Nulle révolution ne peut aboutir si elle n'est JUSTE
J'entends par justice, en ce qui concerne une révolution, la faculté qu'elle doit posséder de se développer suivant son principe, parallèlement aux idées, aux institutions et aux droits établis, sans toucher à ces droits, sans faire violence à ces institutions, sans contredire ces idées, que cependant JI est do son essence de convertir et d'abroger.
En autres termes, une révolution, pour être acceptée et poursuivie, doit être d'abord légiiime, c'est-à-dire qu'elle doit découler, comme conséquence logique, de l'état antérieur de la société où elle apparaît.
Elle doit, en second lieu, être lieit* ou légale, c'est-à-dire qu'elle doit prendra racine et s'appuyer sur le droit établi.
le doit être pacifique, c'est-à-dire que son développe- : pouvoir s'accomplir en toute tolérance dos faits sans usurpation ni contradiction.
is caractèreK, la légitimité, la légalité, la tolérance. it la JUSTICE d'une révolution.
! christianisme, à son origine, était légitime, puisque, i religion, il descendait en ligne droite de l'nneau très-probablement de plusieurs des anciennes religions; et que, quant k la polit/Q''-) il ne faisait que demander
la généralisation d'un principe adopté avant loi par la politique l'omaine, le th-oit de cittî pour tous les peuples.
Le christianisme était légal puisque, chaque ville ayant sfs dieux, on ne pouvait détendre aux chrétiens d'avoir le leur. Le Clirisl faisait concurrence à Jupiter, sans doute; mais il no lui faisait point injure : cela fut reconnu de Tihèrc même, qui (It, dit-on, placer une statue du Clirist parmi celles des autres dieilx, au Capitole.
Le christianisme ijfait pacifique, puisque sa propagande devait se faire exclusivement par la parole, et s'abstenir de toute attaque aux prêtres païens, de toute insulte à leurs temples et à leurs idoles. Cette conduite fut constamment recommandée aux fidèles par les pères ; et c'est parce qu'elle ne fut pas suivie jusqu'à la fin, que le paganisme, persécuté à son tour et profané, se rijfugia dans l'Église, infectant de son souflle le catbolicisme, et se vengeant de son rival, en le matérialisant. — Le mal, au surplus, fut peu regrettable : ce que le catholicisme a de plus poétique, sinon de plus sublime, nous vient presque fout du polythéisme.
Ce que je viens de dire du christianisme, il me serait facile de le prouver de la réforme de Luther et de la Révolution de 89. L'une et l'autre faianait logiquement et directement de la condition antérieure de la société ; l'une et l'autre s'appuyait sur des principes précédemment admis; l'une et l'autre pouvait s'effectuer pacifiquement et sans violence. S'il en arriva autrement, cela tient à des causes que je n'ai point en ce moment à discuter.
2. J'ai dit que le progrès dans l'humanité était continu, mais qu'il n'était point uniforme; qu'il avait ses époques de grande vitesse, et que c'était dans cette accélération momentanée do la vie sociale que consistaient, à dire vrai, les révolutions.
D'après cela, je définis l'action révolutionnaire l'ensemble des moyens par lesquels une société réalise immédiatement, sans transitions, une idée encore éloignée, une f()rmule ultérieure, rapprochée tout à coup, si j'ose ainsi dire, par un brusque enjambement.
Le caractère des hommes politiques, et en f qui se donnent la peine de gouverner les ai prétexte de ménager les transitions, d'enrayé peuvent le progrès, de ne rien faire k courte é( culcr toujours devant les besoins du peuple et de la société, en un mot, de s'immobiliser et
dans le statu quo. Le temps ainsi perdu par l__
des peuples, il semble que les révolutions aient pour but de lo
16 HEi.ANGBS. — auticles de journaux
regagner. Aiissi pourrait-on les définir une abréviation du
temps. Toute révolution légitime opète de cette manière.
Sn S9, par exemple, les choses étaient venues ttu point que le tiers état ne pouvait plus payer les taxes, et que la noblesse et le clergé, jusque-là exempts d'impôts, eussent dû, k peine de voir périr la monarchie et de s'abîmer eux-mêmes, s'imposer une cotisation fixe, ce qui revenait à se soumettre à l'impôt, à reconnaître l'égalité des ordres devant l'impôt. Il "fut al«rs démontré que l'jmpût, ayant pour base nécessaire le capital ou le produit, doit Être supporté par tout le monde; que c'est chose non personnelle, mais objective, et que l'idée d'en décharger une classe de citoyens est une idée contraire au fait, une idée par conséquent qui implique contradiction. Cette démonstration, une fois entrée dans la pensée générale, la Révolution s'ensuivit immédiatement. En un jour, en uns nuit, le clergé et la noblesse renoncèrent à leurs privilèges : il ne fut question pour eux ni de rachat, ni d'amortissement, ni de liquidation, ni d'indemnité. Tout fut démoli d'un coup : ainsi procéda la Révolution.
Je n'appelle donc point action révolutionnaire la prise de la Bastille, toute glorieuse qu'elle fût et légitime ; ni la bataille du 10 août, ni l'exSeutiôn du 21 janvier, ni la razzia parlementaire du 2 juin, ni la création du tribunal révolutionnaire, ni les réquisitions forcées : bien que chacun de ces actes puisse se justifier, ou du moins s'excuser, par la fatalité des circonstances. Ce sont là les accidents d'une révolution, ce n'est point de l'action révolutionnaire. C'est, si j'ose ainsi m'expfimer, la partie non-officielle de la révolution.
J'appelle action révolutionnaire tî>ut ce qui procède de la volonté intime, tout, ce qui traduit la pensée supérieure qui préside à la révolution. C'est, par exemple, le doublement du tiers, le vote par tête, le serment du Jeu de paume, l'abolition des droits féodaux dans la nuit du 4 août, la division du territoire par départements, arrondisseipents, cantons et communes; la constitution civile da clergé, la déclaration des mise en vente des biens nationaux, la création du :, etc., etc.
3 déSnitiOn de Vorganum révolutionnaire d'une so- Ésulte, avec un surcroît d'évidence, qu'une révolut d'être ontrejffise,- doit être démontrée; qu'une 1 de s'imposer révolutionnai rement, doit foujnir la 'elle possède en soi les moyens de se constituer paît.
Si cette démonstration eût été faite avant Février, comme
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elle Pavait été avant 89, la révolution que nous cherchons aujourd'hui serait accomplie depuis un an; nous n'aurions plus qu'à la débarrasser de ses déblais et à balayer devant elle le chemin.
3. Ceci me conduit à une dernière considération. Qu'appellet-on réacteursî En autres termes, quels sont les adversaires naturels d'une révolution ?
Les adversaires d'une révolution sont en général de deu« sortes : ceux qui s'y opposent par antagonisme de doctrines, ceux qui s'y opposent par antagonisme d'intérêts. Les premiers sont les chefs, la partie pensante de la contre-révolution; les autres en sont la partie brute, la masse aveugle, luttant par sa seule force d'inertie. En somme, ceux qu'on appelle, en temps de révolution, réacteurs, réfractaires, contrerévolutionnaires, sont les hommes du passé, ceux qui profitent du régime abusif qu'il est de l'essence de la révolution nouvelle d'abroger. Tels étaient, en 1789, le clergé, la noblesse et leurs valets ; la monarchie et ses courtisans. Tels furent, dans les premiers siècles de notre ère, les prêtres des dieux, les patriciens, les marchands d'esclaves, tous ceux qui vivaient de la corruption, de l'oppression et des abominations païennes, et au-dessus d'eux tous, l'empereur...
C'est le sort de notre noble espèce qu'aucune idée ne parvient à s'y établir que par le combat, que la justice y n^dt de la lutte, la liberté de l'oppression, la philosophie du fanatisme, et le bien-être de la misère.
Tout progrès à réaliser dans l'humanité a donc pour premiers adversaires, dans la philosophie, ceux qu'il a pour but d'éclairer; dans la liberté, ceux qu'il a pour objet d'émanciper, dans l'économie sociale, ceux qu'il se propose d'enrichir.
Catholiques, Absolutistes, malthusiens! les ennemis ne manqueront pas à la révolution démocratique et sociale !
IS MÉLANGES. *^ ABTIOLIS DE lOURNAUX