L ALGERIE ARABE
contribué lant(')t, À ariiior les uns contre les autres les deux grandes Familles berbères, les Senhàdjas et les Zénatas, au grand avantage de l'envahisseur, tantôt à empêcher, sauf à de rares moments où le succès fut la récompense de l'union, une fédération de toutes les Iribus berbères contre l'ennemi commun.
L'histoire de la conquête de l'Algérie est peu connue, ou plutôt ma! connue. Au milieu des légendes qui se sont groupées autour de trois ou quatre noms, on peut démêler que les premières campagnes furent des pointes audacieuses partant de Oaïrouân vers l'ouest ou le sud-ouest, sans que lesArabes essavassentde s'aventurer dans les massifs montagneux du nord ou le long du littoral, où les villes, ravitaillées par mer, pouvaient les tenir longtemps en échec. 11 eût été dangereux aux troupes légères dont se composaient les premières expéditions, de se risquer dans des défilés inconnus, dans des vallons étroits où la mobilité de la cavalerie arabe ne pouvait plus être d'aucune utilité et où tout l'avantage restait aux gens du pays, maître de couper les communications et d'affamer l'ennemi. Quant au chemin du littoral, les Musulmans n'avaient pas de matériel de siège pour s'emparer des ports qui les auraient arrêtés, sans compter que leurs flancs auraient été menacés du côté de la terre par les Berbères des montagnes, du côté de la mer, par les vaisseaux grecs. Il ne restait donc que la route des Plateaux et du Sahara : c'est celle qu'ils prirent.
Une première pointe aurait été poussée par le second gouverneur de l'Ifriqyah, Abou'l Mohàdjir, jusqu'aux sources de Tlemcen : la grande tribu des
Aourabah qui rallaqiia fut vaincue, et son chef, Kosaïlah, fait prisonnier, dut embrasser l'islamisme et resta près d'Abou'l Mohâdjir comme un otage. Quand 'Oqbah, nommé une seconde foisgouverneur de rifriqyah (680) eut détruit l'œuvre d'Abou'l iMoliâdjir et rebâti Oaïrouân, il se lança dans l'ouest. Vainqueur des Berbères et des Grecs en rase campag-ne, il évita prudemment de faire les sièg-es de Bagliaï, de Lambèse et de Tiharet, et, marchant toujours devant lui, il arriva jusque dans le Maghreb extrême, le Maroc actuel, dont les légendes lui font faire la conquête. Témoins de ses victoires, Abou'l Mohâdjir et Kosaïlah l'accompag-naient comme des trophées vivants et les humiliations ne leur étaient pas épargnées, surtout au dernier. Patiemment, il guetta l'occasion et quand 'Oqbah, revenant de sa chevauchée, eut imprudemment divisé à Tobna son armée en petits corps d'armée qui devaient rentrer isolément à Qaïrouân, un soulèvement formidable éclata, ayant à sa tête Kosaïlah qui s'était évadé. Surpris à Tahouda par une armée de Berbères et de Grecs, 'Oqbah succomba après des prodiges de valeur (683) : avec lui périrent ses trois cents cavaliers et Abou'l Mohâdjir. Le corps du premier gouverneur de rifriqyah fut transporté, on ne sait à quelle date, à la petite oasis qui porte son nom près de Biskra et une inscription mentionne le lieu où repose Sidi 'Oqbah ben Nâfî'.
Le succès des Berbères jeta la terreur dans l'esprit des Arabes et la panique fut si forte qu'ils évacuèrent le Maghreb et l'ifriqyah, abandonnant Qaïrouân et entraînant dans leur fuite, Zohaïr ben Qaïs, le