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FRAGMENTS INÉDITS ET PENSÉES

Arrivés an grand siècle, nous n'avons pas rembarras dé chercher entre les différentes branches de Fart oratoire Tordre le plus convenable. Une seule, durant toute cette période, arrête nos regards : c'est celle de l'enseignement évangélique, ou, pour nous en tenir au terme usuel, celle du discours de la chaire.

Comme l'éloquence politique subit nécessairement dans ses formes l'influence de la constitution du pays, et l'éloquence judiciaire celle des lois et des formes légales, l'éloquence de la chaire est profondément modifiée par la nature et l'état de la religion à laquelle elle sert <T organe. Son propre caractère s'explique par celui de cette religion même, et s'en laisse plus ou moins déduire.

Il est donc naturel que nous nous demandions, non-seulement quelle religion était à la base de

cette grande éloquence de la chaire sous Louis XIV, mais aussi quelle était la condition, l'état de cette religion.

Cette religiôtl était le catholicisme gallican, plus pur, moins énervé, moins vague que le catholicisme purement romain; mais enfin c'était le catholicisme: la religion des symboles, de Yopus operatum et dn prêtre ; la religion qui proscrit l'examen ou le réduit à la question de l'autorité ; la religion qui absorbe l'individu dans la masse; une seconde édition du judaïsme avec des interpolations chrétiennes, ou, si Ton veut, un christianisme tout pénétré d'intentions judaïques; mais une religion qui, vivant de traditions, les recueille toutes, se compose dfe toutes, hérite de tbus les Siècles, et s'enrifchit à SA surfcé dé mille Couleurs et de mille reflets ; mriiiis dialectique, moins analytique c^ie le prbtestart tistné ; plus intérieure plutôt que plus légale* et cultivaHt la morale avec le niêmé soin que le protestantisme met à approfondir le dogme; du reste, s> m parant de \à majesté des siècle^ se parant du titre d'universelle, et ma ih tendnt 6a supt-éihatie et son droit d'atdessë en présence de tous lofe schismes et de toute* les défections.

Ses luttes avec le protestantisme $ et le progrès général de toutes les étiidesj le progrès inertie du goût et des mœuta} l'avaient relevée en elle-mènie et dans l'opinion publique. De graiids et de feaints personnages l'avaient honorée datis le satiettaflirë et dbni le mtinde*

miM»T VvM **u8H stJR «testas*. 551

Petlt-êtfè av&it-fellé eti France, eû rferiiôhtant ah delà des déu* siècles ptéfeédéflts * dé plus belles traditions, un plus noble héritage à cbhsëhfcr que partout ailleurs. S'il faut aU* Frâhçaië tin toi sérieux (c'eét Mohtesquifeb cjtlt Y à dit) 4 il leur fabt aussi Un dieu sérieux : la religiob chëfc eux peut devëhir farbuche* chlelle, difficilement frivole et rdtnane&fUé. Aillent elle est restée plue populaire; eb Franbe elle tendait à la gravité. Et priti, datis ce dix-septième siècle* le siècle deé bienséance, la religion mit-aitelle manqué de bienséance P

Elle avait, de plus, un caractère hationâl. Fille aînée de l'Église, la France a voulu être catholique à sa manière, ou pbur son côinpte* Jalouse de fea souvéraiilèté* elle Fh défendue avec persévérance Sur le seul point 06 elle était menacée. La magistrature, les corps en&ighahtè ée sont faits les vivants boulevards de son indépendance religieuse; Rome à trouvé dans les parlements et dans l'université un uhmuable obstacle â ses usurpations.

Uni à l'État d'une manière plus intime qu'ailleurs, le clergé brait vu constamment ses grands dignitaire^ à là tète des affaires publiques, et ce fait avait ebnsacré à la fois et affermi l'union dé l'État avec une Église véritablement et franchement natiôbale.

ta religion était deve&tie Une des bienséances de la vie, dans cette région surtout de là société où les bienséances sont M loi suprême. La religion, au dix septième siècle, marquait d'un éclat solennel les vies les plus illustres et les plus agitées. Plusieurs, après

avoir vécu loin d'elle, voulaient du moins mourir dans son sein. Ce dernier hommage était de rigueur, et plus ou moins il était sincère.

Chez le grand nombre, d'ailleurs, cette religion était peu éclairée, peu réfléchie, trop indépendante de la morale, trop séparée de la vie. La piété si peu personnelle de Louis XIV, qui, recevant à la fin de sa carrière des conseils vraiment sérieux, s'écriait avec surprise : « Voilà des choses qu'on ne m'a « jamais dites, » nous représente assez la piété des hommes les plus réguliers en religion, pour ne pas dire les plus dévots.

Mais après tout, et à prendre les choses en général, elle était crue. Si elle ne l'avait pas été, l'hypocrisie n'eût pas eu si beau jeu. Ses triomphes, il est vrai, furent si scandaleux, et l'on mit si imprudemment l'intérêt temporel du côté de la dévotion, qu'on prépara contre elle une réaction terrible; mais cela n'empêche pas que le siècle de Louis XIV n'ait été, en général, une époque de foi, de croyance du moins.

De tous ces traits réunis on peut se former une image de la religion du dix-septième siècle, et conclure, jusqu'à un certain point, le caractère de la prédication à cette même époque.

Il me semble, du moins, qu'on peut déjà comprendre que la prédication ait pris d'emblée une place dans la littérature, qu'elle soit devenue un genre littéraire. Le prédicateur, dans les conditions que nous venons d'énumérer, n'a pas seulement un

troupeau, mais un public ; il a même plutôt un public qu'un troupeau ; or un public, du moins à une époque de haute culture, imprime naturellement le caractère littéraire aux productions qui lui sont destinées.

On peut, dès à présent, comprendre aussi que La Bruyère ait pu alors écrire ces mots remarquables : « Le discours chrétien est devenu un spectacle. « Cette tristesse évangélique qui en est l'âme ne s'y < remarque plus : elle est suppléée par les avance tages de la mine, par les inflexions de la voix, c par la régularité du geste, par le choix des mots c et par les longues é numérations. On n'écoute plus « sérieusemeat la parole sainte ; c'est une sorte c d' amusement entre mille autres : c'est un jeu où a il y a de l'émulation et des parieurs (1). »

Il y a peut-être ici de l'exagération satirique ; je connais trop peu le commun des prédicateurs du siècle de Louis XIV pour être en état d'en juger. Mais quelque excellents que fussent les modèles, si on les analyse avec soin, on verra qu'une imitation vulgaire de leur forme pouvait se résoudre en une prédication du genre de celle dont La Bruyère fait la satire. Et si vous prenez dans les maîtres de la chaire, à cette époque, ce qui les élève réellement au-dessus de leurs contemporains et de leurs successeurs, les beautés réelles, solides, il ne faut pas oublier qu'à plusieurs époques les grands écrivains, les grands artistes, n'ont pas été supérieurs seule-

(i) La Biiinrtas. Le* Caractère*. De la Chaire.

irieht, lûbii bppoSfé aux artistes dé Secdhd ôhife, ëi cjtte le cattctèr ë dé létitt pfodUctibhS Hë hbtt» itidicjné point à tarif) sûf cjuël était, dans le thêihe tëtoj*, lé goût doiilirlëtlt et géhëral.

Ce que nous pouvons dire, c'est que Bo&tlët représenté en blëtl, da&s sa prédicbtibii, l'état ftjligléux et ecblPiiàstiqtio de l'épdqtib à lMl)ttéUë il ti^pa^Herit. Il eti e*pHitté, libtt là réalité, fftaié l'iflBftl. La réligioii de Bdn paya fcé persottfaifle eu ltii ëdtfe béë thiits lea plus imposante. Il lui est assorti Comme les vieilles babiliqueô) comme les vaatfes cathédrales, ebmme l'orgue ahx mille voi*j cdminfe les prtfebssidns infinies, domine le son de l'airaiii feâcrë qui chante au-dessus de* nuages et dahs 1ê ttel même. Atec Bofôdet de moiM, le Catholicisme Officiel db dix-septième siècle manquerait ti'iitl réfeûmê vivailt et ne se laisserait pas efobfa&ér d'Un regard. D'autres prédicateurs, à la même epdquë, oht été hautement, sévèrement catholiques : Ëossdét est le catholicisme mèttie. D'autres en Oftt fait rë§sdrtif otl la philosophie, ou la morale, ou la logique ihtittie, Oïl la poésie. Totit cela, mêlé, assorti* propcrtlbnUé, c'est Bossuët hrlêtue.

(Test que Bossuet u'a pais été* comme beaucoup d'autres, uniijueineht prédicateur et directeur de consciences \ il était, au plu* haut degré, hotome

d'Église, homme d'état de l'Église» le champion et la tête du gallicanisme, l'interprète du catholicisme auprès du pouvoir, l'arbitre des différends dogmatiques, le représentant le plus complet de la science

HlÀBïWrt fi'uît* Mubfe stm SbSsthe*. S95

feàthbliquë, tiîl hdihnië ddiit le regard èbfaithe littflUëhéë S'étëhdâlt fiu lbih et dans des dirëctitittë trèsdiffBrëhteS. ToUt data* ttoh pdS fbHhëlletheht, ftiaifc substantiellement, Si l'dti peut ainài {JaHer, iribhtait dans là chaire avec liii. Sa prédtfcitioh he à'én fefcftetltait par aUdUUe diBjttiNite * pat aucUUë diàfcbftlàiite j elle était purement prédicàtiori } tuais elle eh avait JD lié sdis qudi d'ample et dé vaste, bu la Candeur, mto^seulënient de l'hdhlmé, fodis dé sdti rôle, Se faisait sentih

Ce que je ftens, avant tmit, dans la prédication de Bb*8uet, c'est le prêtre, et le prêtre cdhvàihcd. il

parle, non de loin, maib de haut, dëS riiaFchë& d'Uti trôhej qui n'est pas le Si6ge de Rdtaé, tbaife le ttàne taême de Dieu. Il a lé sentiment de SëS potiVdiHi, et le* déploie largement. Il est ai-dëht, mais cbltttë ; aussi son ardeur n'ôte rien à son autorité. t\ fl^ à point d'éloquence sans autorité ; et nul ti'ëfcêfce de l'autorité- sur les autres; nul he peut lêUi- parler êfl inaitre* s'il né paraît d'abord maître de lui. Of; à iolr la sérénité constante deBos&uetf qui peut ddUtëi* qu'il he le soit pleinement ?

Ce n'est pas que l'éloqhenbe passionnée ne Sbit aussi de rëloqUencej pourvu que cette passion laisse ah* facftiltés contemplatives et désihtéfresséëS tdUtë lent* puissance j et pburvu que la convictidn, le respect de l'idée paraisse comme une flanime vite au milieu des tburbillbns de brôlahte fuhiée qu'élève l'incendie de là passion. Ce Sont deux éloquences. Ce sont aussi deux éloquehces qiië et lie de l'hbmme

qui n'est arrivé à la conviction qu'à travers le défilé du doute, et celle de l'orateur qui n'a pas subi cette initiation douloureuse. Il est certain que l'orateur ou l'écrivain dont la vocation est le résultat d'une crise violente, d'une redoutable péripétie, et qui, pour ainsi parler, a été baptisé dans son propre sang, s'il est éloquent, ne le sera pas à la manière du génie heureux qui n'a jamais hésité, jamais douté, jamais cherché peut-être. Tous deux sont éloquents, et peut-être également éloquents ; mais l'éloquence, comme la pensée, du premier sera plus profonde, plus acérée; celle du second, plus majestueuse, plus grave et plus entraînante.

Enfin il y a deux éloquences, dans Tune desquelles domine la sympathie, l'amour, la joie, et dont l'autre, chagrine et douloureuse, est tout imbibée de fiel.

L'éloquence de Bossuet ne pouvait porter les cicatrices du doute, ni de la passion, ni de la souffrance. Il n'avait rencontré, sur le chemin de Canaan, ni embûches ni ennemis, et n'y arrivait point meurtri et sanglant. Son éloquence n'est point, si Ton peut s'exprimer ainsi, celle du vide qui cherche à se remplir, mais de la plénitude qui se répand. Elle est impérative plutôt qu'impérieuse, royale plutôt qu'héroïque; elle maîtrise sans effort, et par cela même que tout effort lui est étranger. Même lorsqu'elle argumente et qu'elle prouve, elle ne descend point vers l'auditeur, mais l'élève jusqu'à elle.

L'éloquence brûlante de J.-J. Rousseau a été

trempée dans les eaux stygiennes ; celle de Bossuet ruisselle, comme la tête d'Aaron , de l'huile du sanctuaire. Tous deux sont convaincus, puisque tous deux sont éloquents ; mais la vocation de Fauteur d Emile a été décidée par une secousse violente, et signalée par un transport mêlé d'effroi, par un tumulte de tous les éléments de son être, affluant de toutes parts à un appel puissant et inattendu, et se portant avec impétuosité vers un point unique, pour y allumer l'étoile de sa destinée et le phare de sa vie. Le soleil de Bossuet se lève à l'horizon le plus pur, ^épanouit son étincelante lumière dans un ciel limpide, qu'il envahit librement, et ne perd ni ne brise dans une seule nuée un seul de ses rayons. Ici la paix active et laborieuse, là les orages fécondants.

Bossuet est un génie affirmatif et synthétique, analogue par là même à la communion religieuse dans laquelle il était né. Il avait, si Ton peut s'exprimer ainsi, du catholicisme dans le génie ; car le catholicisme affirme plus qu'il ne prouve, et préfère la synthèse à l'analyse. Or, l'évèque Bossuet voit surtout les rapports et la liaison des choses, il voit les objets dans leur totalité, et part du fait pour le développer, plutôt qu'il ne retourne au fait pour l'expliquer.

Un génie affirmatif et synthétique est aisément un génie admiralif. 11 faut qu'on nous permette ce mot. Il faudrait l'inventer pour Bossuet. Nous n'entendons pas par là qu'il admire à tout propos, mais

q\('\\ porto en §oi le besoin d'admirer, et qu'il tend vers l'admirable, La grandeur réelle et intrinsèque qui est en Pieu ue retient pas toute son admiration; il en a pour la grandeur réfléchi^ qui est dans Ibomwôi et môme pour les symboles de la grandeur, Il a est frappé que du gfand côté dep choses; il n'a même jamais vu que celui-là. La place qui, che? d'autres, est occupée par la passion, ept remplis chez lui par l'enthousiasme. Cette disposition, portée à un certain degré, fait dériver l'éloquence vers la poésie; on a dit, avec plus ou moins de raison, que Racine est plus orateur que poète ; o* pourrait dire que plusieurs des beautés qu'on admire comme oratoires chez Bossuet, appartiennent plutôt à la poésie qu'à l'éloquence, et oette poésie est du lyrisme.

Ce besoin d'admirer que nous signalons chez Bossuet peut faire pressentir le caractère dominant et la principale beauté de son style. Sans doute il en a bien d'autres ; il a la naïveté, la grâce, la sensibilité ; il atteint sans effort au pathétique le pins pénétrant; mais avant tout, et ^ travers tout, il est grand, il est sublime. C'est le spectacle et la pensée de la grandeur, qui, vue en action, prend le non de puissance, qui attirent son imagination, Je dis à dessein son imagination; si je disais son esprit, sans doute je dirais vrai ; mais tout , même dans le monde intellectuel, devient spectacle peur Bessuet, comme tout dans son style fait tableau. Pascal et tiû&suet opt (le la grandeur ; majs l'un par l% pen-

FH6M£diT tfvw 4fU|» SUR IKtëSIUiT, 689

sée, loutre tout à la fois par la pensé» et par l^age. Ajoutons que Pascal, sans le secours de l'image, est aussi grand que Bossuetaveo l'image; il en est aussi plus réel, plus prochain , plus saisissant : lorsqu'on émeut sans sortir du langage propre, pn dqit éipouYoir davantage. La poésie est une diptflncç toute plein? de charme; mais o'est une

distance.

La marphe compassée de la logique avait peu de convenance avec cet esprit non-seulement vaste et ccfljpréUep&if, non-seulement ardent et rapide, mais intuitif, si l'on peut dire ainsi, et tout plein d'illnjpinations soudaines, qui semble s être caractérisé lui-même lorsqu'il a dit du grand Coudé : a Gomme * une aigle qu'on voit toujours, soit qu'elle vole aq « mijieu des airs, soit quelle se pose sur le haut de « quelque rocher, porter de tous côtés des regards « P^çants, et tomber si sûrement sur s? proie « qu an ne peut éviter ses ongles non plus que ses « ïf*Mx i aussi v& étaient les regards, aussi vite et « impétueuse était l'attaque, .aussi fortes et inévi- <l ^nt>les étaient les mains du prince de Coudé (1). » Ce qu'on a appelé la propagation des idées ne me frappe nulle part autant que chez Bossuet. Le mouvement ne l'enflamme pas seulement» mais le féconde et l'agrandit; il a des entraînements, des éUua ^prévus, auxquels il résiste à peine ; en traitant son sujet, il le crée, et pour ainsi dire il le découvre \ i\ m§rçhe, comme son lecteur, de surprises

{{) (&m#& fi^èàre d$ louis de Bourbon, princ< de Condé*

en surprises ; d'une cime il pose le pied sur l'autre, sans descendre dans la vallée. Sa dialectique (car il est dialecticien) est grande et rapide comme sa pensée ; elle franchit des intermédiaires, et ne tient compte que des sommités. C'est dire assez qu'il laisse à d'autres le travail de la loupe dans le détail des analyses morales ; et pourtant il est fin et délicat autant qu'on peut l'être, il est plein de nuances; mais l'étude des nuances n'est pas son objet.

Il y a tant de synthèse et presque de divination dans le génie de Bossuet, que nous étonnerons quelques personnes en affirmant que, de tous les grands prédicateurs de son temps et de sa communion, il est le plus philosophe. Je ne parle point de la philosophie des écoles, quoiqu'il eût, comme on s'y croyait obligé, fait élection d'un système ou d'un symbole. Je parle d'une philosophie naturelle, d'une forme philosophique de son esprit, du besoin de remonter au principe intérieur des choses, et de trouver dans la nature d'un objet sa loi, et dans la nature d'une doctrine l'argument de sa vérité. La nature philosophique de l'esprit de Bossuet se montre dans son habileté à définir et à expliquer. Je ne pense pas que l'art des définitions vives et lumineuses ait jamais été porté plus loin. Tout n'appartient pas ici au talent de l'écrivain ; le penseur, l'esprit vraiment philosophique, y réclame une part et la meilleure. Il faut encore dire une chose qui n'a pas été assez dite, dont plusieurs même ne se doutent pas : ce génie impétueux, cet orateur dont la parole a des

ailes, et des ailes enflammées, excelle à enseigner, est un modèle dans la discussion, et ne triomphe pas plus dans l'éloquence oratoire que dans cette éloquence didactique où triomphe, entre tous, le génie français.

Quant à l'ordonnance et à la contexture de ses discours, Bossuet sans doute accorda aux conventions, à l'autorité du type consacré, plus qu'un aussi grand esprit ne semblait devoir accorder à des règles arbitraires. Cette contrainte devait porter moins de préjudice à tout autre qu'à ce génie indépendant et impétueux. Dans ses oraisons funèbres, où il est plus entièrement lui-même, sous ces rapports du moins, on reconnaît que la continuité de pensée et de mouvement était la forme naturelle et comme la loi de son éloquence. Ses plans n'y présentent point ces parties parallèles entre elles qui font revenir plusieurs fois de suite au même point de départ, mais une ligne sur laquelle l'orateur s'avance à grands pas, si du moins le progrès de sa pensée ne ressemble pas plutôt à un vol dans l'espace qu'à une marche sur le terrain. Il faut ajouter que cette ligne unique offre, çà et là, de légères sinuosités, et jusqu'à des replis; l'orateur, attiré par le voisinage d'idées heureuses, ou ramené vers un sujet de prédilection, fléchit doucement vers la droite ou vers la gauche, et souvent, après avoir, de deux coups d'aile, franchi un grand espace, s'attarde avec bonheur dans des cieux plus aimés. Ces développements accidentels ne sont pas tou-

362 FiHWflffiNT p'uîJF étude sur «QSfipw.

jpurs çelpn les Ipis d'une prppprtifift P^pctp, et pe U'pst pas tpujourp pu i( pAt feUu s'arrêter que Bosquet s'afrètp ; m^s à l'ordinaire, quç ces écarts pp pps détours ont de gi#Gp pt de vérité, et lajsspnt loin derrière eux le mérite d'une infle^blp pt ffpidp régul^té J Exemple jlapgpFeu* tputefpjp! Il est des grâpes qui, hpFp de tour JÎPU* devjpuneat des ditfpf mit^3 ; il es| 4PS be^ut^s dqpt i| fsifit »atef4irp nwtetlQB : P8 n'esj; qu'au génie 3 imiter les h^r^psse^ du génie ; o^is le génie n'imite pas.

Q|ie le, (ictère P^eR^iql de j'éloque^çe, qHf le uiouyeiueqt pe WPqw pas q cejle de Boseuet, pe que nous YPUons dç dirp le fait ps^ez pqpiprptylrp. Le mouvpjnpqt, pfopz lui, pfdjppirement rapide, pPHt se i*|et}fjr, iflpis ne s^rête jflp^s. pi, il r> pps seulement pe mpuyeumut continu, dpflt i$ peut tenir lieu le retour fréquent des mPUvemepts les plus vjfs qy même des sppbresquts les plu* brusques : il fy p)us qu'aucun fiutfe orateur, \ç doq de? mouvements naïfs, gr^cjeux qu subites ♦ Çe (F^d fleuve a mille patyractps (|). Tp| autrq QFateW «P le§ multiplierait pfis impuqément; et cest ipi ppcqrp que la ressemblanep est permis^ pt rimitaftpn périlleuse.

(.a vjvp e( prpmpte concentration des éléments \\e Tidép, uqe cpnpision Ijpllaute et s*m» dureté, UUP manier largp et hardie 3 toujours simple ?t

(t) Un seul discours de Bossuet tulBriit 4 défrayer tout le chapitre des Bava oratoirç* dans un cours de rhétorique. La forme de l'exposition ou de t'affirma lioo simple ne peut jamais le retenir longtemps : le drame est toujours foot prés de sa pensée : « Avez-vous un secret important? Versez-le hardiment daas « ce noble eœur ; rotre affaire détient la sienne par la confiance* * '

Fragment d'uûie étude sue fiQSsp^T- $63

naturelle, sont des traits si caractéristiques de l'éloquence de Bossuet, que pp serait jeter un voile sur cette grande individualité littéraire que de les omettre ou de les effacer, Bossuet, probablement, n'avait pas lu le poërae du Dante, à qui pettp grande manière de dire est habituelle ; mais il avait lu Homère et la Bible, qui, s'ils ne la lui avaient pas donnée (car cela ne se donne pas) l'avaient sûrement préservé d'en contracter une autre, dont les exemples ne manquaient pas. Elle lui est si naturelle qu'il s étonne lorsque, du premier coup, il ne renpoptre pas une forme que les plus exercés

dans l'art d'écrire ne rencontrent que de loin en

loin* <t Je dis beaucoup de paroles, dit-il quelque « part, parce que je ne suis pas encore au fond f que je pherche. » Ce fond, à Y ordinaire, il ne le cherche guère j sans détours, saps délai, il y tombe

du niel, pomme l'aigle sur sa proie; et c'est par là

enepre que son éloquence se distingue de celle de h'h Rousseau, remarquable en revanche par l'obstination et la force ayep laquelle il pénètre jusqu'au roc yif j* travers bien des couches suceps-

«Vp8f

Le pharme puissant de BQSSupt? c'est de tout

animer t Les plus froides abstractions, les êtres purement logiques, les pures formes de la pensée, tout vit dans sa merveilleuse diction. Telle est lu plénitude et la continuité de la vie dans son langage, qu'il nous fait songer à ces mains divines dont il nqv*s parle quelque part, à ces iuajns « pu tçut est

a action, où tout est vie ; rien ne s'affaiblit, ni ne « se relâche, ni ne se ralentit jamais (1). » C'est dans les morceaux essentiellement didactiques qu'il est surtout admirable à cet égard. L'aphorisme philosophique , la formule théologique , rameaux secs et morts sur d'autres arbres, poussent, chez Bossuet, des jets de verdure et de fleurs. Il veut vous expliquer le dogme de la persévérance finale. L'orateur va-t-il se retirer pour laisser parler le docteur? Ne le croyez pas; le docteur et l'orateur sont un en Bossuet, ou plutôt Bossuet est tout docteur et tout orateur. Jugez-en par ce passage :

« Tant que nous sommes détenus dans cette dece meure mortelle, nous vivons assujettis aux chance gements, parce que, si vous me permettez de « parler ainsi, c'est la loi du pays que nous habite tons ; et nous ne possédons aucun bien, même « dans l'ordre de la grâce, que nous ne puissions a perdre un moment après, par la mutabilité natu- « relie de nos désirs. Mais aussitôt qu'on cesse « pour nous de compter les heures, et de mesurer « notre vie par les jours et par les années, sortis « des figures qui passent et des ombres qui dispa- <r raissent, nous arrivons au règne de la vérité, ou ce nous sommes affranchis de la loi des changements. « Ainsi notre âme n'est plus en péril ; nos résoluce tions ne vacillent plus; la mort, ou plutôt la « grâce de la persévérance finale, a la force de les

(i) Oraison funèbre d'Anne de Gonzague, de Clèves, prtnctsse palatin t.

ce fixer; et de même que le testament de Jésusce Christ, par lequel il se donne à nous, est confie firme à jamais, suivant le droit des testaments et ce la doctrine de F Apôtre, par la mort de ce divin ce testateur, ainsi la mort du fidèle fait que ce ce bienheureux testament, par lequel de notre côté ce nous nous donnons au Sauveur, devient irrévoce cable (1). »

Veut-il nous faire comprendre ce que c'est que la vérité? Encore ici l'orateur va prêter sa voix au docteur :

ce Mais qu'est-ce, direz-vous, que la vérité? Quelle « image nous en donnez- vous? Sous quelle forme a parait-elle aux hommes? Mortels grossiers et charce nels, nous entendons tout corporel lement ; nous ce voulons toujours des images et des formes maté ce rielles. Ne pourrai-je aujourd'hui éveiller ces yeux ce spirituels et intérieurs, qui sont cachés bien avant ce au fond de votre âme ; les détourner un moment ce de ces images vagues et changeantes que les sens ce impriment, et les accoutumer à porter la vue de ce la vérité toute pure ? Tentons, essayons, voyons, ce Je vous demande pour cela, Messieurs, que vous ce soyez seulement attentifs à ce que vous faites, et « que vous pensiez à l'action qui nous rassemble ce dans ce lieu sacré. Je vous prêche la vérité, et « vous l'écoutez; et celle que je vous propose en ce particulier, c'est que celui-là est heureux qui ce n'est point sujet à l'erreur, et qui ne se trompe

(i) Ormaon funèbre de Henriette d'Angleterre,

560 FÀAGfl&IT D'tJNti ÊTtlDfe SUR riotttJÉf .

« jamais. Cette Vérité est sûre et incontestable : elle « n'a pas besoin de déibonstràtidb, et votls en voyei <ic révidetièë. Mate, Messieurs* ôtt la Voyëz-vouà ? Ce a peut être dabfc rtiés paroles : ntlilétitent, be le « croyez pas. Car ôti là vois-je nidl-même? Sans « doute dans unevltimière intérieure qui me le dé- <c éoUVre, et c'est là aussi que vtttte là voye*. Je tous «prie, suivez- moi, Messieurs, et sbyeÊ ùh peu ce attentifs à Tétât ptéfcerit où votls êtes. Car, comme fc si je vous môbtfre du doigt quelque tableau oti <c quelque ornement de cette chapelle toyale, « j'adtessë votfre vue, biais je be vous dôrihe pas m la clarté, ni je be puis vous inspirer le sentiihebt: « je fais à peii près le blême dabS cette ëHàii-e. <r le vous parle* je Vobs aVëttis, j'ëkcite votre at- « tention ; biais il y a bbe voix séclrète de là Vérité tr qui lue parlé ibtéHëurelbebt, et là ttièrtie vous fc parle aussi : sans quoi toutes blés paroles bë fête ràiebt que battre Tair vaibemeht et étourdit les « oreilles. Selon la feage dispensatiob du ministère (t ecclésiastique * les uns sont prédicateur et les « autres sont auditeurs ;, selon Tordre de dette occc cilltë inspiratibb de là Vérité* tous sObt auditeurs, « tous soilt disciples : fci bieb qu'à ne regarde!- que a T extérieur, je parlé, et vous écobtei j biais aU detc dans, dabs le fobd du cœur, et vobs et bioi écou- <t tobs la vérité qui nobs paHe et qui bobs enseigne. « Je la vois, et vous la voye2; et tous ensemble a nous voyons la même, pbisqbe la vérité est ube; « et la même se découvre encore par toute là terre

FkÀoStefr iï\m étude $tte «dsôfa*. 567

« à WtiS cetix qui ont les yéUx ouverte h 9es lli- « nlièrëô (4). »

Pour en flflit sur ce peint* il est des esprits qui se plaident uniquement dans lef commerce des idées. Il faut des ëtrèé à l'esprit de Bossuet, ott des idées propres à se transformer eh êtres. Un monde d'idées n'est pout1 lili cpi'un désert. C'est pour cela que l'oraison funèbre convenait à son feériie* quoiqu'il sentît peut-êtté qile Ce gente de prédication était un abus de la chatte.

Àuctm orateur n'a répandu dans son style urt aussi grand nombre d'images. La moitié seulenleut de celles qu'il emploie ferait crier, chez uti antre* à la profusion, à la Recherche. On n'a jamais fait ce reprdcjie à Bossue t, tant les siennes sont heureuses et* chaque fais; paraissent nécessaires^ La grandeur y domine, Mais à peitte plus que la grâce. Tantôt, se déployant, Se dilatant; elles forment totit tin tableau, tout tin drame ; ainsi, la générosité dû prinCe de Gondé, terrible à ses ennemis, doux à tout lé featé, est aux yeux de Bossuet « un fleuve majes- 4 ixlëilX et bienfaisant, qui porte paisiblement dans ce les villes l'abondance qu'il a répandue dans les

a campagnes en les arrosant, qtii se donne à tout le

<t monde, et ne s'élève et ne s ehfle que lorsque, ce avec violehce, on s'oppose à la douce pente qui le et porte à continuer son tranquille cours (2)^ » Tantôt l'image est une fleur que, sans ralentir la rapidité

(0 Troisième Sermon pout là ftlê de iou$ M teints.

(2) Oraison funèbre de Lotit de Èdkrbbn, prince dé Condi.

de sa marche, sans presque se baisser, r orateur enlève en courant : c'est ainsi que, représentant la grandeur et la puissance comme de simples moyens d'être utiles, il y voit une fontaine publique qu'on élève pour la répandre ; ou bien, sentant son impuissance à louer dignement le prince de Condé, il s'écrie : « Toute autre louange languit auprès des « grands noms(l). »

Tout le monde a remarqué la familiarité de plusieurs de ces images, familiarité toujours noble, toujours bienséante dans les discours auxquels Bossuet a mis la dernière main. Ce qu'il fallait dire encore, c'est que l'un des secrets de la grandeur du style de Bossuet, c'est cette même familiarité. Une expression familière, appliquée à un très-grand objet, n'en diminue pas, mais tout au contraire en fait mieux mesurer, mieux sentir la grandeur. Ainsi quand Bossuet, insistant sur la mutabilité de toutes choses dan? cette vie, dit que c'est la loi du pays; lorsqu'il appelle la grâce une excellente ouvrière ; lorsqu'il dit que dans cette enceinte funèbre où dorment tant de princes et de rois, il n'y a « que les « tombeaux qui fassent quelque figure (2) ; » lorsque, devant les restes inanimés d'Henriette d'Angleterre, il s'écrie : « La voilà telle que la mort « nous l'a faite ; encore ce reste tel quel va-t-il dis- « paraître : cette ombre de gloire va s'évanouir, et « nous Talions voir dépouillée même de cette triste

(0 OraUon funèbre de Louis de Bourbon, prince de Condé, (2) Orauon funèbre de Henriette dl Angleterre.

« décoration (1). » Les dimensions de l'objet ou la majesté de ridée grandissent de toute la familiarité de l'expression qui se place brusquement à leur côté.

A la familiarité (ingrédient de la véritable éloquence) se joint chez Bossuet la magnificence ou l'éclat. Il n'y a pas de diction plus constellée que la sienne, plus étincelante; c'est un ciel où les étoiles ne se comptent plus, tant elles sont nombreuses. De chaque phrase jaillit un rayon ou un éclair. Ce qu'il y a d'admirable, c'est qu'on n'est pas ébloui, qu'il n'y a nulle confusion, pas une beauté isolée, pas une beauté perdue. Cette richesse est si bien employée qu'on ne sent nulle part la prodigalité ; ces figures, d'ailleurs, ont beau être magnifiques, elles n'en sont pas moins justes, simples et naturelles ; et le style ne perd rien de sa gravité à ce grand éclat ; chose rare. Cet écrivain si hardi a sa timidité, ses réserves, ses précautions. Il prépare ses hardiesses, et ne hasarde certaines expressions que sous le saufconduit d'un pour ainsi dire, qui nous semblerait bien superflu.

Tel qu'il est, il étonnait quelquefois les contemporains. L'abbé de Langeron lui écrivait : « Je ce trouve, Monseigneur, dans le récit et les notes (du « commentaire sur l'Apocalypse), un style un peu ce trop magnifique : ces deux genres demandent une ce grande simplicité, et vous êtes plein de fentes par « où le sublime échappe de tous côtés. »

(0 Oraiion funèbre de Henriette d'Angleterre,

57(J FRAgMK^T À'tJNË ÉTUDE fctto Ud&iJÉ* ;

AU fait, de n'était pas le stylé dû dix-Séptlètoe siècle } fcë âtyle était plus sobre; Le seizième siècle était plue attïi des figutes. BOësuet ett a gardé cela et quelques autres choses, quoique son style eu gëtléi'al fai son esprit ne soient du seteiëtiie siècle. Notre dlèfcle littéraire doit éprouver tiiié certaine syitipàthie polit ce Style* à quelqtles égards romatttique et oriental.

Il eti fdUt louer eftcoré r admirable clarté, la clarté toute fràUÇaistë. Et puis aUSSi 14 variété, la liberté des fbttilès. J'y vois l'effet d'Uiie inspiration soutenue et âdtts Cesse renouvelée^ d'une vie puissante: Rieit de stéréotype, aucune forme adhérente â Boh ëfeprit. Ebfln On ne peut Se dispenser de dire quelque chbse du nombre (1)*:..

(i) A partir d'ici, le manuscrit original, tout entier de la main de M. Vfnet, mili iahs retouchés, tfétaht destine* (jii'aii discdùri parlé, né comprend plu que de simples notes, non liées entre elles.

(Fragment du cours sur la philosophie pratique du christianisme.)

Là recherche qui V& nous occuper doit nécessairement être précédée d'une exposition abrégée de là doctrine bhrétietltle où d'un réslimé de l'Évangile. Pbur justifier ce premier travail, je ne dirai pas que je tie veux poitit laisser subsister entre Vous et ttlôi l'ombre d'un irtriientëhdu ; Ca* je suis persuadé cjue odhS notas ehtettdotts feiif le Sehs immédiat de l'Évangile. Je dirai seulement qu'il convient de mettre le principe en regard des conséquences je dirai aussi qu'il est utile de réduire le christianisme à Ses grands traite, d'en marquer fortement leS grandes lignes au commencement d'Utt travail bomme le nôtre * ptiisqtie c'est évidemment par ces grands traits, par

ces grandes lignes que le christianisme domine et

modifié la vie humaine. Ce n'est pas d'iin choix arbitraire, ni môme d'un choix cju'il s'agit; résumer

n'est pris choisir * c'est rassembler^ c'est Concentrer, d'est ramasser sur Un point toute UUë doctrine. Là Vivante et rapide synthèse de la foi le fait aUSSi à sk

manière, essentiellement sommaire; mais dans la foi, c'est Tâme qui résume, et son habileté en ce genre laisse loin derrière elle tous les efforts de la pensée. Ici, nous faisons une œuvre de pensée, où la foi, sans contredit, peut nous aider, mais qui n'en reste pas moins profondément distincte de la sienne. Puissions-nous lui rendre ce qu'elle nous aura prêté! Puisse le travail de l'esprit favoriser chez plusieurs ce travail de l'âme, au terme duquel est la foi, si du moins la foi n'est pas ce travail lui-même !

Mais, Messieurs, soyons-en bien avertis : résumer n'est pas abréger. Ce n'est pas seulement user de moins de paroles, c'est employer d'autres paroles, et qui dit d'autres paroles dit d'autres pensées. Ce seul mot condamnerait mon dessein, si ces autres pensées étaient quelque chose de plus que d'autres formes des pensées que l'Évangile expose. C'est tout ce que je puis prétendre ; mais aussi je ne prétends rien de moins. On n'a jamais résumé à une autre condition. Résumer, c'est trouver un nom commun à plusieurs choses unies, mais diverses, dont chacune a son nom particulier. Qu'on y prenne garde : l'Évangile lui-même renferme plusieurs résumés de TÉvangile. Qui m'empêchera de dire que cette parole de saint Jean : Dieu est amour , résume l'Évangile? Qui est-ce qui ne l'a pas dit? Qui est-ce qui ne le croit pas? C'est parce que chacun des mots pareils à celui-ci résume trop en quelque sorte pour être l'unique résumé de l'Évangile, c'est pour cela que l'Évangile en offre plusieurs, qui sont

comme autant de purs diamants où toute la lumière du ciel se réfléchit, mais sous des angles différents. C'est encore pour cela qu'un seul de ces résumés, tout divins qu'ils sont, ne suffit pas à mon but. Dieu est amour est un mot qui peut subjuguer l'âme ; c'est encore un mot qui peut ouvrir à l'esprit une carrière lumineuse dans une direction nouvelle pour lui; il peut être le principe générateur, le germe d'un résumé plus ample, tel que celui que nous avons en vue ; mais, encore une fois, c'est autre chose ; ces trois mots sublimes sont beaucoup plus et beaucoup moins que nous ne voulons dire ; beaucoup plus, car ils sont divins, beaucoup moins, car notre tâche est de dire tout ce qu'ils contiennent. L'Évangile sans doute l'a dit, et grâce à la sagesse de Dieu, il ne Ta pas dit sous une forme résumée. Il l'a dit sous la forme la plus propre à son but ; mêlant, sans préméditation apparente, le récit, l'exhortation et le raisonnement, incorporant tour à tour le dogme avec la morale et la morale avec le dogme, et l'un et l'autre avec l'histoire, personnifiant chacune de ses idées en quelque personne particulière, comme il s'est personnifié tout entier dans son auteur, déconcertant à chaque pas l'esprit de système, rompant sa voie à tout coup par le caractère d'un langage dont la précision sublime n'a rien de commun avec l'exactitude méticuleuse des formulaires, pourvoyant, en un mot, par toutes sortes de moyens à ce qu'on fût obligé de recourir à l'ensemble de l'Évangile, et non à quelques-uns de ses

pasgagps, ni {pépie, à tous pris séparément* VW* avoir nne vraie connaissant de l'Évangile pt pour en posséder te Y^i sens.

Cette, forme, si heureusement dpnnép à l'Évangile, n'exclut, pi comme inutile pi comme dangerpusp, cel|e qqp t\q\l$ entreprenons de lui dpuper. \\ fant bien ûnaleirçpnt qpe i'tfvangile sp réppipe flans lp cœur, (laus l'esprit ipème ; et je pe sache aucun l)Qmmq sérjpux pn q^j pe travail np se fasse. Mais n'attpndez pas ici un formulaire 4e la doptrine chrétienne ; car jp ne prétends ni abréger ni codifier V $vangile ; j^ y^{ ^t, je vepx le résumer, c'pstà-dirp pn rainpnpr tout lp poqtppu à un petit floipbre d'idées; ces idées pe p'y trouvent peut-être pas p^plipitepient épopcées, fnai§ Plies y spRt impliquées, et c'est, tout ce qu'il faut. 11 y a plus d'une façon dp dire ppe p^pse; la faire penser, faire qu'op se la disp, c'est ppp autre ujanipre de la dire; et au fond? qu'op y prenne garde, ce qu'on appelle une idée n est pent-ôtro qu'unp p*pressipn intérieure df la vérité; la \ùr\\è est pln§ substantielle ; elle pst dans la pagure et dans le rapport des phosas ; lTidée vient après et par-dessus, et l'expression op (a parole vient par-dessns l'idée. En cherchant dQUc les idées prjnpipalos de l'évangile, nous cherchons les noms des réalités op des faits que l'évangile rassemble; nous essayons de définir l'Évangile, Le définir, ce n'est pas le changer, ce u est pas 1 ipvepter, ce nest pas pqn plus l'idéaliser; par Tidéalispie, en religion, pousse à nier 1p§ faits et à rpmplaper la

£XJ»QSITIOrç ABW&6ÉE DE U DOPTft|lf|E CPftéTlEW£. 875

succession historique des événements par la supcessiqn logique des notions, et ppus u'avpns rien de pareil en yuo.

Mais d'une autre part, il fem(; que nqus tâçhipns, San* quitter |p terrain des faits, sans abdiquer )e sens prochain de la révélation, dp nous élever à le plus grande généralité d'idées et dexpressipnp- Qp pourrait m obtenir le simnlapre d une manière négative, en supprimant ou amortissant» dans chaenn dps symbole entre lesquels Y Église chrétienne est

partagée, les saillies par on elles se heurtent on se blpssept réciproquement; nous n'emploierons pas cette méthode, on peut bien y QQWpter; uqus navops 1'espérapce ni le désir de réunir toutes les sectes dan* uu symbole qui pourrait bien, en définative, être celui du déisme* Notre; symbole ne réunira autour de \n\ que de* chrétiens; si chacun p?y trouve pas (listinpfeinpnt toute sa dogmatique, çhacnn dans ce symbole ep reconnaîtra les bases; chacun se sentira, au seps éyangélique dn mot, le frèrp 4e celui qui pourra signer le même symbple ; bref, si un résumé était un fqfmulaire, le nôtre pourrait être celui de l'église universelle*

Qr, voici, à ce point de vue, pomment l'Évangile ou le christianisme se r^ume dans PQtre pensée.

\m christianisme n'est pas d' abord ni essentiellement un système sur l'univers, we sprte de cosmologie, une explicatipn ^n monde \ il se réduit à moins qne cela ; il ee réduit à l'homme, et, dan?

l'homme, à l'esprit, c'est-à-dire à la partie de notre nature par laquelle nous percevons les choses éternelles. 11 parle de choses plus générales sans doute, mais parce que son objet, que nous venons d'exprimer, l'y oblige ; et de même que Moïse, dans la Genèse, s'acquitte en un verset de la création universelle , en quelques autres du séjour de l'homme, et dès ce moment ne parle plus que de l'homme, le christianisme se hâte vers l'homme, qui, considéré par rapport à Dieu, est son véritable, son unique objet. Attendu que tout se tient dans un monde dont la pensée est une, et attendu que du centre on domine tout, le christianisme, science des choses humaines, science des choses divines, devient, en un sens, la science du monde. Il oriente l'esprit humain; il lui fournit de vastes données; il dirige, il élance, il limite son regard; il est, en toutes choses, le point de vue de la vérité; mais il fait tout cela en passant, chemin faisant ; tout part de l'homme et tout y revient.

Nous ne voulons pas dire que tout ce qu'il nous montre autour de ce point central soit indifférent, ni que le christianisme apprenne à n'avoir d'intérêt que pour lui-même. Loin de là, l'Évangile nous fait entendre qu'au rétablissement de l'ordre moral est attaché comme une dépendance nécessaire Tordre universel du monde; il fait de ce triomphe universel de l'ordre, de cette harmonie et de cette unité universelles, ou, en d'autres termes, de la gloire de Dieu, une des espérances de l'homme, une de

ses joies, un des éléments de sa félicité. Il y a une œuvre immense, que l'Évangile fait entrevoir et pressentir; mais l'homme n'en est pas moins le propre sujet du christianisme.

Le christianisme est une religion positive. Mais ici, nous sommes forcés par la nature des choses de mêler deux sujets qui, au premier coup d'œil, paraissent tout à fait distincts : je veux dire la nature ou l'espèce de cette religion, et la condition de l'homme. On ne peut pas les traiter séparément. Le christianisme n'est une religion positive , ou plutôt il n'y a une religion positive, que parce que l'homme est déchu. La religion naturelle est celle de l'homme normal, ou, si vous aimez mieux que je renverse les termes, la religion de l'homme normal est une religion naturelle. Cétait celle d'Adam avant qu'il fût tombé. Nous appelons peut-être surnaturelle l'intimité de ses communications avec Dieu ; mais c'est par un abus de mots et par une erreur d'optique. La plaine parait un sommet pour qui la voit du fond de l'abîme; la nature parait surnaturelle pour qui est au-dessous de la nature, c'est-à-dire, littéralement, au-dessous de l'état où les choses sont nées. Faut-il s'en étonner, puisque, entre hommes pécheurs, l'homme animal ne comprend pas l'homme spirituel ou régénéré, dont la situation cependant est moins mystérieuse que celle

de l'homme innocent ? L'état d'Adam nous est mvs-

térieux, quoique naturel ; où en serions-nous pourtant si nous appelions surnaturel tout ce qui est

578 EXPOSITION ABtô0& P£ LA pOGTJfflre QHHiTflWï*.

mystérieux? Seulement il ne faut pas confondre naturel avec rationnel ; ce que nous appelons communément religion naturelle, c'çst religion rationnelle qu'il faudrait rappeler; c'est la religion de la raison ; la religion d'Adam était celle de la nature. On pourrait môme, sans trop de rigueur, demander si c'était une religion, si l'état, quel qu'il fût, ou se trouvait Adam, ses rapports avec Dieu, quels qu'ils fussent, peuvent convenablement (abstraction faite de l'étymologie) prendre le nom de religion. \]n mçt est nécessaire pour nommer cet état, et ce mot nous manque ; mais ce n'est peutêtre pas une raison pour dire qu'Adam avait une religion. Mais s'il en avait une, c était un sentiment si vif de Dieu, une si pleine possession de ce grand Être, un commerce si facile avec lui dans l'intérieur, une telle unité de sa voix avec la voix de la conscience humaine, que le sentiment qu'Adam avait de son existence n'était peut-être pas plus fort, plus irrésistible, que la conscience qu'il avait de Dieu. Avoir ce sentiment, c'est posséder Pieu; et ce qu'on appelle perdre Dieu n'est autre chose que la perte de ce sentiment» Adam dut le perdre dès qu'il eut donné accès au péché dans son cœur ; car péoher, quelle qu'en fût la forme, c'était rompre avec Dieu, c'était dédoubler son existence. Jusqu'alors tout s'était traité en commun entre Dieu et l'homme, tout d'une voix et tout d'un cœur, si Ton peut s'exprimer ainsi; et même on concevrait à peine que jusqu'alors l'homme eût pu dire wof, si Dieu, ep

bxhwtuw abjlégjU de la doctbito ch&étoww, 579

quelque sorte, ne l'y eût provoqué, en lui disant toi. De ce moment prit fin la religion naturelle et commença la religion positive, Dieu, qui avait parlé dans l'homme, parlant dès lors à l'homme, à qui, remarquons-le bien, la voix extérieure de Dieu, c'est-à-dire distincte ou séparée de sa propre voix, causa autant de frayeur que la voix de Dieu dans l'intérieur lui avait été douce et familière. La religion positive, où Dieu prend l'initiative, commença lorsque, au vent du jour, Adam et la femme entendirent la voix de Dieu qui se promenait dans le jardin, ou, pour parler plus exactement, puisque la religion est un fait caractérisé par la réciprocité, c est alors que furent jetées les bases de la religion positive, c'est-à-dire que Dieu manifesta son dessein de rentrer dans le cœur de 1 homme.

A ce mot de religion positive, on associe, on' rattache celui de révélation, qui fait naître l'idée d'un enseignement de Dieu aux hommes, à qui il découvre ou dévoile des choses qu'ils n'eussent pu connaître sans lui. Cette définition est admissible, pourvu qu'on ajoute qu'avant tout Dieu se révèle lui-même, et que c'çst essentiellement dans ce sens que l'Évangile est une révélation. Dieu se révèle ; et non pas en nous disant, mais en nous montrant ce qu'il est. Et ici encore deux questions se mêlent nécessairement : celle de la révélation et celle de l'état moral de l'homme qui ne possède plus son Dieu dans l'intérieur.

Il dort, il est mort, disent les écrivains sacrés ; il

n'y a rien sans doute à rabattre de ces expressions, mais il faut les entendre. L'homme qui, par un libre choix, a rompu avec Dieu, ne peut, ni en droit, ni en fait, rétablir l'ancienne alliance. Je ne veux pas dire seulement que, dans l'inévitable progrès et la multiplication du mal, il s'écarte tellement qu'il ne saurait revenir de si loin. La même impossibilité existe au début, en droit comme en fait. En droit, la paix ne peut pas dépendre de l'homme; en fait, il ne l'obtient pas. Les efforts inouïs, désespérés, qu'à toutes les époques et sous tous les cieux, il a tentés pour l'obtenir, n'ont eu d'autre résultat que de mieux éclairer son impuissance. Dieu dans le cœur est la seule paix, et Tunique sceau du pardon. Or, après tous ces efforts, tous ces sacrifices, l'homme ne trouve point Dieu dans son cœur, c'est-à-dire qu'il n'a point de gage de son salut, car c'est en cela essentiellement que le salut consiste ; et ce qu'on appelle communément l'assurance du salut, au lieu de l'appeler plus convenablement le sentiment ou la conscience du salut, n'est autre chose que Dieu dans le cœur, puisque, d'une part, avec Dieu on a le ciel dans le cœur, et que, d'une autre part, il est impossible, lorsqu'on n'a pas Dieu dans le cœur, d'avoir une véritable assurance du salut, je dis alors même qu'on aurait réussi à se persuader qu'on a, par son propre fait et par celui de Dieu, des titres irrécusables à la possession de l'héritage céleste. Cette communion de volonté et d'esprit entre Dieu

et l'homme, l'homme ne peut donc, en aucune façon, en prendre l'initiative; l'initiative en appartient à Dieu; il faut, sans cela, qu'éternellement le fruit reste où il est tombé.

Mais si l'initiative n'appartient point à Y homme, et si dans ce sens il est mort, comment s'effectuera l'œuvre qui rendra Dieu à son cœur, et son cœur à Dieu? Il est clair, d'abord, que ne venant pas de l'homme, il faudra qu'elle vienne de Dieu. 11 n'est pas moins clair, ce me semble, que cette révolution intérieure et fondamentale devra être un fait moral, conforme en ceci à la nature de l'être en qui elle doit avoir lieu ; or, quel qu'en fût le résultat, elle ne serait pas un fait moral, elle serait un fait ou un acte magique, s'il y avait solution de continuité entre l'homme ancien et l' homme nouveau, et que, par conséquent, entre l'un et l'autre il n'y eût pas identité. Le nouvel homme dont parle l'Évangile n'est pas une nouvelle personne ; c'est la continuation de l'ancienne dans des conditions toutes nouvelles. Sa vie ne se divise pas en deux parts, séparées l'une de l'autre par un coup de foudre. Il faut tout rapporter et lui-même le premier rapportera tout à la liberté divine dans cette œuvre de réhabilitation ; mais toujours cette œuvre doit-elle être considérée comme une œuvre morale, où toutes les facultés qui font de l'homme un être moral trouvent leur emploi. Cela suppose deux choses : d'abord, que ces facultés existent, et secondement, que, dans leur état actuel, elles peuvent concourir à ce grand résultat; et

puisque ce qui caractérise les facultés morales et l'être moral , c'est la liberté, il en faut conclure c|tae, dans cette œuvre, la liberté divine emploie la liberté humaine. Ceci, d'ailleurs, ne préjuge aucune des questions qui peuvent s'élever sur la distribution de la grâce et sur les décrets. Nous disons seulement que là où s est opérée la restauration, ce n'a été que dans la condition dont nous venons de parler, savoir Phomme apparaissant comme moyen dans une œuvre dont l'homme est le but.

Il nous reste un pas à faire. Nous aurions fait, en faveur de la nature morale de l'homme et en faveur de la nature morale du fait de la réhabilitation, une réserve tout à fait illusoire, si nous n'avions pas entendu que, dans un certain moment, unique, si l'on veut, et indivisible, l'homme a tendu vers Dieu moralement, c cst-à-dire librement, vers Dieu comme Dieu ; je dis l'homme tel que Dieu Ta trouvé un moment avant ce moment, l'homme non tel que le péché Va fait, mais tel que le péché Ta laissé. Ceci, Messieurs, n'implique rien de plus en lui que le besoin de Dieu : quelque chose de plus, ce serait Dieu mémo, et dans ce cas l'œuvre de réintégration n'est plus à faire, elle est faite; quelque chose de moins, cette œuvre est impossible. Pour déterminer bien la situation de l'homme, une image pourra me servir. Voilà un combustible qui ne s'enflammera jamais, et qui ne donnera, par conséquent, ni chaleur, ni lumière, pendant toute la durée des siècles, si une .étincelle ne vient éveiller les principes in-

«ttOâttlOlf AÉtt&ÔÉË 1)E U i>OCtftftfB CHftÊttËffifë. SÔ3

flammaMes qtie cette masse renferme. Voilà des voiles ouvertes et déployées qui retombent le long des mâts et fatiguent de leur poids un esquif immobile, jusqu'à ce qu'un souffle de l'air, en les enflant, emporte au loin le navire. Voilà un palmier qui mourra sans avoir fructifié, à moins que d un autre palmier, différemment doué, un invisible pollen ne vienne féconder ses fleurs infructueuses. Ainsi en est-il de l'âme de l'homme naturel ; elle n'engendre pas spontanément; elle conçoit seulement, mais elle est capable de concevoir.

C'est ici que se rejoignent et se touchent, ainsi que nous l'avons dit, deux sujets qui semblaient pouvoir êtrd traités successivement : la révélation, et la condition de l'homme naturel, ou né de la chair. La révélation, par où j'entends une nouvelle manifestation de Dieu, est l'étincelle pour ce combustible, lé vent pour ce navire, le pollen pour ce palmier. Mais Cette nouvelle manifestation de Dieu, nous l'appellerions volontiers la manifestation d'un Dieu nouveau, si nous ne craignions de faire entendre que Dieu puisse être inégal à lui-même, ou qu'il puisse y avoir en lui quelque variation ou quelque ombre de changement. Nous n'oserions pas non plus affirmer que la connaissance qu'avait de Dieu le premier homme en son état d'innocence ne fût pas aussi complète qu'elle pouvait l'être ; mais toujours est-il que Dieu tenait en réserve une manifestation de lui-même à laquelle l'homme innocent ne pouvait penser, ni l'homme déchu n'eût osé s'at-

tendre. C'est cette manifestation qui devait changer le cœur de l'homme.

Les théologiens l'ont appelée Ylncarnaliom^ d'après cette parole de saint Jean qui déclare que la Parole fut faite chair. Loin de nous de voir sous un seul aspect une vérité qui en a peut-être autant que le soleil. Loin de nous surtout de philosopher orgueilleusement sur un dogme sous le poids duquel toutes les philosophies ploient et s'abîment. Loin de nous.de vouloir, sous l'apparence d'une explication de cette grande œuvre, faire à l'Être souverainement libre une nécessité de la marche qu'il a suivie. Plutôt que de profaner un si grand sujet par les témérités de notre pensée, nous dirions mille fois, le front baissé dans la poussière : « Oui, mon Père, cela est ainsi, parce que vous « lavez trouvé bon (1). » « Disons, s'écriait Bossuet, « disons pour toute raison dans tous les mystères : ce Dieu a tant aimé le monde ! » Mais pourtant qu'il nous soit permis de le dire : 11 est impossible que le dessein de nous sauver ne fût pas un dans l'esprit de Dieu avec celui de nous régénérer ; et une fois admis que Dieu avait formé à l'égard de l'homme ce double et unique dessein, pouvait-il rien faire de plus, pouvait-il même faire autre chose, d'une manière ou d'une autre, que de se donner lui-même ? Ce qu'il y a de sûr, c'est que l'humanité ne conçoit rien de plus, ni ne demande autre chose. C'est l'incarnation qui la jette aux pieds de son Dieu, et qui institue

(i) Luc, X, 21.

parmi les hommes une vie. Dieu, dans l'état primitif, habitait dans notre esprit ; il vient habiter dans notre chair. 11 nous déclare par là de quel prix est à ses yeux l'âme humaine, quel cas il fait de nous, par quel lien étroit nous lui sommes unis ; en même temps qu'à l'espérance, il nous rend au sentiment de notre dignité ; il nous apprend à nous respecter nous-mêmes en vue de lui ; il nous relève de la poussière et de l'opprobre. Le Dieu bienheureux, pour conquérir notre cœur, apprend lui-même à souffrir; il souffre, si Ton ose parler ainsi, dans la personne de son Fils, la vivante empreinte de sa personne et sa substance même. Il abandonne aux misères de notre condition, à toutes les conséquences du péché, celui en qui il n'y a point de péché ; il consent à la mort pour celui qui avait la vie en lui-même ; il permet que sa divinité soit directement, personnellement outragée en celui qui jouissait auprès de lui et en lui de la gloire incommunicable avant que le monde fût fait. Cela est, ou cela n'est pas; c'est tout ce que je puis dire; mais si cela est, il faut se taire et adorer ; et il faut fermer la bouche, à qui? sera-ce seulement à celui qui cherche insolemment si Dieu n'aurait pas pu mieux faire? En vérité, Messieurs, je voudrais me la fermer à moi-même lorsqu'elle s'ouvre pour justifier le conseil de Dieu. Il est, je l'avoue, admirable, de quelque côté qu'on l'envisage; il répond au cri de l'humanité entière, qui, partout et toujours, a demandé un Dieu homme, et, dans son im-

886 exposition a*ê£6£é bt la îxxïtMfflS cfttàMfctatÊ.

puissance de faire descendre Dieu en terre, a pis sur elle de faire l'homme Dieu ; il répond .à l'état de notre cœur ; il satisfait à toutes les exigences de notre nature, à tous les besoins de l'homme et de la société ; mais après tout, l'excellence de ce mystère doit se sentir d'abord et s'expliquer ensuite, et on ne l'expliquerait jamais à qui ne la sentirait pas. Quelle explication, quel point de vue particulier, peut ajouter rien d'essentiel à cette pensée : (c Dieu a tant aimé le monde, qu'il a donné son oc Fils au monde ; » et celui qui la reçoit pieusement, ne croit-il pas tout ce qu'il faut croire? Quels raisonnements peuvent valoir cette parole, peuvent ajouter quelque chose à cette parole : Dieu avec nous, Emmanuel! 0 mon Dieu, si j'ai su, si j'ai dit quelque chose de la parfaite convenance de ton céuvrô avec nos besoins, si j'ai parlé de l'évidence interne de la grande vérité qu* annonce ton Évangile, permets-moi de l'oublier un moment, de savourer un moment dans toute leur simplicité les impressions de la vérité, de ressentir en face de ce grand mystère les émotions d'un enfant, d'avoir au pied de la croix les pensées d'un enfant, de sentir, d'aimer, de bénir, après avoir tant raisonné !

Toutefois, Messieurs, j'aurais tort de ne pas distinguer, dans le fait divin qui nous occupe, deux points de vue, dont chacun revêt d'une sorte de nécessité et d'évidence morale le mystère de l'incarnation. Il y a deux faits en un seul : le pardon

EXPOSITION AÊM&GÉE DÉ U l)OCÏftIXË CHRÉTIENNE. 587

même et sa réalisation. Quant au premier, ou à la volonté de pardonner, on ne dira pas qu'il n'y avait pas matière au pardon; car ce serait dire, en d'autres termes, que le péché est un pur malheur, et que Thomme est irresponsable. On ne dira pas davantage que Dieu ne peut, selon sa nature, ni pardonner ni punir; car ces deux notions, essentielles à toute morale, en disparaîtraient, emportant toute morale avec elles, après qu'elles auraient disparu du système de nos rapports avec Dieu; et Dieu lui-même, déclaré incapable de punir, de pardonner, et par conséquent d'exercer le droit et la compassion, s'évanouirait pour nous dans le vague immense du panthéisme. Car la personnalité de Dieu se compose des mêmes éléments que la nôtre, et je vous prie d'examiner comment vous pourrez la défendre, quand une fois vous aurez retranché cet élément du pardon, sur lequel, depuis l'origine du monde, ou du moins depuis la chute, l'humanité est d'accord. Serait-elle d'accord sur une vaine métaphore? Elle ne pourrait regarder comme des métaphores les idées secondaires qu'on a, en divers lieux et en divers temps, rattachées à cette première idée comme autant de formes ; mais ne craindraitelle pas, en rangeant parmi les métaphores cette grande idée du pardon, de réduire l'amour éternel à n'être lui-même qu'une métaphore? Nous disons donc, d'une part, qu'il y a matière au pardon, et de l'autre, que Dieu peut pardonné*, et qu'il pardonne librement. Mais alors il ne. faudra pas oublier

que pardonner, c'est donner, remettre, abandonner, et que, dans un pardon quelconque, même d'homme à homme, il y a un sacrifice, il y a une victime. Ici, ridée n'est pas abstraite ; Dieu, en réalité, ne peut pardonner sans donner; mais ici, une différence capitale nous frappe ; le pardon accordé par un homme à un autre homme n'est jamais que relatif; il pardonne, il remet, autant qu'il est en lui ; il réintègre autant qu'il dépend de lui ; après son pardon, la justice demeure; il n'a pu l'éteindre ou la prescrire; il ne le pourrait au prix d'un monde; la coulpe subsiste; nul ne peut ôter le péché. Dieu, quand il pardonne, fait un sacrifice comme tout être qui pardonne; mais le pardon qu'il accorde étant absolu, entraîne un sacrifice proportionné ; si pardonner c'est donner, il est impossible d'admettre qu'en pardonnant d'une manière absolue, Dieu puisse donner moins que luimême; car il a déjà tout donné, et de sa part, donner n'est point sacrifier, excepté quand il se donne lui-même.

Une nécessité qu'on n'a pas assez signalée, se présente d'ailleurs ici : le pardon ignoré n'est pas un pardon, et ne peut être goûté comme pardon ; notre malheur est d'ignorer le pardon ou de n'y pas croire ; il faut donc que le pardon soit connu ; or, nous rencontrons ici un remarquable instinct du genre humain : l'homme, plus implacable à luimême que Dieu ne peut l'être (car Dieu est plus grand que notre cœur), ne croira pas au pardon,

l'ignorera par conséquent, tant qu'il ne verra pas une victime ; son instinct ne lui dit point qu'un être moral puisse intrinsèquement être juste de la justice d' autrui ; la substitution ainsi entendue n'aura jamais l'assentiment réfléchi de la conscience humaine; mais cet instinct demande impérieusement un gage des intentions de Dieu. Si Dieu fait tant que de vouloir pardonner, qu'il en donne la seule preuve qui puisse suffire à l'homme; qu'il aille jusqu'au bout de son dessein ; qu'en laissant tomber toutes les rigueurs sur une tète divine , et véritablement sur un autre lui-même, il nous garantisse que sa colère est épuisée ou apaisée ; en un mot, qu'il donne un otage; et qu'un arc -en -ciel sanglant s élève sur le déluge de nos crimes. N'en doutons pas, l'incarnation et le sacrifice sont commandés par cette nécessité, par cette justice parfaite retentissant dans le cœur injuste de l'homme, par l'impuissance où est l'homme de croire au pardon sans un gage; car tant qu'un gage n'aura pas été donné, l'humanité tout entière s'obstinera à crier comme Thomas, mais dans un meilleur sens : « Si je ne « mets mon doigt dans la marque des clous, et si je « ne mets ma main dans son côté, je ne croirai et point (1). » Cet otage a été accordé à l'humanité, qui, à l'aspect d'une telle victime, sent pour le coup qu'elle est aimée ; qui se dit qu'après cela elle a des droits à tout, comme avant cela elle n'avait de droits à rien; qui s'assure enfin, au plus juste

(i) Jean, XX, as.

590 EXPOSITION *Bftâ<tâ& PB u.&oçTRtog croftTWfftt»

titre, que Dieu, qui n a point épargné son propre Fils, mais qui Ta livré pour elle (nous pourrions dire à elle), lui donnera infailliblement toute» choses avec sou Fils.

Mais le second point de vue que nous avons indiqué, celui de la substance môme ou de la réalisation du pardon, répand sur ce srçet une nouvelle clarté. Ici encore, il faut une victime, un sacrifice. Le pardon consommé, le salut, le ciel, c est le cœur de l'homme rendu à Dieu, c est Dieu aveq nous, c'est Dieu au dedans de nous. Cherchez si, dans ce but, quelque chose de moins que l'incarnation, ou quelque autre chose, pouvait suffire, Cherchez du moins si cette sainte violence, si ce divin excès de la charité n'est pas 1? puissance même de Dieu pour le salut, ou, ce qui est essentiellement la même chose, pour la régénération de tout croyant, et si Feutrée de nos cœurs pouvait être forcée à de moindres conditions. S'il ne s est pas qgi, pour le Fils, d'arracher au Père une volonté de pardon qui est déjà toute formée dans son cœur, il s'agit de vaincre les résistances inouïes du cœur humain, il s'agit de changer un cœur de pierre en un coeur de chair, et c'est là une pensée dominante dans le dessein de l' Incarnation, Par opposition au premier Adam, en qui tous meurent et demeurent dans la mort, comment le second Adam est-il nommé? Cn e$prit vivifiant. \\ sauve parce qu'il vivifie ; il vivifie parce qu'il meurt.

C'est ainsi que Dieu frappe à la porte de notre

E£?OS|Ti<W ABRÉGÉS DE LA. DOCTJUNB CIUUBTWWE. 591

cœur, comme un étranger en détresse vient heurter à la porte de l'habitation des hommes, H ne nous fait pas chercher par un messager, il vient nous chercher lui-même. Au lieu de nous inviter à nous unir à lui, il vient lui-même s'unir à nous. Voilà l'essentiel, le fond, l'élément vital et central de la Révélation. Emmanuel ou l'incarnation, voilà le premier et le dernier mot de la dogmatique chrétienne. Ce mot, recueilli par la /bî, est le principe générateur de la vie en Dieu et par conséquent du salut. Avog quelle soigneuse tendresse ce précieux germe est réchauffé, développé par l'Esprit du Père des esprits, c est ce qu'il n'est pas nécessaire d'exposer ici. Il faut le marquer seulement comme le complément du dessein de Dieu et la consommation de sa miséricorde, L'homme a fait tons les frais de la chute, Dieu fait toute la dépense de la réconciliation.

Dieu hprs du cœur, voilà en même temps le péché et sa peine ; Dieu dans le cœur, voilà, d'un même coup, la régénération et le salut. Le lien nécessaire qui existe entre le péché et sa peine, entre la régénération et son fruit, ne restreint en aucune manière la liberté de Dieu. Il n'y a rien qui le déshonore à dire que nous sommes les seuls auteurs de notre misère \ et en disant que le salut est une même chose que la régénération, nous notons rien à Dieu, puisque nous faisons do lui l'auteur de la régénération. Ceux qui craindraient de diminuer sa gloire s'ils ne lui reconnaissaient le droit et le pou-

voir de sauver les hommes sans les régénérer, se trompent assurément ; l'impossibilité d'être injuste, l'impossibilité de mal faire, n'est que glorieuse à Dieu. Nous appliquons volontiers à Dieu ce que Pascal a dit des rois au sujet de l'administration de la justice : « Cette restriction rabaisse si peu leur oc puissance, qu'elle la relève au contraire beaucoup « davantage, t> et nous aimons à redire avec un chrétien de ce pays, mort depuis de longues années « Le Fils de Dieu nous a mérité la régénération. »

Si maintenant nous considérons les notions générales, j'entends les notions religieuses, que l'Évangile a accréditées et répandues dans le monde, outre cette grande et capitale idée de l'incarnation, nous en distinguons quatre principales.

La première est celle du monothéisme, que nous ne confondons pas avec le déisme, lequel n'en est que la forme négative, l'empreinte en creux, pour ainsi dire. Le monothéisme dont nous parlons est la croyance en un Dieu unique, vivant, personnel et libre, volonté suprême qui a créé des volontés, intelligence suprême qui a créé des intelligences, liberté suprême qui a créé des êtres libres, et de qui tout ce qui existe procède, non par émanation, mais par création, ou, pour dire la chose d'une autre manière, par la parole. Cette doctrine, la même chez le peuple hébreu, était soutenue par des signes visibles de la présence actuelle de Dieu. Dieu lui-même, sans rien abandonner de sa gloire ni de la vérité , avait satisfait en quelque sorte à cette demande du peuple

juif à Moïse : « Fais-nous des dieux qui marchent « devant nous. » Nous avons, nous, en Jésus-Christ, un Dieu qui marche devant nous.

La seconde idée est celle d'un règne spirituel. Jésus-Christ se donne lui-même pour l'inaugurateur du culte en esprit et en vérité, c'est-à-dire du culte en esprit et par là même en vérité ; et il en parle par opposition non-seulement aux cultes idolâtres, qui, assurément, n'étaient pas spirituels, mais même au culte hébreu. L'infériorité du culte hébreu, sous ce rapport, est doublement sensible : l'obéissance extérieure était immédiatement imposée, et cette obéissance était forcée. La loi chrétienne ne réclame immédiatement que l'obéissance du cœur, et laisse à la désobéissance le soin de se punir elle-même. Le règne du Christ est un règne tout intérieur; il a par conséquent la liberté pour suprême loi et pour première condition. Par conséquent aussi, son règne n'est pas de ce monde; car un règne spirituel n'est pas seulement un règne sur l'esprit, mais un règne par l'esprit. Christ ne veut régner que par l'esprit sur l'esprit. Que l'esprit ensuite soumette la matière, c'est bien; mais Christ ne permettra pas que l'esprit gouverne par la matière, c'est-à-dire que la matière gouverne. 11 répudie toute force qui ne vient pas de l'esprit et qui porte atteinte à la liberté.

Une troisième idée, qui semble au premier coup d'œil faire antithèse avec la seconde, et pour laquelle, si distincte qu'elle nous apparaisse, nous

avons peine à trouver un nom, est la sécularisation de la religion. C'est-à-dire, en deux mots, que la religion ne s'exerce pas hors du monde, ou abstraction faite du monde, mais dans le monde, selon cette parole du maître : «Ce que je te demande, » (il parlait à son Père) «ce n'est pas de les ôter du monde, mais « de les préserver du mal (1). » Le christianisme est aussi pleinement humain qu'il est hautement divin, terrestre non moins- que céleste, immédiatement applicable à la vie, ou au présent siècle, dans lequel il a été jeté comme un levain, ou comme le furent par Moïse dans les étangs de Mara les rameaux d'un arbre mystérieux.

Enfin, le christianisme a fondé une Église ; il y a plus, le christianisme suppose une Église ; le christianisme ne se conçoit pas sans une Église, c'està-dire sans une communion d'esprit, de sentiments et d'action entre ceux qui croient au même salut. L'Église n'est pas seulement une manifestation ou un fruit du christianisme : elle en est un organe ou un instrument nécessaire ; elle le propage, elle le maintient, elle le perpétue. On comprend, sous ces deux points de vue, les appellations énergiques et tendres qui sont prodiguées à l'Église dans l'Évangile, la personnification de ce corps qui a pour âme l Esprit de Dieu et qui a pour tète Jésus-Christ. On comprend que des devoirs envers l'Église soient imposés au fidèle, et que ce qui manque aux afflictions de Christ, ainsi que s'exprime la parole apostolique, il achève

(i) Jéan9XVII, 15.

de le souffrir en sa chair pour l'Église, qui est le corps de Christ.

Toutes ces notions, tous ces éléments religieux sont» propres au christianisme, et le distinguent d'une manière tranchée entre toutes les religions. Aucune, (et je ne parle point ici de la religion dite naturelle, composée d'éléments philosophiques et d'idées chrétiennes dont il est impossible de faire le départ et d'évaluer les proportions), aucune n'a connu le Dieu vivant, personnel et libre ; aucune n'a dégagé l'élément spirituel pour en faire dans toute sa pureté le caractère du culte ; aucune ne s'est mêlée si intimement, si librement, à la vie réelle ; aucune enfin n'a créé ni ne suppose une Église.

Resserrons-nous, Messieurs, en moins d'espace encore. Le christianisme est la libre dispensa tion d'un Dieu miséricordieux, qui, sans préjudice, mais plutôt au grand avantage de sa gloire, veut sauver l'homme pécheur en reprenant dans son cœur la place qu'il y occupait avant le péché, et que le péché lui a ravie. Le moyen dont il fait choix est l'incarnation, par laquelle l'essence divine s'unit à l'essence humaine dans notre chair de péché (dans une chair maudite à cause du péché). Ce mystère est consommé par la mort, sans laquelle l'incarnation serait illusoire et en quelque sorte fictive. L'incarnation fait habiter, non-seulement dans une forme humaine, mais parmi les hommes, la parole de Dieu, pleine de grâce et de vérité, sous le nom de Jésus- Christ. Ce fils de Dieu et de l'homme parle, enseigne,

promet, et donne sa personne en garantie nécessaire de ses paroles, de son enseignement et de ses promesses. A ce prix il obtient le droit et le pouvoir d'être cru, suivi, servi et adoré. A ce prix, son apparition et sa parole nous sauvent, parce qu'à ce prix elles nous donnent un nouveau cœur. Il est à la fois le messager et le gage du pardon, et son Esprit, qu il nous lègue, en est Je sceau irrécusable. La régénération que cet Esprit opère, est la consommation, la réalité du pardon, le pardon rendu palpable, et cette régénération a pour condition, pour point de départ, la connaissance du pardon, la foi au pardon. De tous ceux qui ont été baptisés d'eau et d'esprit, c'est-à-dire qui ont cru à la nécessité du pardon et puis au pardon même, se compose une communauté fraternelle, où, dans un culte tout spirituel, est incessamment proclamée la personnalité du Dieu vivant et trois fois saint, culte qui ne reste pas dans les temples, mais qui en sort pour se répandre dans la vie, pour s'étendre à tous ses moments et à toutes ses formes, culte qui honore l'homme dans le chrétien, et ramène, sur tous les points, l'humanité à la nature.

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