LA PLAINTE DE LA JEUNE FILLE
Qui a pu me créer, pauvre être.
Qui a pu me faire ainsi ?
Pour passer d'aussi mauvais jours.
Pour endurer tant de chagrins ?
Tu aurais mieux fait, mère chérie,
Si tu avais lavé de petites pierres,
Si tu avais emmaillotté de petits fagots de bois.
Si tu avais caressé la glèbe :
Cela eût mieux valu que caresser ta fille
Destinée aux soucis incessants
A de si grands chagrins.
Mon père m'a quittée
Comme on laisse une quenouille courbée,
Mon frère m'est devenu étranger.
Comme Técureuil quitte un pin desséché ;
Ma sœur m'a délaissée, [blonneuse ;
Comme les poissons abandonnent une plage sa-
Je n'ai plus de sœur ;
Ej sîtâ emoisen lasta, Jolie huoleni sanoisin^ Pakisin mieli pahani.
Ennen haastan halkosille^ Pakisen pajunwesoille, Nep' ej kerro kellenkâhân.
Enemp' on minuUa huolta Kuin on kuusessa kâpyjâ, Petajâssâ helpeheitâ, Katajassa kapseheita.
Ej oie sitâ hewoista, Parahassa pappîlassa^ Joka huoleni wetâisi.
lUat itken ikkunassa^ Aamut aitan kynnyxellâ, Kuutamet kujan owella.
Ma mère n'a pas d'enfant Auquel je puisse confier mes chagrins, Auquel je puisse dire mes peines.
Je parlerai au bois inerte, Je parlerai aux buissons des saules.
Ceux-là du moins ne diront à personne ce que je
[leur confierai.
J'ai de plus nombreux chagrins Que le pin n'a de pommes, Que le sapin n'a de fruits.
Que le genévrier n'a de bourgeons.
On ne trouverait pas un cheval Dans récurie du plus beau presbytère, Qui pourrait traîner le fardeau de mes soucis. Le soir je pleure à ma fenêtre, Le matin sur le seuil de la grange Et au clair de lune à la porte du jardin.
D'après G.-H. Schrôter.
— lyô