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ESPRIT D'ASSOCIATION, ESPRIT D'EXCLUSION, ANOMALIES

Je vois dans ce pays bien des choses que je ne comprends point encore entièrement, entre autres celle-ci :

Il me parait régner en Angleterre, d’une manière presque égale, deux esprits d’une nature sinon tout «à fait contraire, au moins très-diverse.

L’un porte les hommes à mettre en commun leur force pour arriver à une foule de résultats qu’en France nous n’avons pas môme l’idée d’atteindre de cette manière. On s’associe dans des huis de science, de politique, de plaisirs, d’arts, d’affaires...

L’autre porte chaque homme, ou chaque association d’hommes, à jouir le plus possible isolément de ses avantages, à se renfermer le plus possible dans sa personnalité, et à ne laisser qui que ce soit y mettre l’œil ou le pied.

On raconte qu’un amateur d’objets d’art possédait un vase antique très-précieux ; il apprend qu’il en existait un autre semblable. L’ayant acheté à très-haut prix, il le fit briser en sa présence, afin de pouvoir dire qu’il n’existait dans le monde qu’une merveille de cette espèce, cl qu’elle lui appartenait. Il est très-probable que cet homme était un Anglais. Le sentiment jaloux de la propriété exclusive est si développé dans ce pays, que je le considère comme un des traits les plus caractéristiques de la physionomie nationale.

VOYAGE EN ANGLETERRE

Pour en revenir au sujet de celte note, je ne comprends pas bien coin inent l’esprit d’association et l’esprit d’exclusion dont je viens de parler peuvent exister d’une manière si développée chez le même peuple, et souvent s’y combiner d’une façon si intime. Exemple, un club1 : quel plus bel exemple d’association que l’union des individus qui forment le club? Quoi de plus exclusif que l’individu représenté par le club? Ceci s’étend à presque toutes les associations civiles et politiques... les corporations... Voyez les familles, comme elles se divisent, dès que les oiseaux peuvent sortir du nid !

Je suis porté à croire, en y réfléchissant, que l’esprit d’individualité est la base du caractère anglais. L’association est un moyen que les lumières et la nécessité ont suggéré pour se procurer des objets que les forces individuelles ne peuvent acquérir. Mais l’esprit d’individualité perce de loules parts : il se retrouve sous toutes les faces. Peut-être peut-on dire qu’il a servi indirectement au développement de l’autre en donnant à chaque homme une ambition cl une somme de désirs plus grande que celle qui se rencontre partout ailleurs. Cela étant, l’association est devenue un besoin plus générale»ment senti, à mesure que la passion d’acquérir a été plus générale et plus vive. J’imagine que si on pouvait donner aux Français plus de lumières qu’ils n’en ont, ils seraient plus naturellement portés à l’esprit d’association que les Anglais.

1 Le club, en Angleterre, répond à l'idée que nous présente te cercle en France.

ISOTES DE VOYAGES.

Birmingham, 26 juin 1835.

Nous trouvons ici autant de bienveillance qu’à Londres ; mais ce sont deux sociétés qui ne se ressemblent guère. Ces gens-ci n’ont pas un moment à eux. Ils travaillent comme s’ils devaient devenir riches ce soir et mourir demain. Ce sont, en général, des hommes trèsintelligents, mais à la manière des ouvriers. La ville elle-même n’a aucune analogie avec les autres villes des provinces d’Angleterre; elle se compose tout entière de rues semblables aux rues du faubourg Saint-Antoine. C’est un immense atelier, une grande forge, une vaste boutique. On n’y voit que des gens affairés, des visages noircis par la fumée. On n’y entend que le bruit des marteaux et le sifflement de la vapeur qui s’échappe de la chaudière. On dirait l’intérieur d’une mine du nouveau monde. Tout y est noir, sale et obscur, quoiqu’il s’en échappe à chaque instant de l’argent et de l’or.

Birmingham, 2" juin 1835.

En 1650, Birmingham avait 5,472 habitants.

- En 1834 155,038

Conversation avec M. X***.

D. Pourquoi cet accroissement rapide?

B. La ville de Birmingham n’a point de corporation, et c’est une des sources de sa grandeur. Presque toutes les corporations gênaient les dyssenters (les dissidents de l’Eglise anglicane), Birmingham n’ayant point de

VOYAGE EN ANGLETERRE

corporation a attiré de très-loin à elle la population des dyssenters. Presque toutes les corporations avaient prescrit des règles générales pour le commerce. Birmingham étant pour ainsi dire sans gouvernement, la liberté y attire tous les hommes qui l’aiment ou en ont besoin.

Birmingham, 27 juin 1835.

Conversation avec M. X***, avocat.

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