Amélineau. Histoire de xaint Pakhôme, p. iv-v
2. De viriti i/lustribtis, 57, à la suite des Œuvres choisies de saint
doit so liror la oonrliision que si Pakhome on fut rins|)irateur, il u'en fut pas le rédacteur.
La version éthiopienne nous a conservé trois règlements qui sont différents d'ordre et de rédaction. Le premier comprend les deux paragraphes de VHistoria lausiaca de Palladius* consacrés à la vie du saint et à celle de son disciple Aphthonios que nous ne connaissons que par ce document. Mais l'authenticité de celte œuvre a été contestée. On admetlait autrefois que Palladiusavait, comme il raffirme, visité les monastères de la Haute Eg-ypte comme ceux de la Basse Egypte. Une étude plus attentive a démontré qu'il a traduit une relation plus ancienne, attribuée par Luciusà un moine origéniste(?) ; celuici aurait été aussi la source de Sozomène et de Rufin ; suivant Amélineau, ce serait un recueil édifiant qu'il avait trouvé et plagié dans un des couvents qu'il avait réellement visités 2. Cette première règ-le se trouve aussi dans la vie grecque traduite parDenys le Petit (ch. xxi-xxii) ; elle peut avoir été tirée, non de VHistoria lausiaca^ comme le supposaient les Bollandistes, mais du texte copte utilisé par Palladius. Cette opinion est d'autant plus probable que cette première règ"le se retrouve dans la version arabe
Jérôme, éd. Collombel, t. VU, Lyon, 1840^ in-8, p. 192 a Scripsil Regulam ulrique gonori monachorum aptain ».
1. Ap. Migne, Patrologia gvieca, t. XXXIV, Paris^ 1860, grand in-8. col. 1099-1105.
2. Lncius, ap. Zeitsclivift fur Kirchengeschichte , t. VU, 1885, p. 163 ; Amélineau, De historia laiisiaca , Paris, 1887, in-8 ; GriUzmaoher, Pachnmius, p. 1-4 [Cf. aussi D. Butler, The lausiac histovy of Palladiiis, la préface de Budgeà l'édition de la version syriaque; The book of Pavadise, Londres, 1904, 2 v. in-4, t. I, p. i-l\xviii ; la préface de la traduction française de Lucot, Pafladius. Histoire tauxiaque, Paris, 1912, in-12,
p. l-LIll].
faite sur le texte thébaiii. Peut-être, est-ce la seule qui ait réellement Pakhôme pour auteur; en effet, il est dit, dans la vie memphitique, qu'il fit écrire à l'usage du couvent de femmes le règ-lement qui servait à Tabennisi et, d'un autre côté, Gennadius, en parlant de ce règlement, dans des termes qui montrent bien qu'il s'ag-itdu premier (révélation par l'Ang-e, règ-les g-ravées sur la Table) emploie l'expression utrique generi monachot^um qui semble bien s'appliquer à un couvent de moines et à un couvent de relig"ieuses. Mais les circonstances dans lesquelles ce règ-lement aurait été promulgué sont évidemment fabuleuses. La révélation faite par un ang-e i et Pexistence de la table où elle aurait été gravée fut inventée après coup, et sans doute après la mort du saint, pour donner plus de poids à ses préceptes. D'un autre côté, le classement par ordre alphabétique n'a pu être adopté que lorsque les moines devinrent assez nombreux pour rendre une division nécessaire. Il y a en outre une autre objection, et les arg-uments de Weingarten, cités par Grûtzmaclier (p. 124-127) ne me paraissent pas avoir été réfutés par ce dernier. Le principal est celui-ci : comment Pakhôme qui n'était qu'un Copte assez ignorant, a-t-il pu adopter une classification basée sur l'alphabet g-rec? Griitzmacher répond bien que les lettres de l'alphabet g'rec se retrouvent en copte, mais les deux alphabets ne sont pas identiques; le second se compose de .'M lettres au lieu de 24: il
1. On peut voir dans Tilleinont, .Yotes sur saint Pacôme, Vlll. p, 679-682, l'ofiiharras où se trouvent ceux qui cherchent à concilier 1 histoire avec la légende.
aurait donc fallu que Pakhôme, à une époque où de l'aveu de tous ses biographes, il ignorait le grec, eût pu faire le départ, pour cette classification, entre les lettres d'origine g-recque et celles d'origine ég-jptienne ! S'il en est l'auteur, elle ne dafe que d'une époque très postérieure. Je ne serais pas éloig-né de croire, quoiqu'en dise Sozomène et la version arabe 1, qu'il n'y eut d'abord qu'un classement par lettres alphabétiques auxquelles on chercha des interprétations mystérieuses. C'est un trait commun à la lég-ende du Bouddhas et à l'Évangile apocryphe de V enfance"^ \ quand le premier, mis à l'école de Viçvamitra, l'émerveille par son savoir précoce et passe en revue chacune des lettres de l'alphabet ; dans l'Evangile de l'enfance, la scène est moins compliquée mais se trouve répétée: Zachée remplace Viçvamitra.
Le texte éthiopien de la seconde règ-le s'accorde, sauf quelques modifications, avec le texte grec tel
1. Histoire ecclésiastique, 1.111, ch. xiv. Version arabe, p. 367. Celleci n'est qu'un commentaire développé de ce qui est dans Palladius et l'éthiopien.
2. Cf. pour la version sanscrite le Lalila Vistara, tr. Foucaux. Paris, 4 884, in-8, t. I, p. 113-117, ch. x ; pour la version tibétaine, Histoire du Bouddha Sakya-Mounni <Rgya tcher roi pu), trad. Foucaux, Paris, 1860, in-4, ch. IX, p. 120-124; Senart, Essai sur la légende de Bouddha, Paris, 2e éd.. 1882, in 8, p. 294-295.
3. Sike. Ecangeliuvi infantiie, Utrecht, 1697, in-12, p. 142-148 ; Thilo, Codex apocryphus \ovi Teslamend, Leipzig, 1832. in-8, p. 123- 125 ; Tischendorf, Evaugelia apocrypha, Leipzig, 1853, in-8, p. 198- 199 ; Migne, Dictionnaire des apocryphes, Paris, 1858, 2 v. g. in-8, t. I, col. 1006-1007 ; Brunet, Les Evangiles apocryphes, Paris, 1863, in-12, p. 94-95 ; [Ch. Michel, Les Evangiles apocryphes, t. I, Paris, 1911, in-12. Evangile de Thofnas, ch. xiv, xv, p. 181-183]. Celte tradition fut connue de saint Irénée qui cite ce passage de FEsangile de l'Enfance, .tlrffej'Sî^ AiP/'^ses, 1. I, ch. XVII (Migne, Patrologia grieca,\.. VII). Elle a passé de là chez les Arabes ; cf. le passage d'El Kisaï cité par Sike, op. laud., p. 66-71 ; Eth Tha'alibi. Qisas el Anbià, Le Qaire, 1298 hég., in-8, p. 34.
qu'il a été publié par Migneietpar les Bollandistess. Il en existe une recension beaucoup plus étendue, mais postérieure, traduite par saint Jérôme, avec d'autres écrits attribués au même saints; on y prévoit, par exemple, des voyages en bateau auxquels n'avait guère songé saint Pakhôme et ses premiers moines qui n'avaient pas occasion de quitter le couvent. Quelques-unes de ces règles se retrouvent dans la version arabe.
Enfin la version éthiopienne contient une troisième règle qui n'a pas été retrouvée jusqu'ici dans les rédactions grecque, latine, arabe ou copte. Elle se compose de quelques prescriptions analogues à celles des précédentes règles et du récit d'une vision dans laquelle les saints voient les bons et les méchants moines divisés en cinq catégories de part et d'autre. 11 est singulier que le grec, le copte et l'arabe qui nous ont conservé le récit des nombreuses visions du saint * ne nous aient pas mentionné celle-ci. Si l'on considère en outre que dans cette troisième règle, on trouve employé le mot purement étliio|)ien 7namhér an lieu de abbàs qu'on trouve dans les deux précédentes, et qu'en outre, un détail de la vision est emprunté au Physioloçus, on est amené à conclure que celte troisième règle, loin d'être comme l'ont cru \\^eingarten et Mangold " la plus ancienne règle, est au coniraire la plus récente et même
1. Patrolofjia (jvxca, t. XL, Paris, 1863, gran.l in-8, col. 947-952.