‹ Mélanges asiatiques;Chapitre 17 sur 31 · RÉDIGÉ PAR M. KLAPROTH · texte numérisé non relu

RÉDIGÉ PAR M. KLAPROTH

LORSQU'EN 1808, M. Deguignes fils fat chargé de faire imprimer le Dictionnaire chinois-latin du P. Basile de Glémona , il n'y avait personne en Europe qui eût acquis, par une étude pratique de la langue chinoise et des travaux approfondis et rendus publics, le droit de juger cet ouvrage, et d'indiquer à l'éditeur les amélioralions dont il était susceptible. La copie qu'on en possédait alors, et qu'on destinait à l'impression, connue sous le nom de Manuscrit du Vatican , passait, par une sorte de tradition, pour un ouvrage accompli dans son genre , et l'on fit une loi à l'éditeur de la reproduire sans y rien changer. On lui permit seulement d'y faire quelques additions, en les distinguant par un signe particulier, et de remplacer l'ordre alphabétique des mots chinois, que les missionnaires avaient presque toujours suivi, par le système analytique des caractères ou l'ordre des clefs, plus commode pour les Européens, parce qu'il n'exige pas la connaissance de la langue parlée.

Mais, depuis cette époque , l'étude du chinois a pris en Europe un nouvel essor, et elle est même devenue l'objet

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d'un enseignement public. Il ne s'est plus agi , comme autrefois, de resasser des notions élémentaires, ou de traiter, à l'aide de mémoires fournis par les missionnaires, quelques questions relatives à l'antiquité des Chinois , ou à la nature de leur écriture. C'est le savant auteur de l'Histoire des Huns qu'on a dû prendre pour modèle; ce sont des extraits et des traductions des livres chinois, qu'il a fallu faire, sans avoir, comme Fourmont et Fréret , des Prémare et des Gaubil pour correspondans à la Chine. Avec des moyens nouveaux qui manquaient à ces hommes habiles, mais privé de quelques autres genres de secours qui étaient à leur disposition, on a dû entreprendre une nouvelle série de recherches , approfondir la littérature, examiner la langue elle-même sous de nouveaux points de vue , étudier l'histoire et la géographie dans de nouveaux détails, et aborder enfin les livres qui traitent des sciences et des arts. Bientôt on a pu s'apercevoir de l'insuffisance des dictionnaires composés par les missionnaires pour tous ces objets, et on a reconnu que celui du P. Basile en particulier, excellent sans doute pour traduire a la Chine , et avec le secours des maîtres du pays, quelques sermons du latin en chinois , ou des fragmens d'ouvrages moraux du chinois en latin, n'était pourtant qu'un vocabulaire très-imparfait, désormais insuffisant pour les besoins des étudians.

C'est une vérité dont M. Klaproth a pu être plutôt et mieux convaincu qu'un autre , qui lui a fait entreprendre la composition d'un supplément , dont il publie en ce moment la première livraison. Appelés, en rendant compte de ce travail d'un savant étranger, à émettre en

même tems noire opinion sur celui d'un voyageur estimable , d'un compatriote dont le nom , si honorable et si cher pour tous les amis des lettres et de la saine érudition, a droit à des hommages plus particuliers de la part des membres de l'Académie des inscriptions , et des collaborateurs du Journal des Savans , nous nous reprocherions de commencer l'exposé des imperfections qu'on peut remarquer dans le Dictionnaire imprimé, et qui ont rendu la publication d'un supplément indispensable, sans avoir auparavant payé un juste tribut d'éloges au zèle, à la patience et même à l'exactitude dont l'éditeur a fait preuve dans cette publication importante. L'impression d'un volume grand in-folio de plus de 1,100 pages, avec un grand nombre de caractères chinois et de numéros de renvoi, était sans doute une entreprise pénible et laborieuse» En l'achevant, M. Deguignes s'est acquis un honneur qu'on ne saurait lui enlever, celui d'avoir le premier fait paraître un dictionnaire chinois imprimé , ouvrage attendu depuis cent cinquante ans, que notre nation devait à l'Europe , et qui , malgré les nombreux défauts et les lacunes qu'on peut y remarquer, n'en est pas moins un livre éminemment utile , qui assure à l'éditeur la reconnaissance des savans.

Nous aurions besoin de rappeler ces sentimens que nous consignons ici avec franchise, si nous voulions donner une analyse suivie d'un morceau que M. Klaproth a admis à la tête de son ouvrage, et qui a pour titre : Examen critique de l'édition du Dictionnaire chinois du P. Basile de Glémorui. Ce morceau, qui occupe vingt-neuf pages in-folio, contient un relevé de

toutes les fautes et de toutes les omissions qu'on remarque dans le dictionnaire imprimé, exposées et commentées avec une sévérité que quelques-uns pourront trouver excessive. Cette raison, et d'autres encore, nous engageraient à passer entièrement sous silence V Examen critique \ s'il ne contenait quelques notions que nous croyons neuves et d'une utilité générale , et si nous ne devions en tirer les considérations propres à faire ressortir l'utilité des différentes additions que M. Klaproth a fait entrer dans son Supplément. Effectivement, il règne entre ces deux parties de l'ouvrage une correspondance exacte. Les erreurs ou les omissions indiquées dans l'une sont corrigées ou réparées dans l'autre. On voit qu'on ne pourrait que difficilement les séparer dans une analyse, et qu'il faut de toute nécessité connaître l'étendue du mal, si l'on veut apprécier l'utilité du remède.

Parmi ces notions, que nous nous permettons d'indiquer aux commençans dans Y Examen critique , et que nous n'avons puisées dans aucun autre ouvrage antérieur, nous citerons les règles relatives aux noms d'hommes; elles sont rappelées à l'occasion d'une table des noms de familles, que le P. Basile avait jointe à son Dictionnaire. On sait que le nombre des noms de cette espèce est dé-

1 V Examen critique dont il est ici question aurait pu trouver place dans ce recueil ; indépendamment des motifs qu'on vient de rappeler, et qui peut-être faisaient à Fauteur une loi de ne plus en multiplier les exemplaires, la nature de plusieurs discussions qui y sont introduites, aurait réclamé l'emploi des caractères chinois, qu'on a désiré éviter dans ces Mélunges. D'ailleurs , la plupart des notions élémentaires qu'on y avait réunies, ont depuis été reprises par l'auteur lui-même, traitées avec plus de développement , et mises en un lieu plus convenable dan? «es Éle'mens de la Grammaire chinoise.

terminé à la Chine par un usage presque invariable : mais , comme il y en a plusieurs qui sont significatifs , on pourrait, si l'on n'y prenait garde, les prendre en traduisant , pour des mots ordinaires , et se voir entraîné par là dans les méprises les plus graves. La table du P. Basile ne saurait faire entièrement éviter ce genre d'erreurs, parce que les noms des familles, les seuls qu'elle contienne, ne sont pas les scijs qui puissent causer de l'embarras, et que les noms individuels, lessnrnoms , les titres , presque toujours significatifs, n'y sont pas compris. M. Klaproth n'eût pu, sans entreprendre de rédiger un dictionnaire historique, songer à la compléter sous ce rapport; mais il a du moins rétabli les noms de deux syllabes, omis par le !\ Basile et son éditeur, et parmi lesquels il s'en trouve de très-célèbres; tels que ceux de Sse-ma % He-lian a , Wei-siylu-wen, Eou-yang, Tso-khieoUj, et plusieurs autres. On désigne les noms de deux syllabes par les mots de Fousing (noms doubles) , ou disyllabiques.

Le nom de famille se place toujours le premier, et quelquefois même, quand il s'agit de philosophes du premier rang, ou d'écrivains supérieurs, on n'y ajoute que le mot chi , qui signifie famille, et l'on dit par antonomase, Hiu-chi, la famille Iliu, pour Hiu-chin, nom du premier et du plus illustre des lexicographes

1 Nom de famille de plusieurs historiens célèbres , et notamment de Ssema-thsian et de Ssema-kouang. Voyez la vie de ce» deux hommes illustres dans le quatrième volume.

3 Famille tartare qui a fonde* quelques principautés dans le nord de la Chine.

chinois; Tso-chi>four Tso-khieou-ming , etc. , cet usage a aussi lieu pour les femmes. Le ming, nom propre ou petit nom, est celui qu'on reçoit en naissant, qu'on se donne en parlant de soi , par lequel le fils se désigne luimême en parlant à son père, le sujet en adressant la parole à son prince. La politesse ne permet pas d'employer le ming des personnes à qui Ton doit du respect, et les lois défendent de prononcer ou d'écrire celui des empereurs vivans. On cite à ce sujet un trait remarquable : l'empereur contemporain de Louis XIV, auquel l'usage européen a donné le nom de Khang-hi , avait reçu en naissant le petit nom ou sobriquet de Hiouanje^ étincelle bleue. Dès le moment où ce prince monta sur le trône, les caractères hiouan (bleu) et ye (étincelle), durent être évités dans l'écriture; et, pour les tracer sans crime, il a fallu les tronquer dans tous les livres imprimés sous le règne de cet empereur, et postérieurement. C'est ce qu'on a fait en leur ôtant un trait, non-seulement dans le caractère simple, mais encore dans tous les groupes plus compliqués où ils entraient en composition. L'usage s'en est conservé jusqu'à présent, et à chaque mutation de règne, le nombre de ces caractères ainsi tronqués doit nécessairement augmenter La délicatesse et les scrupules des Chinois à cet égard se concevront mieux si l'on se rappelle que sous le règne de Khian-loung, un lettré fut condamné à être

• Cet usage a môme une dénomination particulière : Pi-rning , éviter le petit nom. On dit : tel caractère a été abrégé ; tel nom de peuple changé , telle locution modifiée \ pi-ming, dans la vue ^éviter le petit nom de l'empereur régnant.

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coupé en dix mille morceaux pour avoir osé, entre autres crimes, faire entrer dans un livre imprimé les petits noms des empereurs de la famille régnante. Il est vrai que ce lettré avait encore eu l'audace de faire des pronostics sur la dynastie , et de fixer la durée du règne actuel à cinquante-sept ans. L'empereur, par un acte de clémence, remit à ce criminel une partie de sa peine, et on se borna à lui trancher la tête sans aucun délai.

Le tseu y ou titre, remplace le ming; c'est un nom qu'on reçoit a vingt ans en prenant le bonnet viril. On le donne aux filles quand elles sont fiancées. Ce titre est ordinairement choisi pour les lettrés , d'après quelque circonstance remarquable de leurs études , ou relative à leurs examens. C'est le plus souvent un éloge de ce qu'ils ont offert de louable; il en est de même du hoeî ou titre posthume que l'on donne à un homme après sa mort, et qui sert à le désigner dans les cérémonies funèbres que sa famille continue long-tems encore de faire en son honneur. Pour les empereurs, ce titre posthume se nomme miao-haoj nom de temple. On le leur décerne quand ils ont cessé de vivre. Ce titre est destiné a exprimer l'opinion qu'on s'est faite du caractère d'un prince pendant son règne. Beaucoup sont, en effet, l'expression anticipée du jugement de la postérité ; d'autres marquent seulement les dispositions où s'est trouvé le nouveau prince à l'égard de son prédécesseur.

Le système que M. Deguignes s'est formé sur l'antiquité chinoise , d'après ce qu'on pourrait appeler les divagations historiques du P. Cibot , le plus téméraire , et, s'il est permis de le dire , le moins éclairé des mission-

naires français à la Chine. Ce système, déjà exposé par l'auteur en différentes occasions, a été reproduit sans une nécessité absolue dans la préface du Dictionnaire chinois ; on a fait dans Y Examen critique quelques remarques à ce sujet, sans entreprendre une réfutation suivie , qui n'eût pu être qu'une répétition de celle qu'a rédigée le P. Amiot 1 : on s'est principalement attaché aux endroits où les textes chinois, ou bien le sens de certains caractères, étaient invoqués comme des preuves à l'appui de l'opinion de l'auteur, et on fait voir, en citant ces textes mêmes, ou en analysant les caractères et rapprochant les interprétations qu'en donnent les meilleurs dictionnaires chinois, qu'il n'y a rien, dans les originaux, de ce que l'auteur a cru apercevoir dans certaines traductions. Ainsi, dans le dessein de prouver qu'au douzième siècle avant notre ère, la Chine était encore un pays peu habité, et où lés villes étaient fort rares, M. Deguignes cite un passage du Chou-king , sur lequel les meilleurs interprètes n'ont jamais varié, il s'agit d'un établissement fondé par Tcheou-koung sur les bords de la rivière Lo. M. Deguignes traduit ce passage à sa manière, et prétend qu'il ne saurait être question d'une ville, mais d'un campement', parce que l'on ne mit que cinq jours à l'achever. « Est-il possible de se persuader, » dit-il, qu'une ville, quelque petite qu'elle soit, puisse » être construite avec tant de promptitude! » Mais le mot qu'il traduit par camp> signifie dresser un plan , tracer une enceinte sur le terrain (en mandchou bodombï) ; et c'est ce plan ou cette enceinte qui furent

1 Mémoires des Missionnaires , tom. II.

terminés en cinq jours, ce qui n'a rien d'invraisemblable. Plus loin il se refuse à croire que les Chinois aient, connu la sphère à une baute antiquité , et le nom de kaïthian, qu'on applique à cet instrument dans les livres anciens , lui paraît signifier traité d'astronomie. A la rigueur , que le mot de kaï-iliian ait le sens de sphère ou de traité d'astronomie , cela paraît assez indifférent pour l'état des connaissances des Chinois , et l'on ne voit pas quelle conclusion on pourrait tirer de cette différence; mais kaî-thian pour traité d'astronomie , ou, comme le veut M. Deguignes, pour abrégé du ciel, serait une expression contraire à toutes les règles de la langue, et l'acception abrégé qu'il attribue au mot haï n'est fondée que sur une méprise du P. Basile. Plusieurs autres exemples du même genre, cités dans V Examen critique , sont destinés à faire voir que si l'on veut, dans les questions d'antiquité, s'appuyer de la composition des caractères et raisonner d'après les élémens primitifs dont ils ont été formés, on doit les chercher dans les monumens qui se sont conservés, ou dans les livres où les Chinois eux-mêmes en ont recueilli les débris. Il n'y a que ce moyen d'éviter une foule d'erreurs plus ou moins graves , dans lesquelles on tombera nécessairement, toutes les fois qu'on voudra rechercher les traditions anciennes dans les formes, comparativement très-modernes, des caractères, ou discourir sur les acceptions des mots d'après les vocabulaires très-imparfaits des Européens , sans recourir aux traités et aux dictionnaires originaux, où toutes ces acceptions sont chronologiquement arrangées et discutées avec une méthode et t. n. i5

une régularité admirables. Il y a à cet égard une distinction fondamentale, que nous indiquerons en répétant lés termes mêmes de Y Examen critique , et en ne supprimant que les développemens qu'il serait difficile d'analyser

L'écriture chinoise a éprouvé, par l'effet du tems, deux sortes de modifications : la première n'a porté que sur l'extérieur et la forme des traits qui composent les caractères. Ces traits, d'abord figurés par des mains inhabiles , et irrégulièrement sillonnés, représentaient, suivant les Chinois, les traces des oiseaux sur le sable, ou la figure du têtard. Ils devinrent ensuite plus réguliers, et successivement arrondis ou brisés, ou épais et lourds, ou mêlés de pleins et de déliés. A travers tous ces travestissemens , la composition intime du caractère put rester, et resta effectivement saus altération , dans beaucoup de cas , et les mêmes combinaisons d'images et de symboles se perpétuèrent par des transcriptions successives. En effet, malgré ces changemens , on peut encore a présent reconnaître le même fond dans les quatre formes du même signe, aussi facilement qu'on reconnaîtrait un mot français écrit en lettres gothiques, capitales, romaines, italiques, etc.

L'autre genre d'altération a attaqué les caractères dans leur structure intime, et c'est, pour le <fire en passant , celle qui a le plus contribué à en multiplier le nombre apparent. On a pris l'un pour l'autre des radicaux sy-

1 Voyez pour plus de détails , et pour les exemples à l'appui de toulcs ces distinctions , YExamen critique et les EUmens de la Grammaire chinoise.

nonymes, ou des radicaux un peu différens , souvent même des radicaux entièrement étrangers les uns aux autres. On a remplacé l'image des plantes par celle des roseaux, ou par celle des arbres ; la clef de la bouche par celle de la parole, ou vice versd , ou bien, on a déplacé la clef, et mis en bas du caractère celle qui était à côté du caractère ou au-dessus. Tantôt on â retranché une clef, d'autrefois on en a ajouté une. Tous ces changemens ont eu lieu à différentes époques, et par des motifs divers: par nécessité, quand, en réunissant deux ou plusieurs groupes d'images déjà formés, le caractère nouveau eût été un groupe d'une complication excessive; par choix et par délicatesse, quand on a préféré une combinaison nouvelle de symboles , pour exprimer plus nettement et plus ingénieusement une idée complexe; par caprice enfin ou par ignorance, quand on a pris un groupe pour un autre, auquel Pusage avait assigné un sens ou un son à peu près semblable. C'est ainsi que s'est formée cette foule prodigieuse de caractères qui , si l'on n'a égard qu'au sens ou à la prononciation , se réduisent réellement à un nombre assez borné, mais qui sont multipliés d'une manière effrayante, si Ton a égard à leur forme extérieure, la seule chose qu'on puisse étudier pour les connaître et pour les chercher dans les dictionnaires.

La classification complète de tous ces caractères serait un travail immense qu'on ne peut attendre de celui qui entreprend seulement de rédiger un dictionnaire usuel. Mais ce qu'on est en droit d'exiger, c'est que tous les mots qu'on admet dans ce dictionnaire, s'y trouvent

sous les différentes formes que l'usage a consacrées, et qui sont employées concurremment dans les mêmes livres. A cet égard , le vocabulaire du P. Basile laissait beaucoup à désirer, et , loin de le perfectionner sous ce rapport , l'éditeur, par suite du système qu'il a embrassé, s'est vu conduit à faire des suppressions qui rendent plus sensibles et plus fâcheuses les imperfections de l'original. M. Klaproth a entrepris de remédier aux unes et aux autres, et son travail ne sera pas moins utile à ceux qui pourraient posséder des copies manuscrites plus ou moins parfaites du dictionnaire du P. Basile, qu'aux personnes qui n'ont que ce même dictionnaire, imprimé par les soins de M. Deguignes.

Le principal désavantage et l'infériorité la plus sensible qu'offre le dictionnaire imprimé, si on le compare aux manuscrits qu'on peut considérer comme en étant l'original, provient de la manière dont on a exécuté le nouvel arrangement des caractères. Comme on s'est attaché à suivre l'ordre des dictionnaires chinois imprimés, d'après lesquels Fourmont avait fait calquer et graver ses types de bois, il en est résulté qu'on s'est vu dans la nécessité d'omettre un grand nombre de variantes, c'est-à-dire, de manières différentes de représenter le même mot. On a bien souvent répété qu'un trait de plus ou de moins changeait le sens des caractères; qu'une requête où se trouvait un seul caractère ainsi altéré , ne saurait être mise sous les yeux de l'empereur, sans exposer son auteur à de sévères punitions. Cette assertion , . prise dans sa généralité, n'est qu'une grave erreur. Il y a en chinois des incorrections qui ne sont pas admise

par les gens instruits, et qui seraient aussi choquantes pour un lettré, qu'une faute d'orthographe l'est en Europe aux yeux des personnes qui savent leur langue ; mais il en est d'autres, et en grand nombre, qui sont du bel usage, qu'il est ordinaire d'employer au lieu du caractère exact, et qui sont, non des fautes, mais des licences calligraphiques que les plus grands lettrés et l'empereur lui-même emploient de préférence en écrivant. On ne peut, si l'on ne connaît ces abréviations, ces caractères vulgaires, ces variantes , lire un seul manuscrit, un seul acte public, un décret, une proclamation, une instruction , un passeport, une lettre, un contrat, un billet de visite; les romans, les poèmes, les préfaces, la plupart des livres imprimés sous la dernière dynastie , sont remplis de ces caractères non classiques, et présentent par conséquent des difficultés insurmontables à ceux qui n'auraient que le dictionnaire imprimé , ou même que les dictionnaires classiques des Chinois , où beaucoup des formes les plus vulgaires ne sont pas admises.

Les Chinois ont très-grand soin de distinguer ces diverses classes de caractères qu'on n'emploie pas indifféremment, mais qui trouvent place dans chaque sorte de composition , suivant le sujet ou la forme adoptée par l'auteur. Il y en a onze principales , qu'on distingue avec soin par des noms particuliers , et dont on trouve pour la première fois, dans l'examen critique, une énumération complète , puisée dans les dictionnaires originaux. Au premier rang sont les caractères tching, ou exacts , c'est-à-dire , tracés régulièrement avec tous les traits qui doivent les composer. On peut , à la place de ces carac-

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tères exacts , substituer ceux qui sont a leur égard thoûng, c'est-à-dire, synonymes dans toutes leurs prononciations et acceptions , ou même ceux qui ne sont que thoûng \ c'est- à-dire , partiellement synonymes, n'ayant de commun que certaines significations, et différant du reste, soit pour le son, soit pour le sens. Il y a des formes anciennes , koà , ou même primitives, pèn , qui sont encore employées à présent, concurremment avec les formes que l'usage a introduites dans les tems modernes, kûl. Il y a en outre deux classes de caractères qui ont été usitées anciennement, dont quelques signes détachés se retrouvent aussi dans l'écriture moderne ; mais ceux qui sont les plus nécessaires à connaître sont les caractères sou, ou vulgaires. L'usage permet de faire à certains mots des retranchemens ou des additions d'un ou de plusieurs traits : si, comme cela arrive souvent, l'altération va jusqu'à réduire à cinq ou six traits le caractère qui devrait en avoir dix-huit ou vingt , cette sorte d'abréviation se nomme sèng. Si l'altération n'est que tolérée dans l'usage ordinaire , et que les puristes la désapprouvent , on nomme le caractère 'o, fautif, corrompu. Enfin , si les bons auteurs ont reprouvé la forme nouvelle que quelques écrivains néologues auraient voulu donner à un caractère, on le nomme féi, mauvais, inexact. Les caractères qu'on désigne ainsi ne doivent pas entrer dans une composition soignée ; ce qui n'empêche pas qu'on n'en admette beaucoup dans les livres mal ou médiocrement bien imprimés. Ce sont des fautes,

1 Avec un caractère différent du précèdent.

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mais des fautes qu'il est essentiel de connaître, si l'on veut entendre les ouvrages chinois les plus répandus.

On jugera maintenant l'importance des retranchemens que l'éditeur a fait subir au texte du P. Basile de Glemona. De tous ces caractères vulgaires, abrégés, corrompus ou synonymes, connus sous le nom de variantes, et que les missionnaires plaçaient , dans leurs copies dn Han tseu sijri, à côté du caractère principal, M. Deguignes n'a conservé que le très-petit nombre de ceux qui se trouvaient parmi les types dessinés par Fourmoqt; les autres, qu'il eût fallu faire graver, ont été supprimés; Il est aisé de sentir qu'il en doit résulter un grand embarras pour les commençai , et même pour les personnes déjà versées dans la connaissance des caractères; car les Chinois eux-mêmes, tout habitués qu'ils sont dès l'enfance à ces manières d'écrire vulgaires et non classiques, ont souvent besoin de recourir à des tables où elles sont expliquées, et qu'ils mettent à la tête de quelques-uns de leurs dictionnaires. C'est dans ces livres que M. Klaproth a cherché les moyens de réparer cette importante omission. Outre beaucoup de mots qu'il a fait entrer dans son supplément, en les caractérisant d'après les distinctions que je viens de rappeler, il nous donne dans cette première livraison la table des caractères vulgaires , qui en contient cent soixante-cinq; deux autres tables de formes anciennes, qui s'emploient, parmi les formes modernes, dans les livres écrits avec une sorte d'affectation d'archaïsme; elles en contiennent en tout deux cent quarante-deux; et deux autres encore, contenant,

l'une, des caractères qui se prennent habituellement les uns pour les autres, et la seconde, des caractères analogues dans leur forme , mais différant par leur prononciation et leur signification , et que , pour cette raison , il faut éviter avec grand soin de confondre les uns avec les autres , si Ton ne veut s'exposer aux plus graves contresens.

Le P. Basile avait rédigé une autre table intitulée : Usus specialis particulœ ta; l'éditeur du dictionnaire imprimé la désigne , dans son introduction , en disant :

J'w mis les caractères que les Chinois joignent

avec le mot ta. Ces expressions ne font pas suffisamment entendre ce que c'est que le mot ta. Ce verbe, qui signifie littéralement frapper, est, dans l'usage ordinaire, une sorte de verbe auxiliaire, dont on se sert pour former des idiotismes , ou façons de parler irrégulières et difficiles à analyser. Comme il y a beaucoup d'autres verbes du même genre, aussi fréquemment ou plus usités que le mot ta, on ne sait trop pourquoi le P. Basile avait choisi ce verbe pour donner une liste des expressions avec lesquelles il constitue des expressions composées; mais enfin, puisqu'il a rédigé cette table, il est bon qu'elle soit complète. M. Klaproth ajoute à celle qu'on trouve dans le dictionnaire imprimé , soixante-un idiotismes formés avec le verbe ta ; il serait à souhaiter qu'il complétât de même la table de ces particules, qu'on nomme numérales, parce qu'on les ajoute aux noms de nombre placés devant certains substantifs. Cette table , qui est du P.Basile, est très-improprement désignée, dans

le dictionnaire imprimé, par le titre de caractères numériques et la note qui est jointe à ce titre en indique l'usage d'une manière bien imparfaite. Ce genre de particules, dont on trouve peu d'analogues dans les autres langues, réclamait une explication plus détaillée. On sait que les Chinois ne se contentent pas de mettre un nom de nombre avec un substantif, mais qu'ils y joignent une particule qui varie suivant la nature de la chose nombrée. 11 y a des particules numérales différentes pour certaines classes d'objets ; mais il est peu exact de dire que chaque chose a la sienne. La manière dont ces particules s'interposent dans les phrases, pourrait souvent embarrasser dans la lecture; il est donc essentiel de les connaître pour entendre les livres, et non pas seulement pour parler avec élégance > comme l'avance M. Deguignes. Enfin, il n'est pas vrai que les numérales précèdent presque toujours le substantif ; car elles le suivent dans les phrases de l'espèce de celles que nous citons en note ; et c'est même là une construction trèsordinaire a .

L'éditeur a tout-à-fait supprimé une table que le P. Basile avait insérée dans son manuscrit, sous le titre de Index oppositarum litterarum 3 . M. Klaproth l'a rétablié , et avec grande raison ; car ces mots opposés , qui font antithèse l'un par rapport à l'autre, sont très-

1 Dictionnaire imprimé , pag. 933.

a Ma liangphi , deux cheraux ; Thoyi theou , un chameau ; Yeou-ling thsi-chi fin, soixante-dix chefs, etc.

3 Voyez la Notice des ouvrages élémentaires sur la langue chinoise que possède la Bibliothèque nationale , par M. Langiés , pag. 5.

nécessaires à connaître : il y a beaucoup de figures de rhétorique fondées sur l'emploi symétrique de ces sortes d'expressions, et déplus, un assez grand nombre de termes composés de la réunion de deux mots d'acception contraire. Toung signifie orient; si veut dire occident ; toung-si signifie quelque chose. De tso, gauche, et yeou, droite, on forme tso-yeou , les assistans, les domestiques, les courtisans. Tchhang, long, et touan, court, forment tchhang-touan > les vices , les imperfections, les péchés (par excès ou par défaut). M. Klaproth a enrichi d'additions considérables cette table analogue aux Dîfferentiœ vocum de Corneille Fronton , de Nonius Marcellus , etc.; et elle sera, comme il en avertit, d'une utilité toute particulière pour l'intelligence des livres écrits par les lettrés de l'école de Confucius.

Mais l'addition la plus importante qu'il ait faite au dictionnaire imprimé, c'est sans contredit la table des caractères qui sont réputés difficiles, parce que la clef, qui est le seul moyen de les retrouver dans le dictionnaire, n'est pas, dans ces caractères, aisée à reconnaître, soit que plusieurs radicaux s'y trouvent réunis , entre lesquels on serait embarrassé de choisir, soit que la clef se trouve altérée dans sa forme primitive, placée d'une manière insolite ou enchevêtrée, pour ainsi dire, parmi des traits qui la rendent méconnaissable. On ne sait comment en tendre ce queM.Deguignes avance au sujet de cette table, qu'il nomme descriptive \ « Cette description, m dit-il, plutôt utile à celui qui sait le chinois qu'à

1 Préface, pag. xlviij.

» celui qui l'ignore, augmentant de beaucoup le dic-

» tionnaire, j'ai cru devoir la supprimer » On ne

peut concevoir qu'un secours utile à ceux qui savent , soit superflu pour ceux qui apprennent; aussi, la suppression de cette table.ne saurait être approuvée de ceux qui n'ont pour tout moyen d'étude que le dictionnaire imprimé. C'est là, j'ose le dire, et j'en ai acquis la conviction, la difficulté qui met le plus d'obstacles aux premiers progrès des commençans ; mais ils doivent d'autant moins en être rebutés , que les Chinois eux-mêmes n'en sont pas exempts, et n'ont, pour s'en garantir, que le secours de la table même que M. Deguignes a crue inutile, et que rétablit ici M. Klaproth. On trouve des tables de cette espèce à la tête des meilleurs dictionnaires par clefs, tels que le Tseu-weï , le Tching-tseuthoung, et le dictionnaire de Khang-hi. Les caractères difficiles y sont distribués en sections, selon le nombre de traits qui les composent, avec des renvois aux clefs auxquelles ils appartiennent. Celle que M. Klaproth en a tirée , renferme ainsi plus de deux mille caractères , et son supplément ne contînt-il que cette addition capitale, il n'en serait pas moins une appendice absolument indispensable du dictionnaire imprimé, dont l'usage, sans cette table , est presque entièrement impossible aux étudians.

Mais le corps même du supplément, qui commence à la page 85 , et dont la livraison que nous avons sous les yeux contient déjà 21 feuilles, ou 84 pages imprimées, offre bien d'autres additions d'une aussi grande utilité, et l'on en doit d'autant plus de reconnaissance à M. Kla-

proth , qu'il a fallu un travail assidu et prolongé et une patience à toute épreuve pour les recueillir, et plus encore pour leur donner la forme sous laquelle il s'est vu contraint de les publier.

Les idiolismes et les mots composés de deux ou trois syllabes , qui forment comme on sait la partie vraiment usuelle de la langue chinoise 1 , sont par la même raison ce qu'on a le plus besoin de trouver dans un dictionnaire. On en peut dire autant des exemples et des citations destinés à justifier les acceptions qu'on attribue à chaque mot. Le dictionnaire du P. Basile est très-incomplet sous ce rapport , et l'éditeur n'a rien fait pour le compléter ; il ne paraît pas même avoir songé à collationner les différentes copies qu'on en possède, pour faire entrer dans son édition tous les mots composés que quelques-unes de ces copies présentent de plus que les autres. C'est le soin qu'a pris M. Klaproth; il a, de plus, compulsé tous les autres dictionnaires chinois-latins manuscrits qu'il a pu se procurer, et en particulier, celui qu'on nomme Dictionnaire de la Mission française; non content de ce travail , il a puisé aux sources mêmes, aux dictionnaires , aux glossaires originaux, à ceux qui sont expliqués en mandchou ; il a dépouillé un grand nombre de traités spéciaux, de bibliothèques , de listes de termes techniques et autres ; enfin, il a fait rentrer dans son supplément un nombre très considérable de termes scientifiques, d'expressions de tout genre, de dénominations d'être naturels. A l'égard de cette dernière classe de mots, il ne s'est pas borné, comme

1 Voyez ci-dessus, pag. 5o et 169.

presque tous les missionnaires, à (les énonces vagues, mais, aidé du traité d'histoire naturelle médicale, intitulé : Pen-thsao kang mou, et de quelques autres ouvrages médicinaux, il a donné une description abrégée, ou, quand cela a été possible, des synonymies européennes ; souvent ces dernières ont été vérifiées sur les objets eux-mêmes, dont l'auteur a possédé des collections étiquetées à la Chine et en chinois. L'authenticité de ces matériaux divers ne laisse rien à désirer : j'en dirai autant de l'exactitude avec laquelle le rédacteur les a mis en œuvre, et j'ajouterai que son supplément n'offre pas seulement d'utiles secours aux étudians pour la traduction des livres, mais que la leoture même peut en être profitable à ceux qui voudront y chercher des notions scientifiques et littéraires qui y sont répandues en beaucoup d'endroits.

Le dictionnaire imprimé offre encore un défaut grave, qui lui est au reste commun avec presque tous les manuscrits des missionnaires: c'est de ne donner qu'en lettres latines, et par conséquent d'une manière trèsimparfaite , les expressions composées et les exemples ou citations rapportées dans l'explication de chaque caractère. Le docteur Morrison est jusqu'à présent Je seul qui ait pu , grâce à la munificence de la Compagnie des Indes , faire graver un nombre suffisant de petits caractères, pour imprimer, dans la forme originale, cette partie essentielle de tout dictionnaire chinois. M. Klaproth , n'ayant pas les mêmes moyens à sa disposition , a imaginé, pour y suppléer, un expédient qui fait honneur a sa patience et à son zèle. Après avoir rapporté,

comme les missionnaires, en lettres communes, les phrases de deux, trois et quelquefois de dix ou de quinze mots, qu'il ajoute à un article du dictionnaire, il met, entre parenthèses , le renvoi en chiffres de chacun de ces mots aux caractères numérotés dans le dictionnaire imprimé , de sorte qu'un étudiant qui voudra s'en donner la peine (et certainement cette peine ne serait pas perdue pour ses progrès), pourra faire l'opération inverse, c'est-à-dire, chercher dans le dictionnaire et écrire en chinois toutes les phrases qui ont trouvé place dans le supplément. Comme ce secours manque encore pour ceux des mots qui sont dans le dictionnaire imprimé, on est tenté de regretter qu'un plus grand nombre de termes n'y ait pas été omis : le supplément en ce cas les eut offerts eous une forme plus favorable à l'exactitude et à la certitude de la traduction. Nous ne croyons pas qu'il y ait dans les pages de ce supplément, prises l'une dans l'autre, moins de quarante expressions ajoutées ainsi, avec les renvois à la série des treize mille trois cent seize caractères du dictionnaire imprimé. Si cette proportion s'observe dans la suite de l'ouvrage, on peut calculer qu'il n'y aura pas moins de dix mille expressions complexes, ou phrases traduites , ajoutées par l'auteur du supplément au Han-tseu siyi, sans compter les mots simples nouvellement recueillis, les explications corrigées, les variantes et les formes vulgaires rapportées , les synonymies et les nuances indiquées.

Nous ne pourrions, sans dépasser beaucoup les bornes qui nous sont prescrites , entrer dans les détails qui nous seraient nécessaires pour faire apprécier cet immense tra-

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vaîl. Maïs, avant de terminer, nous dirons un mot de l'orthographe, ou de la manière d'exprimer les sons chinois avec les lettres de notre alphabet, telle qu'elle a été adoptée dans les deux ouvrages. Le P. Basile avait , dans son original, suivi le système orthographique portugais, avec quelques modifications : c'était, au tems où il composa son dictionnaire , la méthode la plus habituelle , même en France et en Allemagne. M. Deguignes , en tentant d'accommoder son orthographe aux règles de la prononciation française, a été conduit par un motif louable; mais ce changement exigeait des précautions qui n'ont pas toujours été prises, et de l'oubli desquelles il est résulté beaucoup de confusion. M. Klaproth a rectifié bien des erreurs de ce genre qui se trouvent dans le dictionnaire imprimé ; mais n'ayant pu s'écarter entièrement du système suivi par l'éditeur, il ne lui a pas été possible d'exprimer aussi exactement que cela eût été à désirer, les sons chinois d'après les principes de notre orthographe.

Nous pensons que l'auteur du supplément remédierait à cet inconvénient, en rédigeant une table comparative de toutes les prononciations chinoises ( et le nombre , comme on sait, n'en est pas très- considérable), avec une triple transcription : celle des Mandchous, qui est une autorité incontestable pour la manière de prononcer le chinois; celle des Portugais, qui est en quelque sorte classique, puisqu'on l'a suivie dans tous les anciens ouvrages sur la Chine , et celle qui convient à la prononciation française , et qui n'est susceptible ni de moins de

précision, ni de moins d'exactitude qu'aucune autre

Quoique l'ouvrage que nous avons examiné soit principalement destiné à compléter l'édition du dictionnaire du P. Basile, que M. Deguignes a donnée, il ne serait pas moins nécessaire quand on posséderait en entier le dictionnaire par clefs, que publie, à Canton, M. Morrison. On a vu a qu'un très-grand nombre de phrases et d'expressions composées paraissaient devoir être omises dans ce dernier ouvrage, comme elles le sont dans le dictionnaire de Khang-hi, que l'auteur anglais a pris pour base de son travail. D'ailleurs, quelque zèle que celui-ci mette à la rédaction de son livre , et quelque activité qu'il réussisse a donner à l'impression, il s'écoulera nécessairement plusieurs années avant que nous puissions jouir de son triple dictionnaire , et d'autres circonstances encore peuvent rendre plus désirable aux étudians le supplément de M. Klaproth, dont l'impression pourrait être terminée avant quelques mois.

L'élégance typographique , et la correction , bien plus précieuse dans un ouvrage de ce genre , sont des avantages qu'il est presque superflu de remarquer dans un livre sorti des presses de l'Imprimerie Royale. A la vérité, des vues d'économie ont fait employer concurremment, et quelquefois dans la même page, des types chinois de grosseur inégale. Le même motif, et le désir de renfermer plus de matière en moins de place , n'ont pas permis de

1 J'ai moi-même donne' une table de cette espèce dans mes Elément , pag. 07 et suivantes.

* Ci-dessus, pag. 171.

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conserver cette disposition typographique, qui ajoute encore plus à la masse qu'à la beauté du volume publié par M. Deguignes. L'auteur du supplément n'a pas cru non plus devoir donner de suite a la très-incomplète et très-inutile traduction française , que l'éditeur avait jointe au texte latin du P. Basile ; mais ceux qui feront usage de l'ouvrage de M. Klaproth, ne se plaindront pas que l'espace ait été mieux mis à profit, et ces légères différences n'empêcheront pas les deux volumes d'être désormais inséparables; car on ne pourra considérer comme complets les exemplaires du dictionnaire du P. Basile ou de M. Deguignes, qu'autant qu'où y aura joint l'indispensable supplément que nous venons de faire connaître.

L'ouvrage dont on vient de voir l'analyse devait être complet en deux livraisons , et la seconde était annoncée pour le mois d'août 1820. L'impatience avec laquelle elle était attendue n'a pu que s'accroître depuis qu'on a vu la manière dont M. Morrison avait jugé à propos de terminer son dictionnaire Peut-être le retard que M. Klaproth a mis à remplir sa promesse, tournera-t-il au profit des étudians. Il reste maintenant à remplir une tâche plus vaste que celle qu'il avait entreprise , et les volumes publiés par MM. Deguignes et Morrison laissent à désirer quelque chose de plus qu'un Supplément,

" Ci-dessus , page* 189 et 193.

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