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son cachot : elle le marque du doigt, et passe ( 1). Du reste, on a écrit, d'après De Foet un grand nombre de Robinsons, comme on a fait, depuis Là Fontaine, beaucoup de fables de La Fontaine, et saut doute nous n en sommes pas encore à la dernière copie du chef-d'œuvre de De Foe. La plus connue t II plus répandue jusqu'à présent est celle de Campe, vulgairement le Nouveau Robinson (2). On sait qu'on passage de Y Emile en a été le programme, Robinsoat à son entrée dans File, n'a d'autre outil que sel mains. Cette supposition, je dois en convenir, ne rit jamais plu, et .j'en suis encore, sur ce sujet, au préventions de ma première enfance. Tons les enfants, je crois, seront de mon avis, et ne voudront lire, comme moi, que le vieux Robinson, quand une fois ils le connaîtront. 11 se pourrait, après cela, qdt Rousseau et Campe eussent raison contre nous; mais franchement, je ne le crois pas. De ce que notre Robinson est plus amusant, il ne s'ensuit pas qu'il sait moins raisonnable* Campe a voulu montrer ce qn* peut l'homme sans la société, et il a probablement exagéré la puissance de l'individu. Il est douteux que, même dans les conditions naturelles les plus favorables, un homme seul eût pu si longtemps se suffire à lui-même, et je parierais cent fois, les yeux fermés, contre un individu dans cette situation. S'il
vi) Voir, dans les fables d'Arnault, le Colimaçon.
(1) La Suisse française a sa bonne part dans cette multiplication de* La traduction ou l'imitation de Madame de Montolieu a fait, en France, la I tune du RobiHson Suisse, dont la faveur va on atii mentant, et nntis devoê* I Yaudois, M. Wjder, connu par ses éludes sur le» snpmls, un Koàùuon fi (ait, que je regrette de ne pas connaître.
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«'en tirait, ce serait pour avoir auparavant vécu avec des hommes. De Foe n'avait pas le même dessein que le pédagogue de Brunswick. Il voulait montrer le malheur de l'homme privé de la société et de l'appui de ses semblables ; son héros ne se sauverait qu'à grand* peine, et probablement succomberait, si, sous une forme matérielle (instruments, armes, livres même), la société ne lavait suivi dans son désert, et si, séparé des hommes, il Tétait entièrement de leurs œuvres. Abstraction faite des moyens, lequel dfîs deux desseins vaut le mieux, celui de Campe ou celui de De Foe? Le dernier me parait plus philosophique et plus humain, Il vaut mieux nous rattacher à le société, que de nous apprendre à nous en passer, ou, pour mieux dire, de nous persuader que nous pouvons nous passer délie. C'est à la bâte seule qu'il a été donné de se suffire à elle-même. L'homme a été enchaîné à l'homme. Il Ta été par ses besoins, pour qu'il le fut ensuite par la charité. On fait bien de lui montrer qu'il ne lui eBt pas bon d'être seul, et qu'un isolement absolu lui est funeste dans tous les Betts. Si Robinson subsiste dans la solitude, c'est qu'il y apporte quelques-unes des connaissances, et rndme quelques-unes des ressources de la civilisation. S'il no s'y dégrade pas, c'est que la voix divine, sous là forme de la parole humaine ou d'un livre, retentit encore jusqu'à lui. Cela n'empêche pas que son isolement absolu et son déntiment relatif ne fassent un énergique appel à dés force? qu'il possède* mais qu'il ignorait, et dont, au sein de la société, il n'eût
pas été contraint de faire usage. C'est là la pensée de Rousseau et de Campe ; pensée utile, mais à condition de n'être pas la seule.
Hélas! il y a peut-être, au sein même de la société, plus de Robinsons qu'on ne croit ! Je convie» que, pour les plus malheureux d'entre eux, il vaot encore mieux vivre dans le monde qu'au désert. Nous nous rendons les uns aux autres des services involontaires, et la société nous porte tous, à peu près comme la mer porte les navires, — qu'elle engloutit quelquefois. Néanmoins, pour un grand nombre de ceux que par habitude on continue d'appeler membres du corps social, il y a bien de l'isolement, et la société, pour eux, ressemble trop au désert. Il importe que la société, sous les auspices d'une charité éclairée, devienne de plus en plus une force vive et spontanée, et que les plus malheureux puissent enfin sentir qu'ils lui appartiennent en effet comme des membres appartiennent à un corps. Nous tendons, ce me semble, à ce dénoûment, et je crois que nous y arriverons. La solidarité de tous à l'égard de tous, cette idée chrétienne, que certaines sectes parodient grossièrement, pénètre peu à peu dans les consciences, et quand la conviction, quand la bonne volonté seront là, les moyens pourront-ils manquer toujours ? Tous les progrès sont lents, je l'avoue, et nous ne verrons pas tout ce que verront nos neveux; mais enfin Robinson peut déjà voir blanchir à l'horizon les voiles du navire qui vient le tirer de son désert. Robinson, mon frère, homme de labeur, sans
loisir, sans liberté, presque sans relation sociale, que ne puis-je, des yeux de ma chair, voir le navire jeter l'ancre, et toi-même y monter avec joie pour retourner au sein de la société, n'emportant avec toi que quelques lambeaux de ton exil, pour te souvenir des temps où tu étais solitaire !