‹ MélangesChapitre 42 sur 59 · VOYAGE DE · texte numérisé non relu

VOYAGE DE

Londres, 8 mai 1855.

. . . L’espri t français est de ne pas vouloir de supérieur ; l’esprit anglais, de vouloir des inférieurs. Le Français lève les yeux sans cesse au-dessus de lui avec inquiétude. L’Anglais les baisse au-dessous de lui avec complaisance. C’est de part et d’autre de l’orgueil, mais entendu de manières différentes

Quelle est la raison de ceci? Cela ne viendrait-il pas de ce que, dans une société démocratique, les rangs n’étant plus marqués, chacun désespérant de se placer à un point visible de la hiérarchie sociale, et de dépasser tout le monde, veut du moins que personne ne le dépasse? Si cela était, l’orgueil anglais serait l’orgueil naturel à l’homme. L’orgueil français tiendrait à une cause particulière : ce serait l’orgueil ne Aiisanl pas ce qu’il désire, mais réduit h un pis aller. Il y a là à creuser.,.

Cet effet ne vient-il pas seulement de ce que l’Anglais acté habitué à l’idée qu’il pouvait s’élever, le Français non. L’un, pour être quelque chose, a dû alors détruire ce qui était au-dessus de lui, l'autre a dû chercher à gagner ce niveau élevé...

VOYAGE EN ANGLETERRE. 341

Loildl'OS, 8 mai 1833.

Conversation avec M. X***, avocat, et radical.

D. Qu’est-cc que les hommes du peuple en Angleterre font de leur argent, quand ils ont du surplus?

R. Ils le dépensent en orgies, ou ils le placent dans le commerce.

1). Ont-ils l’idée d’acheter de la terre?

R. Nullement. Pareille idée n’entre jamais dans la tête d'un paysan anglais.

D. D'où vient cela?

R. Eu partie de ce que le paysan anglais n’a pas sous les yeux de petites propriétés foncières, et aussi de ce que les ressources que présente le commerce sont infiniment plus nombreuses ici qu'en France.

D. Ainsi tout ce qui s’élève au-dessus de la classe de manœuvres entre dans le commerce ou l’industrie?

R. Oui.

D. Ainsi, lorsque le pauvre voit auprès de lui un propriétaire qui, à lui tout seul, possède la moitié d'un comté, il ne lui vient pas dans l’idée que cette immense propriété, divisée entre tous les habitants du voisinage, pourrait donner à chacun d eux de l'aisance, et il ne regarde pas ce grand propriétaire comme une sorte d’ennemi commun?

R. Non. Ce sentiment n’est pas encore né. J(^ répète que le goût de la propriété foncière est un goût d'homme riche. Quand on est devenu millionnaire dans le commerce, on achète une grande terre qui rapporte à peine 2 pour 100, qui vous oblige à une très-grande représentation, mais qui en même temps vous donne une haute position sociale.

NOTKS DK VUYAGKS.

Londres, n mai i sr.s.

Conversation avec M*“.

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