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DAMS L'ŒUVRE D'UNE RÉFORME SOCIALE

une portion de l'espace! Quel rapport peut-on voir entre cette sorte de bien et le bien collectif? Comment la prospérité matérielle ouvrirait-elle le cœur au dévouement? N'a-t-on pas dit mille fois que, pour plaindre ceux qui souffrent, il faut avoir souffert, et que l'habitude de jouir amortit le sens de la pitié? Si donc nous n avictas ici qu'un tel bonheur en vue, nous n'ajouterions pas un seul mot; mais, grâces à Dieu, il y a un bonheur qui ne prend point de place ; il y a un soleil qui luit pour tous. Il est clair que je parle d'un bonheur moral, qui jaillit de l'âme et s'épanche dans l'âme, sur lequel l'influence des événements n'est ni permanente ni absolue, un bonheur que l'adversité exerce pour ainsi dire, et dont quelquefois elle a fait le fonds principal. Tel doit être le vrai bonheur, s'il existe. Tous les hommes sensés sont d'accord que, si le bonheur ne nous vient pas de nous, il ne nous viendra de nulle part; et il serait superflu de vouloir prouver, même aux plus aveugles, que les objets extérieurs peuvent bien procurer des jouissances, mais n'apportent pas avec eux le bonheur. *

Mais il ne suffit pas de reconnaître qu'en résumé le bonheur est un contentement, une joie continue de l&me. Ce contentement, cette joie a ses conditions, et pour avoir du bonheur une notion plus précise, il faut le concevoir comme un développement harmonieux, un plein essor de la vie intérieure. Le plus heureux vit davantage, avec plus de profondeur, d'intensité, d'ensemble surtout. Vivre,

se sentir vivre, c'est la condition du bonheur; mais c'est aussi la condition du malheur. Le bonheur, c'est une vie harmonieuse ; le malheur, c'est aussi la vie, mais la vie manifestée par le déchirement. On peut se sentir vivre avec une égale intensité dans l'accord joyeux des différentes parties de l'être, et dans leur hostilité mutuelle. Le bonheur est donc le sentiment distinct de l'harmonie intérieure. Ce sentiment n'est point une chose négative. Quand toutes les parties de l'être , toutes les parties de la vie , l'âme et la destinée, le visible et l'invisible, le fini et l'infini, se touchent avec amour et pour ainsi dire s'entre-baisent, il y a, dans le plus profond de l'homme, un tressaillement d'allégresse, dont le prolongement, dont la continuité forme ce qu'on peut justement appeler le bonheur. Tous les éléments humains sortent avec joie de leur repos, certains de ne point rencontrer d'obstacles en d'autres éléments; ils s'emparent d'un espace qu'ils savent libre; l'âme humaine étale, met en dehors toute sa richesse, dont rien ne l'empêche et dont tout la presse de faire usage. Toutes les faculté^, que leur nature déjà invite à se déployer, s'y sentent vivement encouragées; T individualité, se préférant dès lors à ce qui n'est pas elle, se produit au grand jour; l'être entier s'épanouit.

Quelque immatériel que soit ce bonheur, et quoiqu'il ne dérive ni ne soit à la merci d'aucun événement, Tâme ne saurait se le donner : elle le reçoit du dehors; car il est attaché à une condition qui

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ne dépend pas d'elle. Cette vie harmonique et profonde, qui est l'essence même de la vraie félicité, suppose dans l'âme la présence du vrai et seul principe de l'unité morale, qui est Dieu. Sa présence dans l'âme en constitue, si l'on peut parler ainsi, l'état logique. Seule, elle en tient réunies les forces diverses, qui, hors d'elle, sont un faisceau sans lien. Mais si la malheureuse séparation qui a scindé l'unité de notre être et a fait de notre vie un perpétuel sophisme, si cette séparation est notre ouvrage, le retour de l'être à son principe et des éléments humains à leur unité première est l'ouvrage de Dieu seul. Le bonheur, par conséquent, n'est pas un fruit de notre nature, et ne croît pas spontanément sur le tronc de la vie ; il faut qu'il y soit greffé par une main divine. Il faut que Dieu, en nous assurant de sa bienveillance et nous forçant d'y croire, se soit rouvert l'entrée de notre cœur et le remplisse de sa présence. Jusque-là l'homme ne peut connaître le bonheur, le vrai bonheur. C'est de l'impiété, c'est de l'athéisme que de prétendre à être heureux hors de Dieu.

Et il ne suffît pas, pour entrer en possession du bonheur, de reconnaître ce principe abstrait. Retrouver ce principe ce n'est pas retrouver Dieu ; ou si c'est retrouver Dieu, c'est retrouver Dieu aliéné de nous, offenfé par notre abandon, faisant ressortir par l'aspect de sa pureté l'impureté de nos inclinations et de notre vie, obligé par sa justice à se demander notre châtiment, qui n'est autre chose que

la perpétuation de l'isolement dont nous sommes les auteurs. Comment nous pardonnerait-il ce que nousmêmes nous ne pouvons nous pardonner? Nous sommes nos juges les plus implacables; notre malheur lui-même est un jugement, et le plus sévère de tous. Dieu nous eût-il pardonné, notre propre pardon ne suivrait le sien que de loin. Nous nous punissons tous les jours involontairement, lorsque, par le fait, nous nous déclarons indignes de vivre avec nous-mêmes, lorsque nous nous refusons, en quelque sorte, un asile et une demeure chez nous.

On n'est heureux qu'autant qu'on peut vivre avec soi-même, qu'autant qu'on se trouve bien à la maison, c'est-à-dire dans son âme. Celui qui s'en tient sans cesse dehors, qui n'ose y rentrer, ou qui n'y rentre qu'avec répugnance, avec horreur, celui-là, fût-il habituellement serein et gai, ne peut se dire heureux : tout au plus il est diverti. Ce mot est le vrai nom du bonheur de ce monde. Le bonheur, a dit un poète, n'est qu'un malheur plus ou moins consolé. Le monde, a dit Madame de Lambert, est plein de fugitifs d'eux-mêmes. Pascal l'avait dit avant elle, et il avait dit pourquoi.

Or, qu'est-ce que vivre avec soi, si ce n'est vivre avec Dieu? Le mot, qu'on y prenne garde, ne se conçoit pas sans relation. Il ne se pose, il n'est réel que par le non-moi. Derrière l'homme de la société, le plus superficiel, vient l'homme de la famille, puis l'homme de la pensée, tête à tête avec ses propres représentations, vrai spectacle intellectuel; puis,

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dans la dernière profondeur, l'homme intime et vrai, l'homme de la conscience, de l'infini, de Dieu. Qui veut vivre avec soi-même doit descendre à ce dernier point; c'est là qu'il se retrouve tout entier, là qu'il rencontre l'infini, qui, vivant et personnel, s'appelle Dieu. Quiconque n'est heureux qu'au prix de n'y jamais descendre, aurait beau se dire et se croire heureux, il ne Test point. Avoir toujours à s'éviter soi-même, n'est-ce pas le plus profond des malheurs?

Vivre avec soi-même, ce n'est pas s'absorber dans la contemplation ; non, pas plus que vivre dans l'action n'est vivre dans le trouble. L'activité est si loin d'exclure la vie avec soi-même qu'au contraire une telle vie ne se conçoit pas sans l'activité comme conséquence et déploiement. Les vies exclusivement contemplatives ne sont pas nécessairement les plus intérieures, les plus profondes, les plus vraies ; les vies exclusivement d'action, cette action fût-elle toute de pensée, ne possèdent pas non plus ces avantages. Vivre avec soi-même, c'est autre chose que penser ; agir, ce n'est pas essentiellement sortir de soi.

Encore faut-il remarquer que le divertissement qu'on appelle bonheur, qui préoccupe si puissamment certaines âmes, et qui leur devient un infini et le principe d'une certaine grandeur, n'a pas à beaucoup près le même empire sur toutes les âmes, et qu'il n'exclut pas, chez ceux qui s'y livrent, certains moments de retour et de repli, qui leur mani-

festent la vanité d'un bonheur enraciné hors de Tâme, et le néant d'une activité qui n a pas Dieu pour objet. Il suffit de ces éclairs, tant rares soientils, il suffit d'un seul pour constater à jamais la misère intime de celui qui Ta vu luire. Et que ces éclairs sont nombreux dans certaines vies, et dans certains moments de certaines vies! Gomme ces moments vengent la vérité méconnue dans tous les autres! De quelle anxiété vague ils remplissent toute T existence ! Anxiété moins redoutable pourtant, moins effrayante, que l'incessante préoccupation, que l'imperturbable tranquillité de certaines âmes !

C'est contre cette anxiété, contre ce découragement mystérieux que plusieurs moralistes, sans en approfondir la cause, ont dirigé leurs efforts. Us ont blâmé la tristesse (1); ils en ont fait un vice; ils ont invité l'homme à la secouer, comme au réveil d'une nuit fatigante on secoue un mauvais rêve. Us sentaient par instinct la vérité de ce que nous disions, que le bonheur est la force de Vâme; mais ils n'avaient pas reçu mission de dire comme saint Paul, avec autorité: « Réjouissez- vous ; je vous le a dis encore : réjouissez-vous (2). » Donnez-nous d'abord, leur eût-on pu dire, un sujet de joie ; naturelle objection à laquelle saint Paul savait bien que répondre.

Les intérêts que l'homme peut trouver hors de son meilleur mot suffisent comme motifs d'action,

(O Ainsi Vautenarguet.

(2) Philippin», IV, 4.

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et le monde matériel s'en peut contenter; mais comme tout ce développement de vie extérieure n est pourtant pas le bonheur, comme l'âme ainsi occupée n est ni rassasiée ni calmée, on ne voit pas comment l'espèce de satisfaction fatigante qu'elle trouve dans ces poursuites pourrait féconder et développer en elle le principe du dévouement. Il n'y a aucun rapport essentiel entre le bonheur extérieur et l'amour. L'homme le plus heureux, dans l'acception ordinaire du mot, n'est pas pour cela le plus aimant.

Le bonheur moral, fondé sur la pacification intérieure de l'âme, sur le rétablissement de ses rapports avec Dieu, ce bonheur a d'autres effets. Tout ce qui s'est passé dans cette âme, et tout ce qui s'y passe, la porte à aimer. Son bonheur lui vient d'être aimée : qu'est-ce qui pourrait davantage disposer à l'amour? Une félicité assurée, une éternité mise à l'abri ne sont-elles pas faites pour épanouir le cœur? et dans la joie dont on le sent inondé, ne voudrait-on pas donner ce un baiser à tout l'univers,» comme le disait ce grand poëte à qui souvent arriva, des rives de l'autre monde, comme au navigateur égaré sur les mers, un doux parfum de la vérité (1)? Elle qui n'envie et qui ne convoite plus rien, qu'est-ce qui l'empêcherait d'aimer? Est-ce que tout, au contraire, ne l'y convie pas? l'amour n'est-il pas la seule nourriture qui convienne à

(i) L'hymne célèbre de Schiller à la Joie repote tur ridée que le bonheur outre le cœur à U bienveillance.

l'âme heureuse ? Le mot, annulé par le bonheur, ne s'interposant plus entre l'amour et son objet, l'âme obéit à sa pente naturelle; car elle est faite pour aimer comme l'oiseau pour voler. Elle a retrouvé sa nature perdue, sa condition première; elle se satisfait en se tournant avec ardeur vers les œuvres de dévouement; elle y porte tout ce qu'elle a de forces; elle éveille, au profit de l'amour, tout ce qu'elle a de personnel et d'intime; l'individualité secoue, comme un linceul, l'enveloppe des idées et des sentiments d'emprunt, elle renaît dans sa primitive fraîcheur, et les vraies formes de Tètre se dessinent avec énergie. Ce bonheur, dans son principe, n'a rien coûté au bonheur d'autrui, et, dans ses effets, il s'applique tout entier au bonheur d'autrui.

C'est ce bonheur moral que l'Évangile a nommé le salut, la vie éternelle, salut qui se goûte dès ce monde, vie éternelle qui commence dans le temps. L'éternité ne doit que continuer et consommer ce bonheur qui réside essentiellement dans un sentiment de l'âme. Et ceux-là s'en font une idée bien imparfaite et bien grossière, qui ne savent y voir que le vulgaire bonheur à son plus haut période et dans sa plus vaste plénitude. L'exemption de peines matérielles et la possession de biens de la même nature sont indiquées en perspective, mais ne constituent pas essentiellement le salut. Ceux qui enferment la joie et la paix chrétiennes dans je ne sais quel sentiment de sûreté personnelle, de compte

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réglé, de dette soldée, ceux qui, toujours collés à la lettre, ne s'abandonnent jamais à l'esprit, n'ont point une juste idée de la félicité évangélique, et pour leur compte ne la connaissent pas. Leur bonheur ou leur illusion ne saurait avoir pour eux les effets que nous avons décrits. Leur être n'en est pas rafraîchi, renouvelé. Les ailes ne repoussent pas au vieil aigle. L'individualité ne perce pas, vive et verdoyante, à travers les couches de la poussière sociale. Et l'espèce de dévouement logique, de charité légale, qu'on peut remarquer en eux, res* semble, à s'y méprendre, aux fruits de l'égoïsme et du calcuL La généreuse joie du bonheur chrétien, joie toute morale, a d'autres caractères et d'autres effets.

C'est ce. bonheur moral de l'âme réconciliée avec la source de la loi, de la lumière et de l'amour, qu'il faut employer pour la réforme de la société. C'est là V institution qui peut modifier les âmes et rectifier les volontés. Il est vrai que c'est sur l'individu qu'elle agit; elle ne gagne l'humanité qu'homme à homme; elle n'enveloppe point immédiatement les masses; il faut même ajouter qu'on ne l'a jamais vue exercer toute son énergie sur la majorité d'un peuple; le petit nombre seulement s'est montré avide d'un aliment si convenable et si salutaire à tous; mais cette saveur est tellement puissante qu'elle se communiquerait à tout un océan. Le Dieu des chrétiens est un Dieu tout à la fois si réel et si aimable, si facile à trouver et si doux à connaître,

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tellement présent dans toutes les parties du monde et dans tous les recoins de la vie, un Dieu dont la seule pensée commande la confiance avec tant d'empire ; enfin sa manifestation en Jésus-Christ Ta révélé à chacun de nous si proche et si tendre, que, même pour les croyants moins sérieux et moins fervents, il est encore ce qu'il n'a été pour aucun théosophe de l'antiquité, le bon Dieu et notre Père dans le ciel. A mesure que cette idée est plus fortement conçue et plus vivement sentie, elle ouvre et elle attendrit le cœur ; elle y fait pénétrer la bienveillance et la mansuétude; elle dispose l'âme à la miséricorde et au support; elle crée dans chaque âme un intérêt humain ; elle fonde la sociabilité sur une base morale et sincère. Les croyances chrétiennes sont seules capables de dilater les cœurs, d'intéresser l'homme à l'homme, en tant qu'homme, de réaliser la fraternité universelle. En leur promettant ces effets, nous avons pour nous leur nature même et l'expérience : tout cœur chrétien a aimé l'humanité; tout homme qui ne Ta pas aimée n'était pas chrétien ; ces deux vérités sont à l'abri de toute atteinte.

11 ne doit pas échapper aux observateurs attentifs que la doctrine la plus féconde en avantages sociaux est en même temps la plus douce individuellement, et, si l'on ose s'exprimer ainsi, la plus commode. La rigueur, l'austérité, l'exagération sont de l'autre côté. C'est l'humanitarisme qui est dur à l'individu, c'est le christianisme qui lui est indulgent. L'un dépouille l'individualité pour revêtir

sans l'œuvre d'une réforme sociale. 133

l'humanité, et n'y parvient pas; l'autre, dans l'intérêt de tous, s'occupe de chacun avec amour, le rassure, le protège, 1 enrichit, et fonde le bonheur général sur la multiplication des félicités individuelles. Il ne traîne pas l'homme en victime à Tautel du Moloch humanitaire, il ne l'immole pas à Fintérêt transcendant d'un être abstrait, d'une idée sans contact avec son cœur; il n'en exige pas l'impossible; il lui demande son cœur et ne le lui arrache pas; il lui paye magnifiquement ce qu'il en obtient; il lui fait de ses sacrifices mêmes la meilleure partie de son salaire; il l'enrichit de ses pertes, et dans la douceur d'aimer le récompense d'avoir aimé. Cette magnifique solution d'un insoluble problème, cette transformation d'une dualité funeste en une bienfaisante et merveilleuse unité, est le chef-d'œuvre de l'Évangile, son triomphe, son incommunicable privilège ; rien ne peut lui ravir cette gloire, non pas même l'universelle méconnaissance; cette gloire éclaterait dans la vanité de nos efforts pour fonder ce que lui seul peut fonder ; elle se ménagerait son réveil dans notre confusion finale; et, au jour de toute révélation, chacun de ses rayons deviendrait une foudre pour accabler notre aveuglement et notre ingratitude.

Vf.

(A l'occasion des Mélanges philosophiques de M. Jouffroy.)

Deux des morceaux les plus remarquables de ce recueil sont ceux qui ont pour titre commun : De l'État actuel de l'humanité. Le premier seulement nous était connu. Lorsqu'il parut dans le Globe, en 1826, nous nous rappelons qu'il porta vivement notre curiosité vers le second article qu'il faisait attendre, et qui ne parut point. L'auteur s'était attaché, dans la première partie de son travail, à montrer l'extrême probabilité, ou plutôt la nécessité philosophique, du triomphe de la civilisation chrétienne, laquelle devait, selon lui, absorber successivement dans son sein tous les autres systèmes de civilisation. Remontant d'abord à la cause de la différence qui sépare les peuples civilisés des peuples sauvages, M. Jouffroy l'avait trouvée dans le différent degré de précision qu'a obtenu chez ces peuples respectifs la solution de la question religieuse. Ainsi, sur son passage, l'auteur indiquait du doigt une grande vérité, qui ne fut remarquée peut-

être que d'un petit nombre de ses lecteurs : c'est que l'homme est un animal religieux ; c'est qu'il est invinciblement forcé de subordonner toute question à la question religieuse ; c est que, d'après son instinct, toutes choses ne sont bonnes ou mauvaises, utiles ou nuisibles, que selon leur conformité ou leur opposition à la loi qui place dans le temps les conditions de l'éternité;- c'est que la société ne peut se rassembler avec sécurité et avec espérance qu'autour d'une parole de Dieu ; c'est que la loi ne peut être que la volonté de Dieu appliquée au fait social ; c'est, même, que la société, ainsi que l'individu, a été créée pour accomplir à sa manière et avec les moyens qui lui sont propres le service de Dieu. Il est aisé de comprendre, d'après cela, que plus la solution du problème religieux sera précise, dit l'auteur (et nous disons, nous, plus elle sera vraie), plus la société se trouvera en harmonie avec les desseins de Dieu, dont l'accomplissement constitue l'ordre et la beauté en toutes choses, et le bonheur dans le monde sensible et intelligent. Aux différents degrés de vérité religieuse doivent correspondre avec exactitude les différents degrés de civilisation, depuis l'état absolument sauvage, qui n'est que le terme infime d'une gradation continue, jusqu'au plus grand perfectionnement social qui soit connu. La comparaison des peuples civilisés entre eux présentera des résultats parfaitement analogues. La vérité relative du système religieux déterminera la supériorité du système social, tout comme à son tour la supério-

rite du système social et son aptitude à s'étendre, sa puissance conquérante, témoigneront pour la vérité des doctrines religieuses sur lesquelles il repose. Or, l'auteur, après avoir établi que ce les mis- « sionnaires ne peuvent agir sur les peuples déjà « civilisés que par la supériorité de vérité du sys- « tème chrétien, que la supériorité de vérité est aussi « une supériorité de force, et donne la supériorité « d'attraction, » après avoir annoncé qu'il <c cherce cherait, par l'histoire et l'examen, lequel de ces « systèmes est le plus vrai, » n'a cependant point entrepris de prouver, autrement que par les résultats, la supériorité de vérité qu'il attribue au christianisme. Son second article, fort beau d'ailleurs, et qui ne nous aurait nullement déçu si notre attente n'eût été tournée ailleurs, offre le développement de tout autres idées. Déçu! mais pourquoi déçu? Nous ne l'avons pas été. En étudiant avec quelque soin ce second article, nous y avons trouvé, sinon le résultat que nous cherchions, du moins des données qui le supposent ou qui le nécessitent. Nous allons nous expliquer.

Après avoir comparé les peuples sauvages avec les peuples civilisés, puis les nations civilisées entre elles, il finit par se placer au centre de la civilisation chrétienne, et trace un parallèle entre les trois peuples européens qui sont à ses yeux les représentants des diverses formes et les dépositaires des différentes forces de cette civilisation. Il fait voir ce que le système qu'ils représentent en commun ga-

gnerait à leur union toujours plus intime; il rend sensible ce que chacun y gagnerait lui-même, et achève par prouver que, pour travailler vraiment dans l'intérêt d'une nation, il faut enfin travailler dans le sens de l'humanité; car, en vertu de la plus admirable des lois, et dans la plus grande sphère comme dans la plus bornée, l'intérêt de tous est identique à l'intérêt de chacun.

Nous ne pouvons nous empêcher de remarquer, à cette occasion, que la maxime inverse est à la base des systèmes qui tendent aujourd'hui à prédominer. On parait avoir admis en fait que l'intérêt de chacun est identique et concordant avec l'intérêt de tous, et que le premier conduit au second comme le second au premier. En sens abstrait, cela est vrai, et Ton peut, sans inconvénient, renverser les termes de la proposition. S'il y a en effet identité (et comment en douter, à moins de renier Dieu, d'introniser le hasard et de nier l'évidence?), s'il y a identité, il doit être indifférent, toujours en sens abstrait, de commencer par l'un ou par l'autre bout. Mais ce n'est pas en sens abstrait que l'individu travaille, c'est en sens concret, c'est-à-dire dans le sens d'une individualité donnée, qui est la sienne, et qui se compose d'un instinct de justice et de sympathie d'une part, et de passions qui le contrarient puisqu'elles ne sont que les différentes formes d'un égoïsme avide, envahisseur et dévorant. Dès lors, l'identité ne peut plus exister, la concordance est rompue ; et l'on peut parfaitement concevoir que si

un seul égoïsme trouble Tordre, mille égoïsmes, en conflit, non-seulement avec la société, mais entre eux, le troubleront bien davantage, et que, bien loin que de leur développement combiné résulte le bien social, c'est le mal social qui doit en ressortir. Or, le mal social ne peut qu'être, en définitive, le mal des individus; en sorte que, par une répercussion inévitable, la misère de la société retombe sur chacun de ses auteurs.

Mais une nation ne peut pas plus qu'un individu se servir de règle à elle-même. Une nation est un individu, passionné, égoïste, injuste, qui, en prenant son intérêt pour seule règle, compromet les intérêts de l'humanité et les siens. Raison qui doit faire monter des nations à l'humanité comme des individus aux nations; car la tâche nous est donnée de monter toujours jusqu'à ce que nous ayons trouvé un intérêt qui ne puisse pas devenir égoïsme, parce qu'il sera le résumé et la source de tous les intérêts. Cet intérêt ne peut être que celui de l'humanité. Or, on peut entendre par humanité deux choses : la masse des hommes qui peuplent notre planète, et l'ensemble des attributs qui constituent la qualité d'homme. Dans le premier sens, la loi providentielle trouve déjà son application, puisque les faits prouvent que le mal d'une nation ne peut faire le bien des autres, ni son bien leur mal. Mais ces faits ne conduisent qu'à une réalisation très-imparfaite de la loi, soit parce que la conséquence pratique qu'on en peut tirer est négative et se résout

en des ménagements réciproques, soit parce que l'humanité, dans ce premier sens, est hors de la portée des individus et même des nations. C'est donc dans le second sens que Y humanité peut servir de but à nos efforts ; nous sommes appelés à cultiver, chacun dans notre sphère, les intérêts de l'élément humain, et à nous élever du patriotisme à l'humanisme. Mais qu'est-ce que l'élément humain, et par suite, qu'est-ce que l'humanisme ? Y a-t-il même un élément humain? Quand vous avez détaché de la notion de l'homme celles de fils, de père, d'époux, de citoyen, de particulier, d'homme public, que reste-t-il pour la pure notion d'homme? une substance indifférente, la matière première et neutre de toutes nos relations, une simple similitude de facultés et d'organes, qui n'est pas muette, je l'avoue, qui arrachait jadis à un peuple que sa nationalité avait rendu féroce un cri d'enthousiasme à l'ouïe de ce beau vers : Homo sum et nihil humant a me alienum pulo, mais qui n'empêcha pas ce peuple, qui n'en empêchera aucun, de faire de son existence même un blasphème continuel contre T humanité. Encore une fois, une réalité substantielle manque à la notion d'homme. Tous les attributs particuliers que l'homme peut revêtir dans la vie supposent un rapport; l'homme seul, comme homme, n'en a point, et la notion d'humanité s'échappe de nos mains à peine nous croyons l'avoir saisie. S'il n'y a donc rien en quoi elle puisse, en quelque sorte, se substantifier , ne retenez pas l'homme suspendu

dans le vide, et laissez-le retomber vers les relations diverses que nous venons de nommer, au risque de lui voir faire de chacune de ces relations la base d'un égoïsme. Il nous faut renoncer à trouver dans ridée d'humanité ce dernier échelon d'où une relation devait dominer toutes les autres en les embrassant, cette unité où tous les intérêts échelonnés en pyramide devaient devenir à leur sommet un intérêt indivisible. Mais il n'en est pas de même si nous trouvons à l'homme une relation non parallèle, mais supérieure à toutes celles qu'il forme icibas, c'est-à-dire si nous le faisons aboutir à Dieu par les parties les plus élevées de son être. Alors Y homme trouvant un rapport trouve une réalité; alors la notion pure d'homme a une substance ; alors l'homme, en tant qu'homme, est quelque chose; alors il y a un intérêt humain, lequel est déterminé par la relation de l'homme avec Dieu; alors nous avons trouvé un centre pour tous les intérêts, un sommet à la pyramide des relations humaines, le point d'où doit sourdre et s'épancher toute la vie sociale. Il était impossible de nous sentir obligés absolument envers l'humanité, être abstrait, de qui nous ne recevons rien. Mais nous sommes obligés d'une manière absolue envers Dieu, qui est notre principe et notre tin. Là notre égoïsme expire; là nous cessons de nous appartenir ; là nous sommes à la disposition de Dieu et de tous les objets qu'il indique à notre dévouement. L'intérêt éternel, l'intérêt de Dieu, si je puis m exprimer ainsi, est seul assez

large pour que tous les intérêts y puissent tenir à Taise. Tout ce qui est juste trouve place dans le service de Dieu, car tout ce qui est juste est Dieu même; l'égoïsme seul, individuel ou national, n'y peut trouver place, parce que l'égoïsme est contradictoire à l'abandon sans réserve que nous devons à Dieu. Aucun intérêt ne peut être cultivé au préjudice d'un autre, parce que Dieu, qui est le bien de tous, ne peut renfermer en lui le mal d'aucun. Dieu est donc le principe social par excellence, que nous cherchions en montant toujours.

Mais Tidée seule de Dieu, idée exposée chez l'homme à tant d'altérations, ne suffit pas à nous dévouer à lui. Il faut que Dieu lui-même se produise authentiquement à nos yeux, et avec un caractère propre à nous inspirer le dévouement.

Cest à ce dernier trait que M. Jouffroy reconnaîtra la supériorité de vérité qu'il a pressentie dans le christianisme; il trouvera même plus qu'il ne cherchait : auctius et melius. Car, sous le point de vue moral et social, et d'après les données qu'il a loi-même posées, il reconnaîtra que le christianisme a la vérité absolue. Si la religion, pour être sociale, doit enseigner et inspirer le dévouement, quelle religion ira plus loin que le christianisme, qui, pour apprendre à l'homme à se dévouer à Dieu, a d'abord dévoué Dieu à l'homme? Je le demande à l'auteur : en partant des bases qu'il a choisies, n'est-il pas entraîné à reconnaître le christianisme vrai? Quelle autre doctrine religieuse a jamais été sociale

à ce point? Quelle autre doctrine le sera jamais davantage? En concevez -vous une qui nous puisse montrer quelque chose de plus que Dieu en croix?

C'est de cette manière peut-être que M. Jouffiroy se serait démontré la vérité absolue du christianisme, s'il se fût livré à l'examen que nous faisait espérer son premier article ; et, nous le répétons, nous ne concevons pas qu'il eût pu, du point de départ fixé par lui-même, arriver logiquement à un autre terme* Quant à nous, les considérations de son second article sur la vraie théorie sociale, qui place la société au centre et l'individu à la circonférence, nous ont rendu inévitable la solution chrétienne. De quelque point que Ton parte, pourvu qu'on procède de bonne foi, il faut qu'on termine à la grande synthèse évangélique.

Pris en lui-même, le second article de M. Jouffiroy est une belle et noble composition, féconde en conséquences. Nous sommes remonté, tout à l'heure, au principe qui domine la théorie de Fauteur, qui l'explique et qui la justifie; changeons de route maintenant, et, oubliant à quelles hauteurs cette théorie se rattache , étudions seulement à quelles conséquences elle conduit.

A la manière de Copernic, Fauteur a rejeté l'individu du centre où il n'éclairait, ne dirigeait et ne faisait rien, vers la circonférence où il doit graviter. L'humanité maintenant occupe le centre ; l'humanité, dis-je, représentée dans chaque contrée par une société particulière, qui doit être servie comme

humanité. Les divisions en familles et en nations ne représentent qu'une grande division de travail, dans un esprit et dans un but sublimes. S'il en est ainsi, bien des changements vont survenir; car qui servait doit commander , et qui commandait va servir. La société n'est plus l'instrument de l'individu , mais F individu l'instrument de la société. La société n existe plus pour l'homme, mais l'homme poubelle. Mais tout ceci, dira-t-on, est-il nouveau? Et n'est-ce pas ce que nous avons déjà mille fois entendu ? Nous répondons : Cela s'est dit quelquefois à contre-sens, par exemple dans les républiques anciennes, où l'individu, associant son égoïsme avec quelques milliers d'autres, transportant son moi dans le moi national, attachait la meilleure partie de son bonheur et de son amour-propre aux triomphes souvent injustes de l'association dont il faisait partie ; le patriotisme de Rome et d'Athènes n'était guère qu'un marché où l'âme donnait sa part de bonheur individuel contre sa part de la gloire et de la prospérité nationales. Cela s'est dit, dans la plupart des cas, sans dévouement, lorsque les sacrifices n'étaient demandés que comme une bonification équitable des services rendus par la société, comme un impôt moral sans lequel cette société ne pourrait pas subvenir aux dépenses publiques. Cela se dit encore de nos jours avec très-peu d'intelligence, lorsque les masses sont invitées à se dévouer au nom d'ellesmêmes, c'est-à-dire au nom de rien, sans principe d'amour, sans aucun rapport qu'à elles-mêmes, s'é-

lançant toujours sans s'élever jamais. Le christianisme seul a bien compris ce qu'il disait lorsqu'il a commandé le dévouement ; seul il connaît le dévouement pur, d'abord parce qu'un tel dévouement est dogmatiquement à sa base, et ensuite parce que, donnant une pleine assurance du bonheur, et, dans cette assurance, le bonheur même, livrant la récompense avant le dévouement, le salaire avant le travail, il met Tâme en position de se dévouer sans condition, sans espérance et sans garantie, et fait du dévouement la récompense du dévouement, du sacrifice une partie du bonheur.

La doctrine de M. Jouffroy, qui fait de l'humanité le but des nations et des individus, est donc nouvelle, prise en dehors des inspirations chrétiennes; et lorsqu'il se plaint qu'elle ne serve pas de base à la politique et de boussole aux hommes d'État, il se plaint, à vrai dire, que les hommes d'État ne soient pas chrétiens. C'est quand les gouvernements seront chrétiens qu'on les verra travailler dans la direction des intérêts généraux de l'humanité. Et parvint-on même à les convaincre par des faits que l'intérêt de leurs communautés les engage à travailler ainsi, il ne serait pas plus en leur pouvoir de le faire qu'il n'est au pouvoir d'un individu égoïste de régler toute sa conduite sur l'intérêt de ses semblables, quand on lui a montré qu'il finira par en tirer tout le profit. L'amour seul enseigne le dévouement, et je crois les intérêts généraux fort mal garantis par Tes calculs de l'égoïsme individuel.

Chose admirable ! dans cette théorie réalisée, les intérêts particuliers seraient mieux préservés alors qu'on paraîtrait s'en occuper moins. Le bien social comprend tous les biens, l'intérêt humain tous les intérêts. Dans un ordre de choses fondé sur ce principe, il pourrait arriver qu'on parlât de droits assez peu et de devoirs beaucoup, et cependant aucun droit ne serait en souffrance. La liberté y serait cultivée dans l'intérêt social encore, et par principe religieux. La société elle-même la réclamerait, elle ne permettrait à personne d'être esclave; la liberté serait à ses yeux une force et une dignité dont elle ne consentirait à se dépouiller dans aucun de ses membres. Un état social fondé sur le principe du dévouement ne peut se passer de la liberté.

À ridée de liberté se rattacherait alors, chose assez nouvelle! l'idée de paix. Jusqu'à présent il n'en est pas ainsi. La liberté est réduite, dans trop de cas, à n'être qu'un égoïsme qui se défend ou qui attaque. Son caractère tout négatif la met hors d'état de rien créer, de rien lier. N'étant pas amour, elle n'est rien. La jalousie et l'hostilité surabondent dans le mouvement politique qui se passe sous nos yeux, la défiance est le principe avoué des constitutions modernes. Avec ces éléments, que peut-on constituer de solide et de vivant? Ils dissolvent, ils n'unissent pas. Une vraie société ne peut avoir pour base que la confiance, qui est dans la sphère humaine ce que la foi est dans la sphère religieuse. Et il est de toute impossibilité que cette confiance

s'établisse et quelle assouplisse tous les ressorts de la société avant que la société entière ait été plongée dans les eaux d'un nouveau baptême, avant que la société ait rappris le dévouement, avant que la société soit chrétienne. Chacun, à la vue de l'agitation incessante des sociétés modernes, se demande quand elle cessera; chacun voudrait lui assigner un terme; mais personne ne voit distinctement une raison pour que cette agitation finisse. L'inquiétude politique, dans les éléments que lui donne l'incrédulité générale, est « un ver qui ne meurt point et un feu qui « ne s'éteint point; » car quand est-ce que l'égoïsme se repose? Il n'y a d'espérance que dans l'intervention d'une synthèse conciliatrice, pour parler le langage des nouvelles doctrines. Cela est senti; autrement, à quoi bon se mettrait-on, au dix-neuvième siècle et en plein Paris, en quête de nouvelles religions? Il est absurde, sans doute, d'en vouloir faire une; autant vaudrait se faire faire l'aumône avec l'argent qu'on viendrait de tirer de sa propre bourse ; il est absurde, dis-je, d'en vouloir faire une, mais infiniment raisonnable d'en chercher une. Ce symptôme de notre temps a-t-il été assez étudié?

C'est jce qui reste encore de l'ancienne foi qui maintient les sociétés ébranlées. L'impulsion chrétienne s'est perpétuée à travers les doctrines qui la contredisent. L'esprit chrétien apparait encore dans plusieurs œuvres de la philanthropie moderne. Elle perpétue, sans les avouer, les traditions de la charité évangélique. Et, en même temps, appelé à grands

cris par les besoins du monde, le christianisme reparaît partout, jeune et verdoyant, comme la terre après un long hiver. La soif de la boflne nouvelle se fait sentir jusque chez ceux qui no savent pas même qu'il y a une bonne nouvelle. Le christianisme des apôtres et des martyrs, non des philosophes et des beaux esprits, le christianisme tel que Jean Huss le prêchait il y a quatre siècles, et saint Paul il y en a dix-huit, surgit de nouveau des catacombes de l'oubli, et, antique comme il est, parait jeune et frais auprès des vieilleries d'hier et d' avant-hier. Il s'apprête à recevoir dans ses bras, à l'issue d'un combat qui sera long peut-être, la société meurtrie et sanglante. Que deviendrons-nous s'il ne vient pas à notre aide? Tout le monde se joint à la moitié de notre question, car tout le monde sent qu'une aide est nécessaire. Demandez aux philosophes ; ils avouent qu'il faut à tout prix sortir des négations et entrer dans la sphère des vérités affirmatives, les seules fécondes. Mais où sont-elles que dans le christianisme? Nous disons donc, au nom de la société, au Père de notre Seigneur Jésus-Christ : « 0 notre Père « céleste! que ton règne vienne! » Puisse Fauteur des Mélatfges philosophiques le lui demander aussi !

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