CHAPITRE Xlll
Mdildd (Jueen of Sheba now /^'/•*/ Iranslated iiito a European tong-ue by Hugues Le Roux and lutoEng-llsh from the French... by Mrs Van Vorst with an introduction by M. Le Roux. New-York el Londres, pet. in -8, 1907.
Si on prenait à la lettre l'introduction que M. Le Roux a mise en léte de son livre, on lui devrait une vive reconnaissance pour avoir, pour ainsi dire, découvert et fait connaître ce qu'il appelle pompeusement un poème en prose très estimé des Ethiopiens. Il raconte en détail les circonstances mystérieuses dans lesquelles l'existence de ce livre lui fut révélée par un savant du Tig-ré qu'on avait attaché à sa personne. Ce savant tigréen qui paraît avoir des connaissances littéraires assez élendues lui assura que ce poème avait « le charme de l'Iliade et la vig-ueur de la Rihle » (p. 19). Sans se demander où Ato Haylé Marjam avait eu connaissance de l'Iliade dans le texte, au moins assez pour l'apprécier, il faut reconnaître que ces épithètes sont mal employées dans la circonstance. Mais il y a mieux ; le même debtéra révéla à M. Le Roux que c'est un fragment du (' Fetlia Nagast, Gloire des Rois ». Si ce savant indigène (puisque c'est dans sa bouche (jue ces propos sont mis) avait connu la littérature de son pays,
I . lincue des Eludes elhnoyraphiques el sociologiques, l'JO'J, p. 120-128.
il aurait su que le Fetha Nagast n'a rien de commun avec le Këbra Nagast dont M. Le Roux prétend donner une traduction. Le Fetha Nagast (Législation des rois) est une compilation renfermant le code ecclésiastique et civil de l'Ethiopie, traduite de l'arabe d'Ibn el 'Assal et qui, après les publications fragmentaires d'Arnold et de Bachmann, a été magnifiquement édité et traduit par mon savani ami, M. Ig-nazio Guidi i.
Revenons à la découverte de M. Le Roux. Le précieux manuscrit enlevé après la mort de ThéodorosU à Magdala, remis au British Muséum, réclamé par l'empereur Yohannës et rendu en 1872, aurait été emporté par lui dans la guerre qu'il soutint contre les Derviches. Quand l'empereur fut tué, le Këbra Nagast disparut, mais pas si complètement qu'Ato Haylé Marjam ne put avoir connaissance de l'endroit où il était caché « pas loin de l'empereur Menilek ». Enfin il revit le jour et c'est celui dont se servit M. Le Roux .
Je ne m'occuperai pas davantag-e de l'odyssée de ce manuscrit; j'admets même qu'elle est exacte — Ilahent sua fata lihelli — mais il est loin d'avoir l'importance que son auteur lui accorde 3 et ce qu'il
\. Il Fetha Nagast. Home, 1897-189'.», ^> v. iii-4.
2. Nolons ccperKiant (|u'il a été décrit par Wrif^lit : List of tite Magdala Collections of elhiopic manusn-ipts in Ihe British Muséum, Zeitschrift (1er deutsrhen morgenlàndischen Gesellschaft, l. XXIV, p. y90 el suiv. Ce mss. a été écrit entre 1682 et ITOfi.
3. The iiiost ancient of tliose which hâve been scaltere-l in Abyssinian nionasleries or hare found three way by chance into lihrarHes of Europa. (P. -l'I.) C'est une erreur absolue : le pins ancien des manuscrits des Bibliotliéc[ues d'Kurope est le n» o de la Bibl. Nat. à Paris, et les niss. 123 de la Hibl. Nat. de Taris, 97 de celle de d'Abbadie, " (i de celle de Berlin el 391 du Bril. Mus. sont do la même date que celui do M. Le Bnux.
011 dil prouve tout simplement son ig-noranceen matière d'histoire littéraire éthiopienne. On croirait qui! s'agit d'un texte unique : or le Këbra Nagastest si peu rare qu'on en connaît environ une douzaine d'exemplaires ; à Paris (dont le plus ancien et le plus important de tous), à Berlin, à FrancFort-sur-le-Main, à Oxford, à Londres. Le contenu était aussi peu inconnu. Sans parler du résumé du livre donné par Bruce*, par le P. Paezs, ni de la note où j'ai résumé l'état de la question en 1881 3, M. Le Roux aurait pu savoir que les rubriques de ce roman avaient été publiées par Dillmann't puis par Wright s. Enfin le texte coraplet du Kebra Nagast a été publié intégralement avec une traduction i\\\enM\n(}ie et des notes par M. Bezold, en 1905, c'est-à-dire deux ans avant l'apparition de a Mag'da Queen of Saba, noio first translated e. » De tous ses prédécesseurs, AI. Le Roux n'a connu (jne la thèse de PraHorius qui lui a été indiquée par .M. Maspéro (p. 24). Mais ce qu'il dit à ce sujet nVst rien moins que net. PraHorius ne demanda pas
1. Voyages en Abyssinie, traii. franc, l'ari«. 1790, 5 v. in-4. t. I, p. 542-448.
2. Historia ^Elhiopiic, ap. V. Beecari. S. J. Heriim xlhiopicnruni scripfores occidentales, t. II, Rome, 1905, in-4. Le P. Paez lavait tiré de notre livre L-omme on le voit par ces paroles : I»to lirei de liuin livro muyto aniiguo, que se guarda naigrejade Agçum, no que se vee como aquelle niereador Taiiierin, criado de reyntia Sabba, despedido de Salomam, veio a Ktiopia etc. (p. 31-32).
3. Etudes sur' l'histoire d'Ethiopie, Paris, 1882, in-8, p. 23G-237 [M. Le Roux aurait pu consulter aus«i l'excellent résumé de C Conli-Rossini, .\ote per la sloriu letteravia abissina, Rome, 1900, p. 17-19].
4. Catalogus codicum scriptorum Bibliotheae Bodliante Oxoniensis, Pars VII, codices œtliiopici. Oxford, 1848, in-4, p GS-72.
5. Cataloyue of the Ethiopie manuscrits to the British Muaeum, Lomlres, 1877. in-4, p. 297 300. La note 1 de la page 297 contient le renseijiuement que M. Le Roux était allé cherchera Londres (p. 23-24).
d. Kebra Nagast, die Herrlichkeit der Kdnige, Munich, 190.o, in-4. Dans sa préface, p 12, M. Le Roux a atténué l'expression du titre: « pro- Ixtftly inio any Kuropean language ».
l'autorisation a d'étudier le manuscrit imjDérial ». Comme il le déclare lui-même dans la préface de sa thèse*, son édition des chapitres xix-xxxu fut faite sur l'excellent manuscrit de Berlin et \\^rig'ht lui envoya une collation des 6?eW;3:? manuscrits du British Muséum, dont l'un devait retourner deux ans après en Ethiopie-.
Naturellement, il n'est pas question dans la préface de l'authenticité du livre, ni de son histoire, et la question de savoir si, comme le porte le colophon du ms. 391 du British Muséum, cet ouvrage fut traduit du copte en arabe par Abou'l 'Izz et Ahou'l Faradj sous 'Amda Syon I et de l'arabe en éihiopien par un Isaac 3, n'est pas même examinée. M. Le Boux aurait pu consulter un remaniement arabe, sinon dans le texte lui-même, qui a été publié avec une traduction allemande par M. Bezold'% du moins dans la traduction française qu'en a donnée M. Amélineau ^, et qui a été l'objet d'une étude approfondie de M. (iallier g. Il n'a rien dit non plus.
1. Fabula de veriina Sabaea apud .Ethiopes, Flalis Saxoniiiii, 1870, in-8, p. IX.
'1. La version dos (iliapitros xxii-\x,\ii fui résumée par M. Deraniey, Z,a léçiende d<^ la reine de Saha (l'ai'is. 1894, in 8, p. 10-19) ol Irailuile en italien, d'après Pnctorius, par GabrioUi. Fonti semiliche duna legfjfnda Snlomonica, Romh', 1!)00, in-8, p. 3i-3G. Si M. Le Roux avait utilisé eette publication, il aurait connu le fragment copte qui nous donne une variante de la légende (p. 5(1-57 de son livre) et qu'il lui était peut-èlr(> diflicile d'aller chercher dans fù'man, Briichslurke koptischer Vulkslilterntur, Berlin, 1897, in t, p. 23-24.
3. Cf. Bezolil, Kebra nagant, p. xxxv-xxxix ; les mois empruntés à l'arabe y sont rassemblés.