‹ Mélanges africains et orientauxChapitre 28 sur 105 · F.lle va aujourd'hui bien plus au sud, à Colomb-Becharl · texte numérisé non relu

F.lle va aujourd'hui bien plus au sud, à Colomb-Becharl

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à perte de vue, droite et unie comme le sillage d'un vaisseau, et longtemps encore, nous pouvons voir en nous retournant, non seulement le Djebel'Antar, mais Mechéria. Pour n'être pas chargé, je n'avais pris aucun bag-age avec moi, pas même une outre ni une g-ourde d'eau, et elles eussent été les bienvenues, car la température, tiède au moment du départ, s'échauffait peu à peu, à mesure que le soleil montait à l'horizon. Pas une source, pas une tente, pas un abri : toutes les heures, un buisson àtsidrah (jujubier sauvag-e) se disting-ue par sa verdure un peu plus gaie au milieu des tiges sombres de Val/a {stipa tenacissima), du zà'zà' (sorte de joncée) ou du chebred : quelques touffes de har^mal portent des fleurs d'un blanc jaunâtre, semblables à des anémones. Au sud, les montages de Marha et de 'Aouinet bou Draui, ferment l'horizon à plus d'une journée de marche. Nous sommes en route depuis cinq heures, sans avoir rencontré personne qu'un berger qui nous apporte dans une chekoua du lait aigre de chamelle étendu d'eau (c/i^nm). La chekoua est une sorte de poche en cuir où l'on aspire la boisson, en soulevant d'une main le fond, et, de l'autre, en maintenant l'ouverture en forme de goulot. Gomme jamais la chekoua n'a été lavée ni nettoyée depuis qu'on l'a tannée, on peut s'imaginer le goût de cuir rance et beurre aigri qu'elle communique en été à la boisson qu'elle contient : j'en garde l'odeur dans ma barbe pendant plus d'un cjuart d'heure. Mais n'importe, nécessité fait loi et nous sommes heureux de cette rencontre, car la chaleur s'accroît rapidement. Impossible de garder la

moindre partie du corps exposée au soleil qui perce même les vêtements trop légers : ma montre est brûlante à travers l'étofFe de mon gilet ; en même temps, des bouffées de vent chaud arrivent coup sur couj) du sud et répandent dans l'air une poussière de sable impalpable.

Après avoir traversé l'Oued Ezdir, à sec naturellement, il me semble que l'étape doit toucher à sa fin. « Les puits deSeba'ïn sont-ils loin ? » — « Bà'ïd chouia (peu éloigné), et l'un des cavaliers me montre une série d'éminences au travers de la route : de là, paraît-il, nous verrons Seba'ïn. Je connaissais par expérience le sens élastique du BcCld chouia, mais je ne l'estimais à qu'à sept ou huit kilomètres : ce jour-là, peut-être sous l'influence dilatoire de la chaleur, le Ba'ïd chouia vQ^vésenidii six lieues. Les Arabes nomades n'ont aucune idée des divisions de temps ou de lieu. Pour la première, ils s'amusent fort du mouvement d'une montre et demanderont à chaque instant quelle heure il est, sans s'en rendre compte aucunement; l'un de mes cavaliers pendant la route demandait à ce propos si le jour ne renfermait pas plus d'heures en été qu'en hiver puisqu'il était plus long.

Nous arrivons aux hauteurs en question ; d'autres leur succèdent ; pas de Seba'ïn ; en revanche, un peu plus loin, à douze kilomètres environ du puits, à gauche de la route, une ruine, probablement berbère, affectant la forme d'un rectangle, et appelée par les indigènes Kherhat el Djohala (Ruine des païens). A quelque distance, nous rencontrons le qaïd des Hamyan, 'Abd er Rahmân, qui, prévenu de

mon arrivée, venait au-devant de moi à dix kilomètres. Les salutations finies, il remonte à chevalet la distance qui nous sépare de Seba'ïn est franchie au galop. Ce fut avec une véritable sensation déplaisir que je m'étendis sur les tapis préparés par les soins du qaïd, à l'ombre d'une superbe tente de Tlemcen ; la chaleur dépassait certainement cinquante degrés ; il était une heure de l'après-midi. Les puits de Seba'ïn (en arabe soixante-dix, bien qu'il n'en reste d'apparents que cinq ou six) se trouvent dans l'oued du même nom et sont désignés comme ceux du même g"enre, par l'appelation à'oglah. \\s diffèrent de ceux que j'ai vu chez les Qsouriens des provinces de Constantine et d'Alger (Mzab, Ouarg-la, 0. Rir') en ce qu'ils sont à fleur de terre, creusés dans une croûte pierreuse, maintenus par des pierres superposées, non cimentées, au lieu de l'être par un coffrage en bois comme dans l'Est. Il est certain qu'autrefois ils devaient être plus nombreux dans la provinced'Oran, car, au contraire des indigènes des Qsours, les Arabes ne les entretiennent pas avec soin, négligent de les curer et les laissent peu à peu se combler par toutes sortes de détritus. Qui a creusé ces puits? C'est cequ'ilest difficile d'établir. Je ne crois pas qu'on puisse les attribuer aux Romains, car ils n'offrent aucune trace de ciment ni de maçonnerie ; pour quelques Arabes, ils sont dus aux J3eni 'Amer, [)uissante tribu aujourd'hui bien déchue, mais ([ui, au xiv" siècle de notre ère, s'étendait sur tout le pays compris entre le Djebel Amour, les Ghotts et les Qsours du sud, mais leur alliance avec les Espagnols d'Oran les rendit odieux

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à leurs voisins, et l'on attribue à Sidi Ahmed ben YousoF le dicton suivant :

Béni 'Amer, votre territoire est un cercle de Juifs ; Votre arg-ent est toujours une ran(^on.

Plus lard, cette tribu fut presque tout entière déportée au Maroc et, disent les Arabes, on pouvait vojag-er des journées entières sur son territoire sans entendre le chantdu coq. D'autres traditions, et elles me paraissent plus vraisemblables, attribuent la construction de ces puits aux Djohala, nom vag^ue qui paraît désigner les Berbères antérieurs à l'invasion musulmane ; ils remonteraient donc à une époque où le Sahara était plus arrosé et, partant, plus cultivé qu'aujourd'hui. Les plus curieux sont ceux de Hassi Hadhir, situés dans un massif montagneux, au nord de la route qui va de Seba'ïn à Tismoulin.

L'eau des puits de Seba'ïn est légèrement saumâtre ; elle méfait néanmoins aussi g^rand plaisir que la dhifFa du qaïd : au traditionnel méchoui (mouton rôti), succéda le me^^doud (potage au safran et aux pâtes), particulier à la province d'Oran, puis le tadjin et après un repas de deux heures, nous repartîmes pour Tismoulin, où nous arrivâmes sans autre incident que la rencontre de quelques gazelles.

Ce campement est au fond d'une dépression et possède plus de puits que Seba'ïn. Comme ceux-ci, ils sont à fleur de sol ; quelques-uns sont comblés ; d'autres renferment des matières en décomposition ; un petit nombre seulement fournit de l'eau douce. Le sol est couvert de ''allai (artemisia judaïca), plante odorante comme le romarin, de hint el ibel

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(blé des chameaux), àe zafzaf, de 'adhidei de buissons épineux de koudad. Les environs sont bientôt visités ; d'une colline voisine, on domine les trois ou quatre tentes et, au loin vers l'Est, on voit, éclairés par les rayons du soleil couchant, le Djebel Tisiou et le Djebel Moghris où je déjeunerai demain. En revenant au camp, je croise trois moutons qu'on amène, et qui, la tète basse, semblent se douter du rôle qu'on leur destine dans la dhiffa de ce soir. Le qaïd tient décidément à me laisser un bon souvenir de Tismoulin et mes cavaliers ne se sentent pas d'aise à l'idée du festin qui se prépare. Pendant que l'on apprête la dhiffa, je reste à causer devant ma tente avec 'Abd er Rahnian et quelques indigènes ; comme de coutume, la conversation a la France et ses merveilles pour sujet ; les questions baroques se mêlent aux observations sensées : combien y a-t-il de moutons en France '? Qu'y mange-t-on en fait de viande? Est-il vrai qu'on y élève les porcs par troupeaux ? Le télégraphe va-t-il jusqu'à Marseille, et, dans ce cas, comment s'y prend-on pour faire tenir les poteaux dans la mer? Il faut expliquer ce qu'est un câble sous-marin et, bientôt après, un des assistants demande des renseignements sur une tente merveilleuse qui, parait-il, vole en l'air sans le secours du vent ou d'aucune machine. Donner en arabe des détails sur la fabrication du gaz hydrogène serait un peu compliqué ; je préfère m'en tenir à la description des montgoUières à air chaud pour être mieux compris de mon auditoire. Mais c'est en vain qu'à mon tour je cherche à tirer d'eux des renseignements sur l'histoire des Uaniyan loiS([u'ils

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habitaient entre Ouargla et Toiiggourl, avant d'être dépossédés par les Saïd'Otba et les Mekliadma, leurs plus lointains souvenirs remontent à peine aux derniers temps de la domination turque. Pendant cet entretien, le soleil s'est couché ; les oiseaux se rassemblent de toutes parts autour des puits et trois chacals se glissent jusqu'aux plus éloignés en se dissimulant derrière les touffes d'herbes. On sert la dhifFa à laquelle je ne fais guère honneur, au grand regret du qaïd, et j'espère enfin me reposer.

Mais la nuit fut accidentée ; le sirocco s'était remis à souffler et vers minuit, je fus réveillé autant par ses sifflements que par les cris du qaïd avertissant mes cavaliers que la tente où je dormais était secouée par le vent d'une façon inquiétante. Les énormes poteaux qui la soutenaient vacillaient déjà, et il eût été dangereux d'en recevoir un sur la tête ou les jambes ; il n'était que temps de consolider les piquets de l'extérieur.

IJ Juillet. — Nous nous mettons en roule vers l'Est à quatre heures du matin ; le voyage se passe comme la veille, mais nous faisons halte plus tôt, carie frère d'un qaïd des Trafis que nous rencontrons tient absolument à me donner l'hospitalité ; j'accepte, à condition que nous ne resterons pas plus d'une demi-heure, car je veux arriver à Géryville avant la nuit. Aussi je m'oppose formellement à ce qu'on tue un mouton, ce qui ne laisse pas que d'affliger mon escorte qui a un faible pour la viande à bon marché. Une poignée de dattes, une jatte de lait aigre et une tasse de café, voilà tout notre déjeuner et nous remontons promplement à cheval. Entre le

Djebel Tisioii elle Djebel Mog-hris,nous rencontrons les puits de Mogran dont l'un a été réparé par les soins des Français. On est en train d'abreuver des troupeaux et il semble que l'on assiste à une véritable pastorale: les moutons et les chèvres se pressent autour des abreuvoirs, tandis que les chameaux, gravement alignés, allong-ent le cou pour avaler une gorgée d'eau, se retirent un instant, puis reviennent majestueusement à la charge et boivent à leur aise pendant une heure, comme des êtres qui ont à faire leur provision d'eau pendant quatre ou cinq jours. Nous côtoyons l'éperon montagneux du Moghris et la plaine d'alfa et de cliih commence à se couvrir des fleurs violettes du gouiza. Enfin nous finissons par apercevoir au loin, dans une chaîne de montagnes, le col qui donne accès dans le plateau déprimé oii l'on a construit Géryville. Avant d'y arriver, nous faisons une courte halte pour nous rafraîchir chez un berger et nous nous engageons dans le défilé. Bientôt nous rencontrons l'Oued Beyodli, où coule de l'eau, et, autour des fermes, quelques peupliers, les premiers arbres depuis que nous avons quitté Saïda, Garonne peut compter pour tels, les malheureux faux-poivriers deMécheria. Le chemin remonte le cours de l'Oued, et de détours en détours, nous touchons enfin à Géryville : tout d'abord, nous passons devant la redoute, bâtie sur une hauteur, puis devant les jardins du cercle. La ville était à peu près déserte : toute la population, française et indigène, assistait aux courses données en l'honneur du 14 juillet : j'eus delà peine, pour mon compte, à trouver un lit, car Géryville ne possède pas d'auberge,

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mais ma soirée fut courte, et les chants de la léi>ion étrangère et du reste de la g^arnison, qui se proloug-èrent, paraît-il, assez tard dans la nuit, n'einent pas le don de m'éveiller : les 130 kilomètres que je venais de faire, par une chaleur accablante, étaient le meilleur des oreillers.

iôJuiUet. Ma première visite est pour le lieulenantcolonnel Fossojeux, commandant du cercle de Gérjville. Informé de mon arrivée, il m'avait fait chercher la veille, mais ailleurs que sur mon matelas. Son accueil fut des plus bienveillants, et ma journée se passa en compagnie des ofHciers du bnreau arabe. Géryville n'a de remarquable que le jardin du cercle parfaitement entretenu : ses pêchers sont célèbres, mais, cette année, le froid a détruit la récolte. Outre la redoute, la ville se compose de quelques quartiers, coupés par des rues à peu près droites, mais fort mal pavées : peu d'Européens, presque tous cabaretiers et marchands de comestibles. La grande place qui s'étend entre la redoute, le bassin et la ville, ombragée d'un côté par de beaux acacias, serait remarquable si elle n'était pas sur une pente inégale.

C'est Géryville qui fut une des dernières étapes du malheureux Palat, sur le compte duquel ont couru bien des légendes. Après avoir passé par Saint-Cyr où il avait tenté deux fois de se suicider, ancien officier de bureau arabe, sorti de rarmée, puis réintégré lors de la campagne de Tunisie, sorti encore une fois, écrivain brillant et coloré, sans autre bagage scientihque, il n'avait plus d'autre ressource que l'entreprise follement imaginée, plus

follement encore exécutée où il périt. Le chemin le moins dang^ereux pour arriver à Tonbouktou était le Sénégal et le Niger : une tentative qu'il fil de ce côté échoua; à plus forte raison, celle qu'il essaya par le Touat et le pays des Touaregs, d'autant que Palat, quoi qu'on en ait dit, n'avait (ju'une très mince connaissance de l'arabe parlé el ne pouvait nullement se faire passer pour un indigène, bien qu'il en eût adopté le costume. Sa dernière correspondance renferme des plaintes contre les bureaux arabes, plaintes absolument injustes, dernier écho des rancunes qu'il avait cherché à satisfaire dans certains de ses romans : Mai^iage cV Afrique, Fleur d'alfa, eic. Voilà pour la conception du plan. Quant à l'exécution, elle fut aussi mal combinée. Le ministère de la guerre aurait refusé toute mission à l'ancien lieutenant ; celui-ci fut appuyé d'un autre côté, mais on n'eut pas le courage d'ag"ir franchement. Il fallait, ou avouer Palat et lui donner en ce cas une escorte suffisante et l'appui qui faisait cesser les accueils trop froids, ou le désavouer et le faire arrêter s'il essayait de franchir la frontière du Sud, pour ne pas être engag"é par son assassinat dans une guerre qu'on voulait éviter. Le moyen terme qu'on adopta fut la première cause de sa perte. Quant aux froissements qu'il eut à subir, ils s'expliquent aisément : n'étant pas officiellement recommandé, il n'avait nul droit à une aide et à une protection qui cependant lui eussent été accordées s'il n'avait luimême semblé prendre plaisir à s'aliéner ses anciens camarades de régiment ou de bureau arabe, anciens condisciples de Saint-Cyr, en vivant systématique-

ment à l'écart en afYectant de ne point faire de visites à Tautorité militaire, alors toute-puissante dans le Sud et toujours disposée à rendre service, j'en ai fait maintes fois l'expérience. Au contraire, il donna sa confiance à un des Oulad Sidi Cheikh qui le trompait, en lui promettant plus qu'il ne voulait ou pouvait tenir, se faisant payer les services qu'il savait ne pas rendre et qui, je tiens à préciser les faits, tournait en ridicule, dans un dîner à Brezina, le voyage qui devait se terminer si tragiquement. Quant à la réception de Palat à El Goléa, réception sur laquelle des journaux aussi mal informés que possible ont débité tant d'erreurs, elle était toute naturelle. Le

cominandantD « que je connais personnellement,

et dont je n'ai eu qu'à me louer pendant monvoyag-e au Mzab et à Ouargla, n'était pas prévenu hiérarchiquement et, partant, devait ag-ir comme il l'a fait. Il offrit ses bons offices à Palat qui les refusa net et se plaignit ensuite d'être abandonné. J'ajouterai que le malheureux voyag-eur, eùt-il réussi à pénétrer dans In Salah, n'aurait jamais pu recueillir, sans exciter les soup(;ons et cent fois le danger d'être tué, la moitié des renseig^nements qui ont été publiés dans le Bulletin de Correspondance Africaine de 1885. i 6' yMiV/e/. Mes cavaliers m'ont faithier leurs adieux: l'un retourne à Mécheria, l'autre dans sa tribu. Deux douros de pourboire m'ont valu des bénédictions à revendre, et si le ciel m'accorde le quart des souhaits qu'ils on! formés, mon bonheur est assuré dans ce monde et dans l'autre. Aujourd'hui, je me mets en

\. [Il s'agit du commandant Uiilier, mort depuis, lieiitenant-polonfl pn rt-lraili'. n Cliercli»*!).

FOute pour le Nord et Saïda : le temps ne me permet pas de pousser plus loin dans le Sud. C'est une méchante carriole qui nous emmène, l'interprète du bureau arabe, un ancien sous-officier établi à Saïda et moi : de cette manière, le voyage sera moins monotone. Nous reprenons, pour sortir de Géryville, la route suivie l'avant-veille, puis, tournant vers le nord-ouest, nous nous engageons dans une plaine monotone jusqu'au défilé de Kheneg- el Azir {le col du romarin), célèbre dans les chansons des soldats. Après déjeuner, nous nous remettons en route, et, au sortir du col, nous voyons s'elFacer progressivement le Djebel Ksel, au pied duquel est Géryville. La plaine unie recommence: après lerelai de Ben Hattab, où l'on est occupé à nettoyer un puits dont la margelle est effondrée, nous voyons briller au soleil la lig'ue argentée du chott. Les gazelles reparaissent ; une d'elles, blessée par le conducteur de la voiture, nous échappe et disparaît bientôt dans les toufl'es d'herbe (jui garnissent l'approche deKhadhra : celle-ci s'annonce j)ar la qoubbah de la sainte du même nom. Des roseaux plus hauts que des arbustes marquent l'entrée de la route dans le chott : la chaleur redouble, et c'était sans doute dans l'espoir de rafraîchir la température que, d'après la lég-ende, les DJohala (païens) ont essayé de créer une mer en cet endroit. Les projets de mer intérieure ne datent pas d'aujourd'hui :1a crédulité humaine a des précédents. Le résultat de cette tentative, impie aux yeux des Musulmans, fut le chott, aussi impropre à la culture qu'à la navigation. Puisse cette tradition servir de leçon, même de nos

jours ! Aïn Sfislfa {la source du petit peuplier) nous apparaît de 1res loin comme assez riante, à cause de ses murs blancs ombragés de peupliers, mais, quand nous nous approchons, elle ne nous présente plus que Timage de la désolation. Je ne crois pas avoir jamais rien vu de plus lugubre que ce caravansérail, perdu dans l'immensité, près de chotts brillants et brûlés par le soleil : le qsar de Bokhari, l'oasis de Sidi Rached, la colline de sable de Mellala, entre Ouargla et le Mzab, les ruines de Sedrata enterrées à demi sous les dunes, les rivages abrupts du Rif marocain, n'avaient pas à ce degré ce caractère de tristesse contrastant avec la lumière du soleil. L'endroit est malsain et, depuis 1882, le cimetière ne renferme pas moins de 17 tombes, bien que les quelques soldats qui y tiennent garnison soient fréquemment relevés. Derrière le bordj, près duquel s'allonge un rideau de peupliers, la source d'eau douce jaillit au milieu d'un marais, entouré de collines de sable où l'on a planté des tamarix. J'eus l'imprudence de m'asseoir à leur ombre pendant une heure pour contempler un beau coucher de soleil et j'en portai la peine dès le surlendemain. 11 ne fallait pas songera passer la nuit dans les chambres basses, étouffantes du bordj, peuplées d'ailleurs de scorpions, de cancrelats et de rats : nous préférons nous étendre sur le sable moelleux de la dune et dormir en plein air, enveloppés dans nos couvertures.

11 Juillet. On part à quatre heures du matin pour arriver à KhalfaUah avant la grande chaleur ; la route, monotone comme la veille, n'est interrompue quopar une halte an caravansérail d'El Maï, saccagé

tavec fureur par los insurgés et que l'on n'a pas encore rétabli ; les plafonds effondrés, une partie des revêtements extérieurs arrachés, les caves à demi comblées, tout ce que la rage de nuire peut s'imaginer, rien n'y manque, et une large amnistie permit plus tard aux auteurs de ces crimes de rentrer sans être inquiétés sur le territoire français. Vers 9 heures du matin, nous sommes à Khalfallah, le terme de mon voyag"e : c'est ici que le soir, nous reprendrons le train pour Saïda ; la journée est longue : à midi, tout est endormi ; le soleil est brûlant ; la vie paraît absolument suspendue ; bêtes et g"ens font la sieste ; les bâtiments ont l'airde dormirau milieu d'unsilence absolu. C'est en vain que j'essaie de trouver quelque chose à visiter dans les environs, rien à voir, en dehors d'un puits fait comme tous les puits et d'un cimetière renfermant huit lombes couvertes d'herbes desséchées ; c'est encore un souvenir des massacres de 1881 ; le temps s'écoule peu à peu et à T) lioures nous montons en chemin de fer pour Saïda où m'attendait M. Lapaine.

Le lendemain, à 4 heures du matin, je repartais pour Alger, où j'arrivais à 10 heures du soir emportant de ma trop courte excursion un bon souvenir, malg^ré la chaleur, la fatig-ue et un accès de fièvre (|ui me dura sept heures, résultat de mon séjour à Aïn S fi si fa.

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