Cf. Amélineau, La Géographie de l'Egypte, p
l'autre côté du Nil, pour elle et les religieuses qui vinrent se joindre à elle, un couvent dirigé par un vieillard nommé Abba Pierre. Mais, plus encore que les monastères d'hommes, celui des femmes fut en butte aux querelles et aux disputes, souvent pour les causes les plus futiles. A la suite de deux suicides, il fut même frappé pour quelque temps d'une sorte d'interdit par Pakhôme. Une des plus importantes recrues de ce dernier fut Théodore, né d'une famille riche d'Esneh, qui manifesta dès l'enfance du g-oût pour la vie ascétique et qui vint, dès qu'il le put, rejoindre l'illustre supérieur de Tabennisi. Il n'avait pas cependant dépouillé le vieil homme, et, malgré toutes ses austérités et son apparente humilité, Pakhôme, reconnaissant chez lui une ambition et un orgueil effrénés, refusa, malgré les charges importantes qu'il lui confia à plusieurs reprises, de le désigner pour son successeur. Le frère de Théodore, Paphnuce, abandonna de même sa famille. Pakhôme continua à mener une existence de luttes et de combats ; d'un côté, il avait à tenir tète à l'hostilité du clergé qui faillit le faire assassiner dans l'église d'Esneh, où les évéques l'avaient convoqué pour rendre compte de quelques paroles imprudentes qu'il avait prononcées à l'occasion de ses visions i;
1. CcUe hostilité entre les moines elle clergé séculier, finit par s'atténuer et disparaître, grâce à l'habileté de saint Athanase. « Le monachisme commenrait déjà ici à prendre la forme populaire qui en fit un danger pour l'église et les évéques, jusqu'à ce que ceux-ci s'humilièrent devant lui et ensuite le prirent à leur service. De même qu'au synode d'Esneh les poings des moines combattirent pour leur abbé et ses visions eschatolooiques contre l'épiscopat, de même, dans les grands synodes ecclésias- Tiques du ve au vii« siècle, les poings des moines surent faire réussir au point de vue de l'église et de l'épiscopat, les formules dogmatiques, provenant en partie de la fantaisie monacale. » Cf. sur cette question, le chapitre de Griilzmacher auquel celte citation ..-st empruntée (PacAowiJws, p. 62-04).
de l'autre, et ce furent peut-être ses pires luttes, il dut déployer toute son «mergie pour contenir ses propres moines; Théodore, lui-même, alla, un jour que son orgueil avait été mis à l'épreuve, juscprà lever la main sur Pakhôme. « La plus grande partie des moines égyptiens se recrutaient parmi les fellahs ou les gens des classes infimes de la société ; en entrant dans un monastère, ils introduisaient avec eux leurs passions et leur grossièreté. Sous un climat de feu, les ardeursdu sangsont extrêmes ; l'eau du baptême chrétien ne pouvait nullement les éteindre. Naturellement, à force d'être comprimées, elles devaient, une fois ou l'autre, se faire jour avec violence. C'est ce qui arriva parce que ce devait arriver. D'ailleurs, l'idée grossière que ces moines se faisaient de la religion, des récompenses ou des peines futures, n'était en aucune façon propre à purifier leurs sentiments. Ils n'entraient en religion que pour s'assurer la béatitude céleste, parce que, pour eux, le fait seul de mourir revêtu de l'habit monacal emportait le salut éternel. Les chefs d'ordre eurent beau réagir contre ces idées grossières, ils ne purent jamais les déraciner de l'esprit de leurs moines relies étaient innées. L'antique Egyptien devait nécessairement arriver au bonheur d'être admis dans la barque lumineuse deRâ, s'il s'était muni de toutes les pièces et connaissances liturgiques assurant le salut; il fallait bien faire ce qu'on a appelé la confession négative, c'est-à-dire affirmer devant Osiris et ses quarante-deux assesseurs qu'on n'avait ni tué, ni volé, ni usé de la femme de son prochain, ni privé son voisin des eaux du Nil ; mais au cours du temps,
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il était arrivé que, dans l'esprit grossier des paysans et des artisans de l'Eg-ypte, la confession négative s'était identifiée avec le rouleau de papyrus déposé près de chaque cadavre ou avec la boîte à momie toute couverte de prières liturgiques. Il suffisait que le papyrus contînt le chapitre nécessaire, ou que la confession ou autres formules semblables, fût écrite en beaux caractères sur la boîte à momie, pour que le défunt fût censé juste ; l'habit monacal avait, pour les moines, remplacé papyrus et boîtes à momie. L'important, c'était de mourir revélu de l'habit. Pour cela, il ne fallait pas se faire chasseren violant ouvertement la règle*. » La lutte dura jusqu'à la mort de Pakhôme qui fut témoin des brigues nouées à l'avance en vue de sa succession ; pour mettre fin aux intrigues de Théodore et de ses partisans, il désigna Horsiisi pour le remplacer.
Pakhôme est-il l'auteurou le rédacteur des Règles qui portent son nom? Si les anciens écrivains de l'histoire ecclésiastique, attachés à la tradition, ont admis ce point sans le moindre doute, un examen plus attentif de la question et la comparaison des diverses versions soulèvent des objections qui paraissent fondées. On ne saurait tirer, en faveur de la négative, un argument de ce fait que saint Jérôme qui a traduit en latin une des versions de ces règles, ne nomme pas Pakhôme dans son livre sur les écrivains ecclésiastiques; cette lacune, si c'en est une, est comblée dans le supplément de Gennadius-. C'est de l'examen même de ces règles que