BUENOS AIRES
iiisée, fortement soutenue par le gouvernement et encouragée par l'opinion publique, qui agit sans ménagement quand le besoin s'en fait sentir; les Argentins ne veulent pas de l'anarchie, article d'importation transatlantique, et ils ont bien raison : les théories et les phrases vides de sens de rhéteurs vivant aux dépens de leurs dupes, n'ont aucun succès au milieu d'une population laborieuse, qui connaît trop les réalités de la vie pour se laisser prendre aux sornettes des orateurs de places publiques et ni<^me d'assemblées législatives. Le l \ mai, le Sénat approuvait la proclamation de l'état de siège de Buenos-Aires, déjà voté par la Chambre des Députés; mesure bénigne qui ne troublait en aucune façon la vie ordinaire des citoyens paisibles, et (|ui donnait au pouvoir exécutif le droit d'user immédiatement de mesures spéciales à la veille du Centenaire. Avant la déclaration de l'état de siège, 72 anarchistes avaient été <'X[)ulsés ; après le vote du Parlement, .'^2.'^ autres les rejoignirent, (iénéralement, les anarchistes sont déportf'-s ii l'île des Ktats, dans le suil <1«' la Patagonie : on ne dit pas (ju'ils en revicnnrnt jamais. Les j(»urnaux durent faire silence sur les mesures prises contre les perturbateurs de l'ordre public et sur les attentats de ceux-ci: cependant on n'ignorait pas que des bombes étaient découvertes et que des bagarres avaient lieu journellement entre les anarchistes et la police. On annonçait niAme un attentat pour la soirée de gala au théâtre Cidon : il n'eut pas lieu, mais ce n'était que partie rmiisr; une bombe a éclaté dans celte salle dej)uis mon départ. Nalurellcment, le gtmvernemenl argentin n'était pas sans crainte pour ses hiMcs, en particulier p<»ur l'Infante Isabelle, dont l'arrivée fut saluée avec joie, le départ avec plus de joie encore, mais rnlin tout se passa sans dillicultés.
La police a trouvé un bruyant auxiliaire dans les étudiants, (jui, |)cndant mon séjour, se sont livrés ii un»' \érilablr rhassr aux anarchistes; un soir, il v eut une trrribir rencontre, dans laqurlle un étudiant fut tué et six de ses camarades bb-ssén ; iU mirent à sac une boutique (!•• librairie
I!t2 MÉLANGES AMÉRICAINS
socialiste, ils saccagèrent les ])ureau\ de deux journaux révolutionnaires et incendièrent trois imprimeries anarchistes; les pompiers (^bomberas) eurent fort à faire. Pendant les fôtes, des cortèfres d'étudiants se promenaient continuellement dans les rues avec leurs bannières blanc et hleu. obligeant les passants h se découvrir, malmenant ceux qui résistaient, ils hurlaient Thymne national et terminaient par un cri rauque qui me rappelait singulièrement le rugissement sauvage des guerriers cafres dans le sud de l'Afrif|ue. Ces étudiants jouent volontiers le rôle de la police, h laquelle ils se substituent, grâce à la faiblesse du gouvernement. J'ai été témoin du fait suivant: quoique les gouvernements du Brésil et de l'Argentine soient en bons termes olliciellement, les populations des deux pays ont peu de tendresse Tune pour l'autre, et l'absence d'un délégué du Brésil aux fêtes fut considérée comme une injure. Les hôtels et les maisons, surtout dans l'avenue de Mai, étaient pavoises des drapeaux de toutes les nations; le samedi 21 mai, il dix heures du soir, sur les injonctions des étudiants, qui menaçaient de casser les vitres, mon hôtelier vint enlever le drapeau brésilien, qui, par hasard, flottait ii mon balcon; deux jours après, le commissaire de police venait annoncer qu'on pouvait replacer le drapeau ; il fut une seconde fois enlevé sur l'ordre des étudiants. L insulte faite au drapeau brésilien, qui disparut de tous les édifices, eut sa contrepartie à Rio-de-Janeiro, où la population, furieuse, fit le siège du consulat argentin ; celui-ci ne fut dégagé qu'à grand peine par la troupe. Il est bon que les étudiants soient partisans de l'ordre, mais il est dangereux de leur laisser le soin de l'assurer eux-mêmes. La place des étudiants est dans les salles de cours et non dans la rue, dont la police seule doit avoir la surveillance ; le rôle qu'on laisse jouer aux étudiants à Buenos-Aires peut devenir un véritable danger pour la sécurité publique; il y a dans leur conduite une menace de pronunciamento pour l'avenir.
Les bâtiments de l'Université nationale de Buenos-Aires, dont la fondation fut approuvée par Ordonnance rovale du
MLKNOS-AIRES 193
22 mars 177^, et dont rinauguratioii eut lieu le 12 août 1821, sont répartis dans les différents quartiers de la ville. Klle renferme 'i 600 étudiants, dont 2000 pour la médecine. Le premier recteur fut Antonio Saenz (1821-1825); le recteur actuel est le D*^ Eufemio Uballes. L'administration centrale et la |)his récente des Facultés, la Faculté de Phil«»sophie et des Lettres, créée le i3 février i8f)6, sont situées dans la rue Viamonte, avec un musée ethnographique du plus haut int«'T<^t, dirigé par le D"" Amhrosetti, qui est d'oriirine italiciiiie. La Faculté de Droit et de Sciences sociales, qui se trouve dans la rue Moreno, doit être reconstruite ; elle a son origine dans la fondation de l'Académie de jurisprudence, le 7 février 181 'i ; la Faculté des Sciences exactes, physiques et naturelles, rue du Pérou, remonte au ]() août 1810, époque à laquelle fut créée une Kcole de mathématiques; elle aura pins tard une grandiose installation. La Faculté des Sciences médicales, de la rue Cordoha. est peut-ôtre pour les étrangers la plus remaripiable des Facultés; elle occupe un bâtiment immense, dont la construction fut commencée en 188.') par l'architecte F. Tamhurini, et dont l'inauguration eut lieu dix ans plus tard, le l 'i octobre; la grande salle est ornée de peintures représi-ntant l^'>^ piincipalrs (l<'C(Mivertes d<' la médecine, partni Icsquellfs nous voyons liguier nos illustres c(»m|)atri(»tes (Jau«le licrnard et Pasteur, près «le William Ilarvev. Vésale, et autres savants, hirnlailrui s de 1 hiiniaiiit»'.
Cette l'acuité possède une morgue, auprès de laipielle la nAtre l'ait triste ligure; de l'autre cAté de la rue, un grand h(\|>ital lui sert de clini(pie : il est bon de rappeler (pie le premier cciurs d anatoniie lut ouvert a Hunios .\in>s le l"mars iSoi; un Musé»* de Pharniaeohtgie est egah'inent atlarhé ii la l'acidle. I'',nrm la dernière faculté est celle d Agronomie et d .\rt \<''l«'rinaire. qui a une iinporlan«'<' >périalf dans un»- contrée «le grainl éleyagf.
L«* Mu»e«" «le Pharmacologie d«' la l''acultè des Scienc«-> médicales possède dcpuin cin(| an» les piipicr» du célèbre naturali-tp lran(;aiH Itonpiand. .\im«' - Jaccpies- .\Iexandre
Goujaud-Bonpland est né le 28 août 177.3 à la Rochelle; il est mort, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans. le 1 i mars i858, à Restauracion et il fut inhumé à Paso de les Libres. Sa mort fut connue en Furope en juillet suivant et la nouvelle en fut communiquée à l'Académie des Sciences par Humholdt. Suivant le conseil de ce dernier, les professeurs du Muséum d Histoire naturelle, sur l'avis de l'Académie, réclamèrent les papiers et les collections de Bonpland qui furent remis au comte de Brossard, consul de France à l'Assomption, par lintermédiaire duquel ils sont parvenus à Paris et sont entrés dans les archives et les collections du Jardin des Plantes. Toutefois, tous les documents n'avaient pas été remis à notre agent par la famille de Bonpland ou plutôt par le curé Gav qui fut, sans aucun doute, l'intermédiaire dans cette affaire ; ils furent gardés à Corrientes jusqu'au moment où le fds du naturaliste. Amado, les remit au directeur du Musée de Pharmacologie. Ils vont être prochainement publiés, et l'on peut juger de leur intérêt quand on observe que parmi ces documents inédits se trouvent vingt-huit lettres autographes d'Alexandre de Humboldt, des lettres de A. -P. de Candolle, trois lettres de W.-J. Ilooker, des correspondances de Bonpland avec Demersav, François Delessert, Sir Joseph Banks, etc.'. Le compagnon d'Alexandre de Humboldt ne jouit pas chez nous de la légitime réputation que ses vovages et ses recherches lui ont value dans d'autres pays, lAllemagne, par exemple, ou les Républiques sud-américaines au milieu desquelles il a passé la plus grande partie de sa vie; aucune rue à Paris ne porte le nom de Bonpland.
1. Il est intt'-ressHiit «le noter que laniM-e dernière (1909), le petit-fils do BonpLind, Pompeyo, prenjiit pour sujet de sa thèse de doctoral en médecine, à l'université de Buenos-Aires, des frajjnients du journal médical de son aïeul. Cette thèse comprend quatre chapitres : i" .\imc Bonpland en Europe ; 2° voyage aux Deux .\uiériquos avec Alexandre de Humboldt ; 3" Bonpland dans la Ucpubliqne Arj^enline ; ^'^ fiajjniunts du jtiurnal médical dVinii- Hnnpland.
BUEXOS-AIRES 195
A l'occasion du centenaire, on a reconstitué dans les Cours de justice, ii l'entrée de l'avenue de Mai, la salle de la première assemblée (y'///î/a) du 2'» mai 1810, dans l'ancien Cahiido (Municipalité). Cette salle, d'une pfiande hauteur, est ornée de cartouches au plafond, dont l'un porte en lettres d'or: Audiencia 6 abril i()i\i-\\ ;il)iil i-,S,'?. De cha(jue C(^té de l'entrée étaient placés des canapés de velours Tou^c usagés et mangés par les vers et devant les canapés on avait installé, à droite et ii gauche, un vieux banc de bois. Ces meubles historiques avaient tti- pr<'t«'s par le Musée national. Une platç-l'orme, avec un tapis rou«re, élevée d'une marche, occupait au fond la largeur de la salle; dessus se dressait une large table seini-ciculaire couverte de damas rouge sur lacjuellc (Maicnt pos<''s un crucifix d'argr-nt et deux candél;d)res, ainsi (|u"un missfd romain in-folio portant la date « Madrid ijy'i » ; derrière la table, un siège plus élevé, surm«)nt<'' d'un écusson, était celui <lu |)résident Saavedra ; des sièges de velours rouge et bois foncé marquaient les places occupées, à droite du pr(''sident, par Castelli, Alberdi, Matheu, Moreno ; ii gauche, par Belgrano, .\zuenaga, I.arrea. Paso. J'ai remarcjué a gauche, conlre le mur de la salle, une plaque oU'erte par le (iabildo de Oruro au (^diildo do lUienos-Aires et au général Santiago (Jac(jues) de I.inirrs pour la reprise de cette ville en iSoCi.
Pendant les fAtes récentes, des statues ont été élevées ;i ces hommes de la première heure, tout au m«)ins ii ceux qui n'avaient pas encore leur monument ; :i I.arrea et M.i theu, sur les places llerrera v Matheu ; ii .Mberdi, dans Ie>« fossés <le iJelgrano ; à Paso, sur la place de llndepenilanre, et à Castrlli, sur la place de la Constitution; à Saavedra, au carrefour «les rues (^irdoba et (iallao.
I.es f»^te«i de ce premier centenaiie de l.i Hepuldiciue \rgrnline devaient <lurer olUciellement du iS mai au 1 S juin ; tout a>ail été renii» h neuf |»our cet anniversaire, m^mc les
uniformes (les soldats; d'innombrables statues furent dévoilées ; plusieurs conférés tinrent leurs assises ; mais on avait sans doute commencé trop tard, car tous les préparatifs étaient loin d'être terminés au début des fêtes : les bâtiments de l'Exposition étaient à peine commencés et le Palais du Congrès ne verra sans doute son acbèvement que dans quelques années. Les nombreuses grèves et les menées des anarchistes avaient d'ailleurs retardé les travaux et il faut savoir orand gré aux autorités argentines pour l'efTort considérable qu'elles ont donné, et qui, d'ailleurs, a été grandement récompensé par le succès. De nombreuses délégations officielles avaient été envoyées pour assister aux fêtes du centenaire; la France était représentée par M. Baudin, ancien ministre, et l'Allemagne par le général Von der Goltz. Mais on peut dire que les véritables héros des fêtes ont été l'infante Dona Isabel de Bourbon, représentant le roi Alphonse XIII, et le D"^ Don Pedro Montt, Président du Chili, qui devait mourir quelques mois plus tard, au cours d'une cure qu'il faisait en Europe. D'ailleurs, son séjour ii Buenos-Aires fut attristé par un accident qui coûta la vie ii son secrétaire blessé mortellement par lascenseur de l'hôtel Majestic qu'il habitait.
J'ai assisté à l'arrivée de l'infante Isabelle le mercredi matin i8 mai, et au départ du président du Chili, par la gare du Retiro, le samedi 28 mai; j'ai rarement vu une foule plus compacte, jamais une plus sage ; le service d'ordre étant bien fait, je crois que les accidents ont été relativement rares.
J'ai observé avec grand soin la foule ; elle a, certes, montré beaucoup d'enthousiasme à l'arrivée de l'infante Isabelle, qui aurait pu vraiment se croire dans une colonie espagnole ; qu'un pays soit en république ou en monarchie, le peuple n'est jamais indilTérent : il acclame, quand il n'insulte pas. En général, cette foule m'a paru curieuse, mais calme ; applaudissant, mais poussant peu de cris, peu expansive ; au passage des drapeaux, les hommes se découvraient, les femmes battaient des mains ; cette foule
BUKXOS AIRES 197
est patriote, aimant les l>tes, mais pas gaie, et comme les loustics sont les mêmes dans tous les pays du monde, les gamins applaudissent ii tout rompre une voiture d'ordures (|ui passe après un cortège.
11 faut avouer que la tâche du Président de la Répuhli- (jue, Don José Figueroa Alcorta, et celle de l'Intendant municipal de la capitale (maire), Don Manuel J. Gliraldes, «ml été des plus ardues ; tout le temps sur la brèche, assistant aux cérémonies les plus diverses, déjeuners et dîners oflflciels, soirées de gala, revues, inaugurations, leur tâche réclamait non seulement du tact, de la dignité, mais aussi une santé de fer, pour être menée à bien. Le D' .Mcorla avait remplacé à la présidence le D' Quintana, mort le 12 mars njo.") ; il aura lui-même pour successeur le D' Roque SvKMS Pen\ qui a visité Paris cet été avant de prendre possession de son p«>ste.
Ku(jue Saeiiz l'i'fia ajipartii'iit a une vieille famille de Bu('n«»s-Aires, où il est né le i«j mars i85i ; après avoir jiassé par l'Université, il entra, en février 1N70, à l'Mcole «le Droit et il terminait ses éludes juridi«jues lorsqu'éclata, «;n 187^, une révolte fomentée par le général Mitre, chef d'un parti politique (jui protestait contre des frau«lcs électorales (jui se serai«Mit pr<Mluiti's l«»rs de l'élection comme Président de la Hfpublitjue de Nicolas .Vvellarietla ii la place lie Sarmiciito ; \r j«'un«' Sâenz Pena s enr«')la av«'C d'autres compagnons d'études dans les rangs «le l'arnu-e gou\«'rnemenlalc et il lut nommé capitaine du 1" bataillon du •' régiment d«'S gaicb's nationab-s. laisaiit parti»* «le la division «lu c«d«)n«'l Luis M. (!am|)os. La campagne l«'rmitiée. Sàenz PeAa obt«'iiait le titre «le docteur en droit avec un»* thèse rcmar(|uable par sa clarté et sa précision sur la Ciutdiciôn jitriiliia del cipiiiito et ouvrait une étu«b" «l'avocat. l'.n 1S7G, il étail élu «bputé a la législature «b- BiK-nos-Airos, où. par •on assiduité et son savoir, il gagna la sympathie de tous; par vS voix sur .'iâ \otants, il était élevé ii la presi«lenc«' «le la Chambre pour la pi-ricule «le 1877 ; il »•• r«"tira le -iC» avril 1S78 devant un vote hostile de la Chanibr<> «bins ra|»plica-
tion du rèfrlement. Lors de la lutte entre le Chili et le Pérou et la Bolivie, Sâenz Pena prit du service dans l'armée péruvienne et fut nommé commandant du bataillon Iquique ; il assista à la bataille désastreuse de Dolores, le 19 novembre 1879, et une semaine plus tard à la victoire de Tarapacâ ; enfin il prit part à la défense héroïque d'Arica par 2 000 Péruviens contre des forces chiliennes triples; il fut blessé et fait prisonnier. Rentré à Buenos-Aires en 1881, il fit un voyafre en Europe en i883 et, à son retour dans son pays, fonda le Sud America pour soutenir Juârez contre Rocha. Nommé ministre plénipotentiaire à Montevideo, Sâenz Pena fut délégué au Congrès panaméricain de Washington avec le D"^ Manuel Quintana; il y prit la défense du Venezuela contre les prétentions anglaises et protesta contre les attaques dont le Mexique fut l'objet de la part de Henderson ; ce fut à Washington que le président Juârez Celman lui envoya sa nomination de Ministre des Affaires étrangères: Sâenz Pena rentrait à Buenos-Aires en juin 1890; mais le 26 juillet éclatait la révolution — et la chute de Juârez remplacé par le vice-président Pellegrini pour la fin de la période présidentielle rendait le nouveau ministre à la vie privée. En 1892, le père de Sâenz Pena était élu Président de la République, le fils sénateur de la province de Buenos-Aires, mais le 18 décembre, il se démettait de ses fonctions pour ne pas faire d'opposition à son père, dont il ne partageait pas les idées politiques, et il se retirait dans une estancia de la province d'Entre-Rios.
Après un voyage à Lima, Roque Sâenz Pefia fut élu député au Congrès par la capitale avec Carlos Pellegrini et Emilio Mitre ; il renonça bientôt à son siège pour accepter le poste de ministre plénipotentiaire à Madrid d'où, en avril 1907, il fut transféré à Rome; c'est là que lui est arrivée la nouvelle de son élection aux plus hautes fonctions de son pays. Jurisconsulte savant, doué de rares qualités intellectuelles et morales. Roque Sâenz Pena est un caractère ; on fonde les plus grandes espérances pour la prospérité du pays sur son administration qui commence sous les auspices
nUENOS-AlRES 199
les plus heureux au lendemain des fêles si brillantes du centenaire de la République Arj^entine'.
Parmi les beautés de Buenos-Aires, il faut compter les parcs, vastes et bien tenus, ainsi que les squares plantés il'arbres et ornés de statues : les Argentins ont le culte de leurs grands hommes. L'entretien de ces espaces réservés à 1 agrément du public et la direction des plantations sont placés sous ladministration de notre compatriote, l'horticulteur distingué, M. (Carlos Thavs, qui est en m6mc temps le directeur du Jardin botanique municipal, un des plus riches du monde en son <^enre, dans le cjuartier Santa Fé. M. Thays a réussi à recueillir et à classer, pays par pays, une flore incomparable, qui fait l'admiration de tous les botanistes. La rue Las lieras, où, semblable i» un fort avec ses créneaux, s'élève l'immense bâtiment aux murs blancs ou jaune clair du Pénitencier, sépare le Jardin botani(|ue du Jardin zoologique, établissement le plus populaire de Buenos-;\ir<'S.
Le Jardin zoologi(jue doit son existence au général Sarmienlo (jui, en juin l'S-'i, dernière année de sa Présidence, présenta un projet de loi au Congrès créant le Parc du 3 février, dont le jardin est en (jtielquc sorte une dépendance. I/acle de Sarmicnto a doté Buenos-.Vires de son plus beau <|uarticr. Kn i8N.S, la municipalité fut mise en possession du Jardin zo(do|^nque (jui. jus{|u'alors peu fréquenté, a vu depuis augmenter sans cesse ralllucncc de ses visiteurs ; en lyoy, ils atteignaient le chlIFre de i l'^î^-'^^) personnes; un petit droit tPcnlrée permet i\r pourvoir aux frais généraux <lc l'établissement et ii l'achat d'animaux. Lions, tigres, éléphants, girafes, hippopotames sont logés dans des palais ; les condors perchent sur des rocs, dans une énorme cage ;
I. Cf. V. GrouAMi', Itinjur S'ifii: PfAa fondulnlo p<ira prrtidenle de ta Htpubtiea. itueno^Aire», i<^>g, gr in-H.
l'ttO MÉLANGES AMÉRICAINS
les nombreux pingouins défilent paisibles sous leurs épais plumages, mais ils ne résistent pas au climat; on voit des bêtes rares comme le tamanoir, le paresseux, etc. Un excellent petit guide avec illustrations est distribué gratuitement ; 366 ooo exemplaires avaient été distribués jusqu'en 1908. On ne saurait trop admirer la science et le zèle du directeur, M. Clémente Onelli.
La porte principale du Jardin zoologique s'ouvre sur la vaste place d'Italie, où a été érigée, le 2 juin 1904, à frais communs, par les Argentins et la colonie italienne, une statue équestre, un peu théâtrale, de Giuseppe Garibaldi ; si l'on quitte le Jardin zoologique par l'avenue Général-Alvear, on se trouve dans le quartier le plus beau de la ville^ Palermo, avec Belgrano, le but des promenades des Argentins. Le champ de courses y occupe un immense terrain sur les bords du fleuve, et les tribunes élégantes, ornées de fleurs, offrent le spectacle le plus riant.
Le maître Rodin est représenté à Buenos-Aires par deux de ses œuvres : son Penseur, sur la place du Congrès, au bout de l'avenue de Mai, et le Président Sarmiento, en bronze, sur un piédestal de marbre blanc, à l'angle de l'avenue qui porte le même nom et de l'avenue Alvear, près du Musée zoologique. Le prognathisme exagéré de la face,, la redingote et le pantalon aux plis tourmentés, sont caractéristiques d'un génie dont je suis loin d'admirer toutes les productions.
Il y a à Buenos-Aires deux cimetières qui ne sont pas parmi les moindres curiosités de la ville : le plus ancien, le cimetière du Nord ou des Récollets, calle Junin, i85o. situé dans le plus beau quartier, fut inauguré le 18 novembre 1822 ; on y pénètre par une entrée monumentale à droite de laquelle, à l'intérieur, se trouve une chapelle avec, suspendu au mur, un Christ en croix du célèbre sculpteur italien Giulio Monteverdc ; cette œuvre réaliste, en marbre blanc de Carrare, jouit d'une réputation méritée, quoiqu'on puisse lui adresser quelques critiques de détail ; non moins populaire est du même artiste l'ange, debout, les bras.
BUENOî^AIRKS iti|
croisés sur la poilrine, princij)al ornement du toinbfau de V. Ocampo ; Monteverde a travaillé beaucoup pour l'Amérique du Sud ; c'est à lui éfçalement que la colonie italienne de Buenos-Aires s'est adressée pour l'exécution de la statue de Mazzini en marbre blanc, placée sur le quai. Un autre remarquable monument à la Recoleta est la statue de la Douleur de Tantardini, qui reproduit un modèle de Milan, placée sur la t()mbe de Faeundo Quiroga ; je pourrais encore citer la statue en l'iionneiir d'Alberdi et les monuments de Mufiiz et d'Ayerza.
Ce cimetière devenant insullisant, un autre a été ouvert en 18G7, dans la partie ouest de la ville, rue Triunvirato ; il est désigné généralement sous le nom de la Chacarita ; on V accède par un immense porlicjue devant lequel s'accumulent, à certaines heures de la journée, les c<»nvois qui attendent b-ur tour pour [)énélrer dans l'enceinte ; naturellement, la Chacarita oll'ic nioiii> d inléit'-t hist(ui(jue (jue la Recoleta.
C'est Rivadavia (|ui a fait établir le premier grand cimetière : auparavant, les morts étaient ensevelis dans les églises ou dans les cimetières qui les entouraient, sauf les protestants, (|ui étaient jetés ii l'eau; |»ar suite d'un tiaitr entre Rivadavia cl Canning, un cinirtièrr fut accordé aux sujets anglais [)rotestants ii la Recoleta, puis au coin des rues Raseo «'t N'ictoria ; les autres protestants étrangers et les juifs n'ayant pas de lieu de sépulture étaient «iilerrcs au cimetière anglais sous le couvert des protestants d«' cette nation ; le cimetière de la rue Victoria que j'ai visité, entouré d'un long mur blanc, s'ouvre, mélancoli(|ue, derrière une grille sim|)le ; il renferme un gratid nombre de tombes avec des inscriptions hébraïques ; il vient d'/^tre désalTecté et désormais les hér<-ti(|ues auront une partie réservée de la Chacarita,
Il ne faut pas oublier «jue, dans l'A rgentin*', le protestantisme est siuiplenicnt ttdcré ; toutefois, il n'est pas persécuté ; les protestants, c{ui n'ont d'état civil (|ue depuis 1888, appartiennent ii diverses nationalités ; les Franijais. peu
^Qi MELANGES AMERICAINS
Tiombreux, ne sont que des oiseaux de passage ; ils viennent surtout de Roubaix, Tourcoing, Mazamet ; ils ont pour pasteur un homme libéral, M. Pablo Besson, de Neuchâtel ; les Allemands, impérialistes, ont leur temple dans la rue Esmeralda ; les presbytériens écossais, dans la rue Perû ; les anglicans se réunissent dans l'avenue du 25-Mai ; ils dépendent de l'évêque des Malouines ; les Américains du Nord, méthodistes épiscopaliens, se retrouvent dans la rue Corrientes et les Américains Espagnols dans la rue Junin ; ces derniers font, paraît-il, de grands progrès; les baptistes américains possèdent trois salles pour leur culte. Il y a <:oncurrence entre les Américains et la Société biblique de Londres pour établir une version espagnole des Saintes Ecritures.
Quoique leurs écoles aient été fermées, les juifs allemands ont une grande influence ; ils sont les maîtres de la production de l'électricité et même des tramways angloargentins, dont ils ont fait changer le directeur et déplacer le siège social de Londres à Bruxelles; ils ont deux synagogues : l'une dans la rue Libertad, l'autre dans la rue Belgrano.
L'église russe, dans la rue Brasil, en face du parc de "Lezama, est située au premier étage d'un bâtiment dont le rez-de-chaussée est occupé par les bureaux de la Chancellerie impériale ; elle est d'une grande richesse ; l'archiprêtre actuel, IzraztzofT, qui a longtemps résidé en France et parle admirablement notre langue. Va fait construire grâce à des souscriptions des grands-ducs, de la princesse Bariatinsky et d'autres généreux donateurs; l'entrée, à gauche, est ornée des images de sainte Olga, saint Vladimir, sainte Nathalie, saint Georges; l'inscription du porche est «n russe, en espagnol et en arabe; c'est qu'en effet les fidèles orthodoxes comprennent beaucoup de Syriens, de Grecs et peu de Russes; l'élément russe, devenu plus nombreux depuis quelques années dans l'Argentine, étant anarchiste, ne va pas à l'église.
Naturellement, le catholicisme est la religion de la
bUENOS-AlRES 203
grande masse du pays : le patronal de saint Pierre, passé aux Papes, fut transmis par eux aux Rois catholiques pour les terres à c<)nquérir; par une fiction, les Présidents de la République Argentine ont hérité de ce patronat et la religion catholique est religion d'Ktat.
Il V a ici, comme en Espagne, un mélange de religion <'t de sujjerstition, et d'éléments complètement opposés. On verra un député réclamer le rétablissement de l'Inquisition et ailleurs, le gouvernement, laïciser une école. L'influence <lu clergé est considérable, en particulier celle des jésuites, <jui sont en giande partie Catalans. Ils possèdent non seulement le Séminaire, mais encore au coin des rues .Msina <'t Bolivar, la grande église de Saint-Ignace, qui ofTre peu d'intérêt, et surtout un immense établissement, (pii occupe le quadrilatère formé par les rues Callao, Lavalle, Tucuman et Rio-Bamba. L'Université catholique Victoria, récemment fondée, réclame le jirivilège de décerner les grades; elle se trouve, par ce fait, en opposition avec l'Université <le la Plata et l'Université de IlOtal, dont le recteur est Mgr Duprat, vicaire gént'-ral et fils d«' Fran<;ais. L'établissement des Frères des l'icolcs chré-tiennes est voisin de celui «les jésuites. Le dimanche -j./ mai, j ai vu défiler leurs élèves «ians Callao; ces enfants portaient un costume assez singulier : chapeau haut de forme en carton noir avec plumet rouge, habit bleu à la française, plastron et col rouges; <ju<'I(jiies-uiis étaient armés il'un petit sabre.
Lu cathédrale occupe un \astc espace, au coin de la nie San Martin et de la pla«-e de Mai, sur la(|uelie se trouve la façade massive, form«-e de douze épaisses coh)nnes cyliiulri- 4{ues au chapiteau corinthien, reposant sur un parvis aucjuel on accède pur cinq ou six marches et supportant un large fronton trianguluirc. C'est un grand bâtiment ilu x\iii* siècle, composé d'un chœur, d'une nef et de deux collatéraux, avec un transept xtirmonlé d'une coupole. Kllc est placée
2«i MÉLANGES AMÉRICAINS
sous le vocable de saint Martin et depuis le 6 avril i58:i, elle fut le siège, au titre de la Sainte-Trinité, d'un évêché créé par Paul V, dont le premier titulaire fut le Frère Pedro de Carranza, du Carmel. Le 5 mars i865, le pape Pie IX transformait l'évêché en siège métropolitain avec cinq diocèses suffragants, ceux de Cordobii, San Juan de Cuyo, Salta, Parana et Paraguay. L'archevêque actuel est Mgr Marlano Antonio Espinosa, nommé le 24 août igoo. Ce prélat est né à Buenos-Aires le 2 juillet i844-
Cette église mérite l'attention du visiteur, car elle contient le tombeau de San Martin. Le général José de San Martin est le véritable héros de la République Argentine; né le 25 février 1778 à Yapeyîi, un des villages des anciennes « Misiones », envové très jeune en Espagne, il embrassa la carrière militaire et fit ses premières armes contre les Maures d'Afrique et contre les Français. Rappelé dans son pavs par le mouvement révolutionnaire, il arrivait i» Buenos-Aires au commencement de 181 2 et mettait son épée au service du gouvernement. Il créa le corps des grenadiers à cheval, à l'aide duquel il gagna la bataille de San Lorenzo en i8i3. L'indépendance de la République Argentine étant assurée en 1816, San Martin, nommé chef de l'armée du Nord et peu après gouverneur de Cuyo, traversait les Andes en 1817 et par les victoires de Chacabuco et Maipû, émancipait le Chili ; il remonta au Pérou, où il proclama l'indépendance en 1820 ; il se disposait à marcher vers l'Equateur, lorsqu'il apprit que Bolivar préparait l'émancipation des colonies espagnoles septentrionales de l'Amérique du Sud. Il se rencontra avec le Libertador, et ne voulant pas entraver l'œuvre de ce dernier, avec un rare désintéressement, un effacement complet de sa personne, San Martin se retira devant lui : il considérait son œuvre comme terminée et, ne voulant pas se mêler aux querelles intestines qui déchiraient son pays, il retourna en Europe où il finit ses jours dans la retraite à Boulogne-sur-Mer, le 17 août i85o. Que l'on compare aujourd'hui l'Amérique de Bolivar à l'Amérique de San Martin : Venezuela, Colombie ,^
HUKNOS-AIRES *((.>
Kquateur, à rArg»*ntin»', iiii Chili, au Péri»u. Cepeiulant, le peiiplo argentin reconnaissait tardivement les services qui lui avaient été rendus par ce serviteur de la première heure; sur 1 initiative du Président, le D' Avelhineda, le corps de San Martin était ramené dans sa patrie et un monument était élevé au grand capitaine dans la cathédrale (i877-i8cSo).
Le tombeau de San Martin se trouve dans une chapelle, à droite de la nef, formant une rottuide éclairée par le haut et fermée par une grille. Il se compose d'un sarcoithafre de marbre noir supj)orté par (juatre pieds, rej)osanl sur un haut piédestal de marbre jaune; trois grandes fifrures de marbre blanc, par le sculpteur français A. Carrier-Belleuse, s'élèvent sur les faces antérieure et latérales, tandis que sur la façade postérieure, une grande plaque de bronze représente une bataille; au-dessous, des figures et des inscriptions relatant la carrière glorieuse de José de San Martin. A «Iroile et ii gauche de la cliaj)elle, des bancs de marbre, au-dessus des(|uels sont posés, sui- des socles, les bustes en bronze de Las lieras et de Guido. Des niches renfermant des lam[)adaires et des placjues de marbre blanc portent les noms des batailles de San Lorenzo, Chacabuco, Lima, Maipii. pendant les listes du centenaire, une délégation française, à la tète de laqu<'lle se trouvaient M. Haiidin. ambassadeur extraordinaire, et M. Thiébaut, ministre de {''rance, déposa au pie<l de la ^latue de Carrier-Helleuse, une plaque dr niaibre blanc, portant une palme tl'or, à laquelle était attache le ruban tncolurc l.rs .MIcmandset les délégués des autres nations lireut hommage de couronnes, (^e n'est pas d'ailleurs le seul t«'moignage d'admiration (lue les Argentins «»nt donné ii la m«''moire de San Martin. On »c rappelle la vinite cpie fit naguère une mission argentine accompagnée d'un détachement des fameux grenadiers à cheval, a |{<*idogne-sur-Mer. où fut élevé un monument au guerrier c\ilé, et li Pari», (ielte année pendant les l>te» du Centenaire, sur la place qui porte son nom à Huenos-.Vires, un inaugurait la «tatue du gi-iier.il San Martin, due .« un
20t) MÉLANGES AMÉRICAINS
sculpteur alloinand, travail qui n est pas sans mérite. Je crois toutefois qu'elle n'efTacera pas la réputation d'une autre statue équestre de l'Amérique du Sud, celle de l'empereur Dom Pedro V'U Rio-de-Janeiro, sur la place de Tiradentes, œuvre du sculpteur Rochet, l'auteur du Charlemagne du Parvis Notre-Dame, à Paris, et du Guillaume-le-Conquérant, de Falaise.
La cathédrale renferme également les corps de saint Firmin et de saint Florent, ainsi que le monument de l'archevêque Aneiros, inauguré le 3 septembre 1898, œuvre du sculpteur Victor de Pol.
L'église Santo Domingo, qui appartient aux Dominicains espagnols, est située sur une petite place au coin des rues Defensa et Belgrano; cette église assez riche, mais peu intéressante, a été élevée par Jacques de Liniers; une plaque marque l'emplacement des restes de Balcarce. Il est à noter que l'accès de la chapelle Saint-Vincent est interdit aux femmes. Dans le vestibule qui s'étend entre la place et l'entrée de la nef sont placées des plaques de bronze du Paraguay et autres parties de l'Amérique du Sud, en l'honneur des combattants pour l'Indépendance en 1806 et 1807. Sur la façade de l'église, on lit sur une des plaques qui y ont été fixées : « Ce temple de Santo Domingo a été déclaré Basilique de Notre-Dame du Très Saint Rosaire par Sa Sainteté Pie X par bref du 28 août 190g. » [Sur la petite j)lace, devant léglise, s'élève le monument de Belgrano; il se compose d'un sarcophage en pierre grise qui renferme les restes du général argentin, vêtu de la robe du tiersordre de Saint-Dominique; il est surmonté d'un couvercle et d'un casque héraldique en bronze et est porté par quatre ancres de bronze arcenté, de même couleur que le sarcophage. Le tout repose sur un piédestal de marbre rou- (reâtre, avec des bas-reliefs h l'avant et à l'arrière, et de chaque côté du piédestal, deux statues d'hommes de grandeur naturelle, également en bronze; dans la pierre, on a gravé le simple nom de Belgrano, et la plaque de bronze placée au-dessous porte en espagnol l'inscription suivante :
BUEXOS-AIRES 207
« L'armée de la nation au créateur de sa glorieuse bannière. »
Manuel Belgra>o, né li Bucnos-Aires le 3 juin 1770, après avoir fait ses études en Espagne, retournait au Rio^ de la Plata pour y remplir les fonctions de secrétaire du Consulat cr^'é par le vice-roi Arredondo. Belgrano prit une part active aux événements de 1810 et 1812; placé à la tête des troupes argentines, il leur donna le nouveau drapeau national, bleu et blanc, et à la suite de sa victoire de Tucuman qui sauva l'Argentine, il proclama la Sainte Vierge général des armées argentines. Ce grand patriote mourut en 1820, découragé par l'anarchie dans laquelle il laissait son pays; il avait été un bravo soldat et un zéléchrétien.
On retrcmve un coin de la vieille France chez les Dominicains français, qui possèdent depuis une vingtaine d'années au cœur de la ville, dans la rue Esmeralda, un vaste établissement, d(Mit les dépendances occupent un quadro presque en entier, avec une seconde entrée sur la rue \"iamonte, à côté du Mont-de-1'iété (Banco munici|)al). Il est connu sous le nom de Collège Lacordaire, et est placé sous le patronage de sainte Rose de Lima. Fc)ndé il v a une vingtaine d'années par un père alsacien, maintenant à Fribourg, en Suisse, le Collège renferme (jualrc cents élèves des meilleures familles argentines dont une soixantaine d internes ; d'ailleurs l'espace ne man(|ue pas, car l'établissement possède deux grandes cours, chose remarquable au cœur de la ville, où le terrain est hors de |)rix. Le prieur actuel «-st le I'. Baudoim, ancien Supérieur de Sorèze, (lui a remplacé le 1'. Henri D. Sissoii. (jui avait fini son tenips. I^e I*. Si«iso>, frère du critique d'art bien connu ;i l'aris. est un lettré et un poète ; il a publié, en iNijC», un petit volume de sonnets, intitulé: Crisaillrs et Vitrnn.r ; cette année niéme, il a donné : I,c PûU' Litm dr l'Ameriffiie, ta lîi'ptt- IjUtjue Ar^'rntine, qui est un des meilleurs ouvrages sur le pays ; enfin il dirige un périodicpie : l'.nsaros y liumhos, revue <le l'.Vssociation Lac<»r(laire.
ift8 MÉLANGES AMÉRICAINS
Lu l'iiiiicc est également représentée par un autre ordre ipli<rieux qui jouit d'une très grande influence dans la République Argentine : je veux parler des Lazaristes. C'est lun deux, le P. J.-M. Salvaire, qui a fait construire, par l'architecte Courtois, la basilique de Lujàn, but d un pèlerinage fameux. Comme le monde est petit! L'un des Lazaristes les plus écoutés de Buenos-Aires est l'abbé Bettem- UOURG, jadis Procureur des missions de son ordre à Chang haï, en Chine. On retrouve encore nos compatriotes à l'orphelinat français de la rue Cordobà et à l'établissement des Sœurs de Saint Vincent de Paul avec une chapelle rue du Brésil. Des Dominicains italiens tiennent l'hôpital italien au coin des rues Bolivar et Caseros.
La Bibliothèque nationale, fondée en 1810, dont le noyau a été la collection de livres léguée en 1796 par Manuel Azamor y Ramirez, jadis mal logée dans la rue du Pérou dans un local appartenant anciennement aux Jésuites, occupe depuis 1902 un luxueux édifice dans la rue du Mexique ; si je ne me trompe, elle renferme environ 200000 volumes. Un vaste vestibule donne accès, au rez-de-chaussée, à une belle salle de travail, digne d'un de nos grands établissements continentaux. Toutefois, il ne faut pas attribuer à un zèle scientifique peu ordinaire la construction du local de la bibliothèque destiné à un usage assurément moins noble : il devait, en effet, abriter la Loterie nationale argentine, et ce fut sur les instances de ^L Paul Groussac, son Directeur, que le Président Roca détourna l'immeuble de sa destination première et l'aflecta à un établissement scientifique. Le cabinet de travail du directeur au premier étage est orné de grandes reproductions photographiques de tableaux célèbres par Braun, et surtout d un superbe j)astel de Jacques de Liniers dont M. Groussac fut l'historien, cadeau de M. Angel Estrada, vice-présidentde la Ban- (jue de la Nation argentine, descendant du célèbre vice-roi.
bUEXOS-AlRES tO»
dont les lecteurs du Corrcspundunl^ coiiiKiissuut hi lin tragique. M. Gioussac est notre eompalriole et il est resté l)on l"'ran<;ais, dévoué aux intérêts de sa patrie, tout en ne négligeant pas ceu\ de son pays dadoption : il est l'ami intime du nouveau Président Rofjue Sàenz Pena, dont il a soutenu la candidature avec énergie, et, sans aucun doute, son influence sera considérable sous le nouveau irouvernement. M. Groussac est un homme d'une soixantaine d'années, actif et nerveux, instruit et travailleur, évidemment bien supérieur ii son milieu comme science et intelligence. Le nombre de ses publications est considérable ; outre son Histoire de S(intia<^o Liniers, je citerai : l)el PUita al Xitigara, iSi)- ; le Do/i Quic/io(/e d'Avellaneda, i9o3; lîl Viaje in/elevitial, Irnpresiones de naturaleza y arte, 190^, etc. ; il |)ublie aussi les Annales de la Bibliolliè(jiie nationale de liuenos-Aires, dans lesquelles il a soulevé une des questions importantes de la politicjuc extérieure de la République .Vrgentine, la questi«»n des Iles Malouines, dont je crois utile de dire ici deux mots.
Les Iles Malouines, (jue les espagnols appi-Ilent Malvinas et les .\nglais I"'alk.land, se composent de deux grandes îles entourées d'une centaine d'Ilots, à l'est de la côte patagonicnne ; cet archipel, (jui reçut s«)n nom des armateurs de Saint-Malo, organisateurs d«* nombreux vovages dans la mer du Sud a la tin du wii" et au commencement du wiM >irilc, lut h' but tle diverses expéditions îles .\nglais (|ui essayèrent un<* première fois «le l'occuper en lyV'*'; Houguinville V installa en \~iVA uiw colonie qui lut cédée à l'Kspagne ijuatre ans plu>^ tard ; après des diHicult<-s avec l'.Vnglelerrc, les iles restèrent en la possession des Kspagnols dont les .\rgentins sont les héritiers. Néanmoins, le -j janvier |83.'K les Anglais, par un coup d«- force, s'emparaient de» îles et les ont gardées dejtuis, malgré le» protestations réitérée» des .\rgentins. M. («roussac s'est lait l'avocat de sa patrie d'adoption : il a réuni toutes les pièces tlttprocè»,