DE M. MORRISON
CET ouvrage est un nouveau fruit du zèle infatigable et de la laborieuse activité des missionnaires anglais. Dans le désir de répandre la connaissance d'une langue si utile à leurs compatriotes, ils ont senti qu'il fallait, pour y réussir, publier des ouvrages élémentaires nécessaires aux étudians. Une heureuse rivalité s'est établie entre MM. Marshman et Morrison. Ils ont, chacun de leur côté, publié une grammaire et préparé un dictionnaire. Avec ces secours, les employés de la Compagnie anglaise qui voudront faire quelques progrès dans le chinois trouveront des facilités que n'avaient point leurs devanciers. Il est à craindre qu'on n'en puisse jamais tirer les mêmes avantages en Europe , où les livres imprimés aux Indes seront toujours très-rares, et regardés, pour ainsi dire, comme des objets de curiosité.
La grammaire que nous avons sous les yeux , a été composée par M. Morrison avant le dictionnaire dont nous parlerons plus bas. 11 paraît qu'elle était terminée
* A G ram m Ait of the Chikese language j by the Hev. R. Morrison ; Serompore, printed ad the Mission près s , i8i5, in-4 0 de a8o pages.
au commencement de 181 1 ; elle est très-courte , et c'est à notre avîs un grand mérite. Ce qu'il y a d'essentiel dans les élémens du chinois pourrait occuper moins d'espace encore; et, malgré le soin que l'auteur a mis à être concis, nous ne voudrions pas répondre qu'il n'ait admis quelques objets inutiles.
M. Morrison insiste peu sur ces premières notions qui se trouvent déjà dans tant d'ouvrages plus anciens , et qui commencent à être rebattues. Quelques mots lui suffisent pour exposer les règles de la prononciation, parce qu'il renvoie l'étudiant aux maîtres du pays, dont rien ne peut remplacer les leçons sur cette matière, line parle qu'en passant des différentes écritures usitées à la Chine, parce qu'il suffit d'en connaître bien une seule, pour lire et entendre tous les livres. Il donne un petit nombre de détails sur les clefs, et il n'est besoin de rien de plus sur ce sujet si connu , si bien approfondi , si populaire. Il traite ensuite des parties du discours , suivant une méthode tellement analogue à celles des grammaires européennes , que la table des divisions semblerait copiée de CobbettoudePeyton. En parlant des noms, il indique les moyens d'exprimer les particularités de cas , de nombre et de genre, ou d'y suppléer. Son chapitre sur les pronoms est partagé en sections , qui répondent aux pronoms personnels, possessifs, relatifs et démonstratifs. De même qu'il a. fait voir la manière de décliner les noms, il enseigne ensuite à conjuguer les verbes; et ce qu'il y a de plus remarquable, c'est qu'il offre des paradigmes pour les verbes auxiliaires to have , lo be , to do, can , must, may , will , shall , etc., et que
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toutes les combinaisons de ces verbes entre eux ou avec d'autres verbes sont prévues et représentées en chinois , sans qu'on ait oublié un mode, un tems, une personne.
Ce n'est pas^ comme on peut croire, qu'il y ait dans la phraséologie chinoise et dans les règles grammaticales qui en font la base, une analogie quelconque avec celles de la langue anglaise ; mais l'auteur, destinant son ouvrage à des personnes souvent peu familiarisées avec les théories abstraites de la grammaire générale, et dont l'objet est d'apprendre le plus vite possible à parler la langue vulgaire, a pu penser qu'il leur serait commode de trouver toutes faites et préparées d'avance les formules dont on a besoin dans la conversation. Ce n'est pas là, il est vrai, une marche analytique, ni un moyen sûr de faire des progrès dans la connaissance de l'idiome savant, et dans l'intelligence des livres; mais c'est beaucoup que d'apprendre à converser avec les naturels. Les phrases que M. Morrison s'est vu forcé de réunir pour rendre toutes les nuances de la conjugaison dans les verbes anglais , ont été composées par des Chinois instruits : elles sont donc bien chinoises , et par conséquent préférables à celles qu'avait fabriquées Varo pour représenter les tems et les modes des verbes latins , et qu'il avait tirées de son propre fonds.
Après avoir traité assez au long, et toujours d'après le même système , des adverbes , des prépositions , des conjonctions et des interjections, l'auteur donne, sur les dialectes provinciaux, et particulièrement sur celui de Canton , des renseignemens neufs et intéressans. On apprend dans cette partie de la grammaire de M. Morrison ,
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que plusieurs mots de la langue vulgaire qu'on parle à Canton n'ont point d'équivalens dans la langue écrite , et que d'autres s'écrivent avec des caractères particuliers , différens de ceux qui sont expliqués dans les dictionnaires et réputés classiques
Enfin l'auteur consacre cinq pages à la syntaxe, et sept à la prosodie. Un si petit espace , en partie rempli par des caractères chinois , ne promet pas de grands développemens. Quelque simples que soient les procédés généralement en usage pour l'arrangement des phrases dans la prose, et pour l'ornement du style dans la poésie, on pense bien qu'il faudrait entrer dans de plus grands détails pour en donner une connaissance approfondie. Quatre petites» pièces de vers servent d'exemples pour les règles que l'auteur a posées. Les traductions dont il les accompagne ne me semblent pas toujours rigoureusement exactes. Voici, par exemple, sur l'absence d'un père , quatre vers dont le sens n'est pas parfaitement bien rendu :
'Ou chou Yan yun touan tchhi chu ; Thiao-thiao liang ii, hen ho ju.
Meng hoen pou tan Tchang-'an youun, Ki tou tchhing foung wen khi khiu.
1 Plusieurs autres dialectes provinciaux ont aussi un certain nombre de caractères différens de ceux qui ont cours dans tout l'empire. II y en a plusieurs dans la langue Chin-cheo ou du Fou-Aian t langue dont je possède un dictionnaire complet (Voy. ci-dessus, pag. 90.) L'auteur du Tseu hio tian, ou Traite de récriture, a donne plusieurs tables de ces caractères irreguliers. Ce livre est à la Bibliothèque du Roi, j'en ai parle' précédemment.
a Les forêts de 'Ou, les nuages de Y an interrompent notre cor- » pondance.
h L'éloîgnement de ces deux pays me réduit au désespoir.
» Dans les rêves qui la tourmentent , mon ame oublie la distance
» qui la sépare de Tchang 'an [Si-* an-fou.) » Souvent elle s'élance portée par le vent, et déjà (comme si
m j'étais arrivé) je m'informe du lieu de son séjour. »
La traduction anglaise que je rapporte en note, ne conserve pas les images qui embellissent ce morceau , et offrent en outre plusieurs inexactitudes
La Grammaire de M. Morrison est sortie des presses de la Mission, à Sirampour, comme celle de M. Marshman. C'est ce dernier savant qui a donné ses soins à l'édition, pour laquelle on s'est servi aussi des caractères qu'il a fait graver. Cet accord de deux écrivains qui pourraient être rivaux, fait l'éloge de l'un et de l'autre; mais il paraîtra moins surprenant , si l'on songe que la gloire littéraire n'est pas le principal but de leurs travaux , et que le grand objet de la diffusion de la parole divine , auquel concourent avec un zèle égal plusieurs sectes protestantes , doit a plus forte raison rapprocher les individus qui s'y consacrent.
1 The trees ofWoo are entirely sépara ted from the clouds of Yen \ so
is oui* correspondence entirely broken ofT.
Extremely remote are the two countries ; I am anxious how to act. My spirit in dreams cares not for the distance. I have often mounted on the -wind , and gone to inquire when he
arose , and where he dwelt.