‹ Mélanges africains et orientauxChapitre 72 sur 105 · Bulletin de la Société de Gèoffraphie, juillet 18ti · texte numérisé non relu

Bulletin de la Société de Gèoffraphie, juillet 18ti

LE NORlJ-EST DE l'ÉTHIOPIE 285

lives (Je Menelik '. On retrouve ici la trace de l'autipathie d'un catholique contre un prince nionopliysite. Enfin la proclamation que M. de Rivoyre attribue au Mahdi est non seulement apocryphe '^, mais ridicule. Des expressions comme « Jils d'Ismaél » (p. 285) dans la bouche d'un Arabe parlant à des Arabes et des phrases qu'on croirait empruntées à des opérettes ^ auraient dû mettre M. de Rivoyre sur ses gardes, si tant est qu'il ne soit pas l'auteur de cette réjouissante prosopopée.

{. Mitlheiluiigen de Pelermann, 1878, p. lo7-J58.

i. On peul s'en convaincre en la comparant au texte et à la traduction que M. de Calassanti-Motylinski a publiés dans le Bullelin de Correspondance africaine, 1884. p. 462-409.

3. • Je suis donc décidé à porter ce sabre de ICIiartoum à Berber n q. 283).

Les Règles; attribuées à saint Pakliôme sont, au point de vue de l'esprit humain et de la civilisation, un monument de la plus haute importance. C'est le code de l'organisation monastique qui succéda en Orient à la vie érémitique; elle se répandit rapidement en Occident, car saint Athanase la fit connaître à Rome dès 341. C'est à elle qu'il faut faire remonter la création de cette institution qui fut pour l'Egypte une cause de décadence et d'abaissement, mais qui tient une si grande place dans son histoire. Loin de rendre à l'humanité les services qu'on doit reconnaître aux monastères de l'Occident, loin de devenir, comme en Abyssinie, l'incarnation du sentiment patriotique et national, le monachisme égyptien ne servit qu'à rendre plus évidents les vices inséparables de la population où il se recrutait: la lâcheté, la férocité, la luxure et le fanatisme religieux. Incapables de lutter non seulement contre les Barbares qui, sur le Danube et le llhin, faisaient courir à la civilisation un des plus grands dangers qui l'aient menacée, mais même contre ceux qui, venus de la Libye, de la Nubie ou de l'Arabie, éten-

1. Apocryphes él/uopiens, fasc. VIII, Paris, 189U, in-S [cl. Doni Butler The Laimac hislory of Palladius,n. \ dut. VI des Textes and Studies d'Armitage Robinson, Cambridge, 1808, in-8, p. 155-158 : et Ladeuze, Etude sur le cénobitis?ne pakhomien, Louvain, 1898, p. 25(j-275J.

LES RÈGLES .VTTKIBLLES A SALNT l'AKHOML "28/

liaient chaque jour un peu plus loin leurs ravages dans la terre d'Egypte, les moines ne trouvaient d'énergie que lorsque, ayant le nombre pour eux, ils pouvaient, lancés comme des bétes féroces par leurs supérieurs ou les patriarches alexandrins, massacrer les païens, les hérétiques et plus tard les catholiques, victimes à leur tour des fureurs qu'ils avaient déchaînées. Le résultat fut que l'Egypte se trouva sans défense contre les Arabes,

D'après M. Amélineau *, la source primitive de la vie de saint Pakhôme serait une version copte en dialecte thébain ou saïdique, dont il ne reste que des fragments: celte vie fut traduite et abrégée en dialecte mempliitique, incomplète du commencement et de la fin - ; une traduction plus fidèle, faite sur le texte thébain, nous a été conservée en arabe, datant du xni'' ou du xiv" siècle'^. Les sources grecques, ou dérivées du grec, méritent moins de confiance, sauf

d. Monuments pour servir a rhistoire de l'Egypte chrétienne au fVn siècle : Histoire de saint Pakhnme et de ses communautés (Annales du Musée Guimel, l. XVIll, l^aiis. 1889, in-4, p. \-lxvjii Cf. le cotnple rendu de cel ouvrage, le plus important pour le sujet qui nous occupe, par Krùger, Theologiscfie Literatarceilung, 1890, p. 1)20, et aussi pour la critique <lcs sources, Griilziiiacher, Packomius und das atteste A'iosteriehen, Fribourg en-Brisgau, 189G, in-8, p. 1-23. Il admet en général les résultats auxquels est arrivé Auiéiineau, sauf des rectidcalions de détail. [Cf. aussi Ladeuzc. Etude sur le cénolnlisme pakhomien. Louvain, 1808, in-8, p llKi; Bardenliewcr, deschichte der altkirchtichen Lileralur, t. m, Friboiirg-en-Bnsgau, 1912, in-8, p. 83-8o ; Nau et Bousquet, Histoire de saint Pakhùme, te.\te grec et tr. fr., Patrologia orientalis, l IV, fasc. V, p. 407-511, Paris, in-8, s. d.].

2. Il est juste de rappeler que déjà Quatreméro avait reconnu lanlériorité de la version Ihébaine par rapport aux autres. Après avoir parlé des fragments saï<liqucs ou tliébains, il ajoute: « Ce recueil me paraît être l'original primitif sur leiiiiel aura été faite avec plus ou moins de changement la traduction mein[)liiliquc et peut-être la grecque [Recherches sur la langue et la littérature de l'Egypte, Paris, 1808, in-8, p. 132).

3. Les fragments tliébains, la vie memphitique et la vie arabe ont été publiés avec une traduction française dans l'ouvrage dp M, Amélineau cité plus haut.

la lettre d'Ammon au patriarche Théophile, car elles ont modifie, dans un sens plus humain, l'esprit original des rédactions coptes *. La première ne nous est arrivée que dans la version latine faite vers 530 par Denjs le Petit, à la prière d'une chrétienne qu'on croit être Galla, fille de Synimaque-; la seconde est anonyme"^; elle est beaucoup plus complète que la précédente et s'accorde avec la suivante, quoique sa rédaction soit plus concise ; une autre vie grecque, également anonyme, trouvée par Aloysius Lipomannus dans la collection de Siméon Métaphraste, et dont la version latine dueà Gentianus Ilervetusa été insérée par Surius dans ses Vitœ Sanctorwn'' ; une série d'anecdotes, complément, ou plus exactement, variantes de la seconde vie grecque^; enfin une lettre de l'évêque Ammon qui avait vécu au couvent de Phbôou, adressée au patriarche d'Alexandrie Théophile et relatant les principaux faits de la vie de Pakhôme, tels qu'il les avait recueillis de la bouche de ceux qui l'avaient connu''. Il sera question plus loin des passages de l'Histoire lausiaque consacrés à Pakhôme ; quant aux historiens grecs, Sozomène, Héra-

1. Outre les observations d'Aïuélineau et de Grùtzmacher citées plus haut, cf. pour la critique des sources grecques Tiliemont, Mémoifes pour servir à l'histoire ecclésiastique des six premiers siècles, t. VII, l'aris, 1700, in-4, p. 167-171 et note p. xxxi, 674-675 ; Acta Sanctoruin, mai, t. m, Paris, 1866, in-fol., p. 287-289.

2. Publiée pour la première l'ois par Rosweyde, elle se trouve dans le premier livre des Vitse Patrum, Migne, Patrologia latina, t. LXXIII, Paris, 1879, grand in-8, col. 227-282.

3. Elle a été publiée par les BoUandistes, Acta Sanctorum, raai^ t. III, trad. lat. p. 29o et suiv. ; texte grec, app. p. 22'-44'.

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