement scientifique, si commun de nos jours.
Il nous reste à souhaiter que, dans une vie toute livrée aux labeurs volontaires et désintéressés de la science mise au service de la foi, l'auteur trouve, parmi tant d'autres tâches, le temps de donner à cet enseignement si profondément original, la forme d'un livre, auquel d'avance il est permis de promettre le succès.
J'oserai presque présenter le cours de littérature chinoise, professé par M. Paul Antonini, comme une annexe de l'enseignement apologétique. Le professeur lui imprime ce caractère par sa façon d'interpréter et de commenter la langue, la philosophie et les institutions de cette nation étrange, dont l'esprit est si terre à terre, et qui garde néanmoins des traditions si élevées. Je convie ceux qui voudront s'en convaincre à assister samedi prochain à la réouverture du cours * : ils y