‹ Mélanges africains et orientauxChapitre 3 sur 105 · ALGERIE ARABE · texte numérisé non relu

ALGERIE ARABE

lieutenant de 'Oqbah. Les Berbères recouvrèrent leur indépendance et un de leurs premiers actes fut de renier l'islamisme qui leur avait été imposé. Les embarras du khalife en Orient lui firent négliger le Maghreb, mais en 688, Zohaïr revint à la tête d'une armée considérable et se rencontra avec Kosaïlah à Mêmes, à Touest de Qaïrouàn. Le combat fut acharné ; enfin le chef berbère périt et sa mort fut le signal de la déroule. Mais le pays n'élait pas conquis, car, malgré de nouvelles expéditions, Zohaïr évacua Qaïrouàn et se retira en Tripolilaine où il fut tué, surpris par un retour offensif de la flotte grecque (690). L'heure était propice aux Berbères pour chasser les Arabes ; mais Kosaïlah n'était plus là pour les réunir : chaque chef de tribu se regarda comme un souverain indépendant, et celle division, accentuée peut-être par des guerres intestines, permit aux Musulmans d'attendre l'arrivée d'un nouveau gouverneur, Hassan ben En No'mân (690) : les Grecs furent chassés de Carthage : des campagnes dans le Nord et l'Ouest de la Tunisie menacèrent l'Algérie. Les Berbères, réparant leur faute, s'unirent sous la direction de la Kàhinah (la prophétesse, dont le nom même est douteux (Dahyah ou Damyah ?) 11 est difficile, en présence des légendes qui se rallachent à son souvenir, de décider si elle régna réellement, ou si elle ne fut qu'une femme inspirée qui devait, comme Lalla Falma dans les temps modernes, être le centre et le symbole de la résistance berbère. Quoi qu'il en soit, elle débuta par un succès ; Hassan et son armée qui marchaient contre l'Aourâs, où domi-

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liaient les Djeraouas, la Irilni de la Kâhinah, éprouvèrent un sanglant échec à la Meskiana, dans la province actuelle de Constantine, et furent repoussés l'épée dans les reins jusqu'à Gabès, laissant de nombreux prisonniers entre les mains des Berbères. Hassan s'enfuit jusqu'en Cyrénaïcjue ; le Maglireb et rifriqyali étaient encore une fois libres.

Une fois encore, les embarras du khalife l'oblig-èrent à retarder sa revanche. Pendant que Hassan attendait en Cyrénaïque l'occasion de reconquérir rifriqyah, la Kâhinah, s'il faut en croire la tradition, donnait l'ordre de ruiner le pays, de couper les arbres, d'abattre les villes et de ravager les jardins de façon à détourner les Arabes de conquérir une région désolée. 11 est douteux qu'une pareille résolution ait été prise, plus douteux encore qu'elle ait été exécutée. Ce serait cependant cette mesure qui aurait aliéné à la Kâhinah les sentiments des populations sédentaires et ag-ricoles, berbères et latino-berbères, et qui aurait facilité à Hassan la nouvelle conquête du pays, lorsque le khalife 'Abd el Melik, débarrassé d'une nouvelle révolte ("03), put lui envoyer une armée considérable. Il est plus vraisemblable d'admettre que les dissensions naturelles et fatales à la société berbère, jointes à la trahison des Arabes restés dans le pays, facilita la tâche de Hassan. Les défenseurs de l'indépendance furent exterminés, et la tête de la Kâhinah, tuée dans l'Aourâs, fut envoyée au khalife, tandis que ses fils entraient au service de Hassan. De ce jour commença la vraie conquête de l'Algérie, conquête méthodique, non sans retour de fortune, mais différente des raids

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exéciilés par Ahou'l Mohadjir et '0(jl)ali. Les détails ne nous en ont pas été conservés, mais l'on peut croire que ce fut dans cette période que les poris et les villes du Tell, de Constanline à Tlemcen, tombèrent au pouvoir des Arabes. Les corps étaient vaincus, non les consciences; après avoir abjuré douze fois l'islam, les Berbères choisirent le domaine religieux pour la défense de leur indépendance.

A Hassan avait succédé Mousa ben Nosaïr qui après avoir pénétré jusqu'à l'Atlantique et soumis le pays, trouva dans la conquête de l'Espag-ne (709) le moyen d'assurer celle d'Algérie et du Maghreb. Ce furent des Berbères qui composèrent presque toute l'armée de Tarik, le vainqueur de Roderic : c'est en dirigeant contre l'Europe occidentale des milliers et des milliers de Berbères à peine convertis que Mousa débarrassa le Maghreb et l'Ifriqyah d'éléments de troubles, devenus de l'autre côté de la Méditerranée les agents de ses conquêtes. Cependant, la doctrine (jui devait soustraire pour un temps l'Afrique du Nord au joug arabe, avait commencé d'y pénétrer. Tandis que les Musulmans s'étaient partagés en Orient entre partisans des premiers khalifes et de leurs successeurs, les Omayades, et partisans des droits de 'Ali, cousin et gendre du Prophète, d'autres, également ennemis des deux factions, prétendaient ramener l'islam dans les voies tracées par le Prophète, exclure les ambitieux qui aspiraient à sa succession, faire du Qorân la loi unique, établir régaliléabsolue entre tous les Musulmans, quelle que fût leur origine: ils décidèrent que tout croyant, soit Arabe, soit étranger, pourvu qu'il

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fùl verlueux, poiivail être choisi comme l'imam suprême, et que tout péché grave devait être assimilé à rinHdélilé. Après avoir commis d'horribles ravages dans l'Iraq, vaincus et décimés par les divers prétendants, fractionnés eux-mêmes en diverses sectes dont les plus célèbres en Occident furent les Abadhites et les Sofrites, les Kharedjites — nom donné à ces non-conformistes — portèrent en Afrique leurs idées de nivellement ; elles furent bien accueillies des Berbères exposés, convertis ou non, à l'avidité et à l'orgueil de leurs gouverneurs arabes. Ils embrassèrent avec ardeur ces doctrines qui rappelaient celles des Circoncellions, et qui étaient contre les conquérants une forme d'opposition fournie par les conquérants eux-mêmes. Bientôt, de violentes exactions commises par le g-ouverneur 'Obaïd Allah amenèrent un soulèvement des Berbères du Maghreb (740). Des milliers de Kharedjites, la tête rasée, marchant derrière le Qorân porté à la pointe des lances, s'emparèrent, sous la conduite d'un ancien porteur d'eau de Tanger, Maïsara, de presque tout le Maroc actuel. Mais comme toujours, l'esprit d'indiscipline ne tarda pas à se montrer chez les Berbères Kharedjites comme il s'était manifesté chez les Berbères chrétiens ou païens. Maïsara fut tué par les siens ; son successeur Khâled ben Hâmid vainquit une armée arabe et tout le nord de l'Afrique s'insurgea. Une seconde armée, commandée par un nouveau gouverneur, Kolthoum, fut exterminée avec son chefà Baqdourah (742); à peine si (quelques débris purent passer en Espagne. L'Algérie actuelle tomba aux mains des

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non-conforniisles, cl ceux-ci allèrent attaquer Ilanzhalali, successeur de Koltlioum, jusque dans l'Ifriqyali. Vaincus dans deux journées où succombèrent leurs chefs, ils rétrog"radèrenl, mais les troubles qui accompagnèrent la transmission du khalifat des Omayades aux 'Abbasides ne permirent pas aux Arabes de pousser plus loin leur succès.

En même temps, l'Ifriqjali était en proie à la guerre civile : elle ne se termina que par la défaite des gouverneurs ([ui avaient cherché à se rendre indépendants. Ces luttes permirent aux Kharedjites Sofriles d'établir leur domination à Tlemcen où ils eurent pour imam Abou Qorrah, pendant qu'une autre secte Khàredjite, les Abadhites, pros})érait dans le Djebel Nefousa en Tripolitaine avec Abou'l Khattâb pour imàm. La défaitede ce dernier à Taourgha (761) par le gouvernement 'abbaside ibn el Ach'ath, eut pour contre-coup la fondation d'une ville et d'un état en Algérie : 'Abd er Rahman ben Rostem, d'origine persane, quitta Qaïrouân dont la garde lui avait été confiée et, se dirigeant vers rOuest, il alla fonder au pied du Djebel Djozzoul, une nouvelle Tiharet (laTagdemt actuelle) à quelque dislance de la Tingartia romaine (la Tiharet actuel le). Les miracles qui avaient signalé la fondation de Qaïrouân se répétèrent pour celle de la nouvelle capitale qui devint le centre des Abadhites comme Tlemcen était celui des Sofriles. Réunis à ceux du Djebel Nefousa, les Kharedjites de ces deux étals vinrent assiéger à Tobna 'Omar ibn Hezarmard, gouverneur de l'Ifriqyah pour le khalife El Mansour: échappé au premier danger, ce g-énéral succomba

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en défendant Oaïrouân ('"!). Les Berbères restaient encore une fois maîtres du Maghreb et de l'Ifriqyalu Ce fut pour peu de temps : la bataille de Djenbi, gagnée par le successeur de 'Omar, Yazid ben Hàtem el Mohallebi (712) lui rendit la possession de cette dernière province ; mais 'Abd er Rahman demeura paisible maître de Tiharet et son successeur, 'Abd el Ouahliâb, conclut la paix avec Raouali qui remplaça Yazid (747). A cette époque, l'imâm abadliite de Tiharet gouvernait un état qui comprenait, outre celte ville et ses environs, l'Oued Rir', Ouargla, le Nefzaoua, Gabès, Djerba, le Dj. Nefousa, Tripoli et Sort. Mais la division ne tarda pas à s'établir : des schismes, bientôt suivisde guerres civiles, désolèrent la communauté abadliite : le fils de 'Abd el Ouahhâb,^ Mimoun, fut assassiné du vivant de son père par les dissidents Nakkarites. La décadence était complète,, lorsqu'il se produisit un événement qui mit fin à la domination kharedjite en Algérie et dans le Nord de l'Afrique.

Les Alides qui avaient considéré les Omayades, puis les Abbasides comme des usurpateurs, avaient échoué dans leur tentative de soulèvement en Orient ; ils furent plus heureux en Occident ; l'un d'eux, Idrisben 'Abdallah, échappé aux poursuites de Haroun er Rachid, arriva heureusement dans le Maghreb el Aqsa (le Maroc actuel) où il fut accueilli et reconnu pour chef par la tribu des Aouraba, où son fils bâtit la ville de Fâs. Dès que son pouvoir fut affermi, il attaqua les Kharedjites de l'Ouest, les Sofrites, et mit fin à leur domination en s'emparant de Tlemcen (790). Pendant ce temps, les Kharedjites étaient

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affaiblis par leurs guerres contre les Mo'lazélites et les Ouasililes du Haut Chélif, si bien qu'ils ne purent offiir de résistance sérieuse quand un nouveau prétendant, se disant, comme les Idrisites, issu de'Ali, vint, après des aventures romanesques, établir quelque temps sa domination sur le nord de l'Afrique. Ce furent encore les Berbères qui furent les instruments de sa forUine. Le missionnaire Ciii'ite (partisan de'Ali) Abou'Abd Allah ed Dà'i, s'établit chez les Ketâmah près de Sétif et là, prêcha la doctrine alide et la révolle contre les Aghlabites qui, de gouverneurs 'abbasides, étaient devenus les souverains prescjue indépendants de l'Ifriqyah et du Maghreb. Le succès dépassa l'attente du missionnaire et les Berbères, stimulés par l'attrait de la révolte et du pillage qu'on leur faisait entrevoir, suivirent docilement le missionnaire. Après des combats de fortunes diverses, celui-ci, maître de la province actuelle de Constantine, s'avança en Tunisie d'où il n'eut pas de peine à chasser le dernier prince aghlabite, Ziadet Allah, qui s'enfuit en Orient. Pendant ce temps, le Mahdi 'Obeïd Allah que le dà'i (missionnaire) 'Abd Allah faisait reconnaître comme khalife aux populations berbères de l'Algérie, avait quitté l'Orient pour le Maghreb où, avant lui et avant Idris, s'était déjà réfug"ié un troisième fondateur d'empire, 'Abd er Rahman l'Omavade, l'ancêtre des khalifes d'Espagne. Mais, au lieu de rejoindre son lieutenant qui opérait dans le massif montagneux au nord de Sétif, 'Obeïd Allah se dirigea vers le sud et, arrivé à Sidjilmasa, dans le Tafilelt actuel, il fut arrêté et emprisonné par le dernier souverain de la dynastie ouasi-

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lienne des Midràrites, Elisa', sur les avis donnés par khalife abbàside de Baglidàd. Le dà'i s'empressa d'aller le délivrer et, au commencement de910, 'Obeïd Allah se voyait reconnu comme souverain temporel et spirituel par l'Ifriqyah, une partie du Maghreb central et la Sicile. Les Berbères Kelàmah formaient le noyau de son armée. Profitant de ses succès, le Mahdi résolut d'anéantir l'état kharedjite de Tiharet; son g-énéral, Arouba ben Yousof s'empara de cette ville, déporta quelques tribus abàdhites dans l'île de Djerba où elles ont conservé de nos jours leur dialecte berbère et leur hérésie, tandis que la plus grande partie émigrait dans le Sud et s'établissait à Ouargla, Sedraia et dans les autres villes du désert au sud de l'Oued Rir'. Les Benou Khâzer de Tlemcen disputèrent aux Fatimites la possession du Maghreb central, mais ces derniers l'emporlèrent, poussèrent leurs conquêtes dans l'Ouest et non seulement occupèrent Tlemcen, mais firent du souverain idrisite de Fâs leur vassal. Dans une de ces campagnes, l'héritier présomptif du Mahdi, Abou'l Qâsem, fonda la ville de ^Isila (924). En même temps, le chef de la grande tribu des Senhadja du Maghreb central, Ziri, fit sa soumission aux Fatimites, administra sous leur suzeraineté, un territoire presque aussi étendu que le département actuel d'Alger et y fonda, non loin de Médéa, une capitale à laquelle il donna le nom d'Achir.

La dynastie des Falimites (de Fatimah, fille du Prophète et femme de 'Ali) semblait devoir régner sans difficulté quand elle faillit être détruite par un retour offensif de ces Kharedjites qu'elle avait vaincus

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