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354 MÉLANGES AFlUCAlNS ET ORIENTAUX
et documentée de M. Joret. Ce dernier laisse bien loin après lui l'œuvre de ses prédécesseurs, Loiscleur-Deslongcliamps, M"«^ Schmidt-Branco, Sclileiden, etc.
Avant tout, ou me permettra de formuler uue critique sur le plan général de l'ouvrage: eelui-ci s'arrête à la Renaissance; en sorte que dans un livre consacré à la rose, on ne trouvera ni la pièce de Ronsard :
Mig-nonne, allons voir si la rose, etc.
ni la Rose de Gentil-Bernard, ni les Roses ou la maison de Venus de Uorat, ni les vers bien connus de Leyre qui ne l'est g-uère :
Je l'ai planté, je l'ai vu naître, etc.
ni la Rose de Parny, ni la Rose d'Emile Deschamps. L'auteur, évidemment, avait le droit strict de se renfermer dans le cadre qu'il s'était tracé, mais puisqu'il cite la gracieuse métaphore dont Malherbe est aussi innocent qu'il en était incapable (p. 58), des vers du Tasse sur la Rose (p. 59, note 2), un passage d'Olivier de Serres sur la culture des roses précoces (p. 189) ; Gui et Bulbul {la rose et le rossignol) poème turk de Fazli (mort en 1563), il est hors de doute qu'il a Iranclii plusieurs fois les limites de son programme ; dès lors, il aurait pu rappeler, ne fut-ce qu'en note, les imitations anacréontiques de Ronsard et de son école, et de même (p. 05) à propos de la rose consacrée à Bacchus, la pièce des Roses et du vin dans les Vignes folles d'Albert Glatigny. La première partie du livre est consacrée à la rose
t.A ROSE 'Ao'O
dans l'anliquité et les recherclies de M. Joret aboutissent à démontrer que la rose à cent feuilles est originaire du plateau occidental de Flrân * ; de là, elle se répandit bientôt en Grèce et en Occident. Cette première partie où l'auteur étudie successivement les espèces de roses connues dans l'antiquité, la culture de la rose, la rose dans les légendes et dans la poésie des Grecs et des Romains -, la rose dans l'ancien Orient, la rose dans la pharmacopée grecque et romaine est aussi complète qu'on peut le désirer et quelques additions ou rectifications de détail ne sauraient en diminuer la valeur '.
La rose au moyen-âge forme le sujet delà seconde partie : pour ce qui concerne l'Occident, l'auteur qui se trouvait sur un terrain qui lui est familier, a laissé peu de chose à récolter après lui : on eût souhaité qu'il eut parlé du Rosier des guerres, écrit par ordre de Louis XI pour l'éducation du Dauphin ; de la guerre civile anglaise à laquelle la Rose rouge et la Rose blanche ont donné leur nom ; du rosaire ins-
1 . Je remarquerai à ce propos que la rose toujours verte (Rosa sempervirens) que M. Joret reconnaît pour originaire dans i'Iade, Tt-sl également on Kabylie où elle porte un nom indigène Azenzou. Ce mot sert à désigner comme l'arabe Ouavd d'autres espèces ; la Hosa caiiina et ses variétés, llosa raniiia aiidegacensis, Jlosa canina collina, /loxa cauina Sepinm, et enlin la Jtosa Sevafini (cl'. Hanoteau et Letourneux, La Kabylie el les coutumes kabyles, Paris, 1873, 3 v. in-.S, l. I, p. 79).
"2. A propos de l'emploi des roses dans les cérémonies religieuses et à Home, il est curieux de constater ijue le même usage existait au Mexique avant l'arrivée des espagnols, au dire ûa (joinard {/lisloire yenérale des Indes occidentales, Irad, Maitin Fumée, l'aris, KiOti, petil in-4, (. M, cil. Lxxv, l'o 163). A Tlaxcallan, on ull'rait au dieu Gaujaxtie « l'orcc lleurs, roses el encens ((Jornara, id., 1. Il, cli. .xcui, 1° 173).
3. Aux témoignages les plus anciens sur les couronnes de roses chez les Grecs, on peut joindre un passage de Démostliénes, Discours contre Androtion ; p (il, lire Reposianus au lieu de Reposanius. l'our d'autres corrections cl', un article de -M. S. ReinacL, Revue critique, 18'Ji, u" 31- 32, p. 8->-8i.
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tilué par Alain La Roque (1470)*, des Rose-croix dont on attribue la fondation à l'Allemand Rosenkreuz qui aurait vécu au xiv" siècle. La légende de la fille du commandant de Grosswardein a été traitée parLeconte de Lisle et la scène placée en Espagne'-. Mais il V aurait des réserves à faire sur la partie consacrée à la Rose en Orient. Si, au point de vue de la culture, M. Joret a utilisé avec fruit les renseignements fournis par Ibn el Baïtâr et Ibn eTAwàm, il est loin d'avoir été aussi heureux en ce qui concerne la littérature. 11 semblerait, à l'en croire, abstraction faite des légendes d'origine suspecte qui font naître la rose de la sueur du Prophète, que les Arabes auraient eu seulement connaissance de celte fleur, lors de la conquête de la Syrie sous le khalife 'Omar. Cependant des poètes anté-islamiques, dans des passages dont on n'a pas jusqu'ici contesté l'authenticité, ont parlé de la rose et de sa couleur. L'épithète ouard (rose, rouge foncé, et par suite, brun-rouge) est employée parHârith ben Hillizah"'; un poète qui vécut à la fois au temps du paganisme et au temps du Prophète, El Hadirah, compare au rouge de la rose le sang qui teint les pieds des chevaux ^ ; la même comparaison se trouve chez un de ses contemporains, Lebid ^, et chez un poète plus ancien, Zohaïr ^. Ce dernier emploie aussi une
1. Il L'ùl aussi l'allu parler de la rose i:omme symbole 'ouavd, dans les confréries mystiques musulmanes, dont quelques-unes sont bien antérieures à la fin du moyen âge.
2. La fille dp l'Emyr [Poèmes barbares. ?a.r\-i. 187i, in-8, p. loi).