‹ MélangesChapitre 49 sur 59 · VISITE A LA MAISON DE MENDICITÉ ET A L'UM'EIISITÉ · texte numérisé non relu

VISITE A LA MAISON DE MENDICITÉ ET A L'UM'EIISITÉ

House of Indmtry : vaste édifice, soutenu annuellement par des dons volontaires. Dix-huit cents à deux mille pauvres y sont admis pendant le jour. Ils y reçoivent la nourriture, le couvert, et quand on peut les occuper, le travail. Ils couchent où ils peuvent.

Spectacle intérieur : l’aspect le plus hideux, le plus dégoûtant de la misère : une salle très-longue remplie de femmes et d’enfants, que leurs infirmités ou leur âge empêchent de travailler. Sur le plancher, les pauvres couchés pêle-mêle comme des cochons dans la bouc de leurs bouges. On a de la peine à ne pas mettre le pied sur un corps à moitié nu.

Dans l’aile gauche, une salle moins grande, remplie

378 NOTES DE VOYAGES

d’hommes vieux ou infirmes. Ceux-là sont assis sur des bancs de bois, tous tournés dans le même sens, pressés les uns contre les autres comme au parterre d’un spectacle. Ils ne causent point; ils ne remuent point; ils ne regardent rien; ils n’ont pas l’air de penser. Ils n’attendent, ne craignent et n’espèrent rien de la vie. Je me trompe : ils attendent le dîner qui doit venir dans trois heures. C’est le seul plaisir qui leur reste. Après quoi ils n’ont qu’à mourir.

Plus loin sont ceux qui peuvent travailler. Ceux-là sont assis sur la terre humide. Ils ont un petit maillet à la main, et ils cassent des pierres. Ceux-ci, au bout delà journée, reçoivent un penny (deux sous de France). Ce sont les heureux.

En sortant de là, nous avons rencontré une petite brouette fermée que des pauvres conduisaient. Cette brouette va à la porte des maisons riches : on jette dedans les restes du repas ; et ces débris sont apportés à la maison de mendicité pour faire la soupe.

De la maison de mendicité on nous conduit à l’université; immense jardin, tenu comme celui d’un grand seigneur; palais de granit ; une superbe église, une magnifique bibliothèque; des laquais en livrée; vingtquatre fellows, dotés d’énormes revenus. Là des personnes de toute religion reçoivent l’éducation. Mais les membres de l’Église d’Angleterre peuvent seuls diriger l’établissement cl recevoir ses revenus.

Celte université a été fondée par Élisabeth avec les terres confisquées sur les catholiques, les pères de ceux

VOYAGE EN IRLANDE

que nous venions de voir se vautrant dans leur fange à la maison de mendicité.

Cet établissement renferme quinze cents élèves. Peu appartiennent aux riches familles irlandaises. La noblesse irlandaise ne vit pas seulement hors de son pays, elle ne dépense pas seulement hors de son pays l’argent qu’il produit ; elle fait élever ses enfants en Angleterre, de peur sans doute que l'intérêt vague de la patrie et les souvenirs de la jeunesse ne les attachent un jour à l’Irlande.

Si vous voulez savoir ce que peut produire l’esprit de conquête, les haines religieuses, combinées avec les abus de l’aristocratie, sans aucun de ses avantages, venez en Irlande.

il juillet 1835. Course à Kingslowji (près Dublin).

Fêle donnée au lord lieutenant et à lady Mulgrave (depuis lord et lady Normanby) par la Compagnie du chemin de fer. Etiquette toute royale qui environne le vice-roi. Grand déjeuner qui lui est donné à Kingstown, composé en grande partie d’Irlandais évidemment non orangistes. Toast porté : To the résident noblemen (aux nobles qui résident sur leurs terres), reçu avec acclamation. Singulier toast qu’on ne peut comprendre qu’après avoir passé quelque temps en ce pays.

Dublin, il juillet 1835.

Conversation avec M. X..., avocat irlandais, très-intelligent, chargé par le gouvernement de la direction générale des National -Schools.

D. Est-il vrai qu’il n’y ait point de petits propriétaires en Irlande?

NOTES DE VOYAGES

Page 1