‹ Mélanges africains et orientauxChapitre 46 sur 105 · LES SOURCES ARABES DE FLOIRE ET BLA.NGIIEFLOR · texte numérisé non relu

LES SOURCES ARABES DE FLOIRE ET BLA.NGIIEFLOR

l'histoire de Glianim ben Ayoub dans les Mille et une Nuits, et M. Reinhold le croit imité d'un passage iï Apollonius de Tijr (p. 142-163). Mais, quoiqu'il en dise, il y a peu de rapports entre les deux traits. Dionysias, sur le conseil de sa femme, fait élever un tombeau vide pour faire croire à Apollonius que sa fille est morte. Il ne s'ag-it pas d'un amoureux, mais d'un père que l'on veut tromper. Or, il existe dans la littérature arabe deux récits de ce genre, bien plus anciens et se rapprochant davantage du poème français. Je suis surpris que M. Huet ne les ait pas cités à l'appui de sa thèse, car tous deux ont été traduits en français.

Le premier nous est parvenu dans le Kitàh el Aghàni d'Abou'l Faradj et Isbahâni^ 'Orouah ben Hizàm était de la tribu des Benou 'Odzrah-. Son père Hizam le laissa orphelin ; il fut recueilli par son oncle 'Iqâl qui l'éleva avec sa fille 'Afrà. Les deux enfants grandirent ensemble et ressentirent un vif amour l'un pour l'autre. 'Iqâl n'était pas opposé à leur mariage, mais il voulait pour sa fille un homme riche. 'Orouah résolut d'aller trouver un

1. Boulaq, 128o hég.,20 v. in-4, t. XX, p. 153, biographie de 'Orouah ben Hizàtn. Elle a été traduite assez librement par Perron, Femmes arabes avant et après l'islamisme, Paris et Alger, 1858, in-8, p. d 86-202. il existe aussi dautrcs notices de ce poète amoureux ; Ibn Qotaïbah, Liber Poësis et Poetarum, éd. de Goeje, Leyde, 1904, in-8, p. 394-099 ; Mas'oudi, Prairies d'or, éd. et trad. Barbier de Meynard, t. VII, p. 350iJ55, Paris, 1873, in-8 ; Dàoud el Aniàki, Tasyin el asoudf/, Boulaq, 1291, hég.,2 V. in-8, t. I, p. .io4 ; El BaglidàiW , A fiicdnat el Adub, Le Qaire, 1299, bég., 4 V. in-4, t. 1, p. 334 ; mais aucun ne mentionne l'épisode du tombeau non plus que l'article que lui a consacré Pizzi, Litleratura araba (Milan, 1903, in-16, p. 113-115).

2. Les Benon'Odzrah avaient la réputation d'être des amoureux passionnés ; suivant une tradition, les hommes mouraient d'amour avant d'avoir atteint l'âge de 30 ans. Cf. mon commentaire de la Bordah du Cheikh ol Bousiri, Paris, 1894, ia-18, p. 13-15 et les auteurs cités.

cousin qu'il avait et qui habitait Er Raï où il vivait dans l'aisance. Son cousin lui fit bon accueil et lui donna cent chameaux avec lesquels il repartit. Mais, pendant son absence, un Syrien des Benou Omayyah, très riche, vint dans la tribu de 'Afrâ. Il la vit, s'éprit d'elle et la demanda en mariage. 'Iqâl refusa, mais sa femme insista auprès de lui, faisant valoir que le prétendant était très riche et qu'on ne savait si ^Orouah était mort ou vivant. Elle fit si bien qu'il céda : le Syrien épousa la jeune fille et l'emmena dans son pays. Alors 'Iqâl alla réparer un vieux tombeau et demanda à sa tribu de tenir secrète l'aventure. Quelques jours après, 'Orouah arriva. Son oncle lui annonça la mort de 'Afrâ et le conduisit devant le tombeau. Il y passa plusieurs jours, maigrissant et dépérissant, jusqu'à ce qu'une jeune fille de la tribu vint le trouver et lui révéla ce qui s'était passé. La suite de l'aventure n'a plus rien de commun avec l'histoire do Floire et Blancheflor : 'Orouâh va à la recherche de 'Afrâ, meurt après l'avoir revue et la jeune femme elle-même succombe quelques jours après.

Je n'ai pas à rechercher si cette aventure est réelle ou non : il suffît qu'on la trouve dans un récit arabe de plus ancienne date. Le poète arabe, 'Orouah ben Hizâm est d'ailleurs un personnage historique ; nous avons des vers de lui et il vivait sous le khalife Mo'aouyah I" (655-680 de notre ère). Quant à Abou'l Faradj el Isbahâni, il mourut en 356 de l'hégire (967 de J. C), mais les sources de ce récit, indiquées par lui, sont bien plus anciennes. Il nous est donné d'après El yosaïn b. Yahya el Mirdâsi et Mohammed

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