‹ MélangesChapitre 19 sur 59 · SUR TURGOT ET SES OUVRAGES · texte numérisé non relu

SUR TURGOT ET SES OUVRAGES

minislralivc qu’on pût faire sans solennité. Enfin, ce qui confond, c’est la confiance et la tranquillité d’esprit avec lesquelles il termine son mémoire en disant :

« Au bout de quelques années, Votre Majesté aurait un peuple neuf et le premier des peuples. Au lieu de la corruption, de la lâcheté, de l'intrigue et de l’avidité qu’elle a trouvées partout, elle trouverait partout talents, vertus, le désintéressement, l’honneur et le zèle. 11 serait commun d'être homme de bien; votre royaume, lié dans toutes ses parties qui s’élargiraient naturellement, paraîtrait avoir décuplé scs forces. Il s’embellirait chaque jour davantage comme un fertile jardin ; l'Europe vous regarderait avec admiration et votre peuple vous aimerait avec une adoration sentie. » (T. VII, p. 082.)

Dix-huit ans après, Louis XVI... la France...

I*on rse faire une idée de l’inexpérience politique de la nation, au moment de celte grande crise, de l’ignorance profonde de l’homme, des besoins, des passions, des vices, des faiblesses inhérentes à la nature de celuici (ignorance qui frappe encore plus dans ce siècle de lumière et de philosophie : car l’étude de l’homme était la grande étude du temps, et il semble qu’elle puisse, mieux qu’aucune autre, être faite par des philosophes spéculatifs) ; si l’on veut se faire une idée du mépris de la nation pour le passé et pour l’expérience <les autres peuples, de son vain et confiant orgueil dans elle-même et dans ses idées ; si l’on veut comprendre la grandeur de ce qu’elle allait faire, et la légèreté et I’insuflisanec de ceux qui l’entreprenaient, il ne faut pas

Uî8 K MISAIT DES NOTES SUR TURGOT ET SES OUVRAGES, voir le développement de toutes ces choses dans la foule, niais le considérer dans les hommes éminents cl dans h» hommes pratiques du temps tels que Turgot. On reste alors étonné en apercevant un accident si singulier el si effrayant de l’histoire de l’esprit humain.

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