CHAPITRE VII
les toùraniens en babylonie (l).
Messieurs^
Permettez-moi de vous présenter quelques observations succinctes sur le dernier ouvrage de M. F. Lenormant, intitulé : La Magie chei les Chaldéens et les Origines accadiennes.
Avant tout je me permettrai d'exprimer mon admiration pour la fécondité vraiment prodigieuse de M. Lenormant. Rarement un homme a été doué d'aussi heureuses dispositions. M. Lenormant joint à une grande facilité d'assimilation une mémoire extraordinaire et une érudition fort étendue.
Quand M, Oppert, le premier^ comme par intuition, prononça le mot Touranien en parlant des cunéiformes de Tantique cité de Babylone, ses adversaires ne se doutaient pas que l'exemple donné par le maître devait être suivi par un savant aussi fécond que M. Lenormant.
Le livre de M. Lenormant se subdivise en deux parties, comme le titre l'indique d'ailleurs : i"* sur la magie chez les Chaldéens; 2"* sur les origines accadiennes.
( I ) Communicationfaite à la Société de Philologie, le 7 avril 1 874.
Nous ne dirons rien de la première partie; d'abord le sujet sort de notre compétence, ensuite il est des plus élastiques. Et je pense que, quand on veut trouver des ressemblances entre les magies de deux peuples, on en trouvera toujours un peu ; encore faut-il qu'on présente des raisons ingénieuses à r appui de sa thèse. C'est ce que M. Lenormant a fait. D'ailleurs l'ouvrage de M. Léouzon- Leduc sur le Kalevala est si rempli de faits curieux que M. Lenormanty a trouvé une source vraiment inépuisable. Le récit de M. Lenormant est d'ailleurs des mieux soutenus et des plus intéressants.
Quant à la seconde partie, elle est particulièrement importante pour tous ceux qui s'occupent d'études touraniennes. Cette partie est remplie de faits nouveaux ; et l'auteur se sert des données de Castrén, de MM. Oppert, Max MûUer, Sayce, Rawlinson, etc. , pour en déduire des conséquences frappantes qui ne manqueront pas d'attirer l'attention des hommes compétents! On y voit qu'aucun auteur du nord n'est inconnu à M. Lenormant. On me permettra de relever quelques points de détail, peu importants sans doute, si on les compare à Terisemble de Touvrage.
Quand M. Lenormant dit, à l'exemple de M» Sayce, que la loi de Grimme n'existait pas pour les langues touraniennes, il commet une erreur : car cette loi y existe dans toute sa pureté. Quand
bien même Tapplication s'écarterait de celle des
langues aryennes, son existence a été victorieusement prouvée quant au groupe des langues ougro-finnoises. Le changement des consonnes gutturales k= ch= h;
p. e. : L (i) kolme = [o. f. charm= m. hârom; kuolo=cholta = holt; kurku == turch = torok.
h= j;h=ch = k;g = gy; g= d;m =ng (n espagnol) = g = k;
p. e. : 1. pane, =z. pinj, = o, penk, = m. fog; manga^=môgé;o.sunk,=m.zûg;o. jeng, = m. jég, etc. (2).
La mutation des consonnes palatales telles que j=:gy'.
p. e. : m. jalka = m. gyalog; hajma = hagyma; jôn = gyôn ; jarto = gyarto ; jer = gyer; jojit = gyogyit, etc ; j=znyetj=:-v.
La mutation des consonnes linguales l=:j=z gy; l=n; l:=r; l=:v, etc.
La mutation des consonnes dentales telles que tz:=id; t=l; t= n; /=:î; t = si;n = gy^ etc.
La mutation des consonnes labiales p=:l; p =: j ; m =p; av = o; ev =: 0, etc. (3).
En considérant que la langue finnoise comme le
(i) F. =: finnois; o* f. =i oraison funèbre ou ancien magyar; m* = magyar.
(2) 1. = lapon; z* = zyrénien; o* = ostiak; m. = magyar*
(3) Voir Grammaire philologique de la langue magyare (Afa->> gyatisthe Grammatik), par A* M. Riedl*
mongol d ailleurs manque des consonnes b, g, d, et de la consonne/, qui est toujours remplacée par un Vy et que la langue magyare possède un bien plus grand nombre de consonnes, et même des consonnes composées comme les autres langues ougriennes, on comprendra facilement qu'une loi phonétique sera beaucoup plus difficile à établir. Néanmoins elle existe, et nous pouvons constater qu aux tenuis finnoises correspondent toujours des medice hongroises et leurs dérivées, et aux mutœ finnoises des spirantes hongroises et leurs dérivées. Comme par exemple : ûnndispajuj saule, hongrois fû^; i. pakkainen, consolation, h. fagy; f. pala, morceau, h.falat; peitet, toit, fôdél; pelko, cvamte^ félelem; pelto^ terre, fôld; pesa, md, fés{ek;pilpi, nuage, felhô; poika^ garçon, fiu; puoliy moitié,/?/; punos, tisser , fonds ; puUy dshvQyfa;pdâ, tête^fej; pââsky, hirondelle, fecske, etc.; kalli, colline, halom; kala, poisson, hal ; kosio, héros, hôs ; kota, maison, hâ^; kusi, urine, hugy; kuoloy mort, halâl; kuUy mois, hô; kuula, vessie, holyag; kuullo, entendre, hallds; kunvalUy clair de lune, holdvilâg; kolme, trois, hdrom ; kauka y long, hos{û; kuusi, six, hat; kylma, froid, hûpes et hidegy etc.; hajay odeur, s{ag;pahay mauvais, bos{û ; harakka, pie, s:(arka ; harja, crinière, serény; hapairiy aigre, savanyu; harmaa, gris, s^ûrke; hirviy cerf, siarvas, etc.
Quant aux appellations soumir et accade, nous pensons qu'il faut dire avec M. Oppert, soumi-
rien et non pas accadien. Il serait trop long de reproduire ici les observations judicieuses que M. Oppert a présentées à Tappui de son opinion. Vpici ce que dit M. Lenornoiant à ce sujet : <r Je prends dans mon texte soumir et accad comme une dualité ethnographique correspondante aux deux races kouschito-sémitique et touranienne, qui ont coexisté sur le sol des provinces baignées par TEuphrate et le Tigre. En effet, on ne peut guère douter que les Assyriens ne Talent entendu ainsi. Seulement à Torigine il en était autrement : soumir et accad ont eu d'abord le caractère de désignation purement géographique, et n'ont pris le caractère de désignation de race distincte que par suite Kle la prédominance des Kouschito-Sémites dans le pays de Soumir ou Sennaar, et les Touraniens dans le pays d'Accad, à une époque déjà historique.
« Mais comment se fait-il que cette désignation purement géographique, mot manifestement touranien, tire son origine du mot Suomi, peuple finnois qui à une époque fort reculée habita sur les bords de TObi et de Tlrtiche supérieur ? »
Je pense que le savant auteur se contredit ici lui-même, et je me permets de lui soumettre cette observation^ en l'ajoutant aux autres que M. Oppert lui a soumises.
Quand plus tard M. Lenormant rapproche les Accadiens montagnards et les Soumeriens, gens du
fleuve ou des fleuves, aux Akkaraks et aux Soumirs
de Castrén, il ne fait que répéter ce que M. Koskinen a dit pour les Soumirs, et ce que moi-même je me suis permis de dire dans mon ouvrage sur la migration des Touraniens pour les Akkaraks. Seulement Tidée nous a paru si hardie, à M. Koskinen et à moi> que nous ne Tavons énoncée que sous toute réserve, d'autant plus qu'elle ne repose que sur la similitude de quatre noms.
Quant au mot Akkarak, nom que les Tartares donnaient à un peuple blond aux yeux bleus, peutêtre les Ousouns des chroniques chinoises, mon savant confrère, M. Joseph Halévy, m'a signifié que c'étaient les Karaks blancs^ ce qui s'accorde parfaitement avec la tradition. Ce peuple, qui a laissé des traces entre le mont Tagnou-Oola et les monts Sayansk, était certainement d'origine touranienne, et probablement le même peuple que les Tchoudes piétallurgistes des traditions slaves. Était-ce un peuple montagnard? Tout porte à le croire.
Quant aux Soumirs, nous savons positivement que ce n'était pas un peuple habitant la plaine. Castrén dit qu'ils ont dû occuper le pays près des sources de l'Irtiche et de l'Obi et non pas le long du Ienisseï. Les Akkaraks n'habitaient pas les monts Sayansk, mais la dépression du terrain entre cette chaîne de montagnes et le Tagnou-Oola. Quant à l'étymologie du mot soum sum, elle est très-contestée et pour le moins sujette à controverse. La racine sum signifie en finnois lac et non pas ri-
vière. Le mot sww, fleuve, en lapon n'existe pas; et les Soumirs seraient donc les habitants des bords des lacs, et on sait combien il y en a dans ces contrées.
Encore quelques observations sur les mots^ magyars et finnois que M. Lenormant a cru devoir rapprocher des mots accadiens. Il est regrettable que le savant auteur se soit borné à donner un vocabulaire de dix-sept mots seulement,, et nous attendons avec impatience et non sansune vive curiosité les nombreux rapprochements^ qu'il nous promet.
Voici quelques observations au sujet de ces mots t