SUR LE PÈRE MARQUETTE
Le P. Marquette est trop connu, surtout dans un milieu d'Américanistes, pour que je désire une fois de plus faire le récit de sa grande découverte, et retracer sa courte carrière.
Son Cursus Vifae est simple et court:
Jacques ^NIarqlette est né à Laon, le i*'"juin 163" ; il entra au noviciat de la Compagnie de Jésus, le 7 octobre i654 et partit pour le Canada en 1666 ; compagnon de JoUiet* dans la mémorable reconnaissance du Mississipi, dont celui-ci était le chef, il s'embarqua le i3 mai 1678, descendit jusqu'au pays des Arkansas, le grand fleuve, qu'il remonta jusqu'à la rivière des Illinois, alla ensuite chez les Miamis sur le lac Michigan, et resta dans cette peuplade. Il mourut en voyage sur les bords du lac Michigan, le 18 mai 1670.
Il y a quelques semaines, mon ami, le R. P. Alfred Hamy, S. J., bien connu par ses travaux iconographiques sur la Compagnie de Jésus, m'écrivait pour attirer mon attention et celle des Sociétés savantes, sur les honneurs rendus à la mémoire de Marquette par les Américains : « Non contents, dit-il, d'avoir érigé à Washington, dans le Slatuarv Hall du Capilole, une statue en marbre blanc de ôoooo francs, due au ciseau de Trentavone, puis une en bronze, copie de la première, voilà qu'ils ont célébré un Marquette dav, un Mar-
1. Extrait du Compte rendu du (Congrès internalional drs Aniéricantsics, tenu à Piiris, en septembre 1900.
2. Louis JoLLiKT, fils (l'un charron originaire de Sézannc-en-Brie, baptisé à Québec, en iG^5.
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quette faii-, lait un liinbic Marquette et Ils sont sur le point d'ériger un monument gigantesque li Mackinaw où les ossements de Marquette ont été retrouvés par le R. Edouard Jacker en 1877. »
Mackinaw, ai-je besoin do le diie, est une petite ville df l'F^tat de Michif£an, à l'endiiiit où les oaiix du lac du môme nom se réunissent à celles tlu lac llurnn.
Je n'ai nullement l'intention, ce n'est pas d'ailleurs le lieu de le faire, d'instruire le procès de béatification du P. Marquette, ni celui de l'édification de sa statue. La priorité de la découverte du Mississipi, qui appartient ii l'Espagnol Soto, a été attribuée tantôt à .lolliet et Marquette, tantôt ii Robert Cavelier de la Salle ; je me contente de produire les résultats des dernières en(ju<>tes :
Un bibliographe am«'-ricain bien connu, après aviiir examiné avec soin les pièces du débat, conclut ainsi :
« Non, il n'est pas prouvé que Cavelier de la Salle soit allé jusqu'au Mississipi entre les années lOGcj et 1672, ni môme avant le retour de Jollict à Québec en iC)-!i. Dans l'état actuel de la question, la priorité — non de la découverte du grand lleuvc, la<|uelle appartient ix lleriiandt» de Soto', — mais de la première vue, description et e\plor;ition de ses rives par des l-'rançais, revient à Louis Jolliel et au Père Marcjuettc ^ »
u La Salle est-il arrivé au Mississipi a\anl Jolliel et Marquette, c'cst-ii-dire antérieurement au mois de juin id'j^'f » demande le P. Rrucker. « Nous devons ilire (|ue l'alfirmative a été s<»ulenue bien avant M. (îravier par M. Pierre Margrv, dans le Journal ^cru'nil de l' Instruction pithluiuv (août iSG'i). l'ne pol<-nii(|ue courtoise s'engagea sur ce sujet, il v a une (|uin/aine d'années, entre ce savant cl le P. Taillian, éditeur des curieux Mt'moirvs de Nicolas Perrot sur les moeurs, coustunws rt rrlti^'ion tics stim'o^'m de l'Anié-
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3 Noir» |»our nervir k riii«|iilre, k \a l>ibliuKni|iliie ri ù In rartographir il« la .Nouvelle-Kraiire cl de» |>«y» «djacpiiU i'.tftl)-t-m>, jmr l'autrur de la Uibluythecc Amfrieana VeUislusimo, l'uri», TruM, 1H7J, iD-iJ (llenrjr li*iilius«).
rique sepfcnfrionalc. Cette controverse a ensuite occupé aussi M. Francis Parkman, dans son brillant ouvrage La décom'crle du i^rand Ouest, consacré presque tout entier à La Salle, et M. Ilarrisse, dans ses savantes ^Ao/es/^o?//- se/v<> à l'histoire, à la bibliographie et à la cartographie de la Nouvelle France. L'un et l'autre ont conclu en faveur de ^larquette. De nouvelles éludes sur les pièces du procès paraissent avoir amené M. Margry au même sentiment. Dans le premier volume des Mémoires et documents sur les découvertes et établissements des Français dans l'Ouest et dans le Sud de l'Amérique septentrionale, le chapitre xi, renfermant les documents sur le voyage de JoUiet et de Marquette, en 1673, a pour titre : Découverte du Mississipi par Louis Jolliel, accompagné du Père Marquette.
« M. Gravier qui reste le seul patron de la priorité de La Salle, n'a pas donné d'autres preuves que celles qu'il a trouvées dans MM. Margry et Parkman » '.
Notre savant confrère, M. Gabriel Marcel, rappelle que: « dans un mémoire qu'il adresse, en 1O77, à Frontenac, Cavelier parlant de ses découvertes, les résume ainsi:... II la suivit (l'Ohio) jusqu'à un endroit où elle tombe de fort haut dans de vastes marais, à la hauteur de 87°, après avoir été grossie par une autre rivière fort large qui vient du nord ; et toutes ces eaux se déchargent, selon toutes les apparences, dans le golfe du Mexique et lui font espérer de trouver une nouvelle communication avec la mer. »
Ainsi donc, non seulement La Salle n'est pas allé jusqu'au Mississipi, il l'avoue formellement, mais encore il ne fait c^n espérer, en 1677, de trouver une nouvelle communication avec la mer. Il semble qu'après ce passage vraiment topique, la cause soit entendue et que, sur ses propres déclarations, La Salle doive être condamné ^
1. J.icques Marquette et In dérouverle de la Vallée du Mississipi par le P. J. Brticker de la Compagnie de Jésus. — Extrait des Eludes religieuses. Lyon, l'ilrat aîné, 1880, br. in-8, pp. 3l.
Voir pp. l3-lii.