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DU CONSULAT A L’EMPIRE

Caractère audacieux, incohérent, inouï, des entreprises de l’Empereur et de son génie, venu non-seulement de sa nature, mais du temps de bouleversement, de nouveautés extraordinaires dans lequel il vivait; du tour imprévu, étrange, sans précédent, qu'avaient pris les affairés humaines...

Côté italien du génie de l'Empereur, ou du moins méridional...

Impressions ineffaçables de l’ancien régime dans cet esprit si éminemment novateur...

Différences et ressemblances entre les diverses révolutions qui , en France et à Rome , ont fait passer de la liberté an despotisme.

A Rome, c'était la liberté qui était dans les habitudes; en France, c’était le pouvoir absolu. Auguste, en ôtant la substance du gouvernement républicain, a été forcé d’en laisser l’ombre. Napoléon n’était pas obligé aux mêmes précautions. Pour l’un, il s’agissait de faire sortir la nation de ses mœurs: pour l’autre, de l’y faire rentrer.

Des deux côtés passions et idées démocratiques exploitées.

Même procédé : gouverner au nom du peuple sans le peuple ; représenter le nombre et administrer par les classes éclairées. Satisfaire les basses classes par la déclaration qu’on les représente, par l’abolition de tous les ordres intermédiaires qui les humilient, par la satisfaction donnée au sentiment de l'envie et à celui de l égalité sous la forme la plus grossière (tout le monde étant soumis au niveau de la même servitude). Satisfaire les hautes classes en leur assurant l’ordre matériel, la possession tranquille de leurs biens, le bien-être et l'enrichissement par l’industrie et des places...

Différences :

DU CONSI LAT A L’EMPIRE

La Révolution romaine s’efforçant de se rattacher au passé, et conservant les noms tpiand elle abolit les choses. La Révolution française se Dallant de faire en tout du nouveau, et le despotisme qui en est sorti ayant en partie cette prétention lui-même, ce qui naît de la différence des points de départ...

History ofthe Romans under t lie Empire, by Merivale.

Ce qui frappe, entre autres, dans ce livre bon à consulter, quoique trop partial en faveur de l’Empire, c'est à quel point Auguste, et suivant Merivale, ses premiers successeurs, tout en se disant les représentants du peuple romain et les champions de la démocratie, se servent, pour gouverner, exclusivement de l’aristocratie (qu'ils avaient, il est vrai, ou créée eux-mêmes ou mise dans une étroite dépendance) ; la petite part qu’ils laissent à l'action populaire, la grande part qu’ils font au Sénat, qui non-seulement les aide à gouverner, mais gouverne encore directement sous Auguste, au moins une partie des provinces romaines (les plus paisibles et celles où il ne se trouve pas d'armées), de telle sorte que l'Empereur apparaît plus encore comme le fondateur de l’ordre que comme le destructeur de l’aristocratie.

Ce qui est digne de remarque aussi dans Auguste, c’est le semblant d’élection et de pouvoir populaire qu'il laisse encore subsister, tout en ayant soin de le rendre illusoire. et impuissant; la substitution des places payées aux fonctions gratuites de la République; la multiplication des emplois; les armées permanentes. Une partie de l’armée tient garnison pour la première fois à Rome même, le pouvoir d 'Imperator lui donnant toute action dans l'armée, et cela lui permettant de laisser un semblant d’aristocratie et de démocratie dans le gouvernement.

La puissance tribunilienne lui confère l’inviolabilité, quoique la raison qui avait fait établir l’inviolabilité n'existe

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plus; la puissance censoriale lui permet de nommer les sénateurs: la puissance pontificale le met à la tête de la religion.

Enfin toutes les fonctions que les Romains avaient séparées, et à chacune desquelles ils avaient remis pour l’objet qu'elles avaient en vue la toute-puissance qu’a l’État dans une République (dans laquelle la courte durée des fonctions et l’élection permettent l'arbitraire, et même compensent par la grandeur et le vague des attributions la faiblesse qu'un pouvoir court et précaire donne à chaque magistrat), toutes les fonctions, dis-je, sont réunies sur un seul homme, et deviennent perpétuelles dans ses mains...

Beaucoup plus d’art et beaucoup plus de précautions prises par Auguste que par Napoléon, ou de notre temps, pour cacher l’établissement du despotisme et ménager la transition...

Lorsque la liberté romaine succomba sous la force militaire des

Empereurs, les formes de la République furent conservées, et l'autorité passa dans leurs mains sans que l'ancienne Constitution fût renversée1; le pouvoir suprême, en théorie, résidait dans le peuple. En effet, Llpieu et Saius, en disant que la volonté du prince est loi, en montrent la raison dans cette loi qui avait lieu au commencement de tout règne, et qui, par le Sénat, transmettait au prince tous les droits du peuple ( quum onine jus siium populus in principem transferrel *. (Mémoire à l' Académie, 1 853.)

Physionomie démocratique de l’Empire romain :

Trajan ne veut pas permettre de confréries d’ouvriers, parce que, dit Pline, neque enim secundum est nostri seculi morem. (Épiât., livre X.)

1 Tacite, Annales, livre 11.

‘Tacite, Hisl, , IV, 3. Cuncla principibus solita ’decernit senalus, Ulpianus et Saius (Frngm. 1, D. d. Constit. princip., 1. L, Gains. Inst., 1. 2, 3, 6).

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Tiajan lui-mcme, le grand et vertueux Trajan, après un siècle de gouvernement impérial incontesté, ne pouvant souffrir que des ouvriers s'associent pour se secourir, et tenant à la maxime que devant le souverain, unique représentant du peuple romain, il ne doit y avoir que des individus isolés!...

Il faut bien étudier cette monarchie démocratique du monde romain. Grandes analogies. Servitude commune tenant lieu de liberté commune. L’égalité devant le maître plus chère aux âmes basses et vulgaires que l égalité devant la loi, laquelle laisse subsister des inégalités sociales permanentes, et oblige encore au respect en garantissant de l’oppression.

Gouvernement romain : non pas une des formes de la démocratie, comme l’ont dit bassement ou sottement des gens qui ignorent la valeur des mots dont ils se servent, ou ne veulent pas la donner; mais l’une des formes auxquelles l’égalité démocratique peut le plus facilement conduire les hommes, et que les mauvaises passions et les instincts pervers qui naissent dans l égalité, peuvent leur faire admettre et même aimer...

...Napoléon voulait diriger l’enthousiasme, non le proscrire... Il voulait supprimer tous les grands efforts de l’âme au profil de l’un d'eux, celui qui fait bien mourir les armes à la main. Ce grand génie comprenait qu’il faut toujours quelques hautes passions pour vivifier le cœur humain, qui sans cela tombe en gangrène cl en pourriture. Il n’aurait jamais imaginé de vouloir fixer tous les esprits et tous les cœurs sur le seul bien-être individuel...

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Inégalité des charges de la conscription sous l'Empire.

Rapport sur les bases de la répartition du contingent pour 1 809, entre les départements.

Ce rapport, fait parle ministre tle la guerre, fut, par une grande imprudence, distribué au conseil d’Etat, et aussitôt retiré. Mais M. ***, à cette époque auditeur, ayant mis son exemplaire dans sa poche, l’a aujourd’hui dans sa possession ; et c’est sur la pièce môme que j’ai copié ce qui suit :

«... Les considérations d’après lesquelles la population, prise comme base générale et primitive, paraît devoir être modifiée, peuvent se rattacher à trois divisions principales :

1° L’espèce des hommes ;

2° L’étendue, la nature et les besoins du sol comparés à la |K>pulation ;

5° U esprit des départements.

« 1° Dans quelques départements, presque tous les hommes sont propres au service militaire. Dans d’autres, à peu près la moitié de l'espèce est hors d’état de supporter les fatigues de la guerre. Si à deux départements d’une population égale, mais dont l'un serait dans la première classe et l’autre dans la seconde, on atteignait un contingent égal, on serait évidemment injuste. . . .

« ...Dans tous les pays manufacturiers où l’enfance a une vie sédentaire et peu propre au développement des facultés physiques; dans les départements pauvres où la disette des bras condamne à des travaux précoces ;

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dans les lieux où se perpétuent les maladies endémiques, les réformes sont toujours nombreuses... Nous concluons que le nombre des réformes doit influer sur la répartition.

« 2° L’étendue d’un département comparé à sa population, la stérilité ou la fertilité de son sol, sont autant de causes qui nous ont paru devoir être prises en considération et faire augmenter ou diminuer le nombre des conscrits à lever. Si d’un sol riche, fécond et chargé d’une imputation forte, on enlève tous les ans un certain nombre de jeunes gens, c’est en quelque sorte donner à la végétation en hommes une nouvelle activité1. Mais qu’on demande un égal nombre de recrues à un pays aride et ingrat, on multiplie les causes de dépopulation ; et bientôt l’esj>èce est menacée de tomber au dernier degré de dégénérescence...

« Mesurer le sol et calculer ses ressources ; évaluer les besoins de la culture et de l’industrie; déterminer les qualités et les habitudes de la population ; juger les points où elle surabonde et ceux où elle s’appauvrit ; fixer les sacrifices qu’elle peut faire; indiquer les ménagements régénérateurs dont elle a besoin; tout cela appartient au ministre de l’intérieur*, et bientôt sans doute nous aurons sur ces sujets des lumières aussi certaines qu’étendues. Mais en attendant ce moment heureux, nous croyons devoir prier Votre Majesté de

1 Comparaison prise à l'art de faire des coupes.

* C’est-à-dire que ta levée doit devenir arbitraire; et la seule raison de s'y soumettre, l'égalité, en disparait.

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permettre que nous nous aidions de celles que les levées précédentes nous ont fournies1.

« 5° Les causes morales influent aussi très-puissamment sur tous les résultats des levées et doivent être prises en considération. Aujourd’hui comme autrefois, presque tout l’Est et le Nord volcntsans peine et même avec empressement sous les drapeaux. Le cenlre de l’Empire se rend aux appels sans efforts. L’Ouest obéit sans murmure. Mais sur plus d’un point le Midi op|K>se une résistance, qui, soustoulaulrc prince, serait invincible. Emploiera-t-on la force et l’autorité pour ramener toutes ces contrées au même esprit? ou bien recourra-t-on à de sages tem|>éraments, à des ménagements insensibles ? Tout me jiorte à croire que ce dernier moyen est préférable. En s’attachant trop rigoureusement au premier, on accroîtrait le nombre des coupables et on assurerait ainsi leur impunité.

« Quoique très-convaincu, Sire, de la nécessité de prendre en considération chacune de ces causes, je ne proposerai pas à Votre Majesté de leur donner toute l’influence qui leur parait due. Quelques-unes de mes observations ne sont pas appuyées sur une assez longue suite de faits ; d’autres n’ont pas acquis tout le degré de certitude que le temps leur donnera. D’ailleurs un changement trop rapide et trop grand ne serait pas sans inconvénients majeurs. Aussi me suis-je borné, dans le tableau de répartition que j’ai l’honneur de soumettre à Votre Majesté pour 1809, à proposer les modifications qui m’ont paru d’une justice

1 On n'esl encore qu'au premier pas. Jugez ce que cela a <lù être en 1S13.

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el d’une nécessité évidentes, laissant à l’expérience le soin de nous donner des lumières plus certaines. » Suivent les tableaux ; le numéro 7 ci-dessous en est le résumé.

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