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TOUTE U SOCIÉTÉ ANGLUSE EST IUT1F. SUR LE PRIVILÈGE DE L'ARGENT

démonstration de ceci.

Il faut être riche pour être ministre, puisque la représentation à laquelle les mœurs obligent les ministres leur fait dépenser beaucoup plus d’argent qu’ils n’en reçoivent de l’État, et cela se conçoit sans peine, puisqu’un

NOTES DE YOÏAGES.

ministre en Angleterre est forcé de vivre au milieu d’un monde politique tout plein de splendeur.

Il faut être riche pour être membre des Communes, puisque l’élection coûte immensément.

Il faut être riche pour être juge de paix, lord lieutenant, haut sheriff, maire, oterseer ofthepoor, puisque ces places ne sont point rétribuées.

Il faut être riche pour être avocat et juge, puisque l’éducation qui mène à ces deux professions est extrêmement chère.

Il faut être riche pour être ecclésiastique, puisqu’il faut aussi, pour le devenir, s'être procuré une éducation <- dispendieuse.

Il faut être riche pour être plaideur, car celui qui ne peut donner caution doit aller en prison. Il n’y a pas de pays au monde où la justice, ce premier besoin du peuple, soit plus le privilège des riches. Au delà du juge de paix, il n’existe pas de tribunaux pour le pauvre.

Enfin, pour acquérir cette richesse, qui est la clef de tout le reste, le riche a encore de grands privilèges, puisqu’il trouve [dus facilement des capitaux ou des situations qui lui permettent de s’enrichir encore luimême ou d’enrichir ses parents.

Comment s’étonner du culte de ce peuple pour l’argent ? L’argent n’est pas seulement le signe représentatif de la richesse, mais du pouvoir, mais de la considération, mais de la gloire. Aussi, tandis que le Français dit : un tel a cent mille francs de rente, l’Anglais dit :

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un tel vaut cent mille livres de rente (hc is xvorth four thousand pounds a ycar).

Les mœurs vont plus loin encore clans ce sens que les lois; ou plutôt les lois ont modelé les mœurs sur elles.

L’esprit, la vertu même, paraissent peu de chose sans l’argent. L’argent se mêle à tous les mérites cl s’y incorpore en quelque sorte. Il comble tous les vides qui peuvent se trouver entre les hommes, mais rien ne saurait le suppléer.

Les Anglais n’ont laissé au pauvre que deux droits : celui d’être soumis à la même législation que les riches et de s’égaler à eux en acquérant une richesse égale. Encore ces deux droits ne sont-ils pas plus apparents que réels, puisque c'est le riche qui fait la loi et qui crée à son profil, ou à celui de ses enfants, les principaux moyens d’acquérir la richesse.

Londres, 8 juin 1833.

Les lois sur les contrats sont si obscures et si mal faites, que, pour s’assurer la propriété d’une terre, il faut de toute nécessité recourir aux soins d’un avocat habile, lequel ne peut qu’après de longues études, et en se faisant payer très-cher, vous garantir contre l’expropriation et le double payement. On n’achète donc que de grandes terres, et on ne les achète que quand on est déjà très-riche. Ainsi le pauvre est exclu de la propriété foncière.

NOTES DE VOYAGES

Lomlros, 80 mai 187.5.

J’ai vu aujourd’hui deux des radicaux les plus vifs de la chambre des communes. L'un, M. R”*, me disait que la réforme ne marcherait jamais franchement tant qu’on n’aurait pas refoulé au milieu des tories les whigs, qui, après tout, n’en sont qu’une fraction mitigée.

— Permeltez-moi, lui répondis-je, d'envisager les objets sous un autre aspect. Le succès prochain (car le succès final est, je crois, assuré) de la réforme dépend, je crois, d’un événement contraire. La société anglaise me parait divisée en trois catégories :

Dans la première se trouvent la presque totalité de l'aristocratie proprement dite, et une grande partie des classes moyennes, en les prenant par le haut; elle forme le parti tory ou conservateur.

I.a seconde se compose d'une partie des classes moyennes, en les prenant par le bas, et de celte portion de l’aristociatic, que la première catégorie ne comprend pas. Celle-là a des instincts plutôt que des opinions arrêtées de réforme ; elle se laisse aller sans résistance à l'esprit du temps qui porte là. Cesont les whigs; ils marchent au jour le jour, sans trop savoir où le chemin qu'ils suivent aboutira.

La troisième se compose des basses classes, du peuple proprement dit. Celle-là sait, ou plutôt ses chefs savent précisément ce qu'ils veulent faire; ils détruisent tout l’ancien édifice de la société aristocratique de leur pays...

Il me sendde que dans l’état actuel de la société et des opinions en Angleterre, avec les cent mille liens d'habitudes, de goûts, de vanités et d’intérêts, qui unissent ensemble toutes les classes placées au-dessus du simple peuple, les réformateurs doivent considérer comme un bonheur inespéré de trouver dans l'intérieur de ces mêmes classes des auxiliaires qui les aident à démolir, sans vouloir la démolition. Dans

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tout pays, cl peut-être surtout dans celui-ci, vouloir faire une révolution complète avec le peuple seul contre toutes les classes riches et éclairées réunies a toujours été une entreprise presqu'impraticablc, et dont les résultats ont été funestes. Je considère donc l'union des Reformas à une portion de conservateurs comme la circonstance la plus favorable à la marche lente, mais toujours progressive des premiers, et je regarderais comme un ajournement presque certain de la réforme l’union des whigs et des tories, avant que la grande majorité des whigs n’eût été entraînée peu à peu dans une voie d’innovation où la retraite ne fût plus possible.

A cela, MM. H*** et X*** répliquèrent que les radicaux, en s’effaçant derrière les whigs, en se laissant oublier, en ne marchant plus en un mot à la tète des passions et des idées du parti qui les avait envoyés à la chambre, risquaient de se perdre au prolit des tories, car les whigs avaient déjà éprouve assez de désertions pour n’être plus en état de tenir seuls la campagne, et les radicaux ne pouvaient venir efficacement à leur secours qu’en tenant toujours en mouvement les passions du peuple (in creatiiuj a great excitement) : ce qu’ils ne pouvaient faire en se mettant purement et simplement à la remorque des whigs.

Ils ajoutaient qu’une partie des lumières de la nation et la presque totalité de la propriété étaient dans les mains des tories. Ceux-ci, à la longue et dans les luttes de détail, ne pouvaient manquer de triompher, comme nous le voyons déjà, tandis que les radicaux ne pouvaient espérer de réussir que par û coups et dans une agitation générale, le mouvement des passions publiques faisant taire alors la voix de l’intérêt privé. Or, ce mouvement, ils ne pouvaient le créer, et pouvaient même perdre la faculté de le produire en se laissant absorber par les whigs *.

1 Je persiste à croire tout cela plus sublil que vrai : un raisonnement

NOTES DE VOYAGES

Ils ajoutaient encore : Toute la classe supérieure cl la plus grande partie de la classe moyenne, comme vous le disiez tout à l'heure, est déjà passée aux tories ; une portion de la classe moyenne, qui se rapproche le plus du peuple, y passe journellement. — Cela étant, dis-je, il est probable que d’ici à un an nous verrons sir Robert Peel 1 dans le ministère, et qu’il se fera un point d’arrêt momentanément dans la marche de la réforme, car vous ne paraissez en état ni de saisir vous-même le gouvernement, ni de diriger dans votre sens ceux qui le tiennent.

Ils avouèrent l’un et l’autre que l’événement leur semblait probable.

Caractères généraux des radicaux anglais.

Il existe des analogies générales entre les radicaux anglais et ceux de France. Mais on remarque entre eux des différences bien plus grandes encore. Voici les plus saillantes, telles qu elles s’ofTrent jusqu'à présent à ma pensée :

1° Tout ce que j’entends dire aux radicaux (je parle des chefs) inspire un véritable respect pour le principe au nom duquel ils agissent. Je n’ai jamais surpris en eux l'intention d’imposer à la nation (même pour son bien) un état politique qui ne fût pas de son choix. Toute la question, pour eux, est de gagner la majorité : et je n'ai jamais vu qu’ils eussent l’idée de le faire autrement qu'à l’aide des formes légales.

I.e trait le plus caractéristique du radical français est de vouloir faire par la puissance de quelques-uns le bonheur du

d'hommes presses de jouir, plutôt que d'hommes préoccupés du soin d'assurer le succès.

1 On sait qu'à cette époque (1855) sir Robert Peel, devenu plus tard le promoteur des plus grandes réformes, était encore le chef du parti conservateur. (Note de l'éditeur.)

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plus grand nombre, et de mettre la force matérielle et le mépris de la loi ail premier rang des moyens de gouvernement.

‘2° Quoique les radicaux anglais ne portent point à la propriété ce respect superstitieux qu’ont les tories, ils me paraissent cependant professer pour elle un resjiect très-réel. Ils ne doutent point que ce respect ne soit la base première d’une société civilisée;

Le radical français montre souvent beaucoup de mépris pour la propriété : et prêt à la violer dans la pratique, il l’attaque en théorie ;

5° Parmi les radicaux anglais il se trouve un très-grand nombre de sectaires exaltés. Il s’y rencontre aussi un assez grand nombre d'hommes que l’esprit philosophique français a gagnés ; mais enfin ceux-là mêmes croient fermement à la nécessité politique de la religion, et lui portent un respect réel.

Un des caractères principaux du parti radical français est de représenter non-seulement les opinions antichrétiennes, mais les doctrines philosophiques les plus antisociales...

Londres, il juin 1835.

Système judiciaire.

Les Anglais sont le premier peuple qui ait eu l’idée de centraliser la justice. Cette innovation, qui date du commencement de 1ère normande, peut être considérée comme une des causes des progrès plus rapides qu’a faits cette nation dans la civilisation et la liberté.

Ils ont établi certaines cours qui sont uniques dans le royaume et qui ne siègent qu’à Londres, telles (pie la cour du chancelier ( the court of Chancery ) et celle, je crois, de Kiuys bench. Ces cours attirent à clics, à Londres, le jugement de tous les procès de certaine nature.

Quant au plus grand nombre des procès appelés common laïc

NOTES DE VOYAGES

xuits (procès du droit commun), ils sont jugés par les juges séparés d’un tribunal central, lesquels juges parcourent annuellement le pays. Ainsi, d’une pari, on attire le procès auprès d'un tribunal central ; de l'autre, un tribunal central se transporte auprès du plaideur. Des deux manières on arrive à la centralisation de la justice.

Mais si l’on envisage avec soin l'état des choses, on découvre qu’en définitive une très-grande partie des procès échappe à la direction centrale. Il y a en effet trois ordres de tribunaux qui ne sont pas soumis à cette direction centrale :

1" Les juges de paix : les juges de paix individuellement, ou réunis en tribunal at the quarler sessions , ont le droit de juger une très-grande partie des délits qui se commettent dans les campagnes. Leur droit s'étend à tous les crimes qni n’emportent pas la peine capitale ou la transportation pour plus de quatorze ans '.

2° Les Corporate courts : ce sont les tribunaux établis dans certains bourgs par les chartes royales, pour juger les affaires civiles et criminelles qui prennent naissance dans le bourg. La juridiction de ces tribunaux, ratione materiæ , est en général fort étendue dans les chartes. Mais les cours centrales ont peu à peu attiré à elles la connaissance des affaires les plus importantes.

3“ The local courts. Le Parlement, qui n’a jamais montré une grande confiance dans les corporations, en même temps qu’il créait au milieu de la plupart d’entre elles une administration publique qui leur était étrangère, a créé également des tribunaux locaux, chargés, je crois, particulièrement d'assurer l’exécution des règles locales qu'il traçait. Ces cours locales ont une juridiction assez bornée. Les trois

1 Los juges de paix ne prononcent, je crois, de peines graves que dans leur cajiacitc collect'vc.

VOYAGE E.N ANGLETERRE

ordres de tribunaux que je viens d’énumerer jugent sans appel

Londres, 12 juin 1835.

Esprit légistatif.

Esprit législatif anglais : mélange incompréhensible d’esprit novateur et d’esprit routinier ; qui perfectionne le détail des lois et n’en aperçoit pas le principe; qui ne procède qu’en ligne droite, poussant pas à pas dans la direction où il se trouve sans jamais regarder à droite ou à gauche, pour lier entre elles les différentes roules qu’il trace; actif et contemplatif; qui veille [tour apercevoir le plus léger abus, et dort à côté des plus monstrueux ; qui épuise son habileté à réparer, et ne crée, pour ainsi dire, qu’à son insu et par hasard ; le plus inquiet d’amélioration et de bien-être social , et le moins systématique dans la recherche de ces choses; le plus impatient et le plus patient; le plus clairvoyant et le plus aveugle ; le plus puissant dans certaines choses, le plus faible et le plus embarrassé dans certaines autres; qui maintient quatre-vingts millions d’hommes dans l’obéissance à trois mille lieues, et ne sait comment résoudre les plus petites difficultés administratives; qui excelle à tirer parti du présent, et qui ne sait pas prévoir l’avenir. Qui trouvera le mot, pour expliquer ces contradictions?

Ylll

NOTES DE VOYAGES

Londres, 30 mai 183j.

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