‹ Mélanges asiatiques;Chapitre 14 sur 31 · DICTIONNAIRE PAR RADICAUX · texte numérisé non relu

DICTIONNAIRE PAR RADICAUX

Les principes de l'écriture chinoise ont été souvent exposés, et rien n'est plus capable de fixer l'attention des philosophes que ces sortes de faits, propres à jeter

» A Dictionary of the Chinese langimge, in threc parts , grand în-4<>, imprimé à Macao, tom. I, i8i5; tom. II, i8aa; tom. III, i8a3. — L'ouvrage ayant paru par livraisons a été le sujet d'annonces successives qu'on trouvera rangées ici d'après les matières auxquelles elles s'appliquent. On a mieux aimé adopter cette disposition qui présente réunies, sous un seul coup d'œil , les observations qui s'appliquent à des objets de même nature , que de se conformer à Tordre où les différens articles ont été publiés , et qui n'a plus aucune importance depuis que l'ouvrage est complètement terminé.

du jour sur le phénomène littéraire, maintenant unique dans le monde entier, d'une écriture qui ne peint que des choses, et qui n'a point de prononciation ; d'un langage qui n'a point de signes représentatifs, et où pourtant tout peut s'écrire, parce que les idées servent d'intermédiaire aux sons et aux caractères, comme, dans les langues ordinaires, lés sons forment le lien entre l'écriture et la pensée. Dans sa préface , M. Morrison vient , après bien d'autres, exposer ces singularités; mais, comme il a travaillé sur les auteurs originaux, dont il cite presque toujours textuellement les passages, on peut lire son introduction avec intérêt, même après les dissertations de Cibot, d'Amiot et de Mailla. Les réflexions qu'il a empruntées à certains auteurs chinois sur l'influence exercée par l'art d'écrire, ont quelque chose de singulier : « Quand » les lettres furent inventées, les cieux, la terre et les » esprits furent en mouvement. Les habitaûs des ténèbres » pleurèrent pendant la nuit, et le ciel, en signe de ré- » jouissance , fit tomber une pluie de grains en maturité. » Le cœur humain commença ses opérations. Chaque » jour les récits faux et controuvés furent répandus , les » procès et les emprisonnemens se multiplièrent. On vit j> naître ce langage subtil et artificieux qui cause tant de » confusion dans l'univers. Voilà pourquoi les ombres » pleuraient pendant la nuit. Mais, d'un autre côté, par » l'invention des lettres , l'art de la politesse et la musi- » que prirent naissance ; la justice et la raison commen- » cèrent à briller; les rapports qui existent entre les » hommes furent mis dans tout leur jour; les lois de- » vinrent invariables ; les magistrats eurent une règle à

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» suivre; les lettrés, des autorités a respecter : et c'est » pour cela que le ciel fit tomber une pluie de grains en » maturité. Sans les lettres , que pourraient faire le sa- » vaut, l'historien, le mathématicien, l'astronome ? Si » les lettres ne nous fournissaient plus les preuves des *> événemens passés, alors les ombres pourraient pleu- » rer pendant le jour, et le ciel faire pleuvoir du sang » sur la terre. »

L'auteur trace d'une manière très-succincte l'histoire des différentes écritures qui ont été en usage a la Chine, et de la manière dont les caractères se sont formés. Il ne donne, à ce sujet, que peu de détails qui ne se trouvent déjà dans les écrits de nos missionnaires. Cependant, il a rassemblé des notions curieuses et nouvelles sur le système de la prononciation et sur les divisions que les grammairiens ont établies , sur les quatre tons, les trentesix consonnes , auxquelles il reconnaît une origine indienne ', et les sept sons qu'il veut aussi tirer du samski il. Je ne doute pas qu'il n'y ait, relativement à ces dernières, quelque confusion, non pas chez M. Morrison, mais chez les Chinois eux-mêmes, qui n'ont pas toujours bien senti la valeur d'un emprunt fait par eux aux étrangers, et qui, dans des teras récens, ont confondu des objets différens, parce qu'ils n'en avaient qu'une idée obscure et inexacte. Je ne sais ce que pourraient être les sept sons ou intonations de la langue samskrite : M. Colebrooke ne parle que de trois accens , et les autres auteurs qui ont écrit sur la grammaire indienne ne nous font non plus connaître aucune distinction de ce

1 Voyez ci-dessus , pag. i4S.

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genre. Je crois donc que par jrm (son), il faut entendre ici voyelle y et que les sept y in ne Sont autre chose que les sept voyelles grecques, introduites par les Syrien & dans l'alphabet ouigour, reprises ensuite dans la Tartarie, et dénaturées par les Chinois. La Tartarie a été, dans cet endroit , confondue avec l'Inde, comme cela a lieu souvent dans les historiens chinois, et comme cela est arrivé notamment aux rédacteurs du dictionnaire de Khang-hij dans un autre passage que M. Morrison cite sans en faire une application exacte ; ils disent : Si4u pholo-menchounengyi chi-sse tseukouanyi-thsi yin; dans V Occident j les livres des Brahmanes sont écrits avec quatorze lettres propres à rendre tous les sons. Ce nombre de quatorze ne peut s'appliquer qu'à l'alphabet ouigour, qui, comme on sait, était effectivement composé de quatorze consonnes, et il ne conviendrait nullement aux différens alphabets indiens, où les Chinois eux-mêmes comptent vingt-cinq, trente, trente-deux r trente-six ou même jusqu'à quarante- deux lettres.

Au reste, s'il est bon de connaître historiquement et de pouvoir apprécier le degré d'influence que les écritures alphabétiques, en usage dans les pays voisins de la Chine , ont pu avoir sur la formation du système chinois T il faut convenir aussi que ce sont là des élémens étrangers , qui ne tiennent, point à l'essence des caractères, qui y sont même opposés, qu'on peut, par conséquent r se dispenser d'étudier, d'autant plus que les Chinois en traitent fort obscurément. Je ne blâmerai donc> pas M. Morrison de n'en avoir parlé que légèrement r et* malgré la décision de Khang-hi, qui prétend

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qu'il faut être d'une grande stupidité pour ne pas entendre un système aussi aisé qu'admirable, je ne balance pas à préférer l'opinion de Meï-than seng et de quelques autres , qui ne voient dans l'analyse des sons , telle que les Indiens Font enseignée aux Chinois, dans leur distinction des consonnes, des voyelles et des accens, appliquée à la langue de ces derniers, que des subtilités obscures, embarrassantes, et, de plus, tout-à-fait incompatibles avec le génie de l'écriture à laquelle on a voulu les appliquer.

11 n'en est pas de même des différentes séries de caractères élémentaires, que les Chinois ont imaginées pour classer les innombrables signes de leur écriture. 11 est indispensable d'étudier les meilleures, pour pouvoir consulter leurs dictionnaires , et il est bon d'avoir une notion des autres , ne fût-ce que pour éviter de suivre Fourmont dans les vaines hypothèses où il s'est égaré. L'âuteur anglais donne à ces caractères élémentaires un nom plus propre à faire connaître leur nature que celui de 'clefs, que l'usage a comme consacré en Europe : il les nomme radicaux, et ce mot paraît tout-a-fait convenable, puisque ce sont en effet autant de racines sous lesquelles les dérivés viennent s'arranger, et dont l'en* semble offre à peu près les mêmes irrégularités, les înêmes imperfections que le système des racines dans d'autres idiomes. Parmi ces racines, on en trouve de fictives, certaines dont les dérivés pourraient plus naturellement se classer sous d'autres radicaux ; quelquefois il n'est pas aisé de décomposer un mot et d'y reconnaître la partie qui en constitue le radical : tout cela s'observe

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pour les caractères chinois, comme pour les mots grecs et pour ceux des langues orientales , de sorte qu'un dictionnaire par clefs ne pre'sente ni plus ni moins d'inconvéniens ou d'avantages que le Dictionnaire de Scapula, ou le Lexicon heplaglotton de Castel.

M. Morrison , continuant d'esquisser rapidement l'histoire de la langue, trace en peu de mots celle des ouvrages où elle est exposée, c'est-à-dire, qu'il nomme les principaux auteurs des dictionnaires : pour des grammairiens, on sait que les Chinois n'en ont aucun Il fait connaître aussi , par une simple mention , l'époque des principales inventions qui ont pu influer .sur l'art d'écrire ; mais il n'entre à ce sujet dans aucune discussion , quoique plusieurs de ses assertions pussent en réclamer beaucoup. Suivant lui, le papier fut inventé vers la fin du i er siècle de notre ère, par une personne nommée Thsaï'lun : dans les tenis anciens, on se servait pour écrire de planchettes de bois on de bambou; on avait ensuite employé des morceaux de soie ou d'autres tissus; au lieu de pinceaux, on prenait d'abord un morceau de bois qu'on trempait dans l'encre : les pinceaux de poil furent imaginés trois cents ans avant Jésus- Christ ; et les bâtons d'encre , vers l'an 600 de notre ère. L'imprimerie fut introduite dans les affaires du gouvernement par un ministre d'état nommé Foung-tao *, qui

1 Voyez à ce sa jet une lettre fort curieuse de Prémarc , citée par Ko ur mont dans la préface de sa Grammatica , pag. xxiij.

a On trouvera quelques détails plus précis sur l'époque de cette invention dans la suite de ces Mélanges. On peut consulter aussi les Mémoires sur les relations politiques des rois de France avec les empereur

vivait au X e siècle , et elle était généralement en usage dès le commencement de la dynastie des Soung. On prétend que le premier essai fut fait avec des tables de pierre où l'on gravait les caractères, de sorte que les épreuves offraient une écriture en blanc sur un fond noir. La plus grande partie de ces faits sont déjà connus par nos missionnaires, et Ton peut voir à ce sujet les Lettres édifiantes , la Compilation de Du/ialde, les Mémoires chinois j etc.; mais c'est aux sources mêmes et non dans nos livres, que M. Mormon les a puisés.: car cet estimable missionnaire , comme plusieurs de ses conv patriotes, particulièrement de ceux qui habitent aux Indes ou à la Chine, ne s'attache guères a rechercher les travaux de ses prédécesseurs , surtout des auteurs qui ont écrit sur le continent; genre de recherche étranger à son objet principal, et qui, il faut l'avouer, doit offrir de grandes difficultés dans ces contrées éloignées. Les faits que ces savans publient, appris avec autant de peine, orit pour eux le même attrait que des découvertes nouvelles. C'est là sans doute un effet de cette trop longue division, qui a tenu l'Angleterre séparée, plus complètement que jamais , du reste de l'Europe, et dont l'influence se fait remarquer jusque sur la littérature.

Je me suis laissé entraîner à ces réflexions , parce qu'elles naissent d'elles-mêmes à la lecture de l'introduction de M. Morrison. On croit y voir un auteur persuadé qu'il aborde un sujet neuf, où jusqu'à lui personne n'a porté la lumière ; on dirait qu'il entre un des pre-

mongols , pag. i5ç) ; et dans les Mémoires de l'Acad. des Inscriptions et Belles-Lettres, tom. VII , pag. 417.

miers dans uu champ inculte, que lui et ses compatriotes sont appelés à défricher : « A l'avenir, dit-il, quand la » langue chinoise sera mieux et plus généralement con- » nue , son mérite et ses défauts seront plus justement » appréciés. Jusqu'à présent les admirateurs et les dé- » tracteurs qu'elle a trouvés parmi les Européens, ont » été, pour la plupart, également hors d'état de s'en » former une juste idée , have commonljr both ofthem » been verjr ignorant of it> and consequently not » quaUjied to form a correct estimute. Toutefois, >i quelques-uns des missionnaires de l'église de Rome » ont écrit d'une manière respectable sur ce sujet : leurs » dictionnaires manuscrits, leurs grammaires et leurs » lettres ont fourni les matériaux de tout ce qui a été » imprimé en Europe. Mais ces matériaux sont sou- » vent tombés entre les mains d'Européens, qui, faute «d'entendre le sujet, les ont plus ou moins défigu- » rés, etc. » Il nous paraît peu convenable de traiter avec uiie si grande sévérité les personnes qui ont émis, sur la littérature chinoise , une opinion peu approfondie, sans rendre en même tems de justes hommages a ceux qui , par des travaux estimables et une connaissance solide de la langue, ont mérité une place à côté des Bouvet, des Prémare et des Gaubil; Fourmout , Bayer , Deguignes, Deshauterayes, ont sans doute dû beaucoup aux travaux des missionnaires qui les avaient précédés, mais ils n'ont point trouvé le fonds des ouvrages historiques qu'ils ont exécutés, et qui leur mériteront dans tous les tems la reconnaissance des savans. On songera qu'ils avaient bien plus de difficultés à surmonter que les

missionnaires, parce qu'ils n'avaient pas, comme ceuxci, le secours des maîtres du pays , secours dont M. Morrison sent lui-même tout le prix, puisqu'il en a (kit U sujet de son épigraphe Mais, comme il ne cite presque jamais les auteurs qui ont écrit avant luî sur ces matières, particulièrement en France, cette circonstance nous disposerait à penser qu'il n'a pas eu connaissance

lence à des sentimens de partialité qu'un homme aussi éclairé que lui ne peut être soupçonné de partager.

M. Morrison en vient à parler du dictionnaire imprimé à Paris, d'après les manuscrits des missionnaires catholiques, et il traite cet ouvrage avec beaucoup de sévérité : « Tant que l'éditeur est demeuré attaché à ses ma- » nuscrits, dit-il, on le trouvera généralement correct ; » quant à son savoir personnel, il n'en donne pas un » échantillon favorable par sa critique sur la manière » dont les Anglais épèlent les mots Tchien loung ta » Hoang-ti, etc. » Je ne prétends pas justifier Péditenr français sur cet article, mais j'adresserai à mon tour une observation au lexicographe anglais : c'est que la phrase sur laquelle il discute n'est pas chinoise ; elle a été forgée par les rédacteurs du voyage de Macartney, qui ont pris les mots Khian loung (protection céleste) , pour le nom d'un prince , tandis qu'ils ne sont que le nom d'un règne. On ne peut pas plus dire en chinois le grand empereur Khian-loung, qu'on ne pourrait dire en français^?

1 The scholar who is tvcll read , and a lover *tf anliquity t having au— thentic mate riais supplied him ta rejet to , and to investigate , even this is a very important assistance to the skilful student. Wang wou-tao.

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grand roi Restauration, ou le prince salut de la France , phrases qui pour être universellement entendues, n'en seraient pas grammaticalement plus régulières.

M. Morrison n'a pas voulu quitter l'introduction que M. Deguignes a mise à la tête du dictionnaire du P. Basile , sans relever les erreurs historiques qu'il a cru y apercevoir; et quoique, ainsi qu'il le dit lui-même, un déluge d'eaux n'ait pas un grand rapport avec un dictionnaire de mots (a déluge qf waters has Utile or no connexion with a dicdonary qf words) , il s'est arrêté a réfuter ce que M. Deguignes a avancé relativement au déluge de Yao. J'avoue que cette critique me paraît un peu superflue , d'autant qu'il ne s'agit au fond que d'établir ce principe incontestable, qu'un étranger ne doit pas, sans une extrême réserve et sans une nécessité évidente, déroger au sens d'un livre classique, et substituer sa propre manière de voir, à l'opinion universellement reçue chez le peuple qui regarde ce livre comme authentique. Au reste, tout ce qu'on peut dire sur le déluge de Yao > a été épuisé par les PP. Amiot, Cibot, Gaubil, et par Deguignes le père, et ceux qui voudront peser les raisons diverses qu'on peut faire valoir pour ou contre l'authenticité des traditions chinoises à cet égard, les trouveront toutes rassemblées et discutées dans les deux premiers volumes de la collection des Mémoires de nos missionnaires.

Si nous nous sommes permis de reprocher à M. Morrison le tort qu'il semble faire aux Européens qui l'ont précédé dans la carrière qu'il parcourt , par des critiques

hasardées et plus encore par son silence , c'est que nous pensons que l'excellence même de son travail exigeait de lui plus d'impartialité. Une vaine rivalité nationale devrait être bannie du domaine des lettres. Un bon ouvrage appartient à l'univers entier. Ainsi, quoique les écrivains de notre nation se fussent acquis, par des travaux estimables, une sorte de prééminence en fait de littérature chinoise, ceux qui essaient de marcher sur leurs traces , prévoyent sans jalousie le moment de la partager; et le sentiment d'une louable émulation est tout ce qu'ils éprouvent en lisant les savantes productions dont MM. G. Staunton, Morrison, Marshman et quelques autres Anglais ont commencé à enrichir cette branche de nos connaissances.

C'ÉTAIT encore, il y a peu d'années, une opinion assez généralement accréditée , que la langue chinoise était formée de mots tous monosyllabiques, et qu'on n'y trouvait point de composés. L'erreur provenait , ainsi qu'on l'a vu plus haut 1 , de ce que chaque caractère répond , dans l'écriture, à une syllabe de la langue parlée, el de de ce qu'on pensait que chaque signe écrit avait sa signification particulière, indépendamment de ceux avec lesquels on pouvait le joindre. Mais comme beaucoup de caractères sont par eux-mêmes insignifians, et n'acquièrent un sens que par leur groupement avec d'autres; comme il n'en est presque point dont la signification ne soit ma-

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difiée par l'addition d'autres signes ; comme on rencontre en chinois des expressions de deux ou trois syllabes, et des mots composés en aussi grand nombre que dans toute autre langue , H en résulte qu'un ouvrage où Ton ne trouverait que l'interprétation des caractères isolés, quand même on y en ferait entrer 80,000 ou davantage, ne serait jamais qu'un vocabulaire imparfait, où les mots les plus usités de la langue ne seraient pas compris, et qui par conséquent, serait insuffisant pour traduire le plus petit ouvrage chinois. Les missionnaires ont bien expliqué un certain nombre de ces mots polysyllabiques dans leurs dictionnaires manuscrits; mais ils se sont presque tous bornés à les écrire en lettres latines , ce qui en diminue beaucoup l' utilité. M. Deguignes les a imités en cela dans l'édition qu'il a donnée du dictionnaire du P. Basile; et cette imperfection, a laquelle, faute de types chinois, il lui eût été impossible de remédier, est encore une des principales défectuosités de l'estimable volume qu'il a publié.

M. Morrison a une trop grande expérience de ce qui est nécessaire à l'intelligence entière des auteurs chinois , pour n'avoir pas mis toute son attention à réunir ces sortes de mots. Le dictionnaire de Khang-hi, qui fait la base de son ouvrage pour la partie du vocabulaire, n'offrant pas a cet égard toute la richesse désirable , il a réuni toutes les phrases ou expressions complexes qu'il a trouvées dans les manuscrits des missionnaires catholiques , ou qu'il a recueillies, soit de la bouche des savans du pays, soit dans certains ouvrages qu'il a parcourus exprès. De cette manière , il a pu placer sous chaque mot

on bon nombre d'exemples,, propres à jeter du jour sur son acception, ou de mots composés dont l'analyse ne ferait pas suffisamment connaître la signification. Et comme la Compagnie, sous les auspices de laquelle son dictionnaire est publie', n'est point arrêtée par la dépense, on a fait calquer dans le corps du dictionnaire de Kangki, et graver séparément tous les caractères nécessaires. Cette condition essentielle remplie , nous croyons qu'il n'eût pas été impossible à M. Morrison de tirer, de la place dont il pouvait disposer, un parti encore meilleur qu'il n'a fait, soit en choisissant des exemples plus utiles, soit en resserrant le style de ses explications et en remplaçant des définitions superflues , des détails étrangers à son sujet, ou même des moralités tout-à-fait déplacées dans un dictionnaire, par un plus grand nombre de phrases ou d'expressions composées. Les dictionnaires dont je fais habituellement usage, n'en contiennent, sous la première clef, pas moins de cent vingt-cinq ( sans compter les noms propres d'hommes ou de lieux ) qu'on chercherait vainement chez M. Morrison; d'où Ton peut conclure, par un calcul approximatif assez sûr, que si l'auteur continue son travail comme il l'a commencé, avec des matériaux insuffisans, il pourra bien négliger vingt ou trente mille phrases , expressions complexes , ou mots composés tout aussi nécessaires à expliquer que ceux qu'il a réunis. Et cela n'est pas surprenant, puisque ces sortes de mots, consacrés par l'usage, ne sont pas expliqués dans les dictionnaires classiques des Chinois, Ce n'est donc pas ceux-ci qu'il faut prendre pour guides, dans cette circonstance ; et il vaut mieux s'attacher au*

extraits que les plus habiles missionnaires ont faits des livres historiques ou autres, en les lisant la plume à la main. Nous possédons un grand nombre de ces sortes d'ouvrages en Europe, où leurs auteurs s'empressaient de les faire passer, et où Ton a su les conserver mieux que cela n'était possible à la Chine; de sorte que je n'hésiterai pas à avancer une chose qui paraîtra paradoxale à quelques lecteurs : c'est qu'on serait mieux placé à Paris, à Londres ou à Rome qu'à Canton on à Peking, pour y rédiger un dictionnaire chinois complet, à moins qu'on ne se fût mis en état, par une lecture immense, de se passer de tous les travaux préparatoires, exécutés, pendant trois cents ans , par une foule de missionnaires également instruits et laborieux.

On sait que la prononciation de certains caractères est sujette à varier, et avec elle la signification qui y est attachée. Cette variation suit les caractères jusque dans les expressions composées, où il n'est pas indifférent de marquer tel mot de tel ou tel accent. Il est important, même pour nous, de conserver ces distinctions, non comme nuances de prononciation, mais comme moyen déclasser les différentes acceptions, et de tracer au besoin l'histoire de chaque mot. C'est donc un tort grave chez M. Morrison, de ne tenir aucun compte de cette distinction de tons , et d'entasser pêle-mêle les acceptions variées des caractères, avec les phrases qui dépendent de ces diverses acceptions, sans suivre, à cet égard , d'autre ordre que celui du hasard qui les lui présentait successivement dans les ouvrages qu'il avait sous les yeux. Les Chinois observent, pour cet objet, un ordre très-philosophique ; et

l'on sent combien d'intérêt offre, sons ce rapport, un bon dictionnaire qui se trouve être en même tems une histoire des hiéroglyphes et des symboles, et où se voit marqué à chaque page le passage du matériel à l'abstrait, du physique au métaphysique, du sens propre au sens figuré. Ainsi le mot chang, signifie monter, quand on le prononce châng au ton aigu , et supérieur, si on le lit ckàng avec l'accent grave. De même hià, signifie dessous , et le même caractère prononcé hià, veut dire descendre. . De là différentes expressions composées où l'on doit soigneusement distinguer les mots chàng et châng, hià, et hià. M. Morrison se contente d'indiquer, au commencemeut de ces deux articles , le changement de ton dont ils sont susceptibles , et dans toutes les phrases suivantes , il écrit chang et hia sans accent , par conséquent sans déterminer l'idée primitive de laquelle ces phrases sont dérivées. Il est aussi assez rare de le voir distinguer a quel style appartiennent les mots qu'il explique, et c'est là une omission d'autant plus grave, que certains mots prennent, dans la langue vulgaire, des sens fort différens de ceux qu'ils ont dans le style littéraire ; de sorte que le sens qu'on doit choisir est déterminé par la nature du livre qn'on a sous les yeux.

L'écriture chinoise a beaucoup varié depuis trois mille ans, et il serait très-utile de connaître les formes successives par lesquelles un même caractère a passé pour devenir ce que nous le voyons aujourd'hui. C'est le seul moyen d'en avoir une notion exacte et complète ; cela est encore nécessaire pour entendre les allusions perpétuelles aux coutumes et aux idées des anciens , que les lettrés

chinois accumulent dans leurs écrits. L'usage s'est conservé d'employer ces anciens caractères pour les. sceaux et pour les inscriptions, aussi bien que dans la plupart des préfaces. La connaissance de l'écriture ordinaire n'est là d'aucun secours; et l'on a une nouvelle étude à faire i si Ton veut lire ces sortes de morceaux. M. Morrison a donc rendu un véritable service , en recherchant les anciens caractères, pour les ajouter presque partout à côté des nouveaux. Malheureusement il a rarement mis à chaque article plus d'un de ces caractères antiques qu'il nomme seal characters (caractères de sceaux ) , et qu'on nomme en chinois tchoiian, ou de ceux qu'il désigne par les lettres A. V. ( anciens vases), parce qu'on les trouve dans les inscriptions gravées sur des vases de bronze ou de marbre; les dictionnaires où les Chinois les ont rassemblés, en contiennent quelquefois vingt ou trente* Mais toute imparfaite qu'elle est, cette addition me paraît ajouter beaucoup de prix à son travail. Je ne porterai pas le même jugement sur les caractères Thsao, dont il joint presque toujours un échantillon sous le nom de Running hand. Cette espèce de tachygraphie est trop sujette au caprice , et les formes qu'elle fait prendre à chaque caractère sont trop variées, pour qu'un seul exemple pris au hasard puisse être d'une grande utilité.

Les fautes les plus graves dans un dictionnaire, sont les omissions : je ne ferai donc par une liste des erreurs et des fautes typographiques qui m'ont frappé dans cette livraison. Elles y sont en moins grande quantité qu'on n'aurait lieu de l'attendre, pouf un livre imprimé dans des contrées où la typographie est encore un art étranger,

et par les sôins d'un seul ouvrier, remplissant tout à la fois les fonctions de compositeur, de pressier et de coi> recteur , et assiste seulement par des Chinois qui n'entendaient pas l'anglais. L'ouvrage est même remarquable par une sorte d'élégance typographique que les Anglais recherchent en tout. Les caractères chinois, tant les gros , qui ont servi a imprimer le vocabulaire, que les petits, qui composent les phrases et les exemples, sont très-bien grave's et d'une élégance parfaite. On peut seulement regretter qu'on ait composé chaque article entier sans distinction et sans coupures. Placées les unes sous les antres en autant d'alinéas, les phrases eussent occupé plus de place, mais l'œil les eût parcourues plus rapidement, et c'est ici un avantage capital. Le papier, qui est de fabrique chinoise, est fort beau, et peut être mis à côté du meilleur vélin.

J'ai terminé l'analyse de la première livraison de l'utile travail de M. Morrison. Je n'ai pas cru devoir donner moins d'étendue à l'examen de l'ouvrage le plus important qui ait encore été publié sur la langue chinoise , et }'ai plutôt regret de ce qu'un extrait aussi court n'en puisse donner qrfuneidée trop superficielle. L'auteur ne se dissimule pas qu'il a entrepris une tâche immense, au-dessus peut-être des forces d'un seul homme. Mais on peut espérer qu'il sera soutenu par la certitude d'exécuter un travail qui, il y a peu d'années encore, eût été regardé comme impossible. Les amis de la philologie souhaiteront ardemment que son dictionnaire soit continué , et que l'auteur ait toute la liberté nécessaire pour l'achever. Les nouvelles publiques ont appris que Mof-

rison avait été choisi pour accompagner lord Àmherst à Peking. Cette interruption à ses travaux restera sans proGt pour les lettres, comme pour la politique. Les personnes qui ont étudié l'histoire de l'empire chinois, avaient bien prévu le mauvais succès de cette nouvelle tentative, et les amis des sciences n'en avaient pas conçu de grandes espérances. Le3 ambassades de Titsingh et de lord Macartney nous ont appris ce qu'on pouvait attendre de voyageurs captifs , à qui la soupçonneuse défiance des naturels ne permet pas de rien voir, de rien examiner par eux-mêmes. Les différentes relations auxquelles ces ambassades ont donné lieu, n'ont offert, outre la description de leur route, qu'une vaine répétition de ce que les missionnaires nous avaient fait connaître; et l'on peut, sans sortir d'Europe , faire un voyage plus utile aux progrès des connaissances, en parcourant les ouvrages chinois qui sont dans nos bibliothèques , et dont on a lieu d'espérer que, chaque jour, l'intelligence deviendra plus répandue.

UflE nouvelle livraison du grand dictionnaire chinoisanglais , que le révérend Morrison puLlie h Macao , est arrivée cette année (1822) en Europe. Cette livraison, qui contient trois cent soixante-dix pages grand in-4° * complète le tome I er de la première partie, c'est-à-dire , de celle où les caractères chinois sont arrangés suivant l'ordre des deux cent quatorze radicaux , vulgairement appelés clefs, et elle s'étend jusqu'au quarantième inclu-

sî vrnient. On voit par là que cin iq volumes suffiront pour contenir toute cette première partie ; mais l'auteur annonce l'intention de publier à l'avenir la suite de cet important ouvrage par volumes entiers , et non plus par cahiers. 11 se propose aussi d'interrompre encore une fois l'impression de la première partie, et de donner la troisième qui se composera d'un dictionnaire anglaischinois. Enfin il déclare qu'il est redevable a MM. Klaproth et Montucci, ainsi qu'à un autre homme de lettres, d'observations critiques auxquelles il a accorde' l'attention qu'elles méritaient. Cette magnifique entreprise, le système d'après lequel elle est conçue et la manière dont elle est exécutée, ont déjà été l'objet d'une suite d'articles où nous avons tâché de consigner les remarques que nous suggéraient les différentes parties de ce travail. Nous ne reviendrons pas sur ce qui a été dit au sujet des trois premières livraisons du dictionnaire par clefs, et nous nous serions bornés, pour cette quatrième, à une simple annonce, si une légère extension que l'auteur a donnée à son plan primitif, nè nous avait paru exiger quelques observations qui auront pour but d'en faire connaître le mérite à nos lecteurs.

Ce n'est pas, comme on l'a cru long-tems , la nature particulière de la langue qui oppose les plus grands obstacles à ceux qui veulent lire et traduire les livres chinois. Les difficultés qui tiennent à l'écriture, à la grammaire , au style, peuvent désormais être considérées comme surmontées, ou pourront l'être du moins par tous ceux qui voudront se donner la peine de les attaquer de front. Mais il en est d'autres qui tiennent aux localités, aux t. ii. 12

particularités de civilisation, d'usages, de mœurs ou de gouvernement , aux idées théoriques ou aux habitudes pratiques des Chinois , en fait d'arts et de sciences ; et ce sont celles-là qui , soit par les expressions auxquelles* tous ces objets ont donné naissance, soit parles allusions qui y sont faites, apportent le plus fréquemment obstacle à l'interprétation littérale des textes , dans les ouvrages de littérature. L'Européen le plus instruit dans la langue chinoise , peut être arrêté par une phrase qui paraîtrait simple au Chinois le moins éclairé, et il est difficile au premier de suppléer à ces notions familières , et pour ainsi dire triviales , que le second puise dans le commerce habituel de ses compatriotes. C'est surtout sous ce rapport que le séjour au milieu des Chinois est un avantage considérable pour celui qui veut apprendre leur langue, ou , pour mieux dire, étudier leurs habitudes. Tous les détails de ce genre que M. Morrison a recueillis et qu'il dépose dans son trésor de la langue chinoise, seront une acquisition précieuse pour le commençant qui voudra en faire usage , et qui se trouvera par là dispensé d'extraire les mêmes détails des livres chinois, par un travail long, pénible, et par fois insuffisant.

Mais après avoir reconnu l'extrême utilité des renseignemens de cette espèce , il peut être permis de remarquer que M. Morrison, en les recueillant, n'a pas toujours gardé la mesure nécessaire, de sorte qu'il semble quelquefois avoir oublié qu il composait un dictionnaire, et qu'il a dépassé dans plusieurs articles les limites qu'il aurait dû leur assigner. Ainsi Ton trouve dans ce quatrième cahier, que nous avons sous les yeux , plusieurs

caractères dont l' explication occupe huit, dix et douze colonnes grand /n-4°. Il en est qui renferment quarante, soixante et jusqu'à quatre-vingts colonnes , proportion effrayante dans un dictionnaire qui doit contenir quarante mille caractères. On pense bien aussi que les objets contenus dans des articles aussi étendus ne sauraient être tous d'une égale utilité. On y voit en effet des anecdotes et des traits d'histoire, des listes d'hommes célèbres , des catalogues de villes , un grand nombre de morceaux de poésie, qui n'ont pas toujours de rapport au caractère sous lequel ils sont cités. On trouve au mot meng (cl. XXXIX, 5 tr.), un abrégé de la vie du philosophe Mencius, avec un extrait de son ouvrage; au mot hiao (cl. XXX, 3 tr.), un petit traité de la piété filiale, selon les idées des Chinois; au mol kouan (cl. XL, 5 tr.), un tableau complet de l'administration de l'empire, avec les titres de tous les magistrats civils et militaires. Je suis bien loin de contester l'importance de cette dernière addition : elle doit être infiniment utile à tous ceux qui veulent lire des ouvrages historiques, et qui ne sont pas a portée de consulter le dictionnaire encyclopédique chinois-mandchou , ou les autres traités généraux du genre de celui que l'auteur a mis à contribution '. A bien dire même, la définition de ces noms de charges et d'emplois , et l'exposé des fonctions qui sont attribuées h chacun , pourraient être faits avec plus de facilité et de précision à la Chine qu'en Europe. Mais il me paraît que

cette multitude de titres aurait dû être disséminée dans

1 Le Youan-kian-hui han ; voyez la notice de cette Encyclopédie dans les Mémoires chinois , tom. Il pa$. 47u et suivantes.

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le corps du dictionnaire, aux divers mots qui entrent dans la composition de chacun, et que la réunion que l'auteur en a formée en un seul endroit , donne à son article une longueur démesurée et le rend peu commode à consulter.

Le. plus curieux et le plus étendu de ces articles qui sont déplacés dans un dictionnaire, mais qui forment de petits traités qu'on serait charmé de trouver partout ailleurs, est celui que l'auteur a ajouté à l'explication du caractère hio (étude, cl XXXIX, i3 tr.). C'est cet article qui occupe quarante pages ou quatre-vingts colonnes , parce que M» Morrison y a fait entrer tout ce qu'il a trouvé de plus curieux sur la manière dont les Chinois font leurs études, et sur le système de gouvernement fondé par les lettrés. Nous en extrairons quel ques détails qui nous ont paru intéressans, en supprimant les phrases chinoises dont l'auteur entremêle son exposition, et qui ne serviraient ici qu'à embarrasser nos lecteurs.

L'opinion des philosophes chinois a toujours été que l'éducation devait commencer à la naissance; ils veulent même que la mère devance cette époque, autant qu'il est en elle, par les soins qui lui sont prescrits durant la grossesse. Dès que les enfans peuvent manger, il faut qu'ils fassent usage de leur main droite, c'est-à-dire, qu'ils apprenent à écrire , et à six ans on doit leur faire connaître les nombres. De bonne heure on leur inculque cet amour de l'étude et ce respect pour les maîtres quidistinguent un Chinois pendant toute sa vie; la place d'un maître est la place d'honneur, disent-ils. Il n'y a

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pourtant pas d'étabKssemens publics d'instruction , car ce qu'on appelle collège dans les villes, n'est que le lieu où se fait l'examen public pour l'admission des bacheliers, et, le reste de l'année, on n'y trouve ni maîtres ni auditeurs. Les enfans des familles aisées sont instruits chez leurs parens par des précepteurs; les autres sont réunis dans des écoles dont le maître attend un paiement sans jamais le demander. Le prix pour entrer a l'école varie entre deux Cents caches et un dollar. Il y a deux fêtes, lune à la 5 e lune et l'autre à la 8 e , où l'on paye encore une petite rétribution. Au jour de l'an, les enfans ont des vacances d'un mois ou six semaines. Quelques magistrats établissent des écoles gratuites dans le ressort de leur charge. Du reste , il n'y a point d'écoles de charité , fondées , soit par le gouvernement , ou par les particuliers. Dans les grandes villes, dont les habitans sont occupés toute la journée, on trouve des écoles de nuit, de sorte que le travail manuel auquel les enfans sont assujétis n'empêche pas les progrès que quelques-uns rPeutre eux peuvent faire dans les lettres , et par suite dans la carrière des honneurs et de l'administration.

On peut croire que l'ordre des études et la conduite des étudians sont soumises à des règles précises et à des préceptes positifs. L'enfant est tenu de venir de bonne heure à l'école; en y entrant, il doit saluer, d'abord Confucius, puis le maître d'école. Le soir avant de quitter la classe, il faut réciter une ode, ou un morceau d'histoire, le plus aisé à entendre, ou le plus intéressant. Le bavardage, les expressions indécentes sont sévèrement interdits. En sortant de l'école, on doit une nouvelle îé-

vérence à Confucins et au maître : les élèves les plus âgés ne sont pas dispensés de cette cérémonie. En s'en allant, les écoliers doivent retourner directement à leur maison ; il ne leur est pas permis de s arrêter dans les rues ou de s'y rassembler en troupes. En rentrant ils saluent les dieux domestiques, puis leurs ancêtres, puis leur père et leur mère, leurs oncles, tantes, etc.

Le soir, les écoliers doivent étudier a la clarté d'une lanterne. Ils ne sont dispensés de cet exercice que dans les mois d'été , quand la chaleur est excessive; mais ils doivent le reprendre en automne, dès que le tems est rafraîchi. La manière de se placer dans la classe, de saluer le maître lorsqu'il y entre, de se ranger à son passage, la posture qui convient pour lire, pour écrire, les soins qu'on doit prendre de son livre, de son écritoire, de ses pinceaux , tout cela est l'objet de recommandations particulières. Les enfans ne doivent ni chuchotter, ni se battre entre eux, ni se pencher l'un sur l'autre, ni se briser réciproquement leurs pinceaux et leurs pierres à broyer l'encre. Ils ne doivent apprendre aucune chose inutile, par conséquent se livrer à aucun jeu, tels que les cartes, les dés, le volant, le ballon, les échecs, le cerf- volant ; ils ne doivent pas nourrir d'oiseaux , ou de quadrupèdes, ou de poissons, ou d'insectes, ni faire des vers , ou des chansons.

Si les écoliers n'apprennent pas , ou s'ils contreviennent à quelqu'une des règles ci-dessus; s'ils savent mal leurs leçons, ou tracent mal les caractères, on doit, par deux ou trois fois , les exhorter à faire mieux ; s'ils ne se corrigent pas, on les obligera de se mcltre à genoux à

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leur place pour leur causer une honte salutaire. S'ils s'obstinent encore, on les fera mettre a genoux à la porte de la classe, ce qui est une grande humiliation pour eux, et le tems qu'ils y resteront sera déterminé par la combustion d'un bâton d'odeur, ou bougie d'aloès. Enfin, si tous ces moyens sont infructueux , on en viendra à les frapper, mais on prendra garde que ce ne soit pas après leur repas, ce qui pourrait leur être nuisible , et on ne le fera pas avec violence, de peur de leur causer un mal sérieux.

Aux règles pour les écoliers succèdent celles que l'auteur chinois propose aux maîtres. Nous nous dispense- 1 rons d'en indiquer le contenu ; il suffira de dire qu'il leur recommande pardessus tout de se livrer exclusivement à l'enseignement, afin de pouvoir être tout entier à leurs devoirs. « Il s'est élevé dans ces derniers tems, » dit-il, une classe de maîtres d'école qui joignent a leur » profession la pratique de la médecine , ou qui tirent les » sorts et vendent des horoscopes , ou qui écrivent des » placets et des sommations, ou qui font l'office d'entre- » metteurs et de courtiers. Toutes ces occupations parta- » gent leur attention et les éloignent de leur plus im- » portante affaire. » De tels maîtres, suivant lui, sont méprisés de ceux qui les emploient, et font eux-mêmes le plus grand tort à leur caractère moral.

C'est au commencement de la dynastie des Thang (au VIII e siècle), que s'établit le système d'examen, d'après lequel on choisit les lettrés pour occuper les places du gouvernement. Les réglemens pour ces examens sont exposés dans un ouvrage qui se réimprime tous les dix ans,

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avec les changeraens que la variation des usages oblige d'y apporter. Comme les examens et tout ce qui y est relatif sont la principale occupation d'une grande partie de la nation chinoise, qu'ils sont souvent la matière de la conversation, ou l'objet d'allusions dans les ouvrages de littérature et de poésie , M. Morrison a pensé , avec beaucoup de raison, qu'il serait utile d'entrer dans quelques détails à ce Sujet. C'est aussi une institution fort curieuse à examiner, même indépendamment de l'étude des livres chinois, que ce système d'examens successifs et gradués, par lequel il est loisible à tout Chinois, de quelque naissance qu'il soit , quelque partie de l'empire qu'il habite, de se présenter, dans des concours publics , au choix des magistrats préposés à cet effet, de mériter l'un après l'autre trois degrés, dont les deux plus élevés lui donnent les droits avoués et rarement méconnus, aux fonctions publiques de toute espèce. Il y a souvent, dans ces concours, des injustices et des psssedroits; on achète avec de l'argent ce qu'on ne pourrait obtenir par son mérite. La faveur et la protection l'emportent quelquefois sur le talent. D'indignes candidats boivent et mangent sous les yeux d'inspecteurs corrompus, pendant qu'un lettré salarié rédige à leur place des compositions dont ils recueilleront le fruit. Tout cela est fort vraisemblable, mais tout cela n'est pas tellement particulier à la Chine qu'on doive en rien conclure contre le système considéré en lui-même. Ce n'est pas d'après les abus qu'on doit en juger l'institution , mais en tenant compte des abus; et peut-être ceux qui ont composé tant d'ouvrages sur le* Chinois, sur l'esprit et les bases de leur

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gouvernement, ne se sont-ils pas assez occupés de cette singulière institution qui a maintenant onze siècles de durée, et dont la force morale mérite au moins d'être appréciée. Ce n'est pas dans un extrait comme celui-ci qu'on peut essayer de la faire connaître. M. Morrison dit que les lettrés dans les mille premières années qui ont suivi l'époque de Confucius, étaient des philosophes entièrement étrangers à l'administration de l'état, et uniquement occupés de sciences morales. Selon lui, les anciennes dynasties ne connaissaient pas ces lettrés des douze derniers siècles, lesquels ont fait de la science un instrument de l'ambition. Nous croyons ce jugement un peu sévère à l'égard des lettrés modernes, et même un peu léger. Si M. Morrison revient avec plus d'attention sur ce sujet, il trouvera peut-être que les fondateurs du système des examens ont résolu , autant que le permettaient le génie et les habitudes de leur nation, plusieurs problèmes de politique que les Occidentaux paraissent encore considérer comme insolubles.

Je n'ai indiqué qu'un petit nombre de particularités curieuses parmi celles dont M. Morrison a rempli son article étude. J'aurais pu en puiser de non moins intéressantes dans les articles ciel , femme , épouse, nom de famille, mariage, obéissance filiale, orphelin, etc. Ce sont, je le répète, des détails assez déplacés dans un tel ouvrage , et fort étrangers au plan que l'auteur avait conçu; mais ils n'en sont pas moins utiles pour l'étude des institutions , des usages , et des idées morales des Chinois. Il n'est pas donné à tout le monde de faire de pareils écarts, et tel de ces fragmens qui forme

un assez mauvais article de dictionnaire, renferme plus de faits nouveaux et de notions utiles pour la connaissance des Chinois , que la collection des voyages publiés à l'occasion de l'ambassade du lord Amberst , si Ton en excepte la relation du capitaine Hall sur les îles Lieou- Khieou.

L'auteur a place' à la fin de ce quatrième cahier une table des mots anglais avec les renvois aux explications dont ils font partie. Cette table , qui ne se rapporte qu'au premier volume, par conséquent au quart ou à la cinquième partie du dictionnaire par clefs , ne sera pas d'une grande utilité quand l'ouvrage sera terminé , et même dès qu'on possédera le dictionnaire anglais-chinois qui doit, suivant la promesse de M. Morrison, paraître en une seule livraison. Du reste nous ne pouvons que répéter les éloges que nous avons déjà donnés à cette belle entreprise. Elle devient de plus en plus digne de la munificence de la Compagnie des Indes , et de la réputation de l'auteur, qui a fait, depuis plusieurs années, des progrès sensibles dans la connaissance de l'histoire et des antiquités de la Chine.

EN rendant compte de la troisième partie du dictionnaire de M. Morrison f , nous avons annoncé à nos lecteurs que l'intention de l'auteur était de hâter la publi-

1 Dans un article, qu'on trouvera ci-dessous ; on a vu plus haut , pag. i5<), les motifs qui ont engage* à intervertir Vordrc dans lequel ces articles avaient d'abord paru

cation de ce qui lui restait à donner de la première partie, et nous avons en même tems exprimé la crainte que trop d'empressement à terminer ce grand ouvrage ne fût préjudiciable à la profondeur et à la solidité des recherches nécessaires pour le compléter. Le nouveau volume, qui a été imprimé l'année dernière (1823), à Macao, confirme l'annonce que nous avions faite; mais malheureusement aussi , il justifie l'appréhension que nous avions manifestée.

Le premier volume de la première partie , contenant les quarante premières des deux cent quatorze clefs, avait paru en quatre livraisons , dans l'espace de plusieurs années. Le second volume, qui continue la suite des clefs depuis la quarante-unième jusque et y compris la cent dix-neuvième, est publié maintenant en une seule livraison. Cette dernière circonstance, dont M. Morrison prend à tâche de se justifier vis-à-vis du public, est en elle-même une chose assez indifférente. Il importe trèspeu, sans' doute, que les souscripteurs de ce grand ouvrage en reçoivent les différentes parties par cahiers ou par volumes, en une ou en plusieurs fois : mais ce qui importait beaucoup, c'est que la fin fût digne en tout du commencement, qu'une même méthode fût suivie d'un bout à l'autre , et un même plan exécuté partout. Les très-courts détails dans lesquels nous allons entrer, feront voir si l'attente du public est remplie a cet égard.

On se rappelle que, dans son dictionnaire par clefs, M. Morrison avait eu l'intention de donner un extrait du grand dictionnaire impérial, publié sous le nom de

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Khang-hi; les quarante mille caractères environ que contient cet excellent ouvrage, (levaient trouver place dans le dictionnaire chinois-anglais, avec l'indication de toutes leurs acceptions , des expressions composées qu'on en forme, et des principales autorités qu'on peut invoquer à l'appui des unes et des autres. Non content d'avoir ainsi pris pour base de son travail l'un des recueils les plus complets et les plus considérables que les Chinois aient rédigés sur leur propre littérature, le zélé traducteur voulait encore dépouiller un grand nombre d'autres lexiques originaux ou composés par nos missionnaires catholiques, et enrichir le vaste fonds d'expressions du style littéraire qu'il y aurait trouvés, d'une foule d'additions utiles pour la connaissance de la langue commune et du style vulgaire. C'est d'après ce système qu'a été rédigée l'explication des dérivés des quarante premières clefs ; et bien qu'un fort grand nombre d'omissions s'y fissent remarquer, surtout en ce qui concernait la langue oratoire et poétique , le style familier, les expressions proverbiales et les nomenclatures techniques ou scientifiques, M. Morrison paraissait si peu disposé à restreindre son plan , qu'on l'aurait cru plutôt porté à l'étendre outre mesure. Effectivement, les dernières clefs de son premier volume offraient un si grand nombre d'articles d'une étendue considérable , tant de citations textuelles en vers et en prose, tant d'extraits curieux pour l'histoire et la connaissance des mœurs, mais étrangers à la littérature, qu'on était tenté de supposer qu'au lieu d'un simple dictionnaire de la langue, c'était un

trésor ou un magasin d'anecdotes biographiques, de morceaux de poe'sie et de traits d'histoire, que l'auteur avait l'intention de publier.

Cette surabondance, qui était, si l'on veut, un beau défaut, a disparu complètement dans le second volume, mais pour faire place à un excès tout contraire , et qu'on sera , je crois, moins tenté d'excuser. On voit du premier coup-d'œil que ce volume , à peu près composé du même nombre de feuilles que le précédent, contient deux fois autant de clefs, et, d'après la supputation approximative de leurs dérivés , quatre ou cinq fois autant de caractères. Mais pour les y faire entrer, il a fallu renoncer à suivre, dans les explications, le dictionnaire de Khanghi, supprimer toute définition, toute citation textuelle, tout développement. Non-seulement on ne trouve plus, ici ces digressions intéressantes, quoiqu'un peu déplacées, ces excursions dans le champ de la littérature ou dela poésie, trop multipliées dans les clefs précédentes; mais on y cherche en vain le strict nécessaire en ce genre; nulle explication d'usages, d'allusions, nul renseignement littéraire, scientifique, philosophique. Un mot ou deux, quelquefois une ligne, rarement quatre ou cinq d'explication anglaise, voilà ce qu'on lit à coté de la très-grande majorité , des caractères. Sur douze ou quinze mille qui sont accumulés dans ce volume , il n'eu est peut-être pas deux cents dont les explications approchent un peu, par leur étendue, des articles du mêmegenre contenus dans le premier volume ; et il faut remarquer que le second contient plusieurs clefs des plus importantes, comme des plus riches en dérivés, celle du

cœur, pour les affections de l'âme et les opérations de l'esprit; celle de la main, pour les actions manuelles et la plupart des mouvemens matériels; celle du soleil, de la lune , de Veau, du feu, de V arbre , des quadrupèdes, des maladies, de Y œil et de ses facultés, des pierres , des céréales , etc.

Tous les dérivés de ces différens radicaux sont donc réduits à une sèche et stérile nomenclature, privée de tout intérêt et presque entièrement dépourvue d'utilité : car il faut se rappeler que la difficulté de la langue chinoise consiste beaucoup moins dans ces milliers de caractères , la plupart synonymes les uns des autres , ou à peu près inusités, dont le moindre écolier peut trouver le sens isolé en s'aidant d'un dictionnaire tout chinois» que dans ses acceptions modifiées et ces sens de composition qu'un petit nombre de caractères peuvent prendre en s'unissant les uns avec les autres, et dont bien souvent on ne saurait deviner la valeur d'après celle des monosyllabes qui les constituent. C'est donc, comme on l'a déjà dit plusieurs fois , dans la multiplicité des expressions de cette nature qui y sont interprétées , que résident en réalité la richesse et la bonté d'un dictionnaire chinois, et non pas dans le nombre plus ou moins considérable des caractères qu'on y a rassemblés; de telle sorte qu'un recueil de deux mille termes usuels bien choisis et expliqués dans toutes les acceptions qu'ils peuvent prendre et dans toutes les combinaisons polysyllabiques où ils peuvent entrer, serait infiniment plus utile à ceux qui veulent entendre les auteurs, que ne le serait un vocabulaire de quarante, soixante ou même cent mille carac-

tères, si l'explication qu'on y joindrait, devait être réduite à une interprétation de quelques mots. C'est pourtant là tout ce que M. Momson paraît avoir l'intention de donner dans la suite de son ouvrage; c'est de cette manière, je le répète, que sont expliqués douze ou quinze milliers de caractères , sur quarante que cet ouvrage doit contenir. Ce n'est pas la, à proprement parler, achever le dictionnaire qu'il avait commencé ; c'est en donner un autre , d'après un pîan infiniment moins judicieux. Le dictionnaire du P. Basile de Glémona se trouvera, en totalité, un livre beaucoup plus utile pour les étudians , parce que s'il contient moins de mots simples, il renferme bien plus d'expressions composées : car on peut appliquer au petit nombre de ces dernières qui a trouvé place dans les longues colonnes du dictionnaire chinois-anglais , ce que disait M. Montucci dans une occasion semblable, en parlant des explications du lexique du P. Diaz :

Apparent rari nantes in gurgîte vasto.

Les missionnaires catholiques s'étaient attachés avec un grand soin à se procurer ces sortes d'explications, que souvent les dictionnaires classiques des Chinois ne donnent pas; ils en avaient rassemblé un grand nombre dans leurs lectures , dans les glossaires particuliers , dans les romans et les comédies qu'ils avaient extraits ou traduits : c'est ce qui ajoute un si grand prix à leurs lexiques manuscrits; et M. Morrison, qui en a plusieurs entre les mains, eût fait une chose fort utile, en les fondant, en tout ou en partie, dans son immense vocabulaire. M. Kla- . proth , qui a recueilli tout ce qu'il a pu trouver en ce

genre , et qui , dans la première partie de son supplément, a déjà donné un sî grand nombre de termes composés, se hâtera sans doute de publier ce qui lui reste de ce travail utile; les secours qu il doit contenir deviendront maintenant plus indispensables que jamais.

M. Morrison ne s'explique pas positivement sur les motifs qui l'obligent à précipiter ainsi la fin de son travail : He lias hurried this part to a close , and he must do the same with whatyet remains unwritten qf the first; c'est ainsi qu'il s'exprimait en 182 1 , en donnant son dictionnaire anglais-chinois. Si des malheurs privés ont épuisé sa constance, ou si des dépenses trop prolongées ont lassé la munificence de la Compagnie des Indes, M. Morrison doit déplorer, comme nous, les circonstances indépendantes de sa volonté, qui le contraignent à laisser imparfait le magnifique monument qu'il avait entrepris d'élever à la littérature de la Chine ; et, de quelque manière que ce soit, les amis de cette littérature auront à regretter de voir ainsi manquer une occasion qui peut ne se représenter jamais.

Le volume qui termine le dictionnaire par clefs a été reçu en Europe en 1824; il était imprimé dès Tout ce que nous avons dit du volume précédent, s'applique rigoureusement à celui-ci. Quatre-vingt-quinze radicaux, contenant plus de dix-huit mille dérivés, y sont resserrés dans l'espace de neuf cents pages. On sait déjà comment l'auteur s'y est pris pour enfermer tant de

matière en si peu d'espace : il a supprimé les explications et réduit les définitions de chaque caractère à n'occuper qu'une ligne ou deux. M. Morrison paraît enchanté d'avoir fini sa tâche , de quelque manière que ce soit. // était y comme il l'écrivait lui-même, fatigué d'écrire des dictionnaires. Certaines parties de son travail se ressentiront de la précipitation qu'il a mise à les publier: lui-même n'en disconvient pas ; il aura pris peut-être en quelque endroit un essieu pour une roue, ou un mulet pour un dne. La faute, toute grave qu'elle paraît, lui semble excusable, et ce n'est pas effectivement sur des méprises de ce genre que doivent tomber les reproches qu'on est en droit de lui adresser. La grande faute est d'avoir commencé son livre d'une manière et de l'avoir fini d'une autre manière. Johnson, dit-il, a laissé le mot sea sans exemples , et donné le mot de mandarin pour un terme chinois. Mais si Johnson eût interrompu son excellent travail à la lettre F , et que pour le reste de l'alphabet il se fut borné à mettre les mots anglais les uns au-dessous des autres , sans explications et sans citations, son dictionnaire ne serait certainement pas demeuré classique. M. Morrison croit que l'ensemble de son ouvrage , exécuté par lui seul en sept années , est supérieur au dictionnaire de Kkang-hi, qui occupa trente lettrés pendant cinq ans ; et cette supériorité qu'il regarde comme tin fait, il la cite, dit-il, pour se rendre justice à lui-même. Notre intention n'est ni d'appuyer ni de combattre une pareille assertion. Nous ne voyons aucun moyen d'établir une comparaison sérieuse entre un ouvrage original où l'on a fait entrer les fruits du dépouillement T. ii. i3

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complet des monumens littéraires qu'une grande nation a accumulés pendant trente siècles, et le travail d'un étranger qui a mis ses soins à extraire, des dictionnaires rédigés par les naturels ou par ses devanciers, un vocabulaire plus ou moins utile, mais incomplet. L'auteur cite le dictionnaire de Johnson, mais il ne voudrait pas y comparer le mauvais glossaire de Boycr, et pourtant celui-ci a clé fini comme il avait été commencé. Hâtonsnous d'adoucir ce que ces observations pourraient avoir de sévère, en faisant remarquer que l'immensité de l'œuvre entreprise par M. Morrison est ce qui l'a empêché de la porter à sa perfection. Il a été comme accablé sous le faix d'une masse qui n'était peut-être pas en proportion avec les forces d'un seul homme. Ce qu'il y a d'achevé dans son livre est très-bien, et peut se passer de l'indulgence que l'auteur affecte de ne pas réclamer. Les deux parties qui nous restent à examiner suffiraient pour fonder la réputation d'un lexicographe. Mais comme le dictionnaire par clefs est toujours celui auquel il faut en revenir, nous ne pouvons nous dispenser d'ajouter qu'en attendant qu'on ait exécuté le plan que nous avions esquissé, et que M. Morrison avait adopté d'abord, les éludians seront encore réduits a faire usage du vocabulaire du P. Basile, pour tous les articles qui en occupent les sept cent quatre-vingts dernières pages, et même pour quelques-uns de ceux qui sont dans les cent cinquante-deux premières.

La dépense considérable qu'a exigée l'impression du grand ouvrage de M. Morrison , n'a point rebuté la Com* pagnie des Indes qui eu a fait les frais. On assure que

cette puissante et libérale association eût volontiers doublé la somme qu'elle a fournie, pour que le monument qu'elle voulait élever fût dignement achevé.

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