Quelle est l’opinion dominante à Birmingham
R. L’opinion de la très-grande majorité est radicale.
D. Parlez-vous des manufacturiers et des ouvriers en même temps?
R. Des uns et des autres.
D. Avez-vous connaissance de ce qui s’est passé à l’époque de la grande union politique de Birmingham ?
R. Oui. Cette union, surtout à l'époque de la tentative du duc de Wellington de rentrer an ministère, enveloppa presque toute la population de Birmingham. On était alors déterminé à marcher sur Londres , si le bill de réforme 1 n’avait point été accordé ; les manufacturiers d’armes auraient donné des fusils, l'impulsion était irrésistible. Je suis convaincu que c’est l'évidence du danger qui a arraché aux tories leur assentiment au bill. Birmingham n’est séparé que par cent onze milles de Londres, et l’opinion était favorable.
D. Les unions politiques se sont-elles reformées depuis cette époque?
R. Elles commençaient à se reformer sous le dernier ministère Pcel, mais maintenant elles n'existent point; et aujourd’hui notre population ne se mêle que fort peu de politi-
1 Le bill de 1852, qui a donné U réforme électorale et parlementaire.
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que. Cependant elle a appris à connaître son pouvoir. L’existence d'une population ouvrière de 150,000 âmes agglomérée si près de la capitale et possédant toujours dans son sein un immense dépôt d’armes de guerre est un fait trèsgrave.
I). Y a-t-il à Birmingham une classe de gens désoccupés? R. Non. Tout le monde travaille à faire fortune. La fortune faite, on va en jouir ailleurs.
Birmingham, 29 juin 1835.
/ IDÉES RELATIVES A LA CENTRALISATION ET A L'INTRODUCTION DU POUVOIR JUDICIAIRE DANS L’ADMINISTRATION.
Introduction du pouvoir judiciaire dans l’administration ; de la nécessité des différents moyens dont les peuples peuvent se servir pour l’y introduire... Il y a sur ce sujet non pas un chapitre, mais un livre à faire, et l'un des plus importants que l’on puisse concevoir. La nécessité d’introduire le pouvoir judiciaire dans l’administration est une idée centrale à laquelle me ramènent toutes mes recherches sur ce qui a permis et peut permettre aux hommes la liberté politique...
Déduction des idées.
De quelle manière on peut considérer les obligations de la société vis-à-vis de ses membres.
La société est-elle obligée, comme on le croit chez nous, de garantir l’individu et de faire son bonheur? ou plutôt sa seule obligation n’est-elle pas de donner à 1 individu des moyens faciles et sûrs de se garantir lui- môme et de se créer une existence heureuse?
La première notion : plus simple, plus générale, plus uni-
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forme , plus saisissable par les esprits à demi éclairés et superficiels.
La seconde : plus compliquée, plus divisée dans son application, plus difficile à concevoir, mais seule vraie, seule compatible avec l’existence de la liberté politique, seule capable de faire des citoyens et même des hommes.
Application de cette idée à l'administration publique. Centralisation, division dans l’intérieur du pouvoir administratif. Portion du sujet que je ne veux point traiter en ce moment, sur laquelle ce que je vois en Angleterre et ai vu en Amérique jette d’immenses lumières et permet de former des idées générales. Les Anglais eux-mêmes ignorent la bonté de leur système. Manie centralisante qui s’est emparée du parti démocratique. Pourquoi? Passions analogues à celles de la France de 1789 par des motifs assez analogues. Bizarrerie des institutions du moyen âge. Haine du parti radical contre l'aristocratie qui les a superstitieusement conservées, et qui s’en sert à son profit. Esprit novateur, disposition révolutionnaire à n’apercevoir que les abus de l’état présent : tendance générale des démocraties. Heureuses difficultés que rencontrent ceux qui veulent la centralisation en Angleterre : lois, habitudes, mœurs, esprit anglais rebelle aux idées générales et uniformes, ami de la spécialité. Goût du chez-soi introduit dans la vie politique.
Tout ce qui précède est plutôt une digression du sujet que le sujet lui-méme : m’y voici.
La plus salutaire de toutes les institutions qu’on puisse créer pour mettre à la portée de l’individu les moyens de travailler lui-même à son bonheur, c’est l’établissement d’une justice véritablement indépendante et agissant dans un cercle beaucoup plus étendu que celui où nous l’avons renfermée. (A noter beaucoup d’autres avantages réagissant d’une manière encore plus directe sur l’existence d’institutions libres.)
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Principe des Anglais en matière criminelle, peut-être poussé trop loin. Nous errons dans l’autre sens. Les Anglais, en rendant la justice civile très-chère, ont manqué essentiellement au principe qu'on vient d’énoncer. Us n'ont point fait, il est vrai, dépendre en cette matière l’appui de la société du gouvernement ; mais ils ont laissé le pauvre dans l’état sauvage.
Principes des Anglais en matière d’administration publique. J’ai peut-être tort de dire principes : car la chose s’est établie d’elle-rnème par la nécessité de laisser subsister des corps électifs et de les faire obéir. (L’Amérique devra être étudiée de nouveau sur la même question : là, principes analogues plus simples et plus rationnels.)
Division des autorités administratives locales. Pas de hiérarchie entre elles. Intervention continue du pouvoir judiciaire pour la faire obéir. Division du pouvoir judiciaire pour le rendre moins formidable. Presque tous les actes administratifs aboutissent à des procès, ou se revêtent des formes judiciaires. Système des amendes substitué à la réprimande ou à la destitution administrative. Son utilité, ses grands avantages dans le gouvernement et les détails de la société. Pouvoir continu et conservateur qu’il met dans les mains des particuliers. Système des fonctions obligatoires : ses avantages, sa nécessité...
Publicité. Plaidoirie des intéressés. Action individuelle sans cesse possible, soit pour faire agir le pouvoir administratif, soit pour se garantir de ses excès. Immenses avantages politiques et moraux de ce système, indiqués en partie par l 'idée générale placée en tète de cette note.
Pourquoi le gouvernement anglais, quoique les localités soient indépendantes, est fort. Administration spéciale et souvent hiérarchique pour les objets qui intéressent tout 1 empire. Intervention du pouvoir judiciaire, même en ces matières, mais tribunal central.
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Différences entre la conslitution du pouvoir judiciaire anglais et américain. Analogies.
Application de toutes ces idées à la France. Que l’avenir de la liberté politique tient à la solution du problème...
Impossibilité de faire coexister l’un à côté de l’autre un pouvoir administratif électif, et un pouvoir administratif iiummé sans l’arbitrage du pouvoir judiciaire. Ce qui se passe en France le prouve. Nous marchons à l'indépendance administrative des départements, ou à leur asservissement complet et à la destruction de la vie municipale...
Discussion pratique sur ce sujet. Introduction graduelle du principe anglais et américain qui, à vrai dire, n’est que le principe général des peuples libres. Précautions à prendre pour conserver un pouvoir central fort...
Comment les Anglais ont placé presque tout le pouvoir administratif national dans le parlement. Avantages et vices de ce système. Comment on pourrait abandonner leur principe sur ce point, en le conservant sur beaucoup d’autres. Avantages de leur système actuel, applicables à un système différent, tels que publicité, forme et garanties judiciaires.
Manchester, 2 juillet 1855.
Caractère particulier de Manchester : la grande ville manufacturière des tissus de fil, coton, etc., comme Birmingham l est des ouvrages de fer, de cuivre et d’acier.
Circonstances favorables : à dix lieues du [dus grand port de l’Angleterre (Liverpool), lequel est le port de l’Europe le mieux placé pour recevoir sûrement et en peu de temps les matières premières d’Amérique. A côté, les plus grandes mines de charbon de- terre pour faire marcher à bas prix scs machines. A vingt-cinq lieues (Birmingham) le lieu du monde où se fabriquent le mieux ces machines. Trois canaux et un chemin de fer pour transporter rapidement et
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économiquement dans toute l'Angleterre et sur tous les - points du globe ses produits. — A la tète des manufactures, la science, l'industrie, l'amour du gain, le capital anglais. Parmi les ouvriers, des hommes (des Irlandais), qui arrivent d’un pays où les besoins de l’homme se réduisent presque à ceux du sauvage, et qui peuvent travailler à très-bas prix; qui, le pouvant, forcent les ouvriers anglais, jaloux d'établir une concurrence, à faire à peu près comme eux. Ainsi réunion des avantages d’un peuple pauvre et d’un peuple riche; d'un peuple éclairé et d’un peuple ignorant, de la civilisation et de la barbarie. Comment s’étonner que Manchester qui a déjà trois cent mille âmes s'accroisse sans cesse avec une rapidité prodigieuse?
3 juillet 1835, Manchester.
Dans le rapport de la commission des corporations municipales (Report from Commissioners on municipal Corporations, p. 51), je vois, à l’article du Revenu des bourgs, le produit d'amendes imposées à ceux qui refusent de remplir des emplois publics dans la corporation. C’est là un fait remarquable et qu’il ne faut pas oublier
Manchester, 5 juillet 1835.
Il y a une grande centralisation en Angleterre ; mais quel est son caractère? Gouvernemental cl non administratif. Elle descend cependant comme la nôtre dans de très-petits et souvent dans de très-puérils détails. La manie règlementaire qui n’est pas une manie française, mais une manie d'hommes et de puissance, se
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retrouve là comme ailleurs. Mais elle ne peut s’y exercer qu’une fois en passant, et ne saurait atteindre que trèsincomplétemcnt son objet.
CONSÉQUENCES DE CE QUE LE POUVOIR CENTRALISATEUR EST DANS LES MAINS DE LA LÉGISLATURE ET NON DE L’EXÉCUTIF.
Conséquences lâcheuses :
Lenteurs, dépenses, impossibilité de certaines mesures ; inspection impossible.
Conséquences heureuses :
Publicité, respect des droits, obligation de s’en rapporter aux autorités locales de l’exécution des lois ; tendance naturelle à diviser l’action administrative, afin de ne pas créer un pouvoir rival trop fort. Centralisation très-incomplète, par cela même qu’elle est. exercée par un corps législatif ; de principes plus que de faits; générale malgré sa volonté de détailler .
Grandeur et force de l’Angleterre qui s’explique par la puissance de la centralisation sur certains points.
Prospérité, richesses, liberté de l’Angleterre, qui s’explique par l’absence de centralisation sur mille autres.
Le principe de la centralisation et le principe de l’élection des autorités locales : deux principes en opposition directe. Introduction des amendes comme moyen administratif; agence des tribunaux; intervention des tiers; seuls moyens de combiner jusqu’à un certain point les deux principes dont le premier est essentiel à la force et à l’existence de l’État; le second, à sa prospérité et à
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sa liberté. L’Angleterre n’a pas trouvé d’autre secret. Tout l’avenir des institutions libres en France est dans l’application de ces mêmes idées au génie de nos lois.
Parlement qui se mêle de tout ; qui a le pouvoir de dispenser de l’exécution des lois : idée dont les conséquences sont immenses pour comprendre la construction politique et administrative de cette société...
Pouvoirs féodaux, délégation du pouvoir central à des bourgs, à des trustées, à des administrations locales de tout genre. Le Parlement a seul le droit absolu de gouvernement, droit applicable à tout l’empire et à chaque portion de l’empire : seul principe général. Tout le reste, exceptions.
Manchester, 5 juillet 1835.
L’action administrative du gouvernement ne se retrouve dans presque aucuns détails, en Angleterre.
Presque tous les services publics sont entre les mains de petits corps délibérants, sous le nom de trustées ou commissioners (commissaires ou fidéicommissaires), créés de tout temps par le Parlement, qui, à l’époque de la création, nomme les membres qui doivent les composer. Si, ensuite, il survient des vacances, ce n’est presque jamais (je crois que je pourrais dire jamais), le roi ou ses agents qui les remplissent, c’est le corps électoral, ou le plus souvent les membres restants euxmêmes. C’est ce qu’on nomme le système des Self-elected Bodies. Ce système est prédominant. Il, s’étend jus-
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qu'aux corporations ; ou n’entcnd jamais parler du roi dans l’administration.
Manchester, 5 juillet 18"5.
Aspect extérieur.
... Une plaine ondulée, ou plutôt une réunion de petites collines. Au bas de ces collines, un fleuve de peu de largeur (l’Irwall), qui coule lentement vers la mer d’Irlande. Deux ruisseaux (le Meddlok et l’Irk), qui circulent au milieu des inégalités du sol et après mille circuits viennent se décharger dans le fleuve. Trois canaux, faits de main d'homme, et qui viennent unir sur ce môme point leurs eaux tranquilles et paresseuses. Sur ce terrain aquatique, que la nature et l’art ont contribué à arroser, sont jetés comme au hasard des palais et des chaumières. Tout dans l’apparence extérieure de la cité atteste la puissance individuelle de l’homme; rien, le pouvoir régulier de la société. La liberté humaine révèle à chaque pas sa force capricieuse et créatrice. Nulle part ne se montre l’action lente et continue du gouvernement.
... Au sommet des collines que je viens de décrire, s’élèvent trente ou quarante manufactures. Leurs six étages montent dans les airs. Leur immense enceinte annonce au loin la centralisation de l’industrie. Autour d’elles ont été semées comme à volonté les chétives habitations du pauvre; on y arrive par une multitude de petits sentiers tortueux. Entre elles s’étendent des terrains incultes qui n’ont
plus les charmes de la nature champêtre, sans présenter encore les agréments des villes. La terre y est déjà remuée, déchirée en mille endroits ; mais elle n’est point encore couverte des demeures de l’homme. Ce sont les landes de l’industrie. Les rues qui attachent les Uns aux autres les membres encore mal joints de la grande cité, présentent, comme tout le reste, l'image d’une œuvre hâtée et encore incomplète : effort passager d’une population ardente au gain, qui cherche à amasser de l’or, pour avoir d’un seul coup tout le reste, et, en attendant, méprise les agréments de la vie. Quelques-unes de ces rues sont pavées, mais le plus grand nombre présente un terrain inégal et fangeux, dans lequel s’enfonce le pied du passant ou le char du voyageur. Des tas d’immondices, des débris d’édilices, des flaques d’eau dormante et croupie se montrent çà et là le long de la demeure des habitants ou sur la surface bosselée et trouée des places publiques. Nulle part n’a passé le niveau du géomètre et le cordeau de l’arpenteur.
De ce labyrinthe infect, du milieu de celte vaste et sombre carrière de briques s’élancent, de temps en temps, de beaux palais de pierre dont les colonnes cannelées surprennent les regards de l’étranger. On dirait une ville du moyen âge, au milieu de laquelle se déploient les merveilles du dix-neuvième siècle. Mais qui pourrait décrire l’intérieur de ces quartiers placés à l’écart, réceptacle du vice et de la misère, et qui enveloppent et serrent de leurs hideux replis les vastes palais de la richesse? Sur un sol plus bas que le niveau du
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fleuve cl dominé de toutes parts par d’immenses ateliers, s’étend un terrain marécageux, que des fossés tracés de loin en loin ne sauraient dessécher ni assainir. Là aboutissent de petites rues tortueuses et étroites, que bordent des maisons d’un seul étage, dont les ais mal joints et les carreaux brisés annoncent de loin comme le dernier asile que puisse occuper l’homme entre la misère et la mort.
Au-dessous de ces misérables demeures, se trouve une rangée décavés à laquelle conduit un corridor demisouterrain. Dans chacun de ces lieux humides et repoussants sont entassées pèle mêle douze ou quinze créatures humaines...
Tout autour de cet asile de la misère, l'un des ruisseaux dont j’ai plus haut décrit le cours traîne lentement ses eaux fétides, que les travaux de l’industrie ont teintes de couleurs noirâtres. Son cours n’est point renfermé dans des quais. Les maisons se sont élevées au hasard sur ses bords. Du haut de ses rives escarpées, on le voit s’ouvrir péniblement un chemin au milieu des débris du sol, de demeures ébauchées ou de ruines récentes. C’est le Styx de ce nouvel enfer.
Cependant levez la tète, et tout autour de ce lieu vous verrez s’élever les immenses palais de l’industrie. Vous entendrez le bruit des fourneaux, les sifflements de la vapeur. ..
Ici est l’esclave, là est le maître ; là les richesses de quelques-uns, ici la misère du plus grand nombre ; là les forces organisées d’une multitude produisent, au
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profit d’un seul, ce que la société n’avait pas encore .'■u donner. Ici la faiblesse individuelle se montre plus débile et plus dépourvue encore qu’au milieu des déserts.
Une épaisse et noire fumée couvre la cité. Le soleil paraît au travers comme un disque sans rayons. C’est au milieu de ce jour incomplet que s’agitent sans cesse trois cent mille créatures humaines. Mille bruits s’élèvent incessamment au milieu de ce labyrinthe humide et obscur. Ce ne sont point les bruits ordinaires qui sortent des murs des grandes villes.
Les pas d une multitude affairée, le craquement des roues qui frottent les unes contre les autres leur circonférence dentelée, les cris de la vapeur qui s'échappe de la chaudière, les battements réguliers du métier, le roulement pesant des chars qui se croisent, tels sont les seuls bruits qui frappent incessamment votre oreille. Nulle part vous n’entendrez le pas des chevaux entraînant le riche habitant vers sa demeure ou ses plaisirs. Nulle part les élans de la joie, les éclats de la gaieté, l’harmonie des instruments qui annoncent un jour de fêle. Nulle part vous ne verrez l’heureuse aisance promenant ses loisirs au milieu des rues de la cité, ou allant chercher de simples jouissances dans les campagnes environnantes. Une multitude se presse sans cesse dans ce lieu, mais ses pas sont brusques, ses regards distraits, son aspect sombre et rude...
C’est au milieu de ce cloaque infect que le plus grand fleuve de l'industrie humaine prend sa source et va fé-
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conder l’univers. De cet égout imnjonde l’or pur s’écoule. C’est là que l’esprit humain se perfectionne et s’alirulil ; que la civilisation produit ses merveilles et que l’homme civilisé redevient presque sauvage...
Liverpool, 5 juillet 1833.
Action du pouvoir judiciaire dans l' administration publique.
Exemple : En 1791, M. Walkcr est élu councilman de Livcrpool par les bourgeois. Question de savoir si la charte ou l’usage donne ce droit d’élection aux bourgeois, ou s il n’appartient pas au corps des councilmcn [self elected body). On attaque l’élection comme illégale devant la cour du banc du roi. La charte se taisant et les parties arguant l'usage, procès; la cour renvoie l’affaire devant le jury du comté de Lancastrc (le comté où est situé Liverpool). Le jury déclare que l’usage est contraire au droit d'élection par les bourgeois, et M. Walker perd son siège. L’année suivante, l’élection tic M. Blantell donna lieu au même procès, qui fut jugé de la même manière. Depuis ce temps, le droit exclusif des councilmcn n’a plus été contesté l.
Manchester, 5 juillet 1835.
Autorités administratives exerçant des poursuites judiciaires.
Beaumont me disait avoir vu hier dans le journal ('historique d’un procès fait à un M. Wood, de Manchester, pour avoir employé dans sa manufacture des enfants au-dessous
1 Enquêle faite par les Corporalion-Commissionners à Liverpool. 2 novembre 1833.
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NOTES DE VOYAGES
de douze ans, cl les avoir fait travailler plus que le temps voulu.
Le parlement a fait, il y a quelques années, une loi qui défend d’employer dans les manufactures les enfants audessous d'un certain âge et plus d’un certain temps. La même loi, je pense, a institué, sur tous les points les plus manufacturiers du royaume, des fonctionnaires chargés de veillera son exécution. Ce sont ces officiers qui poursuivent les contraventions à la loi devant les tribunaux ordinaires. Ceci offre un bon exemple des habitudes administratives anglaises. En général, le premier venu poursuit. Mais voici une matière dans laquelle il n’est pas probable que personne poursuivit; car qui est lésé par le délit? l’enfant et les parents de l’enfant. Mais l’enfant lui-même n’a qu’une idée imparfaite de son droit et de l’utilité du droit, et ses parents sont complices du délit. Dans ce cas, le parlement est obligé d’employer un poursuivant d’office. Mais comme le pouvoir central n’a, dans les localités, aucun fonctionnaire fixe, il est forcé de nommer ail hoc, dans certains lieux, des agents qui ne sont chargés que de cette spécialité. Partout où ces agents n’existent point, la loi est mort-née.
Liverpool, i juillet isôs.
COMMENT ON PEUT ATTRIBUER AUX PRINCIPES POLITIQUES DES ANGLAIS UNE PARTIE DE LEUR PROSPÉRITÉ COMMERCIALE ET MANUFACTURIÈRE.
Originairement le pouvoir politique,, en Angleterre, comme dans le reste de l’Europe, était exclusivement dans les mains de la noblesse proprement dite. La noblesse anglaise, ayant eu de bonne heuro. l’idée cl le besoin (te s'appuyer sur les classes moyennes, et, n’ayant
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pu le faire qu’en leur donnant un pouvoir politique, l'aristocratie de l'argent ne tarda pas à s’établir, et, à mesure que le monde devint plus civilisé et les moyens de s’enrichir plus aisés, elle s’accrut, tandis que l’autre aristocratie ne cessa, par les mêmes raisons, de perdre. Depuis cinquante ans, à peu près, on peut considérer cette révolution comme accomplie en Angleterre. A partir de •cette époque, la naissance n’est plus qu’un ornement ou tout au plus un aide de l’argent. L’argent est la vraie puissance. La richesse n’est donc pas seulement devenue en Angleterre un élément de considération, de plaisirs, de bonheur; mais encore un élément, et, on pourrait dire, le seul élément du pouvoir, ce qui ne s’était jamais vu, à ce que je sache, chez aucune autre nation et dans aucun autre siècle. Ce poids immense, étant mis dans la balance du côté de la richesse, toute l’âme humaine fut entraînée de ce côté. On a attribué à la richesse ce qui lui revient naturellement et aussi ce qui ne lui revient pas. La richesse a donné la jouissance matérielle, le pouvoir, et aussi la considération, l’estime, le plaisir intellectuel. Dans tous les pays, il semble malheureux de n’ètre pas riche. En Angleterre, c’est un horrible malheur d’être pauvre. La richesse réveille d’un seul coup l’idée du bonheur et toutes les idées accessoires du bonheur; la pauvreté, ou même la médiocrité, l’image de l’infortune et toutes les idées accessoires de l’infortune. Chacun des ressorts de l'âme humaine se trouva aussitôt tendu vers l’acquisition des richesses. Dans d’autres pays, on recherche l’opulence pour jouir de la vie :
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Les Anglais la recherchent en quelque façon pour vivre.
Imaginez une semblable cause opérant avec une force progressive depuis des siècles sur plusieurs millions d'hommes, et vous concevrez sans peine que ces hommes soient devenus les plus hardis navigateurs et les plus habiles manufacturiers de la terre. Car les manufactures et le commerce sont les moyens les plus connus, les plus prompts et les plus sûrs de devenir ri-, ches. Newton a dit qu’il avait trouvé le système du monde en y peinant toujours. Les Anglais ont trouvé, parle même moyen, l’art désemparer du commerce de l’univers.
Liverpool, 7 juillet i8~5.