‹ Mélanges africains et orientauxChapitre 8 sur 105 · Masqueray, op. laud., p · texte numérisé non relu

Masqueray, op. laud., p

Les scaldes Scandinaves ont le même accent sauvag-e et l'on se rappelle une strophe du chant de mort de Regnar Lodbrog:

J'étais encore assez jeune lorsqu'à l'Orient, nous donnâmes aux loups un repas sanglant et aux oiseaux une pâture, quand notre rude épée sonnait sur le heaume. Alors on vit le vent souffler et le corbeau marcher dans le sang- *.

Le pillage et le vol à main armée, le guet-apens même sont célébrés chez les Touaregs avec autant de louanges qu'une action d'éclat :

Matalla ! meure ton père ! Tu es possédé du démon,

De croire que ces gens (les Touaregs ne sont pas des hommes.

Ils savent monter à chameau ; ils marchent le matin ; ils

Ils savent voyager et galoper ; [marchent le soir ;

Ils savent faire boire ceux qui restent sur leurs montures;

Ils savent surprendre la nuit un homme courageux ;

Heureux, il dort(sans défiance); ses chameaux sont agenouillés,

Ils le percent avec leur lance effilée comme une épine

Elle laissent râler jusqu'à ce que son âme sorte de son corps.

L'aigle reste là à dévorer ses entrailles'^.

Aussi quel mépris pour ceux qui mènent une vie relativement moins barbare et qui s'adonnent, autant que peuvent le faire des Touaregs, à l'étude et au commerce :

Les Isaqqamaren ne sont pas des hommes :

Ils n'ont ni lances en fer, ni lances à manches de bois ;

Ils n'ont ni harnachements, ni selles;

1. Marmier, Lettres sur VIslande, Paris, 1841, in-12, p. 147-148.

2. }]a.nolea.u, Essai de {/rammaire de la langue tamachek, Paris, 1860, in-8, p. 210-211. [Cf. une variante et le commentaire dans Duveyrier, Les Touaregs du .\ord, Paris, 1864, in-8, p. 450-452].

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Ils n'ont pas do beaux l)oiicliers;

Ils n'ont rien de ce qui rend l'homme joveux :

Ils n'ont pas de chameaux gras et bien portants.

Les Isaqqamaren, ne m'en parlez pas;

Ce sont des gens très mélangés ;

Il n'est pas de condition qu'on ne trouve chez eux ;

(Juelques-uns sont pauvres, et cependant à l'abri du besoin.

D'autres sont abusés par le démon ;

D'autres n'ont que des bâtons ;

Il en est qui font le pèlerinaçre et le recommencent,

Il en est qui savent lire le Qorân et l'apprennent par cœur,

Ils possèdent dans les pâturages des chamelles et leurs petits

Ainsi que des boules d'or bien empaquetées'.

Un autre genre aussi sérieux que les chants g"uer— riers est non moins recherché : c'est la complainte qui fleurit surtout dans le Sous Marocain où on lui donne le nom de Iqist (histoire). Quand le sujet est religieux, on l'appelle hadith. Une des plus célèbres est celle où l'on raconte la descente d'un jeune hommeen enfer pour y chercher son père et sa mère ; elle est connue sous le nom de poème de Çabi : il suffira d'en citer le début pour donner une idée de ce genrede compositions :

Au nom de Dieu clément et miséricordieux,

Puis bénédiction et salut sur le prophète Mohammed.

Au nom de Dieu, voici ce qu'a dit l'auteur :

1. Hanoleau, Essai de r/rammaire de la langue tamacliek, p. 213-215.,

Voilà ce qu'ont dit les talebs, d'après le Qorân aug-iiste ;

Commençons ce beau récit par invoquer le nom de Dieu ;

Ecoute ce beau récit, ô homme de bien !

Nous allons raconter l'histoire d'un jeune homme

En berbère ; ô Dieu, donne à mes actes la perfection.

Ce que nous rapporterons se trouve dans lestrailitions véi'idiques.

Ton cœur dur comme le rocher en sera attendri :

Le père et la mère de Çabi moururent pendant son enfance,

Notre Seig-neur fortuné le g-uida : il lui montra la voie,

Dieu le conduisit vers le profit et lui donna le Qoràn*.

D'autres sont également renommées au Maroc, par exemple la complainte de Sidi Hammou et de Job ^. Celles traitant un sujet religieux sont accompag-nées par la violé, tandis que les autres ont la guitare pour instrument d'accompagnement. On peut rattachera ce genre celui qui est appelé au Sous tandamt ei qui consiste dans l'énuméialion de courtes maximes: il existe aussi en zouaoua et en touareg.

Quelquefois, deux chanteurs rivaux se trouvent aux prises; chacun commence par faire son j)ropre éloge qu'il complète en satirisant son adversaire, mais parfois, la lutte commencée ])ar des injures finit par une bataille et l'arme est naturellement le tambour de basque jusqu'au moment où l'on doit séparer les deux parties ;«. Des délis et des joutes de ce genre, moins les coups, existent chez les Chelhas

1. H. Basset, Le Poème de Çabi, Paris. 1879, in-8. pp. la. 23. 28,29.

2. 11. Stiimme, Dichtkunst und Gedichte der Schluh, p. 40-fi5 ; cf. rintroduction, pp. 1 et suiv. [Cf. aussi le po^me de Fadma Tagun-am, publié i)ar R. L. N. .Jolinston, Paris, 1900, iii-8 et pour divers genres de poésies de l'Allas, Saïd Boulita, Textes berbères en dialecte de l'Atlas marocain, Paris, 1909, in-8. pp. 03-07 : 76110. Cf. aussi le genre appelé Taouadha des spécimens des vers de Sidl Ilànimou, Stuniine, Sidi Hâmmu der Geograph, Gieszen, 1900, in-i, p. 44o-4."i2.]

3. Cf. un dialoi,'ue de ce genre entre Yousof Ou Kassi des Ailli Djeairad et Mol.iand Ou Abd Aliab des Aitb Iralen, Ilanoleau, Poésies populaires de la Kabijlie du Jurjura, pp. 275 et suivantes.

du Sous marocain, où ils portent le nom de tamalooucht^ mais entre hommes et femmes, ce qui indique une plus grande liberté de mœurs*. Les vers sont improvisés et les auteurs sont récompensés en menue monnaie. En voici un exemple:

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