‹ Mélanges africains et orientauxChapitre 56 sur 105 · C. des Granges, ap. fïotnania, octobre 1890, p · texte numérisé non relu

C. des Granges, ap. fïotnania, octobre 1890, p

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avant les croisades, la guerre sainte avait mis en rapport, de l'un et l'autre côté des Pyrénées, chrétiens et musulmans; le souvenir de la légende de la fille du comte Julien s'est conservé dans le roman d'Anséis de Carthag-e. Un écrit singulier, mais qui a exercé une grande influence, d'autant qu'on l'attribuait à l'un des douze pairs de Charlemagne, l'archevêque Turpin, nous fournit l'explication du problème en question. Les auteurs arabes ont mentionné une statue d'Hercule qui exista longtemps à Cadix et qui ne fut détruite qu'en 540 de l'hégire (1145-1146 de J.-C.) par l'amiral 'Ali ben 'Isa qui espérait y trouver un trésor. C'est de cette statue qu'il est question dans la Chronique de Turpin i, et aussi dans la Saga islandaise d'OIaf Haraldson qui la vit encore en 1014 de notre ère à l'endroit qu'elle nomme Karlssar « les eaux de l'homme » et non « les eaux de Charles » comme on traduit communément'^. On peut donc expliquer d'une façon historique l'origine de « l'idole Mahom » ; mais quant à Tervagant où l'on a vainement essayé de retrouver Hermès Trismégiste, grâce à la leçon douteuse Termagant, il est resté jusqu'à présent irréductible.

On doit aussi reprocher à M. de Castries d'avoir été trop absolu dans son jugement sur la connaissance (jue les théologiens du moyen âge avait de

1. Le nom (|u'elle lui donne est du reste probant : mlam {\)Our sanam) Cadir, en arabe i l'idole de Gadir ».

2. Cf. Dozy, Rechf.rches sur l'hiKtoii-e et la littérature de l'Espagne au Moi/en Age, 3e éd., Leyde, 2 v. pet. in-8, 1881, t. Il, p. 312, et appendice p. xciii et xc.iv ; Kiant, Expéditions et pèlerinages des Scandinaves en Terre-Sainte, Paris, 1865, in-8, p. 74 et 120 [et mon article, Hercule e( Mahomet, Journal des Savants, 19031.

l'islclm. Sans doute, la plupart d'entre eux le jugeaient avec ignorance, même avec mauvaise foi; mais il ne faut pas oublier que Pierre de Cluny avait fait faire par Robert Retinensis et Hermann le Dalmate une traduction latine duOorân pour servir à sa réfutation i. D'un autre côté, la question de savoir si Mohammed était lettré ou non est à peu près insoluble.

Il eût été aussi plus prudent de faire des réserves sur les légendes musulmanes relatives à l'accueil reçu près du négous d'Abyssinie par les premiers prosélytes qui, peu friands du martyre, s'enfuirent de la Mekke au commencement de la persécution. Les annales éthiopiennes sont muettes sur cet épisode et nous n'avons là-dessus que des témoignages musulmans. Rien neprouve, si les fugitifs ont eu réellement une entrevue avec GabraMasqal, qu'ils aient affirmé de leur doctrine autre chose que ce qui était d'accord avec le christianisme : n'oublions pas que, de l'aveu même des historiens arabes, quelques-uns restèrent dans le pays et se firent chrétiens.

Quant à la fin attribuée au Prophète par les trouveurs du moyen âge, il est probable qu'elle vient des chrétiens d'Orient chez qui elle a encore cours aujourd'hui. M. de Castries a passé sous silence l'épisode très grave et que les Chi'ites ont exploitée leur avantage : Mohammed demandant à écrire (ou faire écrire) ses dernières volontés et 'Omar s'y refusant.

1. Elle a été publiée par Bibliander, Zurich, 1530, in-f et un fragment (Sourates XIV et XY) par Nissel, à la suite des trois Epitres calholiquede saint Jean, en arabe et en éthiopien (Leyde, 16o4-t6y5, in-4) [La prés facede Robert est reproduite en tête de la Réfutation de Pierre le Vénérable : Higne, Patrolof/ie latine, t. CLXXXIX, Paris, 1854, col. 657-660].

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Le chapitre qui suit : IJislamisme pendant les conquêtes et la domination arabe est exact en général ; pourtant il faut rectifier ce que dit M. de Castries que «les chrétientés... d'Afrique ne luttèrent que faiblement pour la défense de leur foi ». C'est encore cet excès de généralisation que j'ai signalé. Les apostasies successives des Berbères, les soulèvements qui, sous des chefs juifs (?), chrétiens et païens, refoulèrent les conquérants musulmans jusqu'en Tripolitaine, montrent que malgré ses doctrines égalitaires, l'islam eut du mal à s'implanter chez des populations qui le subirent plus qu'elles ne l'acceptèrent, sous la pression la plustyrannique. Si en Egypte et en Syrie, les indigènes virent dans les Arabes des libérateurs de la domination byzantine, en Afrique (Berbérie), les Grecs et les métis libycolatins, ceux qu'Ibn Khaldoun nomme des Africains (Afâreq) firent avec les Berbères cause commune avec les Arabes. Nous voilà loin de « l'endosmose morale » inventée par un apologiste de l'islam (Burdo) qui ne l'a vu que par un côté particulier. M. de Castries s'étend longuement sur la tolérance de l'islam vis-à-vis du christianisme vaincu, mais là encore, il fallait distinguer les époques. Comme ledit parfaitement Dozy i : « Les Arabes, quand ils eurent affermi leur domination, observaient les traités avec moins de rigueur qu'à l'époque où leur pouvoir était encore chancelant. » Et, après avoir cité de nombreux exemples de mauvaise foi et de persécution de la part des Musulmans, l'illustre histo-

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