‹ Mélanges africains et orientauxChapitre 62 sur 105 · Louvain, 1886, in-8, extrait du Muséon · texte numérisé non relu

Louvain, 1886, in-8, extrait du Muséon

5. Haqij ben Yaydhàn, Alger, 1900, in-8. Il est juste d'ajouter que M. Carra de Vaux ne pouvait la connaître puisqu'elle paraissait en même temps que son livre,

iJtlLX iniILUSOrHES ARAliES "^37

vrai, l'avantage de s'appuyer sur Texcellent travail de Landauer: on peut ég^alement faire l'élog-e du chapitre ix, consacré à la métaphysique, et qui se termine par des conclusions sur l'esprit de la philosophie d'Avicenne, représentant « la scolastique à dominante philosophique » vivement combattu par Ghazali qui a fini par triompher pour le malheur de la philosophie musulmane.

L'ouvrage semble fini avec ces conclusions, mais M. Carra de Vaux s'est rendu compte qu'il existait une lacune. Il a donc ajouté un neuvième chapitre sur la mystique d'Avicenne, à laquelle il semble donner peu d'importance. La thèse ne me paraît pas exacte et je ne serais pas étonné que l'auteur revînt plus tard sur son opinion. Naturellement, dans cette sorte d'appendice, l'œuvre du philosophe arabe n'est pas traitée comme elle le mériterait : j'ai déjà signalé une lacune dans la bibliographie, celle des ouvrages que M. Meliren a consacrés à ce sujet. Ce chapitre se composede quelques extraits ou résumés de V Ichàràh, du traité sur le Destin et du Nàdjàt^ restreints à un exposé de la théorie de l'optimisme, de celle du plaisir et de la peine, sans étudier les rapports de ces doctrines avec celles de ses prédécesseurs, ni leur influence sur celles de ses successeurs. Il se termine par l'analyse du mythe de Salaman et d'Absal, que nous ne connaissons que par le commentaire de Nasir ed din et Tousi sur les Ishàràt. M. Carra de Vaux fait très justement remarquer l'analogie qu'il présente avec certains contes égyptiens contenus dans VAhrégè des Merveilles traduit par lui. J'y verrais une influence néo-plato-

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nicienne, ou au moins alexandrine*, comme du reste dans le roman de Hayy îbn Yaqzhân ; celle allégorie est d'ailleurs donnée comme étant traduite du grec parHonaïn ben Ishaq. Mais il ne suffit pas de dire (p. 290) qu'elle « a reçu le développement d'une épopée sous la plume du poète persan Djami' o . Le terme d'épopée est un peu ambitieux pour désigner le poème de Djami' qui a été publié par Falconer : Salàmàn et AhscU'^. Ce texte fut traduit en turk par Lami'i^ et des extraits plus considérables ont été mis plus ou moins exactement en allemand par de Hammer^

J'ai insisté sur les inexactitudes et les lacunes

1. La croyance (p. 396) à la double destruclion par le feu et par l'eau existait chez les Grecs. L'année suprême, formée par la révolution complète du soleil, de la lune et des cinq ùtoilus errantes, devait avoir un grand hiver appelé par les Grecs katnklysmos, c'est-à-dire déluge, puis un grand été nommé par les Grecs ekpi/)'0>>is, ou incendie général. Le monde, en effet, semble être tour à tour inondé ou embrasé à chacune de ces époques (Gensorinus, De die natali, éd. Mangeart, Paris, 1842, in-8). On trouve aussi cette croyance dans un des livres hermétiques, Asclépios onde l'initiation, dont il ne nous est parvenu qu'une traduction latine, faussement attribuée à Apulée : « Pour mettre un terme à l'erreur et à la corruption générale, il (Dieu) noiera le monde dans un déluge ou le consumera par le feu » (iMénard, Hermès Tvismégiste, Paris, 1867, in-12, p. 150). Quant aux deux colonnes bâties pour éviter le feu et l'eau, il en est question dans Joséphe {Antiquités hébraïques, I. I, ch. ii), les enfants de Seth ayant appris que le monde périrait par l'eau et par le feu, la crainte qu'ils eurent que la science de l'astrologie ne se perdit avant (]ue les hommes en fussent instruits, les porta à bâtir deux colonnes, l'une de briques, l'autre de pierre, sur lesquelles ils gravèrentles connaissances qu'ils avaient acquises, afin que s'il arrivait qu'un déluge ruinât la colonne de briques, celle de pierre demeurât pour conserver à la postérité la mémoire de ce qu'ils y avaient écrit.

2. Londres, 1850, in-4. Un fragment a été traduit par de Ilammer, Geschichte der schônen Redekûnste Persiens, Vienne, 1818, in-4, p. 315. Une imitation en anglais a été publiée à la suite d'une traduction en vers des Roubaynt de Omar Khayyàm, Londres, 1879.

3. fMli/i oder Biographische Nachrichten, Zurich, 1800, in-12, p. 272, note [cf. l'analyse dans Gibb, History of ottoman poetry, t. III, 1904, in-8, app. A. p. 354-357].

4. Geschichte der osmanischen Dichtkunst, Pcst, 1830-1838, 4 \ . iu-8j t. 11, p. 92-101.

qu'on peut reprocher au livre de M. Carra de Vaux ; on a pu se convaincre qu'elles disparaîtront facilement dans une seconde édition dont je souhaite la prompte apparition. En attendant, il n'en rendra pas moins des services, car c'est ce que nous avons de plus complet comme tableau d'ensemble sur Avicenne et ses précurseurs.

Carra de Vaux, Ghazali^ Paris, 1902, in-8.

Dans ce volume qui fait suite à celui qu'il a consacré à Avicenne*, M. Carra de Vaux revient sur ses pas pour montrer comment l'histoire du droit précède et enveloppe celle de la théologie. C'est la théorie de Von Kremer, et elle est également acceptable. Il passe donc en revue les fondateurs des quatre grandes écoles orthodoxes. Vient ensuite la théologie proprement dite dont les docteurs prennent le nom de Motakallim ". Un des plus célèbres, qui ramena et maintint le Kaldm dans les voies de l'orthodoxie, fut Abou'l Hasan el Ach'ari. Ghazâli parut à l'époque où le mo'tazilisme avait cédé devant la doctrine d'El Ach'ari. Ce ne fut donc pas son véritable adversaire ^.

1. Dans l'avant-propos, p. vii-viii, l'auteur corrige un certain nombre de fautes de ce premier volume : il aurait pu aisément doubler cette liste.

2. Il est contraire à toutes les règles de formation dos mots en arabe dédire (p. ii) que « le vocable Kaldm est dérivé du pavUâite molakal/im )>. Ibid... note 2, Abou 'Amrou est une faute pour Abou 'Ainr.

3. P. 31. Il serait plus exact de dire les Berbères que les Arabes, en parlant des compagnons de Yousof bon Taehfin. Ibid. On ne pouvait guère admettre après la dissertation de Goldziher i Zeitschrift der deutschen morgenlàndischen Gesellschaft, t. XLI, p. 132) qu'lbn Toumert avait versé dans le mo'tazelisme. Cette erreurest désormais inadmissible depuis la publication de l'inlroducUoQ au Livre de Mohammed ibn Tourner

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Ghazàli a évidemment toutes les sympathies de M. C.arra de Vaux qui le proclame, à tort selon moi, supérieur à Avicenne (p. 38 et suiv.) pour des raisons subjectives que tout le monde ne partagera pas et qui s'appuient sur une base peu sûre : ce serait l'influence chrétienne subie par Ghazâli « ce père de TEglise musulmane » plus qu'une influence « une ambiance^ une éducation (!) chrétienne » (p. 38). Au début (p. 17"), M. Carra de Vaux pense que. des trois grandes influences qui agirent sur les mystiques musulmans (indienne, grecque, chrétienne) la première fut extérieure et arracha complètement à l'islam ceux qui la subirent ; la seconde fit, des esprits distingués sur lesquels elle agit, des demihérétiques ; enfin la troisième servit de base à la mystique musulmane orthodoxe. Mais c'est ce qu'il fallait démontrer, M. Carra de Vaux ne nous présente que des affirmations gratuites ou reposant sur de vagues analogies. Ainsi (p. 151) « il semble 6e rattacher à une tradition latine (^!) et fortement imprégnée de sentiments chrétiens. » Cette observation est précédée d'un aveu singulier : remarquons encore sans tenter de justifier cet avis par une démonstration. — P. 208 : // en fait (du soufisme orthodoxe) une belle école de foi humble et de morale pure, instituée à l'imitation de l'assise chrétienne ». Et la preuve? — P. 219. « Il émet des pensées belles, pénétrantes e,i toutes imprégnées de sentiments chrétiens,

(Alger, 1903, in-8) par mon savant collègue et ami. On trouvera clans cette introduction une étude sérieuse et bien documentée sur les rapports dlbn Toumert avec Ghazali. M. Carra de Vaux ne pouvait connaître ce licrnier ouvrage, mais il aurait pu faire son profit du ajémoire antérieur.

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etc. Au lieu de multiplier les épitliètes et les etFusious, M. Carra de \'aux aurait dû démontrer que ce qu'il croit retrouver de chrétien chez Ghazàli, celui-ci le doit, et le doit exclusivement au christianisme et qu'il n'a pu, soit le tirer de son propre tonds ^ soit subir une influence indienne. 11 n'aurait pas non plus été hors de propos de nous montrer comment et par quelle voie cette influence chrétiennes'étaitexercéesurGhazàli. Ainsi(p. 21(j),la théorie du juste milieu se trouve déjà dans Aristole. Pourquoi aurait-elle passé par le christianisme pour arriver jus({u'à Ghazàli l

A côté de ce reproche fondamental qui porte sur l'idée même du livre, j'en ai un autre à adresser à l'auteur au sujet de la composition. Au lieu de nous présenter dans son ensemble l'œuvre de Ghazàli, M. Carra de Vaux suit, très sommairement, la destinée de chacune des sciences où s'est fait sentir son action. Ainsi, après la biog-raphie et l'énumération des principales œuvres de ce philosophe"-, nous avons la théologie de Ghazàli, puis la théologie

1. Citon.s encore une allégation vague, eouime eelle de la p. 4t3 (non, je ne crois pas que Gazali ait passé par ces étapes successives,. Avant de s'inscrire en taux contre les aveux de Glia/.àli lui-nièiiie, M. Carrade Vaux devrait apporter des preuves et c'est d'autant plus important que le processus suivi par le philosophe musulman est identique acelui de Descartes, comme l'a ingénieusement découvert et démontré AI. Léon Gauthiei' fZ,a philosophie musulmane., Paris, 1900, in-18. p. 78-94). Mais la thèse île l'auteur n aurait pas résisté a cet exatnen, aussi se conlente-t-il de déclarer (|ue ce n'est « qu'un développement de rhétorique (et non réthoriquei d'un thème assez banal en soi, quoi<(ue trop rarement exprimé ». Comment se l'ait-il i|u'un thème soit à la lois banal et rarement expriniéi

i. Il aurait jtu mentionner ici son petit traité sur l'éducation des enlaiits, publié et traduit en français par M. Mohammed ben Clieneb, .\lger, 1901. Dans sa l'hilosophie musulmane (p. 84), M. Léon (jauthieru, corrigé uuo cireur de Schm-xlders, repruduilc par .M. Carra de Vaui.

'^Vl MÛL\yc.Eis Al'UICAlNS ET OHIKM'AUX

après Ghazàli. 11 en est de même de la morale ', uii l'on volt figurer avec étonnement le recueil des PivverOes de Meïdâni ■ et les Colliers d'or (pour(|uoi pas les Pennées) de Zamaklicliari, à côté du Mostatrefà^El Ibcliihi. Alors, pourquoi pas Et Torlouclii, souvent copié par ce dernier, Ibn Zhafer et les deux 'Irjd el Farid, celui d'ibn 'Abd Rabbih et celui d'ibn Talhali, tous les livres d'Adab et les traités de la conduite des rois? Vient ensuite la mystique dont j'ai parlé plus haut '.

Faut-il ajouter que le style est loin d'être correct '* ■? — P. 23 : Qui ne sont ni ne sont pas. — P. 25 : // // a que la substance est dans un lieu. — P. 37 : « Nous n'avons rencontré chez aucun 'philosophe cette disposition, dans un mode aussi explicite ». — P. 47 : « Le récit des aventures d'âme de

1. Puisque l'auleur me fait l'Iioniieur de citer mon édition et raa traduction du Tableau de Cebès, p. 138, ilaui-ailpu compléter les indications de la préface et rappeler que la version persane du Djaicidnn Khired a été litliographiée à Téhéran en 1294 liég. — P. 142, note 1, la traduction du Maouercii par le comte Ostrorog, dont le premier volume a paru aurait dû être mentionnée.

2. Au lieu de renvoyer à la très médiocre édition de Freylag, il valait mieux indiquer celle de Boulaq ou encore les articles de Quatremère. l'ourquoi ne pas avertir en note le lecteur qu'il trouvera une bibliograpliie sufïlsante en ce qui concerne les proverbes arabes dans le premier volume de la Bibliographie des ouvrages arabes de M. V. Chauvin (Liège, 18<)2, in-8)?

3. Dans l'histoire du soufisme avant Ghazàli, M. Carra de Vaux aurait eu beaucoup à apprendre dans larticle de Schreiner, Beitruge sur Gesrhic.hte der theologisrhen Bewegung im Islam < Zeitschrift der deutschen morgenl. (lesellsch., 1898, fasc. IVj, et dans un mémoire de Goldziher, Materialien sur Enlwirkelung der Geschichte der Sufismus ( Wiener Zeilschri/t fur die Kwide des Morgenlandes, 1899, lasc. 1). Il ne parait jias avoir connu ces travaux (|ui sont de prenner ordre. [On devra considter maintenant le chapitre Asketismus und Sufismus dans les Vorlesungen liber den Islam, du même auteur, Ileidelberg, 191(1, in 8],

4 J'ai eu l'occasion d'examiner ailleurs la faconde traduire de M. Carra de Vaux, précisément à propos d'une œuvrede Ghazàli [Muséum, a\ i il 1 889). Cf. Bullelia des /'eriodi'/ues de l'Islam, Revue de l'Histoire des Religions, mai-juin, 1904. Je ne crois pas nécessaire d'y revenir.

1)I:LX PHILOSOPIILS AHABES 043

Gaznli)^. — P. 54 : Je connais peu de style dans aucune littérature... qui soit à la fois... » — P. 71 : « Des abstractions (jui signifient son essence, qu'il perçoit son essence, qu'il la comprend ». — P. 120, le mol incapacité est employé à tort au lieu à' impuissance pour traduire ta'djiz. — P. 214, le mot arabe employé ici doit se rendre par synonymie et non par association. — P. 218 « le manque pur », il faut traduire « le pur néant ». — P. 222 : L'homme aime tout ce qui est beau, soit par la forme intérieure, soit par la forme extérieure et la beauté recouvre ces deicx sens (?) ». — P. 248 : « Le syllogisme et la dispute ». Je n'ai pas le texte arabe de Refa'i sous les yeux, mais je soupçonne que le mot traduit par dispute est el djadal qui signifie la dialectique. Le raisonnement dialectique part de \>v{iimsses probables, généralement admises, el Machhouràt, par opposition à la démonstration, el borhàn, (jui part de prémisses nécessaires, évidentes : edJi dliarouryàt. — P. 201 : « Le grand homme » (le macrocosme), il faut lire le grand monde par rapport à l'homme qui est le microcosme.

En résumé, le livre de M. Carra de Vaux est une (iHivre hâtive qui laisse à désirer tant sous le rappoil du fond que sous celui de la forme, et, de plus, écrite sous l'influence d'une idée préconçue comme on le voit par la conclusion (p. 308). \j\\ livre sur Ghazàli reste encore à écrire en France *.

1. [On consultera avec fruit le ix-ccnl travail de iM. Asin l'aiaciui, La Myslique d'Al Gazsàli, Beyroul, 1914, in-8].

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