‹ Mélanges africains et orientauxChapitre 25 sur 105 · Sourate XVIII, versets 76 et suivants · texte numérisé non relu

Sourate XVIII, versets 76 et suivants

y faisait des pèlerinag^es dès le xiv® siècle et Ibn BaUoutah, revenant d'Orient où il avait visité l'Eg-ypte, l'Afrique Orientale, l'Arabie, la Syrie, l'Inde, la Perse, la Malaisie, la Chine, le Turkestan, la Russie et la Grèce, se détourna de sa route pour aller prier sur le tombeau du Cheikh, La mosquée a été €!nricliie par de nombreux dons depuis cette époque, mais ce qui en fait le plus grand charme, c'est moins la richesse de son ornementation, ses frises de plâtre et de chaux découpés comme de la dentelle, ou les tentures de soie qui sont drapées dans l'endroit on se trouve le tabout (cercueil) du saint, que sa situation pittoresque. Au moment de notre arrivée, des fouilles, pratiquées depuis quelque temps, avaient mis au jour les restes d'un palais attenant à la mosquée et qui, comblé peu à peu, avait fini par servir de cimetière. De nombreuses pierres tombales avec des inscriptions arabes avaient été retrouvées, mais toutes d'une date relativement récente : les plus anciennes ne remontaient pas au delà du xvn'' siècle ; toutefois, on n'avait pas encore atteint la partie inférieure de ce palais où se trouvaient sans doute les sépultures les plus anciennes.

Je ne veux point refaire ici l'histoire do Tlemcen, sous les diverses dynasties arabes, nationales ou étrangères qui s'y succédèrent, depuis les Béni Ifren jusqu'aux Béni Zeiyan dont les derniers représentants furent noyés dans le ^Si\\v\à\ (Grand bassin) par Aroudj, le frère de Khair eddin, lors de la conquête turke. Je me bornerai à renvoyer àl a traduction d'Ibn Khaldoun de M. de Slane *, à celle d'Et

1. Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères, Alger, 4 v. in-8, 1852-1856.

Tenessi ', au récit du voyag-e de Tabbé Barges 2 et à celui publié sous le pseudonyme de Lorral, pseudonyme qui cache un des membres de la Société de . géographie de l'Est ^ ; enfin aux monographies de M. Brosselard qui ont paru dans la Revue africaiae et le Journal asiatique'*.

J'avais trouvé à Tlemcen ce que j'avais vainement cherché ailleurs, sauf à Frendah : des indigènesde l'extrême Sud parlant encore le berbère. La leçon donnée aux nomades oranais avait porté ses fruits^ et les gens des oasis françaises et marocaines commençaient à revenir dans le Tell. Grâce au concours obligeant du directeur de la Médersa, je pus me procurer deux individus, l'un de Figuig, l'autre de Aïn Sfisifa, de qui je recueillis une série assez considérable de contes et de légendes qui me permit de pousser plus à fond l'étude du dialecte zénatia parlé dans les qsour.

Comme on m'avait signalé chez les B. Snous, au sud-ouest de Tlemcen, des points où le berbère s'était encore conservé, je résolus d'interrompre pendant quelques jours mes séances de zénatia, et de profiter de l'occasion pour visiter un massif de montagnes dont j'avais entendu vanter le site. L'agha des Béni Snous qui réside à Zahra avait été prévenu de ma

1. Histoire des Béni Zeiyan, rois de Tlemcen, trad. Barges, "ari*,. 1852, in-12.

2. Tlemcen, Souvenirs de voyage, Paris. I8b~ ,\n-S[e\. Siussi Complément de l'histoire des Béni Zeiyan, Paris, 1887, in-8].

3. Tlemcen par E. de Lorral (Bleicher), Tour du monde, 187fi, 2e semestre.

4. Mémoire sur les tombeau,x des émirs des Béni Zeiyan. Va.r\s, 1876, in-8. (On peut y ajouter les ouvrages suivants parus depuis: Ibn Meryem, El Boston, leste, éd. Ben Cheneb, Alger, 1908, in-8 ; trad. Provenzali. Alger, 1910, in-8 ; Gaudefroy Demombynes. Promenades en Algérie. >fancy, 1899; W. et G. Marçais. Les Monuments arabes de Tlemcen, Paris, 1903; Bel, Tlemcen, Cran, s. d.).

visite : un jour, à midi, je partais avec un cavalier •d'escorte. En sortant de Tlemcen par la porte de Fez, nous suivons une long"ue avenue qui nous •conduit à l'enceinte deMansourah; des murailles flanquées de tours et un minaret à demi écroulé, le tout en terre rouge et se détachant nettement au milieu de la verdure, c'est ce qui reste de la ville de Mansourah (la victorieuse), bâtie par le sultan mérinide du Maroc Abou Ya'qoub, lorsqu'il assiég-ea Tlemcen pendant cinq ans (1299-1304). La ville était réduite à la dernière détresse ; un rat se payait dix ■dirhems (3 francs de notre monnaie) ; un œuf 6 dirhems; une once de sel ou de bois à brûler, 10 dirhems ; les princesses de la famille des Béni Zeijân venaient de prier l'émir leur parent, de les faire mettre à mort pour échapper aux outrag-es de l'ennemi et aux tortures de la faim : « Epargnez-nous la honte de la captivité, lui firent-elles dire ; ménagez en nous votre propre honneur et envoyez-nous à la mort. Vivre dans la dég-radation serait un tourment horrible: vous survivre serait pire que le trépas *. » Vaincu par leur magnanimité, l'émir Abou Zeiyân I leur demanda un délai de trois jours, promettant au bout de ce temps de les faire égorg-er par les Juifs et les Chrétiens qui habitaient à Tlemcen le quartier de la Qaïsaryah et de chercher, lui et les siens, une mort héroïque dans une dernière sortie. Il n'eut pas heureusement à tenir sa promesse : un miracle le sauva ; avant la fin des trois jours, Abou Ya'qoub €tait assassiné par un mécontent, son petit-fils

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