JOAN., I
cette année, de rayonner au dehors par les Conférences inaugurées dans la grande salle de nos nouTeaux bâtiments. Beaucoup de ceux qui m*écoutent ont suivi avec intérêt cette tentative qu*un premier succès nous engage à reprendre et à développer. Les auditeurs de M. de Lapparent, de M. Tabbé Klein, de M. Tabbé Beorlier, de M. le comte de Luçay, de M. Louchet, de M. Terrât, de M. Alix, du R. P. Gardet, se retrouveront, nousn^en doutons pas, et en plus nombreuse compagnie encore, pour suivre la nouvelle série de ces entretiens qui répondent aux besoins et aux préoccupations du moment présent. Le tableau en sera prochainement publié et les Conférences commenceront vers la mi-janvier. Celles de Tannée dernière ont paru, pour la plupart, dans notre Bulletin qui s'est trouvé grossi de ce riche tribut, jusqu'à affecter les proportions d'une revue. Mais si le tribut était riche, Tadministration du BulUtin ne l'est pas ; et nous craignons que nos forces financières ne nous permettent pas de soutenir ce développement donné au modeste organe de notre propagande universitaire. A elle seule, cependant, la savante chronique mensuelle où le directeurde ce Bulletin^ M. Tabbé Lejay, enferme tant et de si précieuses informations sur le mouvement scientifique et pédagogique du monde entier, suffira à distinguer notre recueil et à lui attirer d'honorables sympathies.
Mon récit est achevé, il faut conclure. Si vous m'avez suivi dans cette promenade incohérente à travers notre année de travail, si vous avez rapproché les petits croquis que j'ai ébauchés en chemin, des tableaux d'en-
O w SÉANCE ANNUELLE DU 27 NOVEMBRE 1895 379
S g semble présentés par les autres rapporteurs, j'ose
?ioj espérer, Messieurs, que l'idée mère de notre œuvre a
hQ (f.
g t commencé à se dégager dans votre esprit. Nous qui
^gp faisons ici tant de menues choses, voulons-nous faire,
« ® avec Taide de Dieu, une chose grande et unique ? Oui,
J^g: certes, c'est notre ambition. Mais quelle est cette
?^ : chose ?
§ 3 \ Est-ce de sauver quelques centaines de jeunes gens
§ ^ ; en abritant dans un milieu sain les années de leur
jeunesse studieuse, avant qu'ils se dispersent dans ce vaste monde où nul ne sait plus ce qu'il faut penser ni ce qu'il faut faire ?
Est-ce de former un corps de maîtres chrétiens pour distribuer dans nos collèges, dans nos grands et petits séminaires un enseignement à la fois scientifique et orthodoxe ?
Est-ce de grouper ensemble des hommes de foi, amis du grand savoir, pour mettre entre leurs mains des instruments de travail, pour créer entre eux un courant d'émulation, les échauffer les uns par les autres, faire profiter l'acquis de tous à l'effort de chacun ?
Oui, Messieurs, nous voulons tout cela. Et tout cela n'est pas indigne, je pense, de la sympathie généreuse des croyants.
Mais nous voulons encore quelque chose qui est derrière tout cela, qui est la raison d'être, la fin ultérieure, et, si j'ose le dire, l'âme de tout cela. Nous voulons jeter dans le monde qui pense un ferment chrétien.
Qu'est-ce qu'un ferment. Messieurs ? Démandez-le à la science. 11 y a quarante ans, elle n'en savait rien. Elle
y voyait une action chimique d'espèce assez mystérieuse, car elle échappait aux lois connues de la combinaison des substances. Un homme s'est levé, qui avait reçu du Ciel une de ces illuminations dont parle Bossuet et par où s*éclaire le génie lui-même. Louis Pasteur a découvert dans ce ferment une fonction de la vie. Un organisme invisible à Tœil nu élabore lamatière inerte: en y cherchant son aliment, en y rejetant ce qui lui est inutile, il la décompose et la transforme. Ainsi dévoilé, le mystère de la fermentation devient une source de lumière. L'hypothèse de la génération spontanée est abattue pour toujours. La nature des maladies contagieuses se révèle et le remède apparaît. Les végétaux qui nourrissent Thomme, les animaux qui le servent, Thomme lui-même, cette victime désignée à tant d'ennemis, pourront être préservés des fléaux destructeurs. Voilà ce que dit la Science, renouvelée par le génie d'un Pasteur. Mais elle n'est pas la seule à nous parler dos ferments. L'Évangile nous en parle aussi. L'œuvre de Dieu sur la terre, ce que le Christ a coutume d'appeler le Royaume du Ciel, est comparé à cette faible quantité do levain que la ménagère enferme dans la pAte et qui fait lever toute la masse *. Ce ferment, c'est une vie : vie cachée au regard de la chair, vie enfermée dans de chétifs symboles, vie puissante, néanmoins, et rénovatrice, qui transforme la nature de l'homme, en sépare les éléments, s'en assimile les parties saines pour les élever,au partage d'une activité supérieure et rejette