CHAPITRE V
LA DÉFORMATION DU CRANE CHEZ LES ANCIENS PEUPLES d'origine ALTAIQUE.
La lecture attentive de Fintéressant travail de M. Wiener sur V empire des Incas, et surtout celle du chapitre vraiment curieux sur la déformation du crâne chez les peuples indigènes de TAmérique, m'a amené à faire des recherches sur l'existence du même phénomène chez, les peuples altaïques de l'antiquité. Les récits des auteurs byzantins sur les Huns, quoique entachés d'exagération, pouvaient peut-être s expliquer, pensais- je, par une déformation du crâne en usage chez ces peuples. A, Thierry l'avait constaté chez les Huns; un savant professeur de Vienne, M. Fitzinger, chez les Avares ; et cet usage pouvait à la rigueur expliquer la' laideur repoussante de la race mongolique, et faire croire à Tunité d origine de ces peuples et des Ougro-Finnois, lesquels, ne pratiquant pas la même coutume, différaient de leurs frères par la forme du crâne. Mes doutes se sont dissipés à ce sujet, et une étude approfondie des différents auteurs qui traitent de cette intéressante -lUestion m'a amené à un double résultat : i"" Les
Huns étaient de race mongolique mélangée ; 2* la déformation du crâne n'a jamais été pratiquée chez eux, mais chez les Avares d'origine turcotartare.
La déformation du crânne chez les races indigènes de r Amérique a été constatée par les voyageurs et missionnaires qui ont visité ce pays. Les Européens, longtemps incrédules, ont dû finir par se rendre à l'évidence ; la médecine et l'anthropologie ont tranché la question en dernier ressort (i). Abstraction faite des nombreux auteurs que cite M. Wiener^ voici ce que nous avons trouvé dans les ouvrages qu'un des plus savants américanistes , M. de Charencey, a bien voulu mettre à notre disposition.
Diego de Landa dit à ce sujet :
« La faible créature était à peine venue au
monde de quatre ou cinq jours, qu'elles rétendaient sur un petit lit fabriqué de baguettes d'osier et de roseaux; là, le visage contre terre, elles lui mettaient la tête entre deux planchettes, l'une au front, l'autre à l'occiput, serrées avec force, et la tenaient avec souffrance jusqu'à ce qu'au bout de quelques jours, la tête ainsi moulée restât à jamais aplatie, suivant leur usage. Il y avait làdedans tant d'incommodité et de péril pour les petits enfants, que plusieurs en étaient près de mourir; l'auteur de ce livre en a vu un dont la
(1) WiKNiR. U Empire des IncaSy etc. Paris, Maisoaneuye,i874.
tête s'était trouée derrière les oreilles; ce qui devait arriver à un grand nombre. » Et plus loin :
« Dès que ceux-ci étaient venus au monde, on s'empressait de les laver; quand elles avaient fini de les tourmenter avec les planchettes, on leur déprimait le front et la tête, ( i ) . »
Quant aux résultats produits par ces déformations du crâne chez les indigènes de TAmérique, M. Angrand pense que cette coutume d'aplatir le front avait pris naissance dans la croyance que leur chef descendait d'une famille dont Torigine remontait, d'après la tradition, à un serpent. Les occidentaux, dit ce même savant, auraient affecté, par rivalité, une déformation contraire du crâne pour accuser davantage la diversité de leur croyance (2). M. Wiener, d'accord avec le docteur Gosse (3), n'est pas de Tavis de M. Angrand; il fait ressortir que chez* les indigènes de l'Amérique « un procédé phrénologique comme principe gouvernemental, comme tentative physiologique, est appelé à remplacer les méthodes psychologiques d'éducation (4). ^>
Eh bien, examinons l'existence de la déformation du crâne chez les peuples d'origine asiatique, et puis, suivant la savante étude de Témi-
(i) Relation des choses de Yucatan^ de Diego de Landa, traduit par Tabbé Brasseur de Bourbourg. Paris, 1874. Arthur Bertrand.
(2) WoirWmiiKR^ L'Empire des IncaSj etc.
(3) Gosse. Déformations artificielles y etc.
14) Wiener. L'Empire des Incas, etc.
nent académicien de Saint-Pétersbourg, M. Baer, nous essaierons de résoudre cette intéressante question ( i ) .
Avant de passer en revue les auteurs de l'antiquité qui ont signalé la présence de Macrocéphales, nous citerons un passage tiré d'un voyageur anglais du dernier siècle, qui constate l'existence de cet usage chez un peuple asiatique des Indes appelé Arracan, population limitrophe du Bengale au nord-ouest, du Pegou au midi et à rOrient et du royaume d'Ava au nord. Voilà ce que dit Ovington à ce sujet :
« Il faut parler maintenant des habitants de la ville capitale. Il semble qu'ils affectent dans leur taille et dans leur figure ce que les autres nations méprisent le plus. Ils estiment un front large et plat; et pour le rendre tel, on applique aux enfants dès qulls sont nés une plaque de plomb sur le front, et on ne Tôte que lorsqu'il est devenu tel qu'ils le souhaitent. Leurs narines sont larges et ouvertes, leurs yeux petits, mais vifs, leurs oreilles leur pendent jusqu'aux épaules, comme chez les Malabars, la couleur qui leur plaît le plus est la pourpre foncée (2) . »
Quand en 1 820 on découvrit, en Basse-Autriche, sur une terre appartenant au comte Breuner, ar-
(i) Die Makrocepkalen im Boden der Krimm und ŒsterreichSy von K. E. von Baer. Saint-Pétersbourg, 1860.
(2) Voyages de Jean Ovington faits à Surate et en d'autres lieux de VAsie et de V Afrique. Paris, Guillaume Cavelier fils, 1725. Traduit de Tanglais.
chéologue distingué, un crâne naacrocéphaie, et quand Rathk, Retzius, etc., eurent constaté jsa grande ressemblance avec les crânes que Pentland avait rapportés du Pérou, Tchoudi crut pouvoir trancher la question en déclarant, malgré Tavis contraire de plusieurs savants compétents, que ce crâne devait appartenir à un individu de la race des Huankas (peuple du Pérou)^ et que son existence s'expliquait facilement par les relations fréquentes que r Autriche eut sous le règne de Charles V avec l'Amérique du Sud. Cette opinion fut encore confirmée par le baron Hûgel, qui avait trouvé quelques semaines auparavant, chez un brocanteur de Vienne, un grand nombre d'antiquités péruviennes, à propos desquelles on ne put arriver à constater, malgré les investigations les plus minutieuses, comment elles étaient arrivées à Vienne.
Mais peu de temps après on découvrit de nouveau dans les environs de Vienne un crâne déformé d'après les mêmes principes, et encore plus tard en Crimée, près de la ville de Kertsch, des fouilles mirent au jour des crânes manifestement macrocéphales. On s'aperçut que M. Tchoudi s'était trompé, et les travaux de M. Fitzinger (i) et Baer (2) nous mirent bientôt sur les traces authentiques de la provenance de ces crânes.
Quant au but que les peuples de l'Amérique
(i) DieSchâdel der Avaretiy von L. J. Fitzinger. Wien, i853. (2) Die Màkrocephaleny etc.
poursuivaient en déformant les crânes de leurs enfants, il n'est pas encore assez connu; mais M.Baer se prononce absolument contre Topinion émise par le docteur Gosse et adoptée par M. Wiener (i ), qui, tout ingénieuse qu elle est, ne lui paraît pas sérieuse. Il est de Tavis de M. Angrand : il soutient qu'on poursuivait un but religieux en voulant établir une distinction, en se conformant à un usage qui a dû être d'abord déterminé par la forme du berceau^ par la manière dont J 'enfant y a été placé, usage qui a produit des résultats qu'on a augmentés plus tard par des moyens artificiels.
Quant à attribuer cet usage aux Huns, aux Sarrasins et aux Génois, quant à y assimiler les crânes découverts en Crimée, il faudrait remonter aux sources de l'histoire pour nous éclairer sur l'authenticité de ces faits.
Hippocrate est le premier qui parle dans son ouvrage « de aere^ aquis et locis » de l'existence
des Macrocépheiles « Parlons tout d abord des
Macrocéphales. Il n'existe pas d'autre peuple qui ait des crânes formés comme eux.
a Je pense que c'est d'abord l'usage de la déformation artificielle qui a produit la longueur des têtes; maintenant la nature vient en aide à Tusage. Ils considèrent ceux qui ont les plus longues têtes comme les plus nobles. Voici cet usage : aussitôt qu'un enfant est né et que sa tête est encore tendre
(i) Wiener. L'Empire des Incas, etc.
et molle, ils la pétrissent, et la forcent à pousser en longueur en appliquant un bandeau et en employant des moyens artificiels^de sorte que la forme primitive du crâne se trouve changée et qu'il est agrandi en longueur. L'usage a donc tout d'abord commencé par influer sur la nature, mais, dans la suite des temps, la nature s'était tellement habituée à la forme imposée qu'elle n'avait plus besoin d'être contrainte... » et plus loin : « Maintenant cet usage n'est plus de rigueur comme autrefois à cause de l'insouciance des hommes. Voilà mon opinion sur cette chose ( i ) . »
Ces Macrocéphales se trouvaient, d'après l'opinion des savants les plus compétents, sur les bords du Pont-Euxin, au sud du Caucase. M. Fitzinger(2) pense que c'étaient déjà les Aorses; et que ce peuple étant parti du plateau central de l'Asie, un auteur chinois, Hiouen-Thsang, n'ayant aucune connaissance de l'existence des écrits d'Hippocrate, put constater la présence d'une race congénère dans le pays de Chanha, le Kaschgar d'aujourd'hui, au vu* siècle de notre ère. . - «Il existe chez eux une coutume étrange : quand un enfant est né, on lui aplatit la tête en la comprimant avec une planchette (3) .» Strabon nous apprend que le nom de Macrocéphales existait déjà dans Hésiode,
(î) Hippocratîs et aliorum medicorum Reliqiiiœ, Ed. Franc. Zach. Ermerins. I. iSSg.
(2) FiTziNGER, ubi supra.
(3) Stanislas Julien. Histoire de la %ie de Hiouen-Thsang^ p. 396.
probablement dans une de ses poésies perdues. Strabon les appelle tantôt Macrocéphales, tantôt Megalocéphales, et il traite ces assertions de fable; mais plus loin, revenant sur sa première opinion, il dit :
... « On parle aussi de certains peuples chez lesquels chacun s'évertue à donner autant que possible à sa tête une forme allongée, en se rendant le front assez proéminent pour qu'il puisse couvrir et ombrager tout le nienton ... ( i ) » Les auteurs qui ont cru reconnaître les Siginnes dans cette population, parce que Strabon parle d eux avant de faire cette curieuse observation, commettent une grave erreur; et le commencement de ce passage même suffit à le démontrer.
Scylax (2), dans sonPériple, indique exactement la situation des Macrocéphales sans parler de l'usage qui leur a valu ce nom. Son indication s'accorde avec celle de M. Baer. D autres placent au même endroit un peuple appelé Macrones, mais tout porte à croire que ces Macrones^ que Xénophon (3) a rencontrés lors de sa fameuse retraite, n'étaient autrç chose que les Macrocéphales d'Hippocrate. Pomponius Mêla (4) les place au même endroit que Scylax. Si des lexicographes postérieurs, tels que Etienne de Byzance (v" siècle) et Suidas (x" siècle), parlent des Ma-
(i) Strabon, trad. A. Tardieu, t. II, 1. xi, p. 444.
(2) Scylax. Periplus Ponti Eux., § 72-85. .
(3) Xénophon. Anabasvi. IV, c. viir.
(4) Pomp. MéLA. De Situ orbis.
crocéphales, ce fait ne prouve pas qu on les connaissait à cette époque, mais il démontre d'une manière certaine qu'on se servait des indications antérieures. Ces auteurs nous apprennent que le nom de Sannoi a été substitué plus tard à celui de Macroriy employé par Xénophon (i) et par Strabon. Le professeur Karl Koch a constaté, lors de son voyage en Asie-Mineure^ l'existence d'une chaîne de montagnes dans cette même contrée appelée Makour-Dagh, et le nom de Sannoi paraît s être perpétué dans le nom d'un peuple appelé Dchane.
Voilà ce que nous avions à dire sur les Macro céphales de Tantiquité. Quant à l'opinion émise par M. le docteur Gosse sur les déformations du crâne chez les Huns, opinion qui s'appuie nonseulement sur un passage dans Sidoine Apollinaire, mais encore sur les recherches faites par M. A. Thierry (2),M. Baer ne la partage pas, et la combat d'une manière victorieuse (3) . Les auteurs les plus compétents de cette époque^ Ammien Marcellin (4) et Jornandès (5), ne parlent ni Tun ni l'autre de l'existence de cet usage chez les Huns, et le tableau qu'ils nous font de ce peuple nous prouve d'une
(i) Prof. Karl Koch. Der Zugderachttausend, nach Xénophon' s Anabasis geographisch erlâutert,
{2) Histoire d'Attila. Paris, Didier, i836.
(3) Baer, ubi supra.
(4) Amm. Marcellini, Rerum gestarum libri qui supersunt 1. XXXI, c. II.
(5) JoRNANDEs. De Getarutti et Gothorum origine et rébus gestis.
façon péremptoire que les Huns ont été de race mongolique mélangée et non pas des Ougro-Finnois, comme certains savants 1 ont avancé. Les rapports des Byzantins et des Goths ont été si fréquents avec les Huns, du temps d'Attila et même après sa mort, que les deux auteurs indiqués plus haut auraient eu certainement connaissance de cet étonnant usage. Les paroles de Sidoine Apollinaire, poète gallo-romain, sont trop empreintes d exagération, et ne sauraient être considérées comme une preuve suffisante pour trancher une si importante question.
Nous reproduisons ici d'ailleurs le passage tiré d'Ammien Marcellin, celui de Jornandès et les vers de Sidoine Apollinaire.
Hunnorum gens, monumentis veteribus leviter nota, ultra pa-ludes Maeoticas glacialem Oceanum accolens, omnem modum feritatis excedit. Ubi quonîam ab ipsis nascendi primitiis infantum ferro sulcanturaltius genae, ut pilorum vigor tempestivus emergens corrugatis cicatricibus hebetetur, senescunt imberbes absque ulla venuslate, spadonibus siniiles : compactis omnes firmisque membris et opimis cervicibus : prodigiosae formae et pondi ut bipèdes existîmes bestias, vel quales in commarginandis pontibus effigiati stipites dolantur incompte. In hominum autem figura licet in* suavi itavisi sunt asperi, utneque igni, neque saporatis indigeant cibis^ sed radicibus herbarum agrestium (!) et semicruda cujusvis pecoris carne vescantur, quam inter femora sua et equorum terga subsertam, fotu calefaciunt brevi. iEdificiis nullis unquam tecti : sed hsec velut ab usu communi discreta sepulchra déclinant. Nec ' enim apud eos vel arundine fastigatum reperiri tugurium potest. Sed vagi montes peragrantes et silvas, pruinas, famem, sitimque perferre ab incunabulis assuescunt. Peregre tecta nisi adigente maxima necessitate non subeunt; nec enim apud eos securos exi-
stimant esse subtectis. Indumentis operiuntur Un tels, vel ex pellibus silvestrîum murium consarcinatis : nec alla illis domestica vestis est, alia forensîs. Sed semel absoleti coloris tunica collo inserta non ante deponitur aut mutatur, quam diuturno carie in nonnullos defluxerit defrustata. Galeis incurvis capita tegunt; hîrsuta crura coriis munientes hsedinis : eorumque calcei formulis nuUis aptati^ vêtant incedere gressibus liberis. Qua causa ad pédestres parum accommodati sunt pugnas ; verum equis prbpe afïixi duris quidem,.sed deformibus, et muliebriter funguntur muneribus cousuetis. Ex ipsis quivis in hac natione pernox et perdius émit et vendit, cibumque sumit et potum, et inclinatus cervici angustas jumenti, in altum saporem adusque varietatem effunditur somniorum ; et deiiberatione super rébus proposita seriis, hoc habita omnes in commune consultant (i).
Nam et quos (Alanos) bello forsitan minime superabant, vultus sui terrore nimium pavorem ingerentes terribilitate fugabant, eo quod erat eis species pavenda nigredine, vel velut quœdam (si dici fas est) deformis offa, non faciès, habens magis puncta quam lumina. Quorum animi fîduciam torvus prodit adspectus, qui etiam in pignora sua primo die nata desaeviunt. Nam moribus ferro gênas sécant, ut antequam lactis nutrimenta percipiant , vulneris cogantur subire tolerantiam. Hinc imberbes senescunt, et sine venustate ephebi sunt; quia faciès ferro sulcata, tempestivam pilorum gratiam per cicatrices absumit. Exigui quidem forma, sed arguti, motibus expediti et ad equitandum promptissimi : scapulis latis et ad arcus sagittasque parati, iîrmis cervicibus et in superbia semper erecti. Ibi vero sub hominum figura vivunt beliuina sasvitia (2).
Gens animis membrisque minax : ita vultibus ipsis Infantum suus horror inest. Consurgit in arctum Maçsa rotunda caput : geminis sub frontc cavernis Visus adest oculis absentibus : arcta cerebri
(i^ Amm. Marcellini, Rerum gestarum libri qui supersunt, J. XXI, c. ri.
(2) JoRNANDEs. DeGetarum et Gothorum origine et rébus gestis, 1. 1, c. xxviii.
^ In cameram vix ad refugos lux pervenit orbes,
Non tamen ut clausos : nam fornice non spatioso, Magna vident spatia, et majoris luminis usum Perspicua in puteis compensant puncta profundis. Tum neper malas excrescat fistula duplex, Obtundit teneras circumdata fascia nares Ut galeis cédant. Sic propter prselia natos Maternus déformât amor, quia tensa genarum . Non interjectu fit latior area naso (i).
Quant aux monnaies à leffigie d'Attila, aucune ne doit être considérée comme authentique.
M. Gosse se trompe, dit M. Baer (2), quand il attribue à Ammien Marcellin et à Jornandès .des opinions que je le défie de trouver dans leurs ouvrages^ et M. Thierry (3) fait erreur quand il prétend que M. Retzius lui a signalé la présence de crânes déformés dans le nord de l'Europe; car de tels crânes n'ont été découverts jusqu'à présent qu'en Autriche, en Crimée, en Suisse et en France. Nous renvoyons d'ailleurs ceux qui veulent connaître toutes les raisons judicieuses que M. Baer donne à l'appui de son opinion, aux savantes communications que cet auteur a faites en 1860 à l'académie de Saint-Pétersbourg.
Déjà en i853, le savant académicien de Vienne, M. Fitdnger, a prouvé que les deux crânes trouvés en Basse-Autriche étaient des crânes d'Avares, population d'origine turco-tartare, mélangée de Finnois. Ce peuple que les historiens nous décri-
(i) C. Apollinaris Sidonii ppera. Panegr, inAnthemium. (2) Baer, ubi supra, — (3) Thierry. Histoire cT Attila,
vent comme n'ayant ni foi ni loi, était une race complètement différente de la race hunnique venue après elle, et beaucoup moins connu e des écrivains contemporains, dans ses mœurs et ses usages à cause de l'isolement où elle aimait se renfermer. En plus c'était un peuple d'une barbarie et d'une férocité raffinées, et l'histoire abonde de faits curieux qui prouvent jusqu'où allaient son astuce, sa dissimulation et sa duplicité. Le même caractère se trouverait, d'après M. Baer,xhez les Avares du Caucase, qui sont les descendants des Aorsi ou anciens Avares, ou du nioins le produit d'un mélange de peuples où l'élément avare est puissamment représenté.
Quand Nestor dit que les Avares étaient tous morts et que personne n'était resté de leur race, il ne fait que répéter un proverbe russe, très-usité à son époque^ qui ne prouve absolument rien, sinon que les Avares avaient quitté la Russie. On a trouvé d'ailleurs chez les Avares du Caucase un crâne macrocéphale; et, comme curieuse coïnci • dence, nous pouvons signaler dans Hiouen- Thsang un autre passage où cet auteur dit^ en parlant des habitants de Kaschgar : « Ils sont d'un naturel violent, et le caractère dominant de leurs mœurs est la ruse et la duplicité. Ils font peu de cas des rites et de la justice, et sont aussi peu versés .dans les lettres que dans les arts. » La dernière de cette observation n'est peut-être exacte qu'au point de vue chinois ; car Klaproth assimile cette
population à une branche de la puissante race des Hioung-nou^ et nous savons que ce peuple possédait une civilisation assez développée. Cette duplicité caractéristique ne se rencontre pas chez les Huns : au contraire^ leur prince Attila avait une certaine franchise qui le distinguait même des Byzantins, souvent d'une dissimulation consommée. Le caractère du peuple hun, décrit par les auteurs, s'accorde d ailleurs complètement avec celui des Mongols; et, entre autres particularités, je ne signalerai que celle qui nous décrit le grand conquérant hun comme attachant peu d'importance à la croyance religieuse de ses sujets qui le décrit, je dirai comme tolérant, particularité que nous retrouvons chez Tchingiz-Khân et Tamerlan ; et ce n'est que le bouddhisme qui a pu modifier les Mongols sous ce rapport. La déformation du crâne a donc existé chez les anciens Altaïques, et les Huns étaient manifestement de race mongolique mélangée : voilà les résultats auxquels nous sommes arrivés^ grâce aux savantes études de MM. Fitzinger, Baer et Wiener.
LES PEUPLES ALTAiQUES