Histoire des Berbères, trad. de Slane, t. II, p
NOTliS DE VOYAGE 127
le Village el le Village nèg^re) a été assimilée par quelques-uns au sièg-e épiscopal Tingariensis de la Notitia Afrlcœ ^. Le bordj ou la vieille Tiharet, bâti au sommet d'une côte escarpée, est entouré d'une enceinte continue, percée de quatre portes, et traversé dans toute sa longueur par la rue de Mascara. Cette première enceinte, protég^ée par deux ravins, est rattachée au Villag^e, ou plutôt à la Nouvelle Tiliaret, par une promenade plantée d'arbres sur la pente la moins escarpée de la hauteur. De l'autre côté du villag-e sur une élévation, le Villag-e nègre, malpropre comme toutes les agglomérations de ce genre. Le bordj représente Tiharet la vieille, construite parles Berkadjenna qui furent obligés de l'abandonner pour s'établir à Tiliaret es Sofia ^ aujourd'hui Takdemt. Elle fut relevée en 1843 par le général Lamoricière. La ville neuve est exi construction, sans rien de remarquable: quant au paysage des environs il est affreusement désolé jusqu'aux montagnes du Nadhor qui le limitent au Sud-
Le lendemain de mon arrivée, je repartais pour Kelizane, pourde là, gagner Oran et Tlemcen où j'étais attendu. Le voyage se fit sans incident et je ne trouve à signaler que le charmant village de Zemmorah (du berbère Azenimour, l'olivier sauvage) où je devais revenir à mon retour du Maroc. Zemmorah est entouré d'un bois de lenlisques et d'oliviers : sur
1. D. Ruinart, Historia persecutionis vandalicœ, Paris, in-8, 1G94, pp. 137, 45G.
2. El Bekri, Description de l'Afri(/ue septentrionale, trad. de Slane, Paris, 1859, in-8, p. 159.
r28 MÉLANGES AFRICAINS ET ORIENTAUX
une des collines qui le dominent, on aperçoit le monument commémoratif de Moustafa ben Isma'ïl, le chef des Smalas et des Douairs, rallié à nous depuis la conquête et qui fut tué à Vàge de 80 ans, en essayant de rallier près de Tifour ses soldats dispersés par une panique. Au centre du village se dresse un énorme olivier qui lui a peut-être donné son nom. A mesure que j'approchais de Relizane, les champs devenaient plus secs, les moissons moins belles, jusqu'au moment où nous alteig-nîmes les parties arrosées par le barrage de la Minah.
Je ne lis qu'un court séjour à Relizane où j'arrivai dans la soirée, car j'avais hâte de me trouver à TIemcen et d'explorer les environs au point de vue berbère pour pouvoir m'embarquer à Oran le 9 mai suivant sur le bateau qui fait tous les quinze jours le service des côtes d'Espagne et du Maroc jusqu'à Tanger. Le lendemain de mon arrivée, je parlais à six heures du matin pour Oran, et presque immédiatement, je prenais la voiture de TIemcen.
La route m'était connue, je l'avais suivie l'année précédente en me dirigeant vers Lalla Maghnia et Oudjda : je retrouvai, avant d'arriver à Miserghin, les paysages du Sud formés par la Sebkha et les montagnes dénudées qui Tentourent. A ce moment, un bandit désolait les environs de 'Aïn Temouchent; ayant pour complices sa famille et presque tous les Arabes des environs. Bel Bahi pouvait impunément assassiner dix personnes aux portes mêmes de leurs maisons ou sur la route très fréquentée d'Oran à TIemcen. Le conducteur de notre voiture avait relevé les deux dernières victimes de ce brigand, tuées
dans la soirée, alors qu'ayant manqué le courrier, elles faisaient à pied la route qui mène à Aïn Temouchent. Bel Bahi ne fut arrêté que plus tard à Oudjda par un fonctionnaire indigène de Tlemcen qui le fit saisir en pleine mosquée. Le protégé d'une société que je pourrais nommer, convaincu d'au moins dix assassinats, sans compter les vols de moindre importance, comptait, après sa condamnation, sur la clémence bien connue du Président de la République, clémence dont malheureusement pour les colons, les Arabes ont trop souvent fait l'expérience depuis quelque temps. Cette fois heureusement le scandale d'une commutation de peine fut évité à l'Algérie et le bandit paya de sa tête les crimes qu'il avait commis.
Mais je reviensà notre voyage qui se passa sans incidents. Nous traversâmes de nuit 'Aïn Temouchent, Lourmel et Tisser, et, au soleil levant, nous nous réveillons sur une montagne, mais entourés d'un brouillard (jiii ne nous permettait pas d'apercevoir Tlemcen. Des deux côtés de la route, des friches, couvertes de buissons delentisques et de genêts en fleurs, faisaient place peu à })eu à de riches cultures; enfin, deux heures après, nous distinguions au loin, à côté d'un creux rempli d'ombre (les gorges d'El Ourit) le petit village de Bou Médine et son ancienne mosquée dont le minaret brillait au soleil levant. A huit heures, nous faisions notre entrée à Tlemcen où je retrouvais mon compagnon de voyage.
On rencontrerait en Algérie peu de villes qui pourraient lutter contre Tlemcen, soit pour les souvenirs historiques de l'époque arabe, soit pour
130 MKL.\NGKS AFRICAINS ET ORIENTAUX
le charme de sa position pittoresque de ses environs. Adossée aux montagnes à pic qui forment le prolongement du plateau de Terni, l'ancienne capitale des Béni Zeyân s'étend au milieu des verg-ers et des jardins qui ont peu à peu envahi ses rivales, Agadir et Mansourah. A l'Est, Bou Médine et son incomparable point de vue : un peu plus loin, les cascades de l'Oued Safsaf dans les g-org-es d'El Ourit ; au Nord les vastes cultures étagées par degrés et l'horizon fermé par les montag-nes qui barrent la route d'Oran en font un des points les plus agréables de l'Alg-érie. dette situation privilég"iée attira de bonne heure les habitants et le nom de Pomaria témoig-ne de la fertilité des alentours au temps des Romains '.
La tradition locale place à Agadir — la première Tlemcen — la scène entre Moïse et Khadhir (Elie) telle qu'elle est rapportée par le Oorân-. D'Agadir (en berbère le rocher)^ il ne reste plus qu'un minaret formé de pierres romaines et tapissé, de la base au sommet, d'inscriptions latines maintes fois relevées depuis le voyage de l'abbé Barges. En laissant à gauche ce minaret à moitié enfoui dans les vergers d'oliviers, on arrive au petit villag-e de Bou Médine, célèbre pour le tombeau d'un saint de ce nom. On
1. La ressemblance extérieure des sons avait porté quelques géograplies à identifier Tlemcen avec la Tiinici mentionnée par Pline l'Ancien comme une des principales colonies de la Mauritanie Césarienne. Le docteur Shaw qui réluta cette erreur (Timici correspond à Aïn Teinouclient), se trompa quand il voulut faire de cette ville la Lanigara de l'tolémée, tandis (jue d'Anville y plaçait la Régine de Tllinéraire d'Antonin. Une inscription trouvée à Lalla Mar'nia a permis de restituer le vrai nom de Tlemcen ; Romarin, Mniarin de Ptolémée cf De Slane, Histoire des Berbères, t. III, p. 333, note 1 ; Mac Gartliy Algeria romnnn, Alger, 18j7, in-8, p. 5.