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Le petit séminaire de La Chapelle Saint-Mesmin

2. L'institution Sainte-Croix à Orléans. Les élèves des deux maisons se réunissent à La Chapelle pour la distribution des prix.

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de recevoir le pain de la vérité, le droit pour le dévoue* ment chrétien de le lui rompre? Eh bien, Messieurs, ce cri dont l'écho survit au grand évêque n'aura pas retenti en vain. En 1850, il nous a valu la liberté de l'enseignement primaire et classique ; en 1875, la liberté de Tensei^ gnement supérieur. En 1884, ce même cri résonne encore à nos oreilles comme une provocation au combat et une promesse de victoire. Nos libertés sont blessées, elles ne sont pas mortes. Montrons à tous qu'elles sont vivantes, eu nous en servant vaillamment. L'enseignement chrétien n'a plus de privilèges? Qu'il se crée à lui-même le privilège du succès! On l'accable d'exigences? Qu'il soit plus sévère encore pour lui-même et s'oblige à dépasser pour son honneur les conditions qu'on lui impose pour sa perte ! Des maîtres éminenls, l'honneur de la pédagogie française, sont chassés de leurs chaires parce qu'ils ont voué à Dieu la chasteté, la pauvreté, l'obéissance ? Que tous nos maîtres, prêtres et laïques, empruntent, pour mieux remplir leur tâche, l'esprit monastique, et deviennent plus que jamais les serviteurs de la jeunesse, dans l'austérité de la vie, dans la rigueur de la discipline, dans les mâles tendresses du dévouement I Yoilà, Messieurs, notre façon de faire la guerre ! Qu'on dise après cela, si l'on veut, que nous sommes des hommes de combat l Pour pacifier notre société troublée, daigne le Ciel en susciter beaucoup de cette sorte !

J'ai dit. Messieurs, pourquoi l'enseignement doit être libre : il doit l'être pour que les consciences ne soient

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pas opprimées. Si l'État n'enseigne pas, il faut que l'initiative privée puisse s'emparer du ministère de l'éducation; si l'État enseigne, il faut que l'initiative privée puisse combler les lacunes ou corriger les vices de l'enseignement public.

Donc, Messieurs, laliberté n'intervient ici que comme la garantie des croyances. Et ceux qui n'ont pas de croyances, fussent-ils en toute autre matière partisans de la liberté jusqu'à la licence, n'éprouvent à l'égard de la liberté d'enseignement que froideur ou malveillance.

Il est utile. Messieurs, d'établir ainsi nettement les positions respectives. L'Église , qui n'a jamais aimé le despotisme (elle respecte troplesâmes), n'éprouve pas non plus un bien grand enthousiasme pour ce qu'on appelle les libertés modernes, parce que sous ce jnom équivoque elle reconnaît trop souvent les passions subversives qui tendent à ruiner tout ordre dans le monde en isolant l'autorité de sa relation nécessaire avec Dieu. Mais l'Église, en même temps, appuie de tout son prestige les revendications de ses enfants qui réclament la liberté de l'école, parce qu'elle sait que l'enseignement monopolisé devient fatalement l'impiété obligatoire. En revanche, les incroyants affectent un grand zèle pour toute réforme politique tendant à relâcher les liens du pouvoir; mais, dès qu'il s'agit d'enseignement, l'absolutisme leur parait doux ; ils avouent tranquillement la prétention d'arracher la foi à la jeunesse, en lui imposant la science; et si nous crions à l'oppression, nous sommes des séditieux qu'il fautmateret contraindre.

Soit! Ne regrettons pas que la situation s'éclaircisse,

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et rangeons-nous résolument parmi ceux qui mettent chaque chose à sa place, prenant la justice pour point de départ, la liberté pour moyen et la vérité pour but.

Mais alors, Messieurs, voici apparaître un nouveau devoir : il faut consacrer au service de la vérité chrétienne la liberté conquise. Il y a des croyants sincères qui, dans Tardeur de la lutte, perdent de vue l'obligation du travail. Tout entiers à l'effort militant, ils négligent l'effort pacifique. Ils savent protester contre une loi inique, réclamer bruyamment une loi meilleure; ils oublient de se demander quel parti on pourrait tirer des avantages qui nous restent pour gagner, non plus sur le théâtre parlementaire, mais sur le terrain des faits, les batailles décisives, ou conjurer le péril des défaites mortelles.

Je pourrais apporter à l'appui de cette observation plusieurs exemples empruntés à tous les ordres de l'enseignement. Je n'en choisirai qu'un seul etje le prendrai dans l'ordre de l'enseignement supérieur, parce que je suis plus spécialement le serviteur de cette cause et que j'ai reçu mission de la défendre devant vous.

Si je croyais nécessaire d'établir l'importance du haut enseignement libre et chrétien, je renoncerais à construire moi-même cette thèse, et, obéissant à la pente de mon cœur comme aux inspirations de ce lieu, c'est encore à l'illustre évêque d'Orléans que je vous renverrais, Messieurs, pour apprendre le prix de ce qui fut sa dernière conquête. C'est lui qui vous dirait pourquoi le monopole, condamné aux degrés inférieur et moyen de l'instruction, ne pouvait pas être maintenu plus long-

temps au degré supérieur. Hé quoi I vous êtes convaincus qu'un enseignement sans relations avec la foi n'est pas ce qui convient pour donner à de jeunes esprits la première culture ; et cette neutralité glacée vous semblerait sans péril lorsqu'il s'agit d'imprimer à ces intelligences plus développées leur marque décisive? Quand l'enfant vous appartient tout entier, quand vous avez mille manières de le reprendre après la leçon du maître et d'ajouter ce qui manque à sa formation, vous estimez avec raison que ce dualisme de l'enseignement est une cause de trouble qu'il faut épargner à sa conscience; et quand Tadolescent passe des bancs du collège à l'amphithéâtre de la Faculté, vous le livreriez sans crainte à des influences redoutables que vous êtes impuissants désormais à balancer? Songez que c'est aloris pour le jeune homme la crise de l'esprit, du cœur et des sens. Les horizons de la pensée s'élargissent, et l'orgueil esta la porte ; tout vibre dans cette nature de vingt ans, et les excitations du dehors répondent aux frémissements du dedans. Et c'est le moment que choisiront des parents chrétiens pour se désintéresser de l'initiation suprême qui va ouvrir à leurs fils les chemins de la vie? Ces enfants n'ont acquis jusqu'ici que les connaissances générales qui sont le fond commun de la pensée hu- ' maine. Maintenant ils veulent creuser la mine et suivre un des filons qu'elle offre à leur ambition laborieuse. C'est bien. Que vont-ils choisir? Le Droit? C'est un noble domaine et dont l'exploitation est variée. Là magistrature et le barreau, certaines fonctions privilégiées comme les offices ministériels, 1 administration avec

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toutes ses branches, les mandats électifs, qui envoient l'élu siéger dans les difiFérents conseils du pays, voilà les professions qui relèvent de la science juridique, sans parler de cette carrière pleine de devoirs honorables et féconds que la gestion des intérêts privés ouvre devant les privilégiés de la fortune. Mais plus se multiplient les applications du savoir, plus il importe de le puiser à bonne source. Et vous croyez. Messieurs, que les sources juridiques sont toujours pures? Vous croyez qu'aucun conflit n'est à redouter entre l'interprétation des codes et la vérité chrétienne? Mais le conflit est partout, et, s'il n'éclate pas ici comme ailleurs, visible et menaçant, peut-être, en se cachant sous l'apparence d'une fausse paix, est-il plus dangereux encore. Oui, l'opposition existe entre ceux qui pensent que la volonté humaine crée le juste et ceux qui savent que la justice est divine; entre ceux pour qui toute obligation relève de la loi écrite et ceux qui, antérieurement à tous les codes, reconnaissent et saluent la loi éternelle ; entre ceux qui déclarent que l'enfant est à l'État avant d'être à la famille et ceux qui voient dans la famille la première, la plus sainte et la plus inviolable des représentations de Dieu ; entre ceux pour qui un maire en écharpe suffit à tresser le lien du mariage, un vote des Chambres à le dénouer, et ceux qui répètent avec Jésus-Christ : Ce que Dieu a uni, l'homme ne peut pas le séparer; entre ceux pour qui le célibat n'est légitime que s'il profite à l'égoïsme et au plaisir, et ceux qui refusent d*y voir un crime quand, associé à la pauvreté volontaire, à l'obéissance acceptée, il prend la forme d'une institution

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sacrée et garantit la perpétuité du dévouement. L'opposition existe entre ceux qui, partisans de toutes les libertés turbulentes, persécutent la liberté de la prière et du sacrifice, et ceux qui réclament pacifiquement le droit de servir, avec une sécurité pareille, la patrie de la terre et la patrie du ciel ; entre ceux qui en toute matière, qu'il s'agisse d'association ou d'héritage, de milice ou de culte, de mariage ou d^e funérailles, de justice ou d'impôt, de droit privé ou public, regardent toujours ce qui peut profiter à l'Église pour le proscrire, ce qui nuit à la Religion pour le promouvoir, et ceux qui pensent que le nom de chrétien ne devrait plus suffire, comme au temps des Césars, pour justifier contre les meilleurs citoyens l'inconséquence des lois d'exception, l'injustice des lois de haine.

Eh bien! Messieurs, trouvez- vous encore qu'il soit indifférent pour vos fils d'aller chercher les principes fondamentaux du droit à l'un ou à l'autre de ces deux pôles scientifiques? Dieu me garde d'englober dans une suspicion commune tous les maîtres éminents qui, du haut des chaires de l'État, dispensent aux futurs avocats, aux futurs juges, aux futurs législateurs ou administrateurs du pays les éléments de leur formation professionnelle ! Je sais qu'autrefois presque tous appartenaient aux traditions juridiques que les siècles chrétiens avaient créées. Je sais qu'aujourd'hui bon nombre d'entre eux représentent encore l'ancienne manière d'envisager les relations des hommes entre eux. Mais je sais aussi que cette manière paraît surannée à plusieurs, je sais que pour plaire et réussir il faut être

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de ceux-là, et je crains alors que le nombre ne s'en accroisse tous les jours. Je sais que la théorie de révolution, ce rêve insensé qui affecte la rigueur d'une formule, tend à passer du domaine cosmologique dans celui des sciences morales; que la jurisprudence est menacée comme la politique de cette invasion funeste; que Taxiome : tout ce qui est doit être s'accrédite de plus en plus dans les esprits qui ont reçu la nouvelle empreinte, et que les théories juridiques à la mode se ressentent de cette influence . Je sais cela et je me demande avec inquiétude ce qu'il adviendrait du génie français, des mœurs et de la civilisation française, le jour où ces doctrines dégradantes qui ramènent la morale à l'histoire naturelle, ou plutôt à un roman zoologique, viendraient à remplacer dans notre pays la science du juste et le culte du droit.

Si je me suis étendu sur les périls que présente l'enseignement juridique, c'est que d'ordinaire on le déclare inoffensif. Que n'aurais-je pas à dire des autres branches du haut savoir? Ici, la littérature s'étiole dans une atmosphère malsaine parce qu'elle n'est pas honnête ; là, la philosophie, après avoir oscillé entre les songes creux de l'idéalisme et les réalités grossières du matérialisme, s'applaudit d'avoir réuni dans une monstrueuse synthèse la négation simultanée des esprits et des corps, du visible et de l'invisible, de l'âme, du monde et de Dieu. Plus loin, ce sont les sciences physi ques qui, toutes fières d'avoir formulé quelques lois, se flattent d'avoir évincé par là la recherche des causes; les sciences biologiques, qui poursuivent avec un parti

pris fort peu scientifique Tidentification de la matière et de la vie pour être plus sûres d*en finir avec l'esprit. Enfin, au sommet de cet e pyramide, voici la science médicale, prélevant orgueilleusement un tribut sur toutes les provinces de la connaissance et abusant de son prestige professionnel pour affirmer aux ignorants qu'elle a constaté au bout de son scalpel ou dans le champ du microscope le néant de Tâme et l'inutilité de Dieu.

Voilà les licences que se donnent aujourd'hui les sciences humaines, ou plutôt, Messieurs, caries sciences sont innocentes de ces folies, voilà les excès qu'on se permet sous leur nom. On fait cela dans ces régions élevées où ne pénètre pas le vulgaire, dans ces chaires de Facultés que fréquente l'élite de la jeunesse, dans ces laboratoires où elle se presse autour des initiateurs du grand savoir. Ah ! qu'il avait raison, votre grand évêque, quand, au soir de sa vie militante, après tant de combats livrés pour la cause de la foi, il signalait l'athéisme scientifique comme Je péril suprême d'un prochain avenir !

Mais il ne s'est pas contenté de montrer le mal. Avec les meilleurs et les plus clairvoyants de nos législateurs, il a indiqué et procuré le remède. Il a réclamé, il a obtenu l'afiFranchissement de l'enseignement supérieur. Et nos Facultés sont nées. Elles ont dû la vie. Messieurs, à une loi de liberté, à votre foi et à vos largesses. Quelle admirable trilogie : la vérité, la liberté, le sacrifice I La vérité vous attirait : pour l'atteindre, la iberté vous a prêté ses ailes et le sacrifice ses trésors.

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