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Retue historifjue, t. XXVIII, 2e fasc

Ces observations sur le plan général une fois faites, on doit reconnaître que dans le cadre qu'il s'est tracé, M. Delattre a accompli son œuvre en conscience. Non qu'un système nouveau soit exposé dans ce livre. L'auteur se borne à critiquer ceux qu'il trouve établis sur des bases fragiles et l'on sait qu'en histoire, comme dans le reste, c'est déjà avoir appris quelque chose que de savoir ig-norer. En règle g-énérale, c'est l'autorité d'Hérodote que M. Delattre s'est proposé de défendre contre les novateurs et, la chronohjgie laissée de coté, il semble avoir réussi dans sa réhabilitation de l'historien grec. Après avoir exposé succinctement dans le premier livre la géographie du plateau iranien, il passe à la thèse soutenue par MM. 0|)pert, Rawlinson, Norris et Lenormant attribuant aux Mèdes une origine touranienne. Le principal argument des défenseurs de cette opinion est le suivant : Darius, fils d'Hystaspes, lit graver à Béliistoun, près de Persépolis, le récit de ses guerres contre les révoltes qui marquèrent le début de son règne : cette inscription, fameuse dans l'histoire des inscriptions cunéiformes, car c'est elle qui fournitàBurnouf et à Grotefend le moyen de déchiffrer cette écriture, est trilingue ; la première est en persan, la langue du souverain ; la troisième en assyrien ; la seconde est dans un idiome qui présente les caractères du touranien (!). Quelle était cette langue qu'on plaçait immédiatement après celle des maîtres de rempire?On songea tout naturellement à la Médie qui avait joué un rôle considérable avant l'avènement de Cyrus et dont

l'importance s'était maintenue grâce à la religion

des inag-es. Un de ces derniers, le faux Sinerdis, avait failli rendre à sa nation la suprématie de l'empire perse. La langue de la seconde colonne des inscriptions était par conséquent le médique : celle langue étant louranienne, les Mèdes étaient touraiiiens ; leur antag"onisme avec les Perses était l'un des épisodes de la lutte entre Iran et Touràn, chantée dans les poèmes épiques comme le Chàh-Nàmeh. Mais une objection se présentait : les noms propres médiques cités par Hérodote et les auteurs anciens appartiennent sans exception à un idiome aryen : Phraortès (Fravartis), Gyaxares (Ouvakhchatara), Astyage (Azi-dahak), aussi M. Oppert abandonna-t-il quelque temps le prétendu médique ou casdo-médique qu'il avait adopté avec M. de Saulcy, pourvoir dans cette langue celle des Scythes qui, au rapport d'Hérodote, dominèrent vingt-huit ans (ou plutôt sept ou huit ans) dans la Haute-Asie. Cette hypothèse, défendue aussi par M. Norris, était inadmissible, sans compter que les Scythes en question pouvaient élre d'origine aryenne, il était peu probable qu'au temps de Darius ils eussent conservé assez de puissance pour prendre rang- immédiatement après les Perses dans les documents officiels. M. Delattre réfute aisément cette opinion, abandonnée d'ailleurs par M. Oppert qui, d'accord avec MM. Lenormant et Maspéro, est revenu à sa thèse première en la modifiant légèrement; les noms des rois mèdes dans Hérodote seraient des formes org-anisées de noms louraniens dont Ctésias nous a donné la traduction perse ; mais les arg-uments invoqués par M. Oppert ne tiennent pas devant les fails :

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Astyage, pai- exemple, est appelé dans une lableltc babylonienne lalitouvigoii, leprésenlanl ce nom avec rorthograplie babylonienne, mais tialiissanl une origine aryenne. Dira-t-on que les Babyloniens ont iranisé ponrleur usage un nom louranien ? Pour la langue Je la deuxième colonne, M. Delaltre a vu juste en établissant qu'elle ne peut être que celle d'Anchan où rég"nait Cyrus avant de conquérir laMédie, puis l'Asie occidentale. Cet Anclian faisait partie de la Susiane et devait avoir un dialecte particulier, si, comme le prétend M. Oppert, toujours atteint de la manie du touranisme, la langue susienne, à peine connue, ditFèredela deuxième colonne de Beliistoun, bien que comme elle, elle se rattache à la Famille touranienne' ! Non qu'il t'aille, avec M. Sayce, faire de Cyrus un Susien : en présence des témoignages formels d'Hérodote et des inscriptions, le doute n'est pas permis; l'opinion de iM. llalévy, corroborée par le système de M. Dieulafoy, paraît la plus probable ; Cyrus est un Aryen, issu d'Acliéménès, qui régna en Susiane, pendant qu'une brandie de sa famille, d'où sortit Darius, fils d'Hystaspes, gouvernait la Perse. De là, également, pour le grand roi, le choix comme capitale de Suse, l'ancienne capitale de la Susiane.

Le second livre est consacié à l'histoire des Mèdes sous les Assyriens. Après avoir déblayé le terrain des origines, l'auteur passe à la description des maigres documents (jue les inscriptions cunéiformes

1. [A l'appui de sa thèse, M. Oppert a l'abriiiué de toutes pièces une fjianiujaiii' tl un dicliontiaiio d'une langue iju'il n'avait pas su décliill'ier ; Le peuple el la langue des Medes, Pans, HT'J, in îJ.j

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nous ont transmis. C'est peut-être dans ce livre qu'il a le mieux montré ses qualités critiques. Reprenant pied à pied l'histoire des expéditions à Test du Tig-re, l'auteur fait justice des assimilations hasardées reposant parfois sur une fausse lecture, et grâce auxquelles on poussait jusqu'à l'Inde les conquêtes assyriennes. La mer de Naïri, identifiée jusqu'à présentavec la Caspienne ou un des lacs de Van et d'Ourmiah, est replacée dans la Méditerranée, comme l'avait déjà pensé M. Rawlinson ; enfin les campagnes de Saryoukin, Sennachérib et Asar Haddon sont représentées sous leur vrai jour, et M. Delattre démontre que, pour la plupart, elles ont eu pour objectif les populations fortement sémitisées qui séparaient l'Assyrie de la Médie proprement dite. On peut regretter ici l'absence d'une carte qui eut permis de suivre plus aisément les rectifications de M. Delattre.

Dans le troisième livre, l'auteur expose l'histoire de l'empire mède et la reconstitue à l'aide d'Hérodote auquel il accorde la confiance refusée par M. Schrader pour avoir mal compris le sens d'un passage de cet historien (I. 95). On a cherché, M. Rawlinson entre autres, à opposer à ce dernier une prétendue tradition qui aurait été conservée dans les Perses d'Eschyle. Après F. v. Hoffs i, Hannak- et Iveiper*^ qu'il ne parait pas avoir connus, M. Delattre montre le peu de valeur de cet échan-

i. De 7'erum histon'carum in ^Eschyli Pevsis tractatione poelica, Mùnsler, 186(), in-8.

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