I.'aLGKHIK ARArJE
à Tiharet. C'était, non plus les Abadliiles, mais la fraction la plus avancée et la plus violente de la secte, celle des Nakkarites, qui entrait en scène. Elle ne faisait aucune différence entre ceux qui ne partageaient pas ses doctrines : musulman, infidèle, même Kharedjile Abadliite : tout était permis contre ses adversaires. Le fils d'un marchand des Béni Ifren, Abou Yézid, « l'homme à l'àne », né au Soudan où son père faisait le commerce, se mit à la tête des masses qu'il avait poussées à la révolte ; disgracié de la nature, mais éloquent et convaincu, il exerça d'abord son apostolat sous l'extérieur d'un maître d'école et, le moment venu, les tribus de l'Aourâs, avec l'appui secret des Omayades d'Espagne qui se sentaient menacés par les Fatimites, se soulevèrent à sa voix (942), s'emparèrent de presque tout le département actuel de Gonstantine et pénétrèrent en Ifriqyah. Oaïrouân tomba entre leurs mains, et bientôt il ne resta plus au successeur de 'Obeïd Allah que sa capitale, Mahadia, construite par le fondateur de la nouvelle dynastie qui aurait, dit-on. prévu ces événements. Abou Yézid vint l'y assiéger (945). Mais son armée, composée d'éléments hétérogènes et grossies débandes qui étaient venues pour piller plutôt que pour combattre, fut incapable de prendre d'assaut la ville où se défendait désespérément le khalife El Qâïm. Les plus ardents des Nakkarites avaient été du reste mécontents de voir Abou Yézid quitter sa robe de laine et son bâton d'apôtre pour les vêtements somptueux des Fatimites et échanger l'àne qui lui servait de monture et à qui il devait son surnom, pour un cheval riclie-
ment harnaché. La cohue ([u'il avait lénnie autour de Mahadia se désagrég'ea : il fallut lever le siège. Abou Yézid, presque abandonné des siens, reprit ses anciennes allures, et les Nakkarites remportèrent des victoires passagères sur les généraux t'atimites. Bientôt le kiialife fatimite Isma'il El Mansour, redevenu maîtj-e de la Tunisie, poursuivit Abou Yézid en Algérie où il vit se rallier à lui ceux qui avaient pris parti contre le réformateur, entre autres le souverain de Tlemcen, Mohammed el Khâzer, allié des Omayades d'Espagne. Quant à « l'homme à l'âne » traqué sur tous les points, mais redoutable encore, il finit par être gravement blessé dans sa retraite du Djebel Kianah au sud de Sétif et par élre pris vivant. Il mourut peu après ; son corps empaillé et sa tète furent exposés à Mahadia aux injures d'une populace qui avait tremblé devant lui (957) : ce fut la fin des Nakkarites ; ses fils qui avaient menacé Biskra et Tobna, furent refoulés dans le déserf. Dès lors, les doctrines kharedjites cessèrent de jouer un rôle en Algérie et ne furent plus représentées que dans l'extrême sud par des communautés qui s'établirent plus tard dans le Mzab.
Tandis que les Fatimites replaçaient sous leur autorité la partie orientale de ce pays, l'ouest et le centre relevaient des Omayades d'Espag-ne avec un prince vassal à Tlemcen et un g-ouverneur à Tiharet. Abou Yézid, lui-même, tout kharedjite qu'il était, avait recherché l'appui des khalifes de Cordoue et, pendant quelque temps, ceux-ci, déjà maîtres du JNIaroc, dominèrent dans la plus g-rande partie de
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l'Algérie. Le Falimite El Mansour voulut rétablir les limites de l'empire de son aïeul : Tlemceii fut promplement reconquise; le souverain de Tlem-
•cen accepta de lui le titre de gouverneur du Mag"lireb central, c'est-à-dire de la plus grande partie
•<lu département actuel d'Oran, tandis que le chef des Sanhadjas, resté fidèle aux Fatimites dans les moments les plus critiques, Ziri ben Menâd, administrait tout le pays répondant au département
■d'Alger, où son fils Boloeguin, suivant la tradition, fondait en même temps les villes d'Alger, de Médéa
^t de Miliana. Les Omayades d'Espagne ne se résignèrent pas facilement à la perte de leur suprématie sur le Nord de l'Afrique ; de là, une g"uerre qui «clala entre eux et le khalife El Mo'izz, successeur d'El Mansour. L'expédition commandée par Djaouhar
-g"énéral de ce dernier, ne fut qu'une suite de succès ; toute résistance fut vaincue ; les partisans douteux, comme les B. Ifren, furent traités en ennemis ; les
-armées fatimites, reprenant la marche traditionnelle de 'Oqbah, pénétrèrent jusqu'à l'Atlantique : Sidjilmasa et Pas furent prises et le Rif reconnut la suprématie des Fatimites : ceux-ci possédaient
•donc tout le nord de l'Afrique, des Syrtes à l'Océan
et de la Méditerranée au désert.
L'Occident conquis, ce fut l'Orient qui attira El
JNIo'izz ; avant lui, d'autres souverains de l'Ifriqyah,
Aghlabites ou Fatimites, avaient tenté de conquérir
tl'Eg-ypte : ils avaient échoué. Ce fut encore Djaouher qui fut chargé de l'entreprise et il la mena à bien (969).
'Ce moment fut décisif pour l'histoire de la dynastie
•de 'Obeïd Allah : le centre de son empire se déplaça.
El Mo'izz résolut de quitter l'Occident pour s'établir au Caire, la capitale récemment fondée par Djaoulier. Pour maintenir sa suprématie, sinon son autorité, sur l'Algérie et la Tunisie, il en confia le g-ouvernemenl héréditaire à son fidèle Bologguin qui venait de réprimer dans le Maghreb central de nouvelles attaques des partisans des Omayades. Ce fut le triomphe des Senhadjas sur les Zénatas ; ce triomphe fut encore accru par une expédition heureuse de Bologguin contre le Maghreb extrême retomljé sous le joug- de l'Espagne (^979). Peu à peu, cependant, les efforts des successeurs de cet émir tendirent à relâcher les liens qui les unissaient aux khalifes fatimites du Qaire. Ils avaient à lutter contre les Maghraouas de l'Ouest qui, chassés du Maghreb et de Fàs par les Omayades d'Es})agne, s'étaient jetés sur le Maghreb central et là, s'étaient réconciliés avec leurs anciens ennemis. Leur chef, Ziri, périt sous les murs d'Achir (1001) : Hammâd, l'oncle du souverain Senhadja, refoula les Maghraouas et bâtit au nord de Msila, une ville qui reçut le nom de Oala'ah des Béni Hammâd ; s'étant brouillé avec son neveu, il proclama son indépendance après divers combats contre Badis et le successeur de ce dernier, El Mo'izz. Il se trouva maître reconnu d'un état qui comprenait le Zab, le Hodna, les Hauts-Plateaux du déparlement d'Alg'er et le Sersou jusque Tiharet.
A ce moment se produisit un événement qui modifia complètement l'état de l'Algérie et arrêta, sauf sur un point, le développement des royaumes qui se créaient et la formation d'états nouveaux. Les révolutions qui viennent d'être sommairement indi-
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quées avaient pour base rélément religieux : le Kharedjisme (abadhite, sofrite ou nakkarite) et le Chiisme (idrisite ou fatimite) avaient servi de drapeaux contre l'orthodoxie des khalifes de Cordouc et de Baghdàd : peu à peu, enrôlés sous ces divers étendards, les Berbères avaient reconquis à la fois l'indépendance et la prépondérance sur l'élément arabe : les royaumes de Oaïrouân, de la Qala'ah, de Tiharetet de Tlemcen étaient autant d'états berbères qui pouvaient accomplir leur évolution particulière; ils étaient assez forts pour résister aux khalifes bien déchus de Cordoue et de Baghdàd et même aux incursions qui devaient, aux siècles suivants, sortir du Sahara occidental et du Maroc et triompher sans peine de royaumes épuisés par la plus terrible invasion que l'Algérie ait subi.
Les liens qui unissaient les émirs sanhadjas ou ziriles de Qaïrouân à l'empire fatimite s'étaient relâchés ; un seul se maintenait encore, le lien relig'ieux. La doctrine fatimite était encore reconnue nominalement. Une (juerelle qui éclata entre El Mo'izz et El Yazouri, vizir du khalife fatimite du Qaire, assura la rupture. Le premier abjura le dogme chiite, arbora l'étendard noir des 'Abbasides et reconnut pour chef spirituel le khalife de Baghdâd dont l'autorité purement nominale nepouvaitélre une gène pour lui. Trop faible pour organiser une expédition régulière contre lui, El Yazouri trouva le moyen de se venger en lançant sur l'Ifriqyah les hordes arabes des Béni Hilâl (Solaïm, Doraid, Riâh) qui avaient été cantonnées dans la Haute Egypte pour les empêcher de se joindre de nouveau
aux Qarmates, ennemis des khalifes du Qaire et de Baghdâd. Le vizir égyptien se débarrassait ainsi d'hôtes incommodes, soit qu'ils fussent détruits parles Sanhadjas et les autres Berbères, soit qu'ils anéantissent des vassaux infidèles. La bataille de Haïderân (1053) perdue par les forces coalisées des souverains de Qaïrouân, de la Qala'ah et de Tripoli^ réunis contre l'ennemi commun, livra l'Ifriqyah et le Maghreb aux nomades qui se répandirent sur ce territoire fertile comme des sauterelles afTamées» Pour éviter une ruine complète, El Mo'izz dut subir toutes leurs conditions ; en même temps, l'anarchie qui fut la suite de cette invasion, favorisa l'apparition de divers petits tyrans qui prirent à leur solde des nomades peu soucieux des traités, La Tunisie et la Tripolilaine étaient aux mains des Solaïm, des Riâh, des Djochem et des Zoghbah ; les Athbedj et les Ma'âkil s'avancèrent vers l'Ouest. Si, sous Bolog-g"uin, le royaume des Béni Hammad parvint à se maintenir comme un îlot dans le flot de l'invasion, ce prince ne put empêcher les Athbedj de conquérir le Zab et les Ma'âkil de progresser ver?;; l'Ouest en triomphant des Zénatas de Tlemcen, Leurs luttes furent célébrées dans des chants épiques, déjà signalés par Ibn Khaldoun et qui sont parvenus jusqu'à nous.
Une invasion, venue de l'Ouest, put seule arrêter celle de l'Est. Ici encore nous remarquons une modification. Jusqu'alors, sauf en ce qui concerne les Nakkaritesintransig-eants, les fondateurs de dynastie revendiquaient une illustre origine : Idris de Fàs, ^Obeïd Allah de Mahadia prétendaient se rattachera
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la famille de 'Ali; lesancelres de Ziri et de Bologguin, ceux de Hamniàd avaient été les chefs desSaiiliadjah : 'x\bd Allah b. Rostem, l'imâni de Tiharet, se disait issu d'une noble famille persane. Désormais, les fondateurs d'enipire seront de simples marabouts, prétendant réformer les mœurs et la doctrine, mais faisant prévaloir le mérite individuel sur la noblesse de race. Au milieu du xi'^ siècle de notre ère, un cheïkii des Lamlouna, dans le Sahara occidental, avait attiré un réformateur du nom de Yasin pour rétablir l'observation des prescriptions relig-ieuses chez les tribus berbères d'origine senhadja, errant en nomades entre le Sénégal, le Niger et l'Océan, en même temps qu'il faisait la guerre sainte au Soudan. Vainqueur des noirs, il porla ses armes contre le Maroc actuel et, s'il périt en combattant les Berg-houata, le chef militaire qu'il avait donné aux siens, Abou Bekr ben 'Omar continua son entreprise. Après avoirabandonné à son cousin, Yousof ben Tachiin, le soin de g-uerroyer dans le Nord, il dut lui céder définivement l'autorité qu'il lui avait confiée temporairement et s'en retourna combattre dans le Soudan où il trouva la mort devant une forteresse des noirs. Resté seul maître, Yousof ben Tachfin conquit rapidement le Maghreb el Aqsa et fonda la ville de Maroc qui donna son nom à l'empire de l'ouest : en dix ans, il arriva à la Molouia après avoir détruit les petits états qui se partageaient le pays. Pendant ce temps, les Arabes continuaient leurs progrès dans l'est de l'Algérie et prêtaient le concours de leurs armes aux souverains en guerre: En Nàser de la Qala'ah et Temim de Qaïrouàn. Le premier, malg-ré
des succès reinporlés sur les Hilalienset lesZenalas, voyant ses étals ravagés par les nomades et sa capitale menacée, résolut de chercher une résidence plus aisée à défendre et placée dans une situation plus favorable. 11 se décida à évacuer la Qala'ah et à fonder une ville au pied duGouraya, près de l'embouchure de la Soummam. Il la nomma EnNaseriah. mais l'histoire a maintenu le nom de Bougie qui était celui des Berbères sur le territoire desquels la ville fut fondée (1067). La nouvelle capitale ne tarda pas à prospérer, grâce au commerce et à l'agriculture : des relations s'établirent avec tous les pays commerçants du Nord de la Méditerranée : En Nâser, qui était en correspondance avec le pape Grégoire VII au sujet des chrétiens indigènes qui existaient encore dans ses états, put voir la splendeur de son œuvre, continuée par son fils El Mansour A cette époque, les Atlibedj s'établissaient dans le Zàb et sur les pentes inférieures de l'Aouràs ; les Zoghbah dans le Hodna, près de l'ancienne Oala'ali. Dans l'Ouest, Yousofavait conquis Tlemcen (Ag-adir), bâti Tagrart (la Tlemcen actuelle) et les armes des Lamtouna et des Hammâdiles, tous deux senhâdja d'origine, se trouvèrent en présence. Les succès de Yousof et de ses généraux lui livrèrent les paysjusqu'à Alger, mais El Mansour de Bougie reprit la partie orientale de leurs conquêtes jusqu'à Tlemcen. Après avoir soumis l'Espag-ne musulmane et arrêté les conquêtes des chrétiens. Yousof mourut âgé de près de 100 ans (1106), ayant conservé jusqu'au dernier moment, comme Masinissa, ses mœurs simples, son ardeur et sa vig-ueur.
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Après lui sa dynastie décrut rapidement. Cen'élait pas impunément que les grossiers Lamtouna, les Senhadja au lithamj voilés comme les Touaregs d'aujourd'hui avaient été mis en contact avec une civilisation supérieure. Comme les Vandales, ils se laissèrent promptement amollir et une nouvelle race, les Masmouda de l'Atlas ne tardèrent pas à les supplanter. Ibn Toumert, le Mahdi qui souleva ces Berbères, prit comme clief militaire un Koumiali, né dans le département actuel d'Oran, non loin de Nédromah,'Abd el Moumen, qui, à la mort d'Ibn Toumert, réunit en sa personne l'aulorilé spirituelle et temporelle et prit le titre de khalife. Profitant des embarras de 'Ali ben Yousof retenu en Espagne par la g-uerre sainte, il s'empara rapidement du Maroc et de l'Ouest de l'Algérie où l'appelaient des populations berbères, lesB. Ouemannou, menacés d'être dépossédés par d'autres Berbères Zenatas, refoulés du Sud au Nord par les Arabes Ma'âkil qui progressaient dans le Sahara. Les envahisseurs firent leur soumission à 'Abd el Moumen qui demeura seul maître de la région ; à cette même époque, le successeur de l'émir almoravide'Ali, Tachfin périt en essayant de s'enfuir d'Oran où il était bloqué (1145).
Tlemcen, puis Fàs et Maroc prises, l'empire almohade se substitua à l'empire almoravide, sans cependant s'étendre autant que celui-ci du côté du Soudan Pendant ce temps, profitant des troubles causés parles guerres civiles entre Hammâdites de Bougie et Zirites de Qaïrouân, les chrétiens de Sicile, que les Normands avaient arrachés à la domination musulmane, reprenaient l'offensive ; la
oo
MELA.NGI-S AFItlCAlNS KT ORIENTAUX
flotte deRog'er II, le protecteur du célèbre g-éographe El Idrisi, détruisit Djidjelli, Brechk et Ténès, puis s'empara de toute la côte orientale depuis Sousse jusqu'à Tripoli. C'était la fin de la dynastie zirite dont le dernier représentant, El Hasan, fut interné à Aig-er par son cousin Yahya, le roi hamniâdile de Bougie. Dans ces conditions, l'Algérie centrale et orientale offrait une proie facile aux Almohades : Alger et Boug-ie furent soumises sans combat(li52); la Oala'a des B. Hammâd qui avait tenté vainement de résister, fut détruite, ses défenseurs massacrés et sa population dispersée. En face des Almohades, il ne restait plus que les Arabes liilaliens: après une bataille de quatre jours près de Sétif, ils furent mis en déroute, poursuivis jusqu'à Tébessa et durent faire leur soumission. La conquête des ports de l'Ifriqyah occupés par les Siciliens compléta l'empire de 'Abd el Moumen et la paix paraissait assurée pour longtemps lorsqu'elle fut troublée, sous Abou Yousof El Mansour par les Benou Ghanya, 'Ali et Yahya, descendants d'une famille alliée aux Almoravides et dominant aux Baléares. Le premier ne tarda pas, avec le concours des Arabes liilaliens, à s'emparer de l'Algérie centrale, depuis Bougie jusqu'à Miliana (1185), mais cette conquête fut presque aussitôt perdue que faite et la g-uerre eut pour théâtre la Tunisie et la Tripolitaine. La mort de 'Ali n'arrêta pas les hostilités ; son frère Yahya le remplaça : Biskra, Tiharet, plus tard Alg'er où il fit mettre en croix jMendil, chef d'une petite dynastie maghraoua, Boug-ie furent successivement ravag-ées par lui, grâce à l'anarchie causée par les luttes des prétendants
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au trône des Almohades. L'empire de ces derniers ne tarda pas à se diviser : dans Test, le gouverneur de l'IFriqyali, Abou Zakaryà le Hafside proclama son indépendance et ne tarda pas à occuper toute l'Algérie orientale, tandis qu'à l'ouest, la grande famille berbère des 'Abd el Ouâd, refoulée vers le nord par l'émigration des Hilâliens dans le Sahara, s'établissait à Tlemcen où elle devait fonder un royaume illustre. De 1236 date l'avènement de Yag"hmorâsen qui fut le vrai fondateur de cette dynastie. A la même époque, une tribu sœur de celle des 'Abd el Ouàd, les Mérinides, refoulée comme elle vers le nord par les nomades hilâliens, s'établissait sur la Molouia et ne tardait pas à supplanter les Almohades avec 'Othman le borg-ne qui s'établit à Fàs. Le souverain hafside de Tunis, Abou Zakaryà, ([ui possédait la moitié orientale de l'Alg-érie, voulut y ajouter l'autre. H parvint à rendre Tlemcen tributaire, mais pour peu de temps. La mort du khalife Es Sa'ïd, tué sous les murs de cette ville (1248). fut le signal de la destruction de l'empire almohade sur les ruines duquel s'établirent définitivement les royaumes des Mérinides au Maroc, des 'Abd el Ouâdites à Tlemcen. tandis que l'est de l'Algérie appartenait aux Hafsides de Tunis dont les membres se constituèrent parfois des royaumes éphémères à Constantine, à Boug-ie et à Bône. L'histoire du XIV'' siècle est celle de ces trois g-rands états : Fàs, Tlemcen et Tunis, qui cherchèrent à s'absorber mutuellement, tache au-dessus de leurs forces, malgré les succès momentanés obtenus par tel ou tel prince. La lutte la plus vive éclata entre les Méri-
nides el les 'Abd el Ouàdites, leurs voisins : ceux-ci eurent généralement le désavantage, même au temps de Yaghmorâsen dont la constance réparait ces désastres. Dans l'est, la province de Conslantine fut constamment désolée par les agitateurs qui se révoltaient contre la puissance hafside, lorsqu'ils n'étaient pas tenus en respect par un prince énergique. Alors, non content de faire régner l'ordre dans ses Etats, il s'efforçait de les accroître à l'ouest. Les 'Ahd el Ouàdites s'étaient à peine rendus maîtres de tout le Maghreb -central (département d'Alger) qu'ils furent assiégés dans Tlemcen (1299-1.307) par le Mérinide Abou Ya'qoub : la ville fut étroitement bloquée par l'armée assiégeante qui bàlit à l'ouest une nouvelle ville, Mansourah, dont on voit encore une partie de l'enceinte et la moitié du minaret.
L'émir 'Abd el Ouâdite 'Othmân mourut la cinquième année du siège qui continua sous son fils Abou Zeivân : la détresse el la famine étaient à leur comble : les princesses de la famille royale avaient demandé au roi de les faire mourir pour ne pas tomber vivantes aux mains des Marocains ; l'exécution allait avoir lieu quand un miracle sauva Tlemcen : l'émir mérinide fut assassiné par un de ses esclaves, et son successeur, Abou Thàbet, à qui le trône était disputé, s'empressa de conclure la paix avec Abou Zeiyân et de revenir dans l'ouest. En même temps, l'est de l'Algérie était en proie aux guerres du roi de Bougie contre Alger qui s'était rendue indépendante sous Ibn Allân et qui tomba au pouvoir d'Abou Hammou, successeur d'Abou Zeiyân. Sous ce prince, Tlemcen se releva rapidement ; toute-
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fois, les efforts des 'Abd el Ouâdites pour se rendre maîtres de Constantine et de Bougie écliouèrenl, quoique Tunis tombât quelque temps en leur pouvoir. Mais les Mérinides de Fàs, dont les Hafsides avaient invoqué l'appui vinrent de nouveau assiéger Tlemcen (1333-1337). En même temps qu'il relevait Mansourah. le souverain mérinide, Abou'l Hasan, fondait à El Eubbad près du tombeau du célèbre Abou Midian (Bou Médine) une médersah qui subsiste encore. Au bout de deux ans, la ville fut emportée d'assaut ; son roi, Abou Tachfin I*^"" se fit tuer avec la plus grande partie des siens ; toute l'Algérie centrale et occidentale tomba aux mains des Mérinides ; elle n'y resta pas longtemps. A peine Abou'l Hasan avait-il conquis Bougie (1347), Constantine et Tunis que, vaincu par les Aral)es à Qaïrouân (1348), il dut revenir dans l'Ouest où son fils Abou Sa'ïd s'était emparé du pouvoir tandis qu'Abou Sa'ïd 'Othmân rétablissait le royaume de Tlemcen. Sa défaite par Abou 'Inân qui releva la domination mérinide dans le Maghreb et l'Ifriqyah, n'empêcha pas un de ses parents Abou Hammou II de relever à Tlemcen le drapeau de l'indépendance pendant la minorité du Mérinide Es Sa'ïd (1359). Malgré des alternatives de succès et de revers, le règne d'Abou Hammou fut des plus brillants. 11 suffit de rappeler qu'à cette époque florissait le plus grand historien musulman, 'Abd erRahman ibn Khaldoun, dont le frère, Yahya, fut aussi un écrivain de mérite : le prince lui-même composa un traité sur la conduite des rois. Les guerres qui reprirent entre le royaume de Tlemcen et les Méri-
nides affaiblirent considérablement le premier de ces états et les succès passagers qui donnèrent quelque temps aux Zeyanites la possession du Maghreb central ne relardèrent pas la décadence. Après Abou Hammou, assassiné par son fils Abou Tachfin II, le royaume de Tlemcen ne fut plus qu'un appoint des Mérinides et des Hafsides dans leurs luttes qui remplissent toute la fin du xir*^ et tout le xv** siècle. Cet étal de choses facilita l'établissement des chrétiens sur la côte d'Afrique : Ceuta tomba au pouvoir des Portug-ais (1415), et après la chute de Grenade (1492), la Caslille et l'Arag-on, réunis en seul état, se lancèrent à la conquête du Maghreb central, pendant que le Portugal dirig-eait son effort contre le Maroc, Mers el Kébir (loOo), puis Oran (1509) et Bougie (1509) furent prises par les Espagnols ; Alger, Dellys, Ténès, Tlemcen même firent leur soumission, et il semblait que l'Islam allait être dépossédé de l'Afrique du Nord, quand l'Espag'ne trouva sur sa route deux aventuriers, Aroudj, et Khaireddin (Barberousse) : appuyés par la Turquie, ils inaug-urent une ère nouvelle où vont sombrer, non seulement le royaume de Tlemcen, mais encore tous les petits Etats qui s'étaient constitués en Algérie à la faveur des g^uerres du xv'' siècle.