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CHAPITRE XIV

Onoiquc Tërlag et Sousnyos soient des personnages historiques, les détails qui sont donnés sur eux sont si fabuleux qu'on peut aisément nieltre au nombre des apocryphes les légendes qui rapportent leurs aventures. Le texte delà première, après avoir été autographié fort peu élégamment par M. Bachmann 2 a été réimprimé par lui, non sans incorrections \ Outre le manuscrit de Berlin dont il s'est servi, il en existe un autre dans la collection de M. d'Abbadie (n" 152, 3) et un troisième au Britisli Muséum '*. En dehors de la courte introduction placée par M. Bachmann entête de sa traduction et de la simple notice qu'en a donnée M. Goldschmidt-^, je ne sache pas qu'elle ait été l'objet d'aucune étude.

La légende de Sousnyos a été publiée pour la première fois en caractères latins (!) avec une traduction anglaise par M. Fries dans les actes du Vlll^ Congrès international des Orientalistes tenus en

1. Extrait du fasc. IV des Apocryphes éthiopiens, Paris, 1894, in-8.

2. Die Philosophie des Neopythagoreer Secundus, Berlin, 1888, in-8 app. II avec une traduction latine

3. J'Jthiopische Lesestiicke. Leipzig. 1893, in-8, cf. le compte rendu que j'en ai donné, Revue des Traditions poptitait^es, t. VII, mai 1893. p. 293 204.

4. Cf. Wright, Catalogne of the ethiopic mss. in the British Muséum. Londres, 1879, in-4. p. 29fi-297, n« 390. III, f" 72-80.

T), liifiliothfra ppthiopirn. Leipzig, 1893, in-8, p. .")4-55,

1889 à Stockholm et à Christiania '. 11 n'a pu donner aucun éclaircissement sur l'origine et le sujet de cette légende qu'on rencontre cependant, comme on le verra plus loin, dans le Synaxaire arabe et le Synaxaire éthiopien.

La rédaction de la légende de Tertag-, telle qu'on la trouve ici, ne nous a été conservée qu'en ghëëz, bien qu'elle soit composée d'éléments emprunlés à des traditions arméniennes. 11 est probable, d'ailleurs, que la mise en œuvre de ces dernières n'est pas due à un Ethiopien et que nous avons affaire à une lég-ende rédigée soit en grec, soit plus probablement en copte. Malheureusement, la date des manuscrits qui nous l'ont conservée ne peut nous fournir aucun renseignement sur ce point. Quanta la langue, elle est correcte et n'off're pas trace d'influence arabe. L'on pourrait donc, en s'appuyant sur cet unique témoig"nag-e, faire remonter la version éthiopienne, sinon à la première, du moins à la seconde période de la littérature ghëëz. Ce ne fut pas sans doute dès leiv^ ou même le v" siècle de notre ère que le fonds historique qu'on y reconnaît s'enrichit de détails lég-endaires, et des travaux récents ont montré qu'il fallait rajeunir les plusieurs siècles l'époque d'historiens arméniens, sur la foi desquels on acceptait pour authentiques des récits d'événements présentés par eux comme presque contemporains .

1. Scclion sémitique (A), fuse. 2, Leidcn, 1803, in-S, p. ri;;-70. [M. Fnno LiUiiiiinn lui a con-at^r»', i|ueli|ues lignes dans son liistoiro ili' la lillérattiic t'Iliioiiiumii', (ieschichlp der christlichen Litteroliu-ea dex 0>-ipn(ii,Lei\>7.\'^, l'.IO-, in 8, p. r.i^].

2. Cr (îiilschiniill, Ueher die Glaubunirdifjkeit (hr nrmeniachpii Gpschirhtpilfs Mnsps von Khnrcn, Leipzig;, 1875 ; Laffar'de, Af/alluuif/pliis uri((

Quant à la composition de l'original grec ou copte, si le lexle ghëëz n'est qu'une traduction, nous sommes réduits à des hypothèses. D'un côté, si l'on considère que les sources arméniennes peuvent, comme Moïse de Khoren, descendre jusqu'à la fin du VIF siècle, d'un autre côté, il y a aussi à tenir compte du fait suivant. La légende de la conversion de Tlbérie du Caucase par sainte Nouné, racontée en premier lieu par Rufin vers 401 ou 402, remaniée par Socrate vers 440, puis par les écrivains arméniens, se trouve appliquée au Yémen, sous le nom de légende de sainte Théognoste, par la chronique du copte Jean de Nikiou, rédigée à la fin du vii*^ siècle, à l'époque où Moïse de Khoren compilait son histoire i. Comme cette légende a des points de contact avec l'histoire de Tërtag (Tiridate), il ne serait pas impossible que toutes deux fussent passées en Egypte à la même époque.

J'ai parlé plus haut d'éléments différents dont se compose la légende de Tërtag: on peut distinguer nettement trois récits soudés plus ou moins habilement les uns aux autres.

1) Le père de Tërtag, roi d'Arménie, est attaqué et tué par les ennemis (les Perses) ; son fils sauvé par sa nourrice est emporté à Rome ; devenu grand, il entre au service d'un officier de l'empereur et se distingue dans une guerre contre les Barbares (les

die Akten Gregorx von Arménien, Gottingen, 1887, in-4, et surtout les inénioirus (\e M. Carrière : Moïse de Khoren et les génédlogies patriarcales, Paris, 1891, in-12 ; Nouvelles sources de Moïse de Khoren, Vienne, 1893, in-12, et supplément, Vienne, 1894, in-12; La légende d'Abgav dans r Hisinire d'Arménie de Moïse de Khoren, Paris, 1895, in-8.

1, Cf. Carrière, Nouvelles sources de Moïse de Khoren, p. 40. note 3.

Goths) dont il lue le roi : en récompense, il obtient des secours qui lui [)ermettent de venger son père, dont le meurtrier est mis à mort, et de recouvrer son royaume.

Tërtag" n'est autre que Tiridate le Grand, sous ([ui l'Arménie fut convertie au christianisme. D'après les traditions racontées par le pseudo Agatliang-elos ', Zénob de Klag-, Moïse de Khoren \ Jean le Gatholicos^, Açogliig-h de Daron '', Gliosroès, delà famille des Arsacides, fut assassiné en trahison par Anag-, à l'instigation d'Ardéchir, le fondateur de la dysnalie persane des Sassanides, qui, aussitôt après, ravagea l'Arménie. Un des fils de Chosroès, Dirtad (Tiridate), fut sauvé par son gouverneur Artabaze qui l'emmena à la cour de l'empereur des Grecs, et fut élevé chez un comte appelé Lig-ianis (Licinius). Le roi des Goths, nommé par quelquesuns Hratché, et que Zénob de Klag- donne pour cousin à saint Grég^oire l'illuminateur et pour neveu à Anag-, meurtrier de Chosroès, vient attaquer Dioclétien {Tioukgliièdianous) et lui propose de régler leur affaire en combat sing-ulier. Licinius indique Tiridate à l'empereur pour lui servir de champion : l'Arménien fait prisonnier le roi ennemi, et l'empereur, par reconnaissance, lui donne des troupes avec

1. Langlois, Collection des historiens anciens et modernes de l'Arménie, t. I, l'aris, 1807, in-8, Histoire du règne de Tiridate, p. 109-193.

2. Histoire de Darôn, Irari. par E. Prudhoinme, l'aris, 1803, in-8,

p. 2:i ('l suiv.

3. La.n^\o\%. Collection des historiens anciens et modernes de l'Arménie, l. Il, l'aris, 1809, in-8, Histoire d'Arménie, ch lxxm, p. 117 el suiv.

4. Histoire d'Arménie, trad. S. Martin, l'aiis, 1850, in-8, ch. viii, p. 50 el suiv. [Cf. aussi Bayan, Le Synaxaire arménien de Ter Israël, 21 de hori, Patrologia orientalis, t. Vi, l'asc. 2, p. 309-3 H].

5. Histoire universelle, trad. Dulaurier, ire partie, l'aris, 1893, in-8, p. 43-45.

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lesquelles il reconquiert son royaume et massacre les envahisseurs persans. Comme on le voit, les traits généraux s'accordent avec la légende éthiopienne. Ce qui suit, dans les historiens arméniens, est relatif à rétablissement du christianisme en Arménie, d'al)ord persécuté, puis triomphant, grâce à saint Grégoire rilluminateur, et ne se rapporte pas à notre sujet.

2) Le roi d'Arménie, rentré dans ses états, apprend que le roi de Rome qu'il regarde comme un père est menacé d'une nouvelle invasion des Barbares. H envoie à son secours Sarkis (Sergius) avec quarante héros. Ce petit nombre excite le mépris desRomains qui les tiennent dédaigneusement à l'écart. Mais ils attaquent l'ennemi et le détruisent complètement. Le roi de Home, elFrayé de la valeur de pareils auxiliaires, les fait assassiner dans un banquet. Sarkis seul échappe et rend compte de cette trahison à Tiridate. Il reçoit de lui une armée avec laquelle il ravage le pays de Rome et ne revient dans sa patrie qu'après avoir tué le roi perfide et toutes ses troupes. Mais ces massacres lui causent d'horribles cauchemars : il se voit dans une mer de sang et ne recouvre le calme qu'après l'institution, à son intention, d'un jeune général dans toute l'Arménie, et la fondation et la dotation de quarante églises.

Aucun historien ne mentionne Sarkis et encore moins la ru[)lure de Tiridate avec l'empereur de Rome'. Bien plus, ils sont unanimes à rappeler

1. l!nst'l)0. il l'st \r;ii, parle [Hisloire erclésiasliijiie, 1. IX, ih . mii) d'uucalUiiui: lic McLiiiuieii cuulrc les Aruiéuieus chrétiens, mais lus délails

Li:S LliGliNDËS DI-: S. TlIUfAG ET Di: S. SOL'SNVOS '2oo

raïuilié qui lia le roi d'Arménie à Conslanlin, soit qu'ils adoptent la légende qui représente ce dernier, comme atteint de la lèpre et s'adressant à Tiridate pour lui demander des devins perses et indiens*, soit, au contraire, que sa conversion au christianisme soit l'objet des félicitations du roi d'Arménie qui va le visiter accompagné, de saint Grégoire riUuminateur et d'une nombreuse escorte, et conclut avec lui un traité, « où les deux souverains mêlent à l'encre le sang du Christ, afin de s'engager à ne pas se tromper l'un l'autre" ».

Nulle part, il n'est question de Sarkis et de ses remords. Cependant le Jeune qui aurait été institué selon notre légende, pour lui rendre le calme, existe encore chez les Arméniens. Il est mentionné au

qu'il donne monlrenl bien qu'il s'agit d'une perséculion contre les sujets de l'empire et non d'une guerre régulière.

i. Moïse de Rtioren, Histoin: d'Arménie, ch. i.xxxiii, p. 1^3. Sur cette légend.' cuiprunlée aux actes apocryplies du pape Sdvestre, et déjà couibaltue par Lebeau {Histoire du Bas Empire, éd. S. Martin, t. I, Pans, 18i^'», in-8, p. 324) cf. A. Frotliingliain, Z-'owe/m rf/ Gincomo de Sarug, Rome, 1882, in-4, p. 27 ; l'abbé Duchesne, Le Liber pontifical is, Paris, 1886, in-i, t 1 I) cviii cxx, en observant que Moïse de Khoren est loin d'être plus ancien de Jacques de Saroug ; Carrière, Nouvelles sources de Moïse de Kho-

2' Mkbilar d'Airivank, Histoire chronologique, trad. Brosset, Saint- Pétersbourg, 1869, in-4. p. 6i. Cf. aussi le pseudo-Aghatangclos, Histoire du règne de Tiridate. % cxxvi-cxxxvn (Langlois, 1. 187-190); Moïse .le Khoren Histoire d'Arménie, ch. lxxxiv (Langlois, II, 124); Jean le Calholicos, Histoire d'Arménie, ch. viii, p. 32; Zenob de Klag, Histoire de Daron p. 6U ; Slépbane Orbélian. Histoire de la Sioiinte, trad. Brusset, Saint-Pétersbourg, 1864-1866, 2 v. in-4, t. p. 10. Dans son Histoire de Vartan (Venise, 1828, p. 124), Elisée prétendit avoir retrouvé ce traite dans lesi-egislres impériaux au temps de Théodose le jeune. Le voyage de Tiridate à Uome ne parait rien avoir dhistori.iue en dépit des elforts de Scrpos pour le prouver [Compendio storico di memorie cronologiclie, Venise 1786, 3 v. in 8, t I, p. 200-217). Ceux même qui ne le révoquent pas ab.solum.'nt en doute sont obligés de reconnaître que les prétendues lettres .l'alliance ont été fort altérées (Newmann, Mémoire sur les ouvrages de David Paris 1829, in 8, p. 0-6 ; Nève, Constantin et Theodose devant les églises orientale^, Louvain, 1857, in-8, p. 22, reproduit dans [Arménie chrétienne, Louvain, 1880, p. 176 et note 3.)

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xiv^-xv^ siècle par Schillberger *j, et au xviii*' siècle les Grecs y rattacliaient une singulière tradition : « La fête de saint Serge, soldat, et de son fils, tous deux martyrs, et de leurs quatorze compagnons est célèbre parmi eux. Ils la solennisent le jeudi de la Septuagésime. Elle est précédée de cinq jours de jeune, si rigoureusement observés que plusieurs lilles et garçons s'abstiennent de presque toute nourriture pendant ces jours-là... Le jeune qu'ils appellent d'Artzibut, tait le sujet d'une grosse querelle qui est entre les Grecs et les Arméniens, car ceux-ci font un crime aux Arméniens de faire un tel jeune et voici l'histoire sur laquelle est fondé le reproche que les Grecs leur font. Artzibut, disent-ils, était le chien d'un évéque, qui précédait son maître en tous lieux et annonçait son arrivée; l'évêque fut si affligé de la mort de son chien qu'il ordonna cinq jours de jeûne pour le pleurer. C'est donc pour pleurer ce chien, disent les Grecs aux Arméniens, que vous jeûnez cinq jours... Ce qu'il y a ici de réel, c'est que le mot d'Artzibut désigne un avant-coureur ou un messager, et que le jeûne de saint Serge venant dans la semaine de la Sexag-ésime annonce que le Carême suit de près'" ».

3) La perfidie des Romains amène une séparation dans le domaine spirituel ; les Arméniens

1. [« lis (les Arméniens) ont un saint qui élail un clicvalier, sun nuni est Zerlichis (Sarkis) ; ils Tinvoquent à voix haute quami ils sont à la i,'uene ou dans quelque nécessité : ils jeûnent une semaine pour lui, Jobannes Scliillberyur, The Bondage and Tracels, tr. J. Bucbaii Teller, Londres, 1879, in-S, eh. lxv, p. 93).]

2. Le l'. Monier, Missions d'Arménie et de Perse, oli. \i {^Lettres édifiantes, éd. Aimé Marliu, Orléans et l'aris, l<S74-lt;77, 4 v. in-8, l. 1, p. gl>4-32o).

rejettent le clergé et récriliire de leurs ennemis ; ils se choisissent un archevêque qui ordonne des prêtres nationaux. A Tun d'eux, Thadda?os, le Saint- Esprit révèle douze lettres qui sont gravées sur une pierre dans une église ; après la mort de Thaddœos, l'évêque Mardiros ajoute dix caractères à ceux qui ont été révélés, et avec cet alphabet de vingt-deux lettres (l'alphabet arménien se compose de trentehuit caractères) ; on peut écrire la traduction de la Bible, du Nouveau Testament, des Commentaires, des livres pieux que douze prêtres vont chercher en Eg-ypte, en Syrie et jusque chez les Francs. Cette troisième partie est un mélang-e de diverses traditions sur l'orig-ine de l'alphabet et sur les premières traductions faites en cette lang-ue. On est généralement d'accord pour placer en 404 (cent ans après le règne de Tiridate) la date où l'alphabet arménien fut détinitivement fixé par saint Mesrob ^ Auparavant, il semble qu'il exista un alphabet rudimentaire, dont l'usag-e était peu répandu. D'après Vartan '^, avant d'inventer lescaraclères(jui portent son nom, Mesrob, encouragé par le patriarche saint Sahag (Isaac) et le roi Vram-Chapouh (Behram-Cliahpour) fit rechercher les anciens signes qui existaient au nombre de

1. Cf. les additions de Sainl-Marlin dans son édition de VHistoire du Bas-Empire de Lebeau, t. V, p. 317-327: Nove, L'Arménie chrétienne, Louvain. 1886, in-8. p. 13-14. .Je rappellerai ici l'opinion de M. Gasler \Ilchesler Lectures on greeko-slaconic Literature. Londres, 1887, in-8, p. 270) d'après laquelle, contrairement à l'opinion reçue, Mesrob aurait emprunté son alphabet, non pas au grec, mais au zend, et l'aurait complété avec des lettres coptes. Cf. sur cette (lueslion F. Muller, Zur Geschichte der armenischen Schrift ( Wiener Zeitschrift fur die Kunde des Morgenlandes, t. II, 1888, p. 2 i 1-248 et tome IV, 1890, p. 284-288).

2. Cité par Langlois, introduction au second volume des Historiens d'Arménie, p. 6-7.

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22 chez un évèque syrien du nom de Daniel *. Toutefois, ces caractères étant en nombre insuffisant, il invoqua le ciel et « non pas en song-e pendant le sommeil, ni dans une vision pendant une veille... il vit apparaître aux yeux de l'esprit, une main qui écrivait sur une pierre, où se traçaient comme sur la neig"e les traits les plus fins ». Mesrob, qui se trouvait alors à Samosate, fit dessiner ces caractères par le calligraphe Rufin ^. L'alphabet fixé par eux et d'autres collaborateurs se répandit rapidement dans toute l'Arménie et servit pour les traductions de la Bible et un grand nombre d'ouvrages religieux ^ On voit qu'il n'est question ici ni de Thaddaeos ni de Mardiros : il est douteux que le premier nous soit un souvenir de saint Thaddée qui, d'après la lég"ende, aurait prêché l'Evangile à Edesse, puis en Arménie, où il aurait souffert le martyre. Quant à l'envoi de disciples dans divers pays pour recueillir des livres et les traduire en arménien, c'est un fait sur lequel s'accordent tous les historiens précédemment cités.

1. Açoghigh de Darôn, Histoire universelle, p. 107-108. Langlois a déjà t'ait leiiiarquer que le cliilFce de 22 lettres est celui de l'alphabet syriaque. D un autre cùté, c'est aussi le chifTre des alphabets réunis de Thaddiuos et de Mardiros dans la légende éthiopienne.

2. Lazare de l'harbe, Histoire d'Arménie (ap. Langlois, Historiens d'Arménie, t. II, p. 265-266), Gorioun, Biographie de Mesrob (ap. Langlois, t. Il, p. 10-11), Moïse de Khoren, Histoire d'Arménie, 1. III,ch.Lii- Liii [ibid., p. 161-162)^ Baïan, Synaxaire arménien de Ter Israël, l'atrologia orientalis, t. VI, fasc. 2, p 243-246, 8 de hoii. Cf. aussi le Discours préliminaire de Langlois, ibid.^ t. 1, p. xvi-xvii.

3. Cf. la note de S. }A.d.v\:\r\ [Travaux littéraires de Sahag et de Mesrob) dans V Histoire du Bas-Empire de Lebeau, t. VI, Paris, 1827, in 8, p. 41- 45 ; Finck, Geschichte der armenischen Lilteratur dans Brockelmann, Geschir.hte der christlichen Litteraturen des Orients, Leipzig, 1907, iu-8, p. 82-84), Bayaii, Synaxaire arménien de Ter Israël, Patrologia orientalis, t. V, fasc. 3, 30 do navasard, p. 552-553.

La lég-ende de saint Sousnyos, telle que nous la présente la version éthiopienne, se compose de deux parties : l'aventure avec sa sœur Ouërzëlyâ et la prière mag-ique qui lui est attribuée et qui rentre dans la catégorie des charmes, si nombreux en Orient.

M. Fries a soupçonné qu'il s'agit d'un saint mentionné dans le calendrier éthiopien, mais là s'est arrêté le résultat de ses recherches. En examinant le synaxaire, il aurait trouvé à la date du 26 de myâz^'â la commémoration de saint Sousnyos, voici la traduction de l'article qui le concerne *.

« Au nom du Père, du Fils et de l'Esprit saint en un seul Dieu : le 26 de myâzyâ, commémoration de S. Sousnyos le martyr, fils de Sosipater [Sousi- Petros). Le père de ce saint était ami de Dioclétien (Diyoqlé'tyànos), le roi infidèle. L'ange du Seig-neur lui apparut et fortifia son cœur pour qu'il fût martyr : cette parole demeurera dans son esprit. Ensuite le roi l'envoya dans la ville de Nicomédie (Niqomédi/à) et adressa aux habitants une lettre pour rétablir le culte des idoles. En voyant cela, le saint fut très afflig-é. Alors il alla trouver un prêtre de qui il apprit les enseig-nements de l'Eg-lise et de qui il reçut le baptême chrétien. Puis il se rendit dans la ville d'Antioche {Ansokiyà) et trouva que sa sœur avait mis au monde un fils d'une nature étrange ; auparavant, elle avait accouché d'une fille, l'avait tuée et avait bu son sang. Satan s'était établi

1. Bibliollièquc nationale de Paris, fonds éthiopien, n" 128, fo 43. Je dois à l'obligeance de M. Zotcnbcrg la copie des textes inédits du Synaxaire que je traduis ici.

en elle ; par ses enchantements, il lui apparaissait sous la forme d'un oiseau et d'un dragon. Quand un enfant naissait parmi les gens de la ville, elle allait à lui, le prenait par maléfice et buvait (son sang). A cette vue, S. Sousnyos prit sa lance dans sa main, tua sa sœnr et son fils, car c'était le fils de Satan ; il tua aussi son mari et son père Masanyân. Puis il revint dans la ville de Nicomédie, alla trouver le prêtre qui lui avait administré le baptême des Chrétiens et lui raconta tout ce qui lui était arrivé. Quand il fut retour dans la ville, son père apprit ce qui s'était passé et voulut le tuer ; il l'accusa devant le roi. Alors S. Sousnyos se rendit près de lui dans la demeure des idoles et leur ordonna, par la puissance de N. S. Jésus-Christ — gloire à lui — de descendre dans l'abîme (Siol). Alors la terre s'ouvrit et les engloutit. Le bruit se répandit que S. Sousnyos anéantissait les idoles. Son père le dénonça au roi qui fut irrité contre lui et ordonna de lui appliquer une peine sévère. On le battit, on le frappa à coups

de masse d'airain, on le fit fouler aux pieds par

on le broya sous les meules (m. à m. des pressoirs) qui l'écrasaient comme du froment. Ensuite on le ramena dans la ville. Dieu le fortifiait et lui faisait supporter patiemment sa peine. L'ange du Seigneur le fortifiait, le guérissait, le rétablissait dans son état de santé sans le moindre dommage. Il y eut beaucoup de gens qui, à cause de lui, crurent en N.-S. Jésus-Christ — gloire à lui — et ils furent martyrs. Lorscjue le roi fut fatigué, on lui dit : « Allons, fais couper sa sainte tête avec une épée. » 11 reçut la couronne du martvre dans le rovaume des

cieux, et le nombre de ceux qui furent martyrs, lors

de la condamnation de ce saint, s'éleva à 1190.

Louange à eux ».

L'exécution de S. Sousnyos fut précédée de celle

d'un de ses serviteurs, Eusébios, racontée ainsi par

le Synaxaire *.

Le 18 de myazyâ, commémoration du saint et

g-lorieux Euséhios {Aousàby os) serviieur de Sousnyos.

Lorsque Dioclétien jugeait celui-ci, son père accusa

S. Eusébios près du roi et lui dit : Il y a un serviteur de Sousnyos, nommé Eusébios, qui sert de tout son cœur le Christ comme son Dieu et qui ne reconnaît pas tes divinités. Le roi ordonna de le faire venir. Quand il fut arrivé, il l'interrogea sur sa foi. En sa présence, le saint fit profession de croire à N.-S. Jésus-Christ — gloire à lui — et à sa divinité. Après beaucoup d'exhortations, le roi lejugea et le blâma de ce qu'il avait abandonné ses Dieux ; mais le saint le reprit de ce qu'il négligeait le Seigneur, le vrai Dieu. La colère et la fureur du roi augmentèrent contre lui ; il ordonna qu'on coupât avec une épée la tête de ce saint devant son maître. On lui trancha la lête et il reçut la couronne du martyre dans le royaume du ciel — que sa bénédiction soit avec nous.

Salutà Eusébios, serviteur de Sousnyos,

Qui fut traité honorablement, comme les hommes libres à cause de sa sagesse et de sa prudence :

Lorsque l'impie Dioclétien siégeait sur son trône.

Comme le saint ne s'inclina ni ne se prosterna devant sa grandeur

Et sa tyrannie, il lui fit trancher la tète.

1. Bibliothèque Nationale de Paris, fonds .Hhiopicn, no 12S, f« 54.

Comme on le voit, la rédaction du Synaxaire présente quelques différences avec celle dont il est question ici. Dans la première, la sœur de Sousnyos, qui n'est pas nommée i, a fait périr une fille et est accouchée d'un fils dont Satan est le père. Après l'avoir tuée, le saint va d'Antioche à Nicomédie, et non pas à Antioche. Ces divergences sont peu importantes au fond et apparaissent comme des altérations de notre texte à une recension plus ancienne, celle du Synaxaire éthiopien qui provient du Synaxaire arabe jacobite ; elle la reproduit presque textuellement 2.

Dans cette version, comme dans celle dont il sera question plus loin, le saint est appelé Sisinnios. La forme Sousnyos provient d'une fausse lecture du texte arabe. Le premier nom est fréquent en Orient; outre deux saints dont les Synaxaires coptes et arabes ont conservé le souvenir, il fut porté au v^ siècle par un évéque novateur de Gonstantinople, homme instruit et éloquent, qui succéda à Marcianos, lutta contre S. Jean Chrysostôme et écrivit même un livre contre lui (Socrale, Histoire ecclésiastique^ 1. V, ch. x; 1. VI, ch. I, xxi, xxii ; Sozomène, Histoire ecclésiastique^ 1. VII, ch. xii ; 1. VIII, ch. i).

1. L'identification de Oaarzëlyd avec Ursule, proposée par M. Fries, est impossible : ce dernier nom étant absolument inconnu en Ethiopie et même en Orient. D'ailleurs, nous verrons cette femme appelée Milintia dans une version européenne.

2. Cr. le résumé donné par M. Amélineau. Les Actes des martyrs de VEglise copte, Paris, 1890, in 8, p. 183-184. La commémoralion de Sousnyos a lieu le 26 de barmoudeli, cf. Ludoif. Ad suant historiam œthiopicam comme ntarius, Francfort, 1691, in-fo, p. 414; Malan, The Calender of the coptic church, Londres, 1873, in-12, p. 28 [Cf. le texte arabe dans Formel, Synaxarium Alexandrinum, t. H, Paris, 1912, in-8, p. 91-92 et un résumé dans le Kitdb es Sadiq el Ami/i par l'higouinène Philothée et .6 prêtre Michel, le Qaire, 2 v. in-4, 1629 des Martyrs, t. Il, p. 99],

Dans le m.«me siècle, un patriarche orthodoxe de Gonstantinople, renommé pour sa sainlelé et sa charité, successeur d'Atticos, et prédécesseur du célèbre Neslorios se nommait aussi Sisinnios (Socrate. Histoire ecclésiastique, \. VII, ch. xxvi,xxviu; Jean de Nikiou, Chronique, ch. lxxxiv, p. 341-342). Un autre successeur qui portait le même nom et dont fait mention le plus ancien index synodal paléo-slave, datant du xn- siècle, demandait à ne pas être confondu avec le Sisinnii, héros de la légende répandue par le pope Jérémie le Bogomile, dont il va être question : « Vois comment Jérémie, le popebulgare, explique les fièvres, celtemaladienatu-

relle. Il raconte, le maudit, que le saint père Sisinnii assis sur le mont Sinaï, appela l'archange Sichael ; pour tromper beaucoup de gens, le mauvais homme, il inventa les sept fièvres, filles d'Hérode: aucun des évangélistes ni des saints ne parle des sept filles d'Hérode, mais d'une seule, celle qui demanda la tête de S. Jean le Précurseur, et on sait aussi qu'elle n'était pas fille d'Hérode, mais de Philippe. Or, voicice que dit dans ses discours le grand Sisinnii, le patriarche de Gonstantinople : Ne me prenez pas pour cet imposteur de Sisinnii dont a parlé le pope Jérémie afin de tromperies pauvres d'esprit i. »

Gomme dans la légende publiée par M. Fries, il n'est plus question du martyre, mais de la vengeance de Sisinnios dans un des plus anciens monuments de la langue slave, antérieur au x^" siècle, et dont on attribue la composition au pope

1. Pypin et Spasovic, Histoire des littératures slaves, tr. Denis, t. I, Paris, 1881, grand in-8, p. 118-119.

Jérémie, le principal chef du bogomilisme en Bulg-arle, contemporain du tsar bulgare Pierre (966-967).

« S. Sisinnii était un brave guerrier. Une fois l'ang-e Gabriel lui apparut en songe et lui dit d'aller trouver sa sœur Milinlia. Elle avait eu cinq enfants qui tous avaient été volés par le diable et était sur le point de donner le jour à un sixième. Sisinnii se mit à la poursuite du démon et se fit rendre l'enfant. Sa sœur s'était fait construire un pilier de marbre et s'y était enfermée. Quand Sisinnii se fut fait connaître, elle lui ouvrit la porte : mais le démon s'était changé en un grain de millet et entra avec lui sous le sabot de son cheval. Il enleva l'enfant et s'enfuit. S. Sisinnii le poursuivit et, comme il passait près d'un saule, il lui demanda s'il n'avait pas vu le démon avec l'enfant. L'arbre le trompa et lui dit : Non. Alors il fut maudit par S. Sisinnii qui le condamna à ne porter que des fleurs et pas de fruits. Il interrogea ensuite un églantier qui le trompa aussi : désormais cet arbuste aura sa tête dans la terre et tous les hommes s'y empêtreront de façon à le maudire. A la fin, il questionna un olivier qui lui dit la vérité et reçut de lui sa bénédiction. En conséquence, le saint dirigea sa route vers la mer, en tira le démon et le frappa de soixante-douze massues ardentes pour lui faire rendre les six enfants. Le démon déclara qu'il ne les restituerait que si S. Sisinnii pouvait rendre tout le lait qu'il avait reçu du sein de sa mère. Il le fit à l'aide d'un miracle ; le démon dut lui remettre les six enfants qu'il avait volés et promit de respecter désormais

chaque maison où l'on trouverait la prière de S. Sisinnii * ».

Cette lég-ende a passé en Roumanie, d'après un texte russe, probablement un de ceux qui sont encore en usage chez les Raskolniks 2 et différentes versions ont été publiées par MM. Hasdeu et Gaster3 l'une d'elles date du xvi= siècle.

La présence de cette légende dans les littératures arabe et éthiopienne, d'une part, slave et roumaine, de l'autre, établit d'une manière incontestable qu'elle est empruntée à un original commun qui ne peut être que le grec ; en même temps, l'extension de cette tradition chez les populations hérétiques de la Thrace, d'où elle se répandit chez les Slaves orthodoxes et hétérodoxes, nous autorise à chercher ailleurs que chez l'obscur Sousnyos de Nicomédie, le héros de l'aventure. C'est chez les Manichéens, précisément, dont les Bog"omiles de Bulg-arie, après les Pauliciens d'Asie Mineure, reproduisaient les doctrines, que nous rencontrons le type dece personnag-e, qui occupa une position importante, bien que son histoire nous soit mal connue: je veux parler de Sisinnios qui succéda à Manès, comme chef de la secte l'ondée par lui '*, de même que, suivant la doctrine catholique, Jésus-

i. Gaster, llchesler lectures ou Greeko-Slavonic Literature, p. 80-81.

2. Dos textes russes où il est (jucstion de S. Sisinnii ont été pul)liés par M. Tikhoni'avov dans nn ouvrage que je n'ai pu consulter : Pairiiatniki olrechennoi vousskoi literatnry, 2 v. in-8, Saint-l'étersbourg, 1863, t. II, p. 3ol-353.

3. ce. Gaster, LiternUiva populava romana, Budiaresl, 1883, in-12. Minunile sf-lui Sisoe. p. 302-400 et les auteurs cités dans les notes.

4. Pierre de Sicile, Historia manichaeorum, ch. xv, ap. Migne, Patrologia (ineca, t. CIV, Paris, 1890, in-8, col. 126.") ; Ibn el Ouarràq, ap. Fliigel. Mani, seine hehve und seine Sclwiften, Leipzig, IStiti, in-8, p. titi,

Christ transmit à S. Pierre la direction de l'Eglise *. Nous n'avons sur ce Sisinnios qu'un petit nombre de renseignements, parfois peu exacts, dus à des adversaires de sa doctrine, mais il est probable que sa légende, conservée à l'état de tradition populaire chez les Manichéens, devait présenter une série d'événements merveilleux, parmi lesquels, sans doute, celui qui fut mis plus tard parles orthodoxes, grâce à une confusion de nom, au compte de son homonyme, le martyre de Nicomédie. Entre 330 et 340, apparurent les Actes de la dispute d'Archelaiis, forgés sur des documents plus anciens, probablement par un certain Hégémonios, et attribués à un évêque de Gaschar, en Mésopotamie qui, dans deux discussions publiques, aurait confondu Manès, quelque temps avant que celui-ci ne fût tué par le roi de Perse '. L'auteur de ces actes prétend que

1. Nous savons par saint Augustin {De hreresibus, ch. xlvi) et par Pierre de Sicile [Histoîna Manich., ch . xvi, col. 1245) que Manès avait choisi un collège fie douze maîtres (comme les douze apôtres), présidé par un treizième qui devenait ainsi le chef de la secte.

2. Ces Actes ont été cités pour la première fois par saint Cyrille de Jérusalem {Catéchèse, VI, ch. xxvi-xxvii). Patrologia gr^pcade Migne, t. XXXIII, 1892, in-8, col. 584-o89i. La version grecque ne nous est parvenue que par fragments, mais il en existe une ancienne version latine qui a été publiée plusieurs fois, entre autres dans la Patrologia gvœca de Migne (I. X, Paris, 1857. in-8, col. 1429-1 528). Une tradition fausse, qui remonte à saint Jérôme {De vivis illustribus, chap. lxxii), prétendait que l'original avait été rédigé en syriaque. Cette assertion, reproduite par Zacagni (Migne, Patrologia grœca, t. X, col. 1405-1407), puis par Tillemont (Mémoires pour servir à V histoire ecclésiastique des six premiers siècles, t. IX, Paris, 1696, in-4, art. xii, p. 397) et récemment par Kessler {Forschungen ûber die manichàische Religion, t. I. Berlin, 1889, in-8, p. 87-171) est fausse, comme l'ont démontié Rails [Gottingische Gelehrte Anzeigen, 1889, n° 23) et Nôldeke (Zeitschrift der deuischen morgenlàndischen Geselhchaft, 1889, fasc. llf, p 53o-o49), cf. sur ces Actes, [Orlasinski, Acta disputationis Archelni et Manetis, Leipzig, 1874, in-8;] un article d'E.B. Cowel dans le Dictionary of of Christian Biography de Srailh, t. I, Londres, 1887, in-8, p. 152-153 ; Harnack. Die Acta Archelai und das Diatessaron Tatians (t. I, fasc. 3 des Texte tind l'ntersuchungen

Sisinnios abandonna son maître, embrassa le christianisme et révéla à Archelaûs les enseignements secrets qui lui permirent de triompher de son adversaire. Il y a long-temps que Beausobre ', et Fliigel après lui ^ ont montré l'invraisemblance de cette donnée, d'après laquelle Sisinnios, renégat avoué du Manichéisme, aurait été choisi immédiatement après sa trahison pour en devenir le chef.

Les écrivains grecs sont muets sur le sort du successeur de Manès ; son nom était prononcé dans la formule de renonciation qu'on imposait aux Manichéens convertis. Ibn Ishaq el Ouarrâq,dans le Kitàb el Fihrist, dit que l'imam Sis (abréviation de Sisinnios) maintint jusqu'à sa mort l'intégrité de la religion et sa pureté. Le même auteur lui attribue plusieurs épîtres : l'une à double sens, d'autres sur le Paradis, sur le temps, sur les gages et une dernière, en commun avec Fattaq, sur les images^.

L'autre personnage de la légende, la sœur de Sousnyos, Ouërzilya ou Milintia, est représentée comme une coupable dans les versions orientales, tandis qu'en slavon et en roumain, elle devient une victime du démon. Cependant, une version roumaine, de même origine, mais différente pour les détails, met en scène un être féminin envoyé par

sur Geschichte der altchvistlichen Literatiir, Leipzig, 1883, in-8), Geschichle der' altchristlichen Literaturbis Eusehius, Ire parlie, Leipzig, 1893, in-8, p. 540 441. [ Banienliewer, Geschichte die altkirchlichen Literatur, t. III, Fribourg-en-Bripgau. 191:2, in-8, p. 26G-2(18].

1. /lisloire cfitii/ne de Manichée et du Manichéisme, t. I, Amsteriiam, 1734, in-4, 1. I, ch . i. p. 17-18.

2. Muni, seine Lehre und seine Schriften, Leipzig, 1802, p. 29 et noie 253, p. 316 317.

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