L'ISLAM
le Malidi, et la question se débattit alors, par les armes naturellement, des vrais et des faux Malidis. L'historique de M. Carra de Vaux est suffisamment détaillé et l'on peut suivre sans embarras la marche des événements à travers l'histoire musulmane. Un chapitre est consacré aux Ismaélens et aux procédés employés par les missionnaires pour grouper, d'après différents degrés d'initiation, les hommes professant les doctrines les plus diverses, et aboutir à une sorte de gnosticisme. On lira avec intérêt l'histoire des vicissitudes de cette secte dont une branche, celle des Assassins, est restée célèbre et dont les Druzes sont actuellement les derniers représentants. Quelques pages sont consacrées au soufisme et à son développement, au mahdisme actuel et au senoussisme dont l'extension a été contrariée, sinon arrêtée de nos jours. Enfin le livre se termine par l'histoire dramatique de la fondation du bâbisme qui a fait revivre de nos temps des scènes de la passion et que n'ont pu anéantir les féroces persécutions du précédent Chah de Perse, le fratricide Nasir eddin Chah.
Au courant de la lecture, j'ai relevé quelques inexactitudes et quelques lacunes ; je crois devoir les signaler en vue d'une seconde édition, sans qu'elles puissent rien retrancher aux éloges que j'ai donnés en commençant. Ces observations ne portent que sur des points très secondaires. P. 13, note, au lieu de dont M. J. IL Derenbourg publie à Paris le Corpus, lire dont MM. J. et H. Derenbour g publient à Paris le Corpus. P. 14. Au lieu de Courtellemont, parmi ceux qui ont rapporté de la Mekke des photo-
graphies authentiques, il eut mieux valu citer Suhhibey. — P. 20, note: les extraits de M. de Castries ne sont pas à mentionner à côté des travaux de Schrœder et deD'Ancona. — P. 27, le miracle du cœurdeMohammed lavé par deux ang-es me paraît une légende créée par ceux qui ont pris à la lettre le verset 4 du Psaume L (Vulgate) : cette légende se trouve déjà dans la vie de S. Timothée l'anachorète. — P. 55 note. C'est par erreur que M. Carra de Vaux dit que M. Snouck Hurgronje « a décrit de visu les fêtes du pèlerinage dans son ouvrage Het Mekkansche Fesl, 1880 ». Cet ouvrage, comme M. de Goeje a bien voulu me le confirmer dans une lettre, est une thèse de doctorat composée sous ses auspices, bien avant la visite de M. Snouck Hurgronje à laMekke. On sait que par suite d'une indiscrétion de M. de L..., il dut quitter cette ville avant le commencement des fêtes du pèlerinage. — Même note, p. 54 : le livre de M. d'Avril n'est qu'unecompilation sans importance; mieux valait citer Galland, Burckhard et Burton. — P. 76, note. La traduction du Qoràn publiée par Bibliander ne fut pas faite au xvi^ siècle, mais au xn* par Bobert Betinensis et Hermann de Dalmatie, sur l'ordre de Pierre le Vénérable, abbé de Cluny (cf. Mig-ne, Patrologia latina, tome CLXXXIX, col. 124 etsuiv.). — P. 83, l'encyclopédie publiée par l'association connue sous le nom à'Ikhouàn es Safa (les Frères de la pureté) méritait une mention détaillée: au moins pouvait-on renvoyer à l'article de Stan. Lane-Poole (Studies in a Mosquée, Londres et Sydney, 1893, in-8, ch. vi). — P. 124. Je ne sais qui a appris à M, Carra de Vaux que les Abadhites actuels
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« ont grand peur de verser le sang ». C'est entièrement inexact, et nulle part peut-être on n'a vu la férocité poussée jusqu'aux extrêmes limites comme dans les guerres civiles du Mzâb, jusqu'en 1882 (cf. de Motylinski, Guerara depuis sa fondation. Alger, 1885, in-8, p. 43-66 ; Robin, Le Mzàh, Alger, 1884, in-8, p. 34-37). La plupart des bouchers d'Alger sont abadhites. — P. 130. Une des plus curieuses manifestations du génie persan, les Tèaziès, devait être au moins l'objet d'une note avec renvoi aux travaux de Cliodzko, de Pelly, de Gobineau et à l'article de Renan {Nouvelles études d'histoire religieuse, Paris, 1884, in-8, p. 185-217). — P. 176, le nom d'é-rmite de Tlenicen me parait singulier pour désigner Abou Midian.
En somme, on peut dire que le livre de M. Carra de Vaux tient les promesses du litre et que nous avons enfin un ouvrage qui fera connaître au grand public riiisloire vraie de la religion musulmane, et qui rendra les plus g-rands services à ceux qui, sans être des spécialistes, s'occupent des questions lelig"ieuses sans esprit de parti.
Carra de Vaux, Ai^icenne, Paris, 1900, in-8.
II y a cinquante ans environ, Renan donnait, surtout d'après la version latine des œuvres d'Averroès, une étude qui est encore restée ce que nous avons de meilleur sur un des plus grands penseurs du moyenâg-e. Aujourd'hui, M. Carra de Vaux consacre, d'après les textes arabes, à une autre des plus grandes fig-ures de la philosophie, un volume qui sera bien accueilli, réserve faite des critiques de détail qu'il y a lieu de lui adresser. Mais Avicenne n'occupe qu'une partie du livre. Les cent vingt-six premières pages (plus du tiers de l'ouvrage) contiennent une esquisse de la philosophie musulmane, en prenant pour point de départ la théodicée du Oorân 2. Il passe successivement en revue les mo'tazilites (ch. n) et les traducteurs (ch. m). Ici, il y a de nom-
i. Revue de l'histoire des Religions, juillet-août 1902.
2. A ce propos, une première critique. 11 eût mieux valu, et M. Carra de Vaux en était certainement capable, traduire directement les passages cités, au lieu d'avoir recours (cf. p. 2, note 1) à une traduction vieillie et certainement en retard comme celle de Kazimirski. A tout prendre, tant qu'à avoir recours à une traduction, mieux valait s'adresser à celle de Palmer.
breuses lacunes à signaler. L'énumération des versions syriaques d'Aristote (p. 42 et suivantes) est incomplète. Depuis l'apparition de VHistoire de la liltèratm^e syriaque de R. Duval i et delà Short History of Syriac Literaiure de Wright, laquelle n'est pas même citée 2, il a paru sur ce sujet des travaux qui méritent d'être rappelés à côté des dissertations de Hoffmann et de Baumstark, ainsi Friedmann, Aristotelis Analytica hei den Syrern^ ; Nag-y, IJyia versione syriaca degli Analitici d'Aristotele'^. — P. 47, note 2, sur les 'Ibadites de Hirali, il fallait citer la note de Quatremère, Journal Asiatique, novembre 1838, p. 502-503. Ibid., note 3, ce n'est pas Caussin de Perceval qui a traduit la vie de 'Adi ben Zaïd d'après \e Kitâb el Aghàni dans le Journal Asiatique, novembre 1838, c'est Quatremère, M. Carra de Vaux semble d'ailleurs avoir cité de mémoire, car cette traduction commence en décembre 1835 (p. 525-545) pour se terminer en novembre 1838 (p. 465-506). Puisqu'il mentionne (p. 52, note 2) la très médiocre histoire des médecins arabes de Wiistenfeld (en oubliant de citer le nom de l'auteur) il fallait rappeler VHistoire de la médecine et des médecins arabes de Leclerc. — P. 54, note 1 . Le mémoire de De Sacy sur le Kalilah et Dimnah est de 1816 et non de 1830. — P. 55, note 2, la dissertation de De Sacy sur les Mille et une Nuits est singulièrement vieillie; il fallait plutôt indiquer le