BUENOS-AIRES
sortes de lieux dits « les trois, cinq coins» (3, 3 esquinas^. Dans le centre de la ville, les rues bien régulières sont relativement étroites ; ainsi, Rivadavia, (jui n'a qu'une largeur de t)'",5:iG au début de la ville, en a une de 25", 9<» au deli» de la rue Callao. Pour faciliter la circulation dans des voies trop étroites, les tramways et les voilures suivent en prenant la f^AXXchc yizquienla) une rue en montant et une autre en descendant ; des flèches peintes en noir sur les murs indiquent la direction; c'est le système dit américain, que l'on essaye d'implanter chez nous et que l'on a baptisé système Eno, d'après le nom de celui (jui l'a importé; il y a des heures où l'encombrement est tel dans certaines rues, comme Recnnqiiis/a, aux coins de Can^allo, qu'on pourrait se croire ii Londres, devajit la Banfjue, ou ii New-York, dans Broadway, |)rès de Wall-Street ; la rue Florida, qui est la rue élégante de Buenos-Aires, n'a pas de tramways et la circulation des voitures y est interdite à partir de .'> heures du soir.
Cet encombrement des rues a obligé la municipalité à ouvrir i« gauche et parallèlement à la rue Rivadavia, une large et belle voie nommée Avenida de Mavo (jui commence a la place du même nom et se termine à la place du Congrès. C'est aujourd'hui hi |»lus belle xoie de Buenos-Aires, avec des refuges au milieu de la chaussée, éclairée par des lampes ejeetriqin's. Pour la construire, on a été obligé de délruiie raiiti(|uc (^abildo ou Muiiiei|ialite. cpii lut li' théâtre de tous les événements (jiii ont anient' la déclaration de l'indépendance de la République .\rgentine; il en reste cependant une petite jiartie dans les C«>urs de justice qui se trtnivent à l'angle <|r la phiee et de Tavenue de Mai, et 8*étentlent jusipi'ii la rue Victoria. La chapelle et la prison «lu dictateur R(»/as existent encore et ont été transiorniées en bureaux. L'ancien Cabiido, qui s'étendait de la rue Ri\ada>ia à la rue Victoria, se composait d un grand bâtiment à un étage au milieu tluquel se trouvait une tour; il n'avait rien de bien remaripiable, mais il était un souvenir historique. Le» Argentins semblent prendre ji lâche d'elVa-
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cer toute trnce tlu passé ; assurément, on no peut demander à une ville aussi moderne de rappeler aux visiteurs des souvenirs comme nos vieilles cités d'Europe, mais il eût été facile, je crois, de conserver les rares monuments qui retraçaient les événements de l'histoire du pays. Les tribunaux eux-mêmes vont être transportés dans un bâtiment immense, construit par un architecte français sur la place Lavalle.
A droite, au coin de l'avenue et de la place de Mai, s'élève le grand bâtiment banal de l'Intendance municipale; à côté un véritable palais, celui du journal quotidien, la Prensa, puis le club du Progrès ; d'immenses hôtels, tels que le Majeslic, de riches magasins, des cafés dont la « terrasse » est envahie par les consommateurs comme dans les établissements similaires sur le boulevard>^à Paris. Des marchands de journaux circulent à travers les groupes ; au coin des rues, des kiosques où l'on vend des journaux ou des cigares, avec l'offre gratuite dallumeltes « fosforos » aux clients, tandis que sur les trottoirs une foule de gens affairés ou de loisir se pressent en rangs serrés. La chaussée est encombrée d'automobiles et de véhicules de toutes sortes dont les longues files s'écartent de temps à autre devant un défilé de troupes, un cortège d'étudiants, une pompe à incendie ; d'ailleurs la police des rues est admirablement faite par les agents coifl'és du casque bien connu des policemen de Londres. C'est dans l'avenue de ^lai que se déroulèrent les principales manifestations extérieures des fêtes du centenaire ; on y put voir tantôt l'Infante Isabelle, tantôt le Président du Chili, une autre fois, un diplomate étranger, tantôt des délégations d'une colonie étrangère, italienne, française, allemande, parfois une procession d'étudiants, un défilé des cadets chiliens, ou une galopade des gauchos avec leurs compagnes en croupe derrière eux, à chaque instant le passage d'une troupe allant ou revenant d une revue.
L'avenue de Mai et la rue Florida sont les voies élégantes de la capitale ; celle-ci même peut être considérée comme
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l;i rue do la Paix, ii cause de la richesse de ses inairasins. <loiil l»' j)iincipal est sans doute celui de Galh y Chaves, sorte de Bon Mardi»'* ou de Louvre, dont le chilVre d'afTaires. in'a-t-on dit, tiépasse cent millions de francs. Les propriétaires avaient oriîanisé da;is une de leurs succursales de Florida, u l'aidt' d»' marionnettes bien costumées, les scènes des principales batailles des «guerres de l'Indépen- <lance. C'est éj^alement dans Florida que se Inuivent les principaux restaurants, dont l'un est tenu pai' un Français, ninsi quo les galeries des marchands de tableaux.
Huenos-.\ir<"s. comme le reste du pavs justju ii la (]or- «lillère, est |ilatf : aucune butt«', aucune montée; les rues s'élargissent en grandes avenues dans la périph(''rie. Les maisons en briques avec une façade en stuc, daris l'intérieur de la ville, sans atteindre (sauf dans le cas de quelques grands hAtels, Majeslic, IMaza) la hauteur des « sky scrapers » de New-York, s'élèvent néanmoins de plusieurs étages; comme aux l'^ats-l'nis, leur carcasse est faite irune charp<'nte en fer. Dans la banlieue, les maisons n «mt qu'un rez-de-chaussée (|ui, dans les anciennes demeures, a jiarfois jus(|u'ii 7.» mètres de profondeur et renferme une quinzaine de pièces ; dans les nouvelles constructions, ces (|uinze pièces seront réparties sur deux on trois étages et sur uno profondeur de 1.') mètres seulement. I/asjtect de la banlieue est donc bien dillérent de celui du centre.
F>e plan de la ville en damier rend les courses fort longues et l'on a songé à parer à ce grave inconvénient ; on a fait a|)pel à la science de l'architecte bien ctmnii de la \ille de Paris, M. Bouvard, qui propose, je crois, tie c«»uper la ville entière par deux diagonales, ('e projet est bien dispendieux ; seia-t-il exécuté?... Les rues sont pavées en buis ou as[)haltées comme l'aNenuede Mai; les trottoirs sont formés de dalles ou «le carreaux de ciment ; les larges (■haussées (le la baidieue sont en macadam qui se transforme facilement en boue. Les plaques des noms de rues snu\ rectangulaires ri les lettres smil blanches sur btnd bien ,
quant aux numéros des maisons qui commencent soit au\ quais, soit à Rivadavia, ils sont noirs sur des plaques blanches ovales, les numéros impairs étant à droite en montant les rues. Au coin de certaines rues, des plaques rectangulaires de bronze offrent le médaillon et une courte notice biographique du personnage dont elles portent le nom : Balcarce, Moreno, etc. ; elles me rappellent la plaque consacrée h la mémoire d'Arvers dans l'ile Saint-Louis. Ici l'électricité règne dans les tramways et éclaire les rues; les Allemands sont les détenteurs de la plus grande force motrice ; pendant les fêtes du centenaire, la dépense d'électricité fut incroyable, on l'estimait à 8000 piastres par heure ; non seulement les monuments comme le palais du Congrès et les grandes artères comme l'Avenida étaient illuminés, mais aussi les établissements particuliers. On jugera de la dépense quand on saura que, tous les soirs,, pendant les fêtes, au seul Majeslic, dix-huit mille lampes électriques étaient allumées ; du haut de la tour de l'hôtel, un projecteur balayait la ville de ses rayons lumineux. Ces merveilleuses illuminations furent parfois « sabotées » et l'éclairage manqua à plusieurs reprises. Car, au milieu de l'enthousiasme général, les anarchistes ne manquèrent pas d'apporter leur note bruyante et discordante.
Les anarchistes, qui ne comptent que quelques milliers d'adeptes dans l'Argentine, sont Russes pour la plupart, avec un certain nombre d'Espagnols qui, passifs jadis, ont, sous l'impulsion des nouveaux venus, pris part à une série de crimes qualifiés politiques, mais ressortissant du droit commun. Il n'y a pas de place pour le socialisme, encore moins pour l'anarchie, dans un pays où le paupérisme n'existe pas; les salaires sont assez élevés et la demande de main-d'œuvre assez grande pour que chacun puisse largement gagner sa vie. Ces anarchistes ont d'ailleurs trouvé leurs maîtres dans une police solidement orga-